Le Pas de Calais et ses aspirations en 1955 par Émile Durieux

 

Semaine du poisson Tri sur le port à Boulogne 1923
Tri du poisson à Boulogne 1923

 

Labeur incessant des paysans dans la mosaïque des labours et des prés, pittoresque activité des ports, sirènes des usines, inlassable va et vient de la berline des mines, telle est la vie du Pas de Calais, ici calme et régulière, ailleurs plus intense et fréquemment dangereuse.
Hommes et femmes s’affairent, suivant leur condition.

 

Depuis toujours, chez nous, le travail commande.

 

Catastrophe minière mine de la Clarence 1912
Catastrophe minière Clarence 1912

Un ciel souvent gris et brumeux souligne le sérieux de la population.
Qu’importe, le soleil reviendra pour nos plages, percera l’ombre de nos forêts et miroitera dans nos cours d’eau.
Paysans ou citadins, mineurs ou pêcheurs, se pressent comme les abeilles d’une même ruche, apportant leur contribution à la prospérité commune.

Ce n’est pas seulement à la richesse de son sol, de son sous-sol, à la présence de la mer que le Pas de Calais doit être compté parmi les toutes premières régions de France.
Le courage, la persévérance et l’ingéniosité de ses habitants y concourent aussi pour la plus large part.
Héritier d’un passé prestigieux, toujours il se reprend après la catastrophe, utilisant les plus nouvelles techniques.

 

 

Sans doute doit-il de telles qualités à sa situation géographique.

 

Véritable carrefour d’invasions, notre département a connu d’innombrables destructions.

Classe Maninghem 1955-1
Classe Maninghem 1955

Les Légions d’honneur d’Arras, Lens, Béthune et Bapaume pour 1914-1918, de Boulogne et Calais pour 1939-1945, les Croix de Guerre de ses villages et de ses villes, ne témoignent pas de ses sacrifices, comme de l’aptitude de ses bons ouvriers à se remettre à l’ouvrage ?

Parallèlement au développement économique, la vie collective s’est organisée, en particulier dans l’équipement des agglomérations.
Premier département de France par le nombre de ses communes, il en compte 908, le Pas de Calais se doit de ne rien négliger pour assurer son avenir.

L’accroissement des cités pose de nombreux problèmes aux administrateurs.
Dans les villages, la tâche ne retient pas moins l’attention : adduction d’eau, électrification, habitat, communications.
De même, l’insuffisance de nos locaux scolaires est un de nos soucis quotidiens et non des moindres. (Voir http://www.lechodes3baies.fr/?page_id=2 NDLR)

Chacun, on le conçoit, voudrait pouvoir bénéficier de quelques améliorations, mais, au moment où les efforts se poursuivent pour faciliter la vie des collectivités locales, plusieurs d’entre elles déjà se sentent menacées par leur existence même.
Une rapide évolution industrielle bouleverse, en effet, certaines formes de travail, rend inévitable de nouvelles concentrations, entraîne des fermetures d’usines.
Des puits de mines aussi ont cessé leur activité, et là, où la population est dense planent des risques de chômage, particulièrement graves pour les jeunes générations.

 

Le sauveteur de mer
Le sauveteur de mer

Depuis le milieu du siècle dernier, notre Pas de Calais a subi une prodigieuse transformation économique, mais l’avenir ne lui réserve-t-il pas des surprises ?
L’homme est dépassé par sa technique.
Ses nouvelles découvertes sont susceptibles d’entraîner les modifications les plus imprévisibles : l’évolution de l’économie mondiale n’est pas un facteur moins important.

Malgré tout, l’habitant demeure attaché à sa terre, à son puits de mine, à son bateau, à son foyer.
Mais il sent bien qu’il va falloir chercher des solutions aux problèmes de demain et très vite améliorer, transformer et s’adapter.
La réalisations des grands travaux prévus, l’aménagement des ports et des canaux, la création d’aérodromes et d’autoroutes, contribuent au maintien d’une activité bienfaisante.
Le perfectionnement des industries de synthèse, l’utilisation des dérivés de la houille, le développement de nos industries agricoles appuyé par l’accélération du remembrement, peuvent également avoir leur influence sur le devenir de notre économie départementale.

Une population comme la notre saura rechercher les moyens propres à maintenir sa prospérité.
Le Conseil Général du Pas de Calais a déjà donné l’exemple par d’importantes inscriptions de crédits au titre des investissements et des encouragements aux collectivités.
Souhaitons que, dans les domaines qui lui échappent encore, notre laborieux département puisse obtenir de l’État le concours que devraient lui valoir son passé et la part qu’il a prise à la grandeur de la France.

Émile Durieux

Sénateur, Maire de Bertincourt
Président du Conseil Général
Président de l’association
des Maires de France. 1955

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