Origine du nom Hesdin et localisation du Vicus-Helena

 

 

carte des peuples de Gaule

 

Avant l’arrivée de César dans les Gaules (58 ans avant J.-C.),

on ne sait que peu sur ce qui deviendra le département du Pas-de-Calais.

 

Les Morins occupaient la région septentrionale au Nord de la Canche.

 

Conquêtes_de_ClodionLeur pays était couvert de bois et de marais. Strabon, géographe grec, disait que, les jours où le ciel était le plus serein, le soleil ne s’y laissait apercevoir que pendant quelques heures.

De cette étendue de bois, demeurent les forêts de Guînes, de Tournehem, de Clairmarais, d’Eperlecques, de Nieppes (partie de Wastelau), d’Hesdin, plus celles du Boulonnais.

Près des Morins habitaient les Atrebates qui avaient pour voisins : au Nord, les Nervii (Cambrai et Bavai) et, sur quelques points, les Menapii (Flandre maritime et Tournaisis) ; au Sud, les Veromandui (Noyon et Saint-Quentin) et les Ambiant (Amiens et Abbeville), dont une petite partie du territoire est entrée dans l’arrondissement de Montreuil.

Bien que Sidoine Apollinaire ait « narré » quelques épisodes de la conquête romaine ainsi que de ses déboires avec Chlodion, chez des Franks, barbares qui conquièrent l’Artois, le doute subsiste et subsistera sur la localisation du Vicus-Helenam qu’il décrit sans en préciser la localisation.

De l’encre a coulé.

 

sidoine apollinaireQuelques historiens, écrivains et autres du 19è siècle se sont investis dans des articles, dissertations, mémoires, livres de plusieurs centaines de pages, se disputant la clé de l’énigme, si énigme il y a.

Louons cependant le travail de recherche qu’ils ont effectué en une époque en laquelle Internet n’existait pas, ni ordinateurs, les scanners, les imprimantes…

Monsieur Christophe Petit dans : « Vieil-Hesdin : L ‘exploration archéologique d’une ville disparue » dit :

« Le château d’Hesdin est devenu une des plus prestigieuses étapes de l’occident pour la cour itinérante des Ducs de Bourgogne et la ville venait selon l’hypothèse de M. A. Bocquet pour le début du XVè siècle au troisième ou quatrième rang des villes d’Artois après Arras et Saint-Omer avec de 3 à 4000 habitants.

Le problème le plus important auquel se sont heurtés la plupart des auteurs est celui des origines de la ville.

Au XIXè siècle tous les auteurs se sont plus ou moins fourvoyés dans le domaine de la légende.

Déjà en 1593 comme le rappelle Monseigneur Lestocquoy un poème latin de 12000 vers tentait d’identifier Hesdin au paradis (Hesdin Eden).

ChlodionAu XIXè Hesdin fut mêlé de très près à la controverse sur le « Vicus Helena » mentionné chez Sidoine Apollinaire (Hélène, répudiée par Constance Chlore serait venue se consoler sur les bords de la Canche à la fin du Illè siècle et aurait donné son nom au site).

Il faut en finir avec cette tenace légende qui a encore localement ses adeptes.

M. Will a clos le débat en ce qui concerne Hesdin.

 

M. B. Danvin adopte page 34 de son ouvrage l’origine Hellen Wick mot complexe dont l’assemblage signifie, en langue celtique, village assis sur le penchant de la colline, village sur le coteau ».

Plus récemment M. Dauzat a proposé l’origine germanique Husi-Duna abri, halte de voyage.

M. Gisseling a plus récemment avancé une hypothèse qui ferait d’Hesdin un toponyme pré-germanique où le H serait une mutation du K, mutation intervenue au Ilè siècle av. J.C.

Le problème reste celui de la racine du mot à propos de laquelle il parait difficile de se prononcer. »

 

Carte des voies romaines dans le Nord de la France

 

Monsieur Lestocquoy, dans « Les origines d’Hesdin-le-Vieux. Revue du Nord, tome 32, n°126-127, Avril-septembre 1950 », écrit, avec humour :

« Le passé le plus lointain d’Hesdin a été revêtu de formes étonnantes par les historiens de l’Ancien régime. Il n’est pas besoin de longues réflexions pour mettre au rang des imaginations les plus étranges la situation à Vieil-Hesdin du Paradis Terrestre : Éden, Hesdin…, comme cela se ressemble !

Il est vrai que c’est un poème en 12.000 vers latins qui l’affirme. On déclarait au siècle dernier que sa lecture valait celle de Tibulle ou d’Ovide. Tant mieux. Mais l’histoire ne se contente pas de ces charmantes élucubrations. »

« Un bond formidable dans le temps nous mène à une tradition que les historiens d’il y a cinquante ans admettaient encore et qui n’est guère moins poétique, ni du reste plus historique : sainte Hélène, répudiée par Constance Chlore, serait venue cacher sa douleur en un lieu qui prit son nom : Helena, d’où Hesdin.

« Légende primitive », dit de cette imagination Mgr Meunier.

Primitive ? On songe à une annonce de vente parue récemment : « A vendre, vallée de Chevreuse, château d’époque. »

Mais de quelle époque ?

 

Plan du Vieil Hesdin« Ainsi de la légende « primitive », qui commence une douzaine de siècles après sainte Hélène.

Sainte Hélène n’arrivait là que pour créer le vicus Helena : un texte célèbre de Sidoine Apollinaire raconte comment, en 446, les Romains commandés par Aetius repoussent à grand fracas les Francs de Clodion.

On a beaucoup cherché ce fameux vicus Helena.

Lens a fait valoir ses droits nébuleux et très récemment un savant article du doyen de la

Faculté des Lettres de Rennes tentait de résoudre le problème topographique en regardant du côté de Vis-en-Artois. »

« La première apparition d’Hesdin dans l’histoire ne remonte qu’à l’an 1065, avec la souscription de Gauthier, comte d’Hesdin, au bas d’un acte de Philippe Ier.

Cette série de négations ne prouve pas qu’Hesdin n’exista point avant l’an 1065.

Le château et la localité ont précédé le texte.

 

Eric Capron , dans « Pour en finir avec Vicus Helena » fait cette démonstration :

« Vicus Helena porte aujourd’hui le nom de « Les Helembis », lieu-dit de la commune de Sancourt, à proximité de Cambrai.

Est-ce que ce lieu-dit satisfait aux critères de Lebourdellès dans son article de La Revue du Nord?

Oui.

A) Survivance onomastique

Helembis ↔ Helemna-Vis ↔ Helemna-Vicus

Sens de ce mot : Hel-Hem-Vis, de :

Hel ↔ Anglais, Hill : mont, colline

Hem ↔ Germanique, Heim : village

Vis ↔ Latin, Vicus : village

On donnera par la suite l’explication de la redondance: village-village.

Helem: de Helembis.

Série → Hellemmes-lès-Lille

→ Helesme-en-Ostrevent

→ Elesme, près de Maubeuge

→ Helembis, à Sancourt

Topographie : villages tous situés sur des hauteurs, à la source de petits cours d’eau qui se jettent dans des grands cours d’eau (Marque, Scarpe, Sensée) dans les marais.

chateau hesdinTraduction en Français: village d’amont.

Deux de ces villages sont des doublets :

– Hellemmes-lès-Lille ↔ Langlet, sur la Marque (cf. Carte de Cassini)

– Les Helembis ↔ Hem-Langlet, sur la Sensée (cf. Carte I.G.N.)

Langlet → Lang → Languish, du Germanique : village d’aval où l’eau coule avec lenteur.

 

B) Lieu à proximité d’une frontière de cité

La Sensée représente une frontière naturelle entre la cité des Atrébates et celle des Nerviens. (cf. Dérolez, Revue du Nord; et surtout Roland et Bernard Delmaire : « Limites de la cité des Atrébates », Revue du Nord).

C) La voie et le pont

Le pont : Pont-Rade ↔ en Latin, Pons Rapidus, entre Paillencourt et Wasnes-au-Bac (cf. Platelle, Temporel de l’Abbaye de Saint-Amand : Pons Rapidus → le pont sur lequel on prélève des taxes).

Sur la commune d’Abancourt : Voie Haute et Voie Basse.

On peut ajouter : La Rive, et La Rive Massac, sur la commune de Paillencourt (« Fors ripae colle propinquo… »).

Les critères semblent donc respectés.

Eric Capron a effectué une mise à jour le 6 juin dernier :

« Vicus Helena et Litus Saxonicum

Complément de Recherche par Eric Capron

Pour Vicus Helena : complément à l’article « Pour en finir avec Vicus Helena » par Eric Capron , www.pdf-archives.com.

Dans cet article, on cite en passant les lieu-dit de la commune d’Abancourt : la Basse-Voie et la Haute-Voie. Ces dénominations sont assez surprenantes, car la Basse-Voie est située au sommet de la colline d’Abancourt, alors que la Haute-Voie est située au pied de cette colline, dans un marais qui sépare Abancourt de Hem-Lenglet. Pour expliquer cette contradiction, il faut se référer non pas à la position géographique, mais à la hauteur intrinsèque de la voie. La voie est haute parce qu’elle doit traverser le marais entre les deux communes. Elle était donc construite sur pilotis. C’est certainement là qu’a eu lieu l’affrontement. La situation actuelle ne rend pas compte de la situation du Vème siècle, parce qu’entre temps, la Sensée a connu des modifications. D’abord elle a été amputée d’une partie de son cours amont, qui a été détourné vers la Scarpe par le creusement du seuil de Vitry (voir l’article de Dietrich Lohrmann : « Les moulins sur la Scarpe au Xème siècle » dans la Revue du Nord). Ensuite, elle a été canalisée. Il serait intéressant de faire une recherche archéologique des pieux enfoncés dans le sol du marais pour tenter une datation. Pour Litus Saxonicum : complément à « Remarques historiques, étymologiques et toponymiques sur la partie orientale du Litus Saxonicum de Gaule et sur Quentovic » par Capron Eric, cat inist Après recherche, l’origine la plus probable du mot Locus Quartensis est Les Couartes, lieu-dit de la commune de Saint-Josse. Il fait référence au récipient d’une capacité de 16 litres qui permettait de récupérer la sève des pins maritimes pour calfater les navires à l’époque romaine.

 

Pourquoi ajouter un Vicus à Helena ?

 

Après la bataille de Vicus Helena, l’Empire reprend la main en imposant le terme romain Vicus. N’oublions pas que le lieu est proche de l’axe stratégique Arras-Cambrai. Pour Sidoine Apollinaire, il s’agit d’une victoire symbolique (cf. Panégyrique de Majorien).

Grégoire de Tours (cf. Histoire des Francs), lui, n’évoque que la prise de Cambrai, on le comprend, après l’envoi d’émissaires, qui dans les faits devaient être à Vicus Helena depuis cinquante ou cent ans.

Dans un article de la Revue de Linguistique Picarde, j’avais proposé Helena ↔ Aunée. L’étude étymologique était juste, mais mes conclusions étaient fausses.

J’étais obnubilé par les recherches antérieures qui voulaient placer le toponyme dans un lieu marécageux.

Les traductions de Sidoine Apollinaire et de Grégoire de Tours sont facilement accessibles. »

 

hêdinMonsieur Danvin, en 1866, dans « Vicissitudes, heur et malheur du Vieil-Hesdin » conclut sa « dissertation préliminaire sur l’origine et le nom d’Hesdin » de 60 pages, après avoir brutalement démoli toutes les hypothèses de ses confrères, par ces mots :

« Nous croyons avoir épuisé la discussion et accumulé des preuves qui nous permettent de conclure :

1° Que l’Helena-Vicus de Sidoine Apollinaire, n’a rien de commun ni avec Hélène, la femme de Constance-Chlore, ni avec un château fondé ou agrandi par elle.

2° Que l’expression latine du poète pour désigner le lieu habité près duquel la déroute de Chlodion, est la traduction d’une appellation celtique que Guilmot a trouvée dans Hellen-Wick.

3° Que cette localité est située sur la Canche à la jonction des voies romaines l’une allant d’Amiens à Boulogne, l’autre partant de Thérouanne et venant s’embrancher sur la première.

4° Que l’origine de ce groupe d’habitations est postérieur à César, à Ptolémée, que ce Vicus n’existait probablement pas encore lorsqu’on été dressés l’itinéraire d’Antonin, la table de Peutinger, et la notice des dignités de l’Empire, puisque ces monuments n’en font aucune mention, mais que sa fondation qui n’est pas romaine, et qui ne consistait pas en un oppide ou une mansion, peut remonter au IIIè ou au plus tard au commencement du IVè siècle de notre ère. »

5° Que c’est dans son voisinage qu’a eu lieu le combat entre Aétius et Chlodion dont a parlé Sidoine Apollinaire.

6° Que c’est cette petite et misérable bourgade qui devient plus tard la ville d’Hesdin. »

 

C. Boulanger dans « Monographie d’Allaines » écrit :

« En explorant le terroir d’Allaines dans le but de jeter quelque lumière sur la question toujours obscure du Vicus Helena, j’ai rencontré l’emplacement d’une villa gallo-romaine sur le point culminant d’un coteau situé au nord du Tillage, entre la Falaise et la Garenne, près de la Tortille. »

« Par fortune, sur une colline voisine du fleuve, les Barbares célébraient un hyménée par des chants et des danses à la manière des Scythes : une blonde épouse se mariait à un époux blond comme elle. lis furent, dit-on, écrasés par la cavalerie de Majorien.

Les casques retentissaient sous les coups ; les écailles de la cuirasse repoussaient la pointe des lances dirigées contre sa poitrine : l’ennemi tourna le dos. Sur les chariots roulants des Barbares, on voyait briller la pourpre du lit nuptial : les plats, les mets livrés au pillage s’y entassaient pêle-mêle ; sur leurs têtes chevelues ils tâchaient de sauver les bassins encore couronnés de guirlandes odorantes. La fureur du combat redouble : Bellone plus ardente brise les flambeaux de l’hymen : les chariots, la fiancée, couverte de ses voiles, sont la conquête du vainqueur. »

Le texte si peu précis du poète a donné lieu à différentes interprétations, et l’on n’est pas d’accord sur sa traduction littérale. Les historiens qui placent le Vicus Helena dans l’Atrébatie prétendent que pervaserat doit être traduit par envahit, tandis que ceux qui le voient au sud, rendent ce même verbe par traversa.

 

pais d'artois

 

Plusieurs savants se sont évertués à retrouver le véritable emplacement de ce Vicus.

 

M. Harbaville et M. Terninck le placent au Mont-Eleu englobé dans Lens.

Cette opinion est aujourd’hui abandonnée. Lens ne correspond pas a la description du poète et, de plus, le nom de cette ville ne dérive pas d’Helena.

D’autres le voient à Hesdin, mais contre toute vraisemblance. Hesdin ne faisait pas partie, à cette époque, du pays des Atrebates, mais de celui des Morins. Du reste, Hesdin ne vient pas, comme P. Malbrancq a pu le croire, dans son « Histoire des Morins, de Hedenum ou Hesdinum » ; l’ancienne orthographe latine de ce mot est Hisdinium ou Hisdinum.

M. Longnon le fixe à Helesmes (Nord), en se basant sur le texte d’un diplôme de Charles le Chauve, de847, et d’un autre diplôme de Charles le Simple, de 889, où il est question de Helenam, situé dans le pays des Atrebates ; mais ce savant historien ne tient pas compte de la topographie de ce village, qui ne correspond aucunement à la description de Sidoine Apollinaire. Helesmes n’est pas bâti en arc de cercle et aucune rivière n’y passe. Les deux rivières les plus proches, la Scarpe et l’Escaut, en sont distantes de cinq a six kilomètres.

M. Valois, ancien sous-préfet de Péronne, tend à placer à Allaines le lieu de la bataille.

L’abbe Decagny, M. Dusevel, d’Amiens, et M. Vincent, membre de l’lnstitut, le placent, sans hésiter à Allaines. Ils s’appuient aussi sur une charte d’Albert le Pieux (943) confirmant une donation, en faveur des religieux de Tabbaye du Mont-Saint-Quentin, de biens situes sur Allaines : « In villa Alania super fluvium Halse », et sur les Mémoires de Chastenet de Puysegur dans lesquels cet auteur dit qu’il a passe à Helene, en 1653, avec l’armée de Turenne.

Les noms de lieux n’ont subi depuis le commencement du moyen âge que les modifications que la prononciation y a apportées peu à peu, bon nombre ont disparu remplacés par des noms de saints ; à part cette exception, chaque terre a gardé son nom et ses limites ; c’est dans la même situation que nous retrouvons les villages et les domaines portant les mêmes noms.

Chacun sait qu’en Picardie la syllabe el se prononce al : ainsi, le pronom elle se dit, en patois picard, alle.

II est donc facile de voir comment l’idiome picard a fait de Helena, Halena et ensuite Halene, Aleine, etc.

Puysegur, en écrivant Helene, au lieu de Halene ou Aleine, comme on l’orthographiait alors, a assurément cru redresser une prononciation vicieuse. »

Exemple d’idéalisation de l’origine d’Hesdin

Extrait de « Vieil-Hesdin » par Jules Lion. 1857

Avertissement

Jardins d'amour à HesdinL’ouvrage que je publie est fait avec conscience, aucun fait n’a été avancé sans preuve ; quelques points ont été discutés, les discussions sont laissées à l’appréciation du lecteur.

Deux faits fondamentaux de l’histoire de Hêdin ont été contestés :

1° L’origine de la ville.

2° L’existence des comtes de Hêdin. Je donne ci-après mon avis sur le premier point, quant au second, toute discussion est inutile, l’existence des comtes de Hêdin est prouvée.

J’aurais pu avec les matières renfermées dans ce volume faire un ouvrage plus étendu ; j’ai préféré ne pas détourner l’attention du lecteur, tasser les faits en un mot, et ne parler que de la cité d’Hélène.

Sur certains points, à certaines époques, quand l’histoire de Hêdin ne se rattachait pas aux évènements militaires de la province, ou que pour lier les faits il eût fallu donner de longs détails insignifiants, j’ai classé les documents sous la forme d’éphémérides ; le lecteur me sera gré de ne pas avoir écrit des pages entières dans lesquelles il n’entrerait quelque fois que deux mots sur Hêdin.

Écrire avec le plus de naïveté et de simplicité possible afin de ne pas dénaturer les faits, en donnant à une ouvrage sérieux l’aspect d’un roman, a été la voie que je me suis tracée.

Position du Vicus-Helenam

La première idée qui nous soit venue quand nous avons eu la témérité de penser à une discussion sur le Vicus-Helenam, a été d’essayer de suivre Clodion dans ses conquêtes.

Le peut-on ?

On trouve bien partout les noms de Bavay, de Cambrai et d’Amiens. Puis on trouve : « Clodion s’empara de tout le pays jusqu’à la Somme. »

On trouve dans Kruse, auteur allemand, qu’en 428, Clodion résidait à Dispargum (Duisborg).

Dans le même auteur on trouve encore :

« 437. Clodion envahit les provinces septentrionales et conquiert Cambrai et tout le pays jusqu’à la Somme. »

Peut-on raisonnablement dire : à cette époque, Clodion se trouvait à tel point de ses conquêtes et conclure que le Vicus-Helenam était à tel lieu ?

Non.

Sydoine nous dépeint l’endroit où Clodion éprouva un échec ; situé dans une vallée, dominée par un coteau, traversé par une voie romaine, et il n’est pas besoin de l’ajouter, arrosé par une rivière.

Différents auteurs se servent de ces indices pour décider que le Vicus-Helenum était à tel ou tel autre lieu.

Nous ferons une simple observation : nous dirons qu’une grande partie des villes ou des villages situés dans les vallées, se trouvent dans une position identique à celle qui est donnée par Sydoine : un coteau les domine, une rivière les borde ou les traverse, et si l’on ajoute une voie, voilà un Vicus-Helenam.

Hêdin, dont nous écrivons l’histoire, était dans cette position. Les voies allant de Samarobriva à Gessoriacum et à Tervanna venaient s’embrancher à Helenum (Hêdin). Le coteau magnifique du Parc dominait Hêdin. La Canche traversait la ville.

Parcourons donc cet espace et cherchons…

Nulle part nous ne voyons Hélène…

Mais le nom d’Hélène ne sous serait-il pas arrivé dénaturé et tronqué ? Le patois n’aurait-il pas porté ses ravages sur la prononciation de ce nom et l’orthographe n’en aurait-elle pas souffert ? C’est l’opinion d’un savant qui place le Vicus-Helenam près de Péronne à Allaines (Picardie), qui se serait écrit Haleine puis Allaines.

Savaron, Pontanus, les pères Sirmond et Petau, l’abbé Sesquières, etc., etc., etc., placent le Vicus-Helenam à Hêdin.

Ce fait était avéré pour les Hêdinois au XIè siècle ; il était avéré pour les moines d’Auchi, il l’est pour nous.

Hêdin était située dans la vallée de la Canche, au lieu-dit aujourd’hui le Vieil-Hesdin, à quatre kilomètres d’Hesdin-Fert et à vingt de Frévent. Son origine a laissé assez de doute dans l’esprit de certains historiens, pour que nous venions aujourd’hui, à la suite de recherches sérieuses que nous avons faites sur le Vieil-Hesdin, jeter un jour, débrouiller un chaos d’idées, et conclure que Hêdin n’est autre chose que l’Helenam de Sydonius. MM. De Valois et Duchêne, joignant Vicus avec Helenam, en ont fait Lens, sur la Deûle, qui était déjà nommée Lens du temps de Charles-le-Chauve.

Mézeray joint aussi ces deux mots et en fait Houdain ou Hollehain. La contradiction de ces auteurs ne parle pas en leur faveur ; ils se sont contentés d’arranger le Vicus-Helenam à leur manière, pour en tirer les conséquences qu’ils désiraient, sans discuter les faits.

Un autre auteur, M. de Smillère, dans son « Histoire de Cassel », dit que le Vicus-Helenam est Evin, village à deux lieues de Douai. Nous avons répondu à M. de Smyllère, dans l’Indépendant du 4 octobre. L’action de Clodion qu’il cite comme ayant eu lieu à Evin, a été combattue par la surprise que le même Clodion essuya à Hêdin, et qui se trouve rapportée dans le « Dictionnaire des Sièges et Batailles mémorables. »

Dans les « Archives historiques », par le P. Roger, antiquaire picard, on lit : « Vers 293, l’impératrice Hélène, répudiée par Constance Chlore, vint fixer sa résidence à Hêdin ; sur les bords de la Canche. »

Dans « l’histoire de France » de Dupleix, on lit : « Clodion… courût le païs d’Artois jusqu’au bourg de Hêdin, comme remarque Sidoine Apollinaire. »

Méreray, que nous avons déjà cité, dit, dans son édition de 1668 : « Peut-être que le bourg Helena était Lens. »

Dans les « Lettres sur l’histoire de France » par Augustin Thierry, lettres dans lesquelles cet auteur parle de la surprise de Clodion, il dit :« Un bourg Helena qu’on croit être la ville de Lens. »

M. Harbaville, tout en constatant que Hêdin s’appelait primitivement Helenum, ainsi que le dit Malbrancq, dit : « que le Vicus-Helenam ou le bourg Helena était Lens. »

En résumé, rien ne vient nous révéler l’existence d’un château sur les bords de la Canche, à Hêdin, avant le IIIè siècle ; le P. Malbrancq n’hésite pas à placer l’Helenam sur la carte de l’état de la Morinie, l’an 800, au lieu et place qu’occupa Hêdin, dans la suite, et qu’occupe aujourd’hui le Vieil-Hesdin. Il dit de plus, que : « Hélène, mère de Constantin le Grand, ayant été répudiée par son mari, fit bâtir, en ce lieu, un château qu’elle nomma Vicus-Helena. »

MM. Maillard et de l’Îsle, dans leur carte et leur ouvrage sur l’Artois, où la position de chaque point a été étudiée, discutée et calculée, sont de l’avis du Père Malbrancq. Dans « l’Histoire géographique et poétique » de L. Loidius, publiée à Londres en 1686, on retrouve la même version que dans Malbrancq. MM. Ragon et Fabre d’Oliver, dans leur « Précis sur l’histoire de Flandre, d’Artois et de Picardie », sont du même avis que ces derniers, et dans « l’Atlas historique » de Kruse, on voit que le Vicus-Helenam était placé au rang des villes du Vè siècle. Nous somme forcé, et vous aussi lecteurs, de nous ranger de l’avis de ces auteurs, et de dire que :

Le Vicus-Helenam était Hêdin ; que Hêdin fut la résidence d’Hélène.

La beauté des environs, la position enchanteresse du château, position qui y fit bâtir un palais pour Beaudoin de Mons, comte de Flandre, et qui, plus tard, en fit la résidence de la brillante cour de Bourgogne, lui firent donner le nom de Hêdin (Paradis terrestre) qu’il conserva.

 

Tournai

Une autre thèse :

Revue du Nord

Extrait de « La Cité des Atrébates à l’époque romaine : documents et problèmes » de Albert Derolez

Un seul vicus nous est connu de nom : le fameux vicus Helena, mentionné par Sidoine Apollinaire.

Quatre siècles de recherches et de discussions ne sont pas parvenus à identifier cette localité. Le seul fait acquis est qu’elle doit être cherchée sur le territoire de la civitas Atrebatium.

La thèse la plus récente est celle de A. Loyen ; cet auteur l’a fait précéder d’un excellent status quaestionis auquel nous renvoyons le lecteur ; l’énumération des principales hypothèses suffira ici :

1° Hypothèse de J. SAVARON et de J. MALBRANCQ : Vicus Helena = Hesdin-le-Vieux (dép. P.-de-C, arr. Montreuil, ch.-l. de cant.), situé hors de la civitas Atrebatium.

2° Hypothèse de A. de Valois et de A. Terninck : Vicus Helena = Lens (dép. P.-de-C, arr. Béthune, ch.-l. de cant.) ou une localité de ses environs.

3° Hypothèse de A. Longnon, qui a été regardée comme décisive : Vicus Helena = Hélesmes (dép. Nord, arr. Valenciennes, cant. Denain).

4° Selon A. Loyen finalement, le Vicus Helena serait à chercher à l’Est. ou au Nord.-Est d’Arras, probablement dans les environs de Vis-en-Artois ou de Vitry-en-Artois (dép. P.-de-C, arr. Arras, cant. Vitry-en-Artois).

D’autres sont extrêmement difficiles à déceler ; peut-être un village était-il situé à Avesnes-le-Comte, où l’on découvrit d’ailleurs aussi un cimetière du Bas-Empire ; d’autres nécropoles importantes pouvant dépendre de vici sont celles de Billy-Montigny (I, Ier siècle), Saint-Nicolas (II, Ier siècle), Liévin (IVe-VIIIe siècles) et Marœuil (II, Bas-Empire ou haut moyen âge).