Présentation du Pas de Calais en 1955 par Georges Phalempin

En 1553, dans le même temps que brûlaient Thérouanne et Hesdin, rasées par les soldats de Charles Quint, Arras, à quelques dizaines de kilomètres du massacre, achevait de construire son fier beffroi.

 

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Noyelles-sous-Lens Fosse n°23 des mines de Courrières Charbonnages de France

 

Ce seul trait donne le ton d’une histoire douloureuse et forte, celle-là même du Pas de Calais où jamais un revers n’a réussi à entamer les deux qualités essentielles de ses habitants : la ténacité et le goût du labeur.

Bignon, intendant du Roi à la fin du XVIIè siècle, traçait de ces Artésiens, qu’il avait appris à connaître, un portrait dont pas un mot n’est à retrancher deux siècles et demi plus tard : « Ils sont laborieux, très appliqués dans leur état ou genre de vie, jaloux de leurs privilèges et de leurs coutumes : il y en a peu où l’on trouve plus de bonne foi, dhonneur et de probité. »

Il y a peu de départements, ajouterons-nous, où l’on trouve plus de probité et aussi plus de mesure, dans le paysage lui-même, qu’il vienne de l’homme ou qu’il soit donné par la nature.

 

Nous ne verrez ici ni fleuve majestueux, ni sommet enneigé, ni ville tentaculaire.

 

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Fosse 2 d’Oignies vers 1955 Auteur APPHIM

Sans vaine curiosité artificielle, le Pas de Calais constitue un ensemble, massif mais équilibré, divers mais complet.

Peut-être est-il le département français qui reflète le mieux la richesse et les possibilités de notre Pays tout entier.

Avec ses 1 276 000 habitants, il se classe le quatrième de France, précédé seulement par la Seine, le Nord et la Seine et Oise.

Personne n’ignore, sans doute, que ses 100 000 mineurs, massés dans cette arrondissement de Béthune qui compte à lui seul 600 000 habitants, fournissent plus de 20 millions de tonnes par an, soit 37 % de la production charbonnière française.

Beaucoup savent aussi que cette énorme concentration minière est jalonnée par de nombreuses cokeries et centrales thermiques, dont certaines figurent parmi les plus modernes d’Europe, ainsi que par de puissantes industries chimiques qui placent ce département au tout premier rang pour la production des dérivés du goudron, des engrais azotés et des matières plastiques.

 

 

Moisson

Mais, ce qu’on sait moins, c’est que, grâce au labeur acharné de ses cultivateurs, le Pas de Calais est également, depuis 30 ans, le premier producteur de France pour le blé et l’avoine, le second pour la betterave à sucre et pour l’élevage.

Ce que l’on oublie encore est qu’il est le premier pour la pêche maritime grâce à Boulogne sur Mer, premier port de pêche du continent, où débarquent chaque année 120 000 tonnes de poisson.

Et, sans vouloir me livrer à une énumération fastidieuse des multiples activités qui font la diversité de ce vaste département, je ne saurais m’abstenir de souligner que Calais n’assure pas seulement, chaque année, le transit de centaines de milliers de voyageurs entre la France et l’Angleterre, mais aussi l’exportation de 6 milliards de dentelles dans le monde entier.

 

 

Boulogne sur Mer Arrivage du poisson
Boulogne sur Mer Arrivage du poisson

Cette exceptionnelle vitalité industrielle, agricole et maritime, qui a certes sa beauté parce qu’elle illustre l’effort quotidien d’une population dure au travail, n’empêche cependant pas le Pas de Calais de présenter des aspects moins austères.

Et après avoir contemplé du haut de la colline sacrée de Lorette, la saisissante grandeur d’un paysage minier parsemé de terrils et de puissantes usines, vous ne manquerez pas d’être charmés par la douceur de certains de nos villages artésiens, par l’ombrage des paisibles rivières favorables aux pêcheurs de truites, par la diversité des vallonnements du Boulonnais, et surtout par notre pittoresque côte de la Manche, où, dans son climat vivifiant, plusieurs plages réputées, telles que Wissant, Wimereux, Berck et surtout Le Touquet, accueillent chaque année de nombreux touristes français et britanniques.

 

N’hésitez pas donc à visiter notre Pas de Calais, qui, parce qu’il vit dans l’ombre d’un département plus vaste encore, est trop souvent méconnu.

Vous y trouverez avant tout le goût de l’effort, mais aussi ce goût du bonheur discrète qui est la sagesse des races fortes.

Qu’ils soient Artésiens, Francs-Picards ou Boulonnais, qu’ils soient mineurs, cultivateurs ou pêcheurs, vous y découvrirez partout des hommes courageux, habitués au malheur par les dévastations de vingt siècles d’histoire, mais toujours prêts à reconstruire leurs foyers et à reconstituer leurs moyens de production.

Vous apprendrez surtout à estimer ces hommes peu bavards, et pourtant fort accueillants, ces citoyens épris de liberté, mais néanmoins disciplinés, et, qui incapables de vivre sans se donner de toutes leurs forces au travail, constituent l’un des plus réconfortants exemples de la vitalité française.

Georges Phalempin, Préfet du Pas de Calais. Janvier 1955

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