Il paraît que si l’on marche droit vers l’horizon

Il paraît que si l’on marche droit vers l’horizon,

on arrive au bord d’une falaise, précipice pour certains,

gardienne d’une vallée contenant la clé des nombreuses énigmes de l’existence pour les autres.

 

J’ai marché, longuement, regardant droit devant moi, j’ai ainsi traversé la ville, remontant la grande avenue, mais l’horizon ne parut pas se rapprocher.

Las et déçu, je suis redescendu, les yeux dérivant d’un objet à un autre dans l’ombre des vitrines, me frayant mollement un passage entre touristes égarés et autochtones affairés, jusqu’à la langueur trompeuse de la terrasse d’un bar occupant la presque totalité du trottoir.

Il y a foule  ! C’est samedi. La rue est volubile, bruyante, désordonnée. Les passants circulent autour des tables, certains le plus naturellement, d’autres condamnés à être le centre d’intérêt du moment, la nuque raide, d’un air de dire  :

«  Vous me regardez…  ? Normal, je le vaux bien… Mais n’insistez pas  ! Je ne pourrais le supporter longtemps  !  »

Ce ne sont pas toujours les plus séduisants, mais comment ne pas les remarquer  ! Et ceux-là  ? Pestant contre les tables et les pieds des consommateurs alors qu’ils poussent un caddie, ou halent une ribambelle de braillards, guère motivés par la sortie hebdomadaire depuis que la boule de glace promise a fondu sous un coup de langue destructeur, ou a été projetée dans le caniveau par une gifle exaspérée, résultante d’un stress mal contenu.

J’ai terminé ma bière devenue tiède, et, ai repris ma course. Je n’ai pas eu envie de travailler aujourd’hui.

Il a fait beau, chaud, mais je me suis réveillé tard, trop tard, laissant échapper l’impulsion de l’aube.

Réveil la tête vide, avec la seule sensation d’un événement proche. Chose difficile à préciser… À ne pas perdre en m’enlisant dans le bourbier du quotidien.

Cruel sentiment que le pressentiment. Vide inquiet et avide.

Ma vieille voiture m’attend patiemment sur le parking des allées, souriante, prête à m’entraîner, paisiblement, parfois avec une certaine impatience, selon son humeur, vers la colline la plus proche.

Le ronronnement du moteur, geste rectiligne à peine dévié par les irrégularités de la route, les dernières vagues de chaleur avant que jour et nuit se confondent, que l’un prenne possession du temps.

Attendrissement. Il y a longtemps que nous cheminons ensemble, complices, bravant vents et verglas, sans le moindre heurt.

Pensées émues que le saute-vent fait tourbillonner avant de les projeter sur l’asphalte.

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