Aubigny

Devons-nous faire remonter l’existence d’Aubigny à l’époque où les peuples, originaires du sol, étaient les seuls maîtres du pays, ou devons-nous voir en sa fondation une création romaine ?

Description

Devons-nous faire remonter l’existence d’Aubigny à l’époque où les peuples, originaires du sol, étaient les seuls maîtres du pays, ou devons-nous voir en sa fondation une création romaine ?

Avant de formuler notre opinion, nous avons cherché clans le nom même d’Aubigny une étymologie capable de nous guider dans la découverte de son origine; mais ce nom d’Aubigny est donné à un grand nombre de localités placées toutes dans des conditions géologiques et topographiques si différentes entre elles, que nous ne saurions y trouver un argument solide, pour lever le doute que font naître les différentes versions que nous allons passer en revue.

La première qui s’offre à nos yeux, nous paraissant dénuée de fondement, nous la citerons, sans y attacher une grande importance. Elle attribue la fondation d’Aubigny à un nommé Albegnier, qui aurait été inhumé dans les fossés de la ville. Jamais on n’a pu indiquer l’endroit de cette sépulture et aucun descendant du même nom n’a figuré dans les annales de ce bourg.

Passons à une autre tradition citée par Mézeray qui, dans son ouvrage sur l’origine des Français, attribue la fondation d’Aubigny à Claudius Albinus. Ce général fut envoyé comme gouverneur de la Grande-Bretagne, par Commode, en l’an 193. Septime Sévère fut élu empereur par les troupes romaines, et Albin reçut le titre de César. Craignant de trouver dans ce dernier un concurrent à l’empire, Septime Sévère résolut de s’en défaire par un assassinat. Ce fut pour.échapper à cette tentative qu’Albin passa dans les Gaules.

Débarquant sur les rives de la Morinie, il se dirigea immédiatement vers le pays des Atrébates pour s’y former un parti.

Ayant rassemblé un grand nombre de chefs dévoués, il vint établir son camp vers les sources de la Scarpe. Cet emplacement aurait reçu de cet Albinus le nom d’Aubigny, Albiniacum, ville d’Albin. Mézeray ajoute qu’il y avait deux tombeaux romains élevés le long de la voie conduisant à la mer et passant près d’Aubigny. On y voit, à la vérité, deux élévations qui subsistent encore aujourd’hui. Nous verrons, dans le cours de cette notice, qu’elle était leur destination au Xè siècle. Sur l’une d’elles se trouvait autrefois une tour appelée le vieux château, que l’on croyait avoir été bâtie par Jules César. Lors de sa démolition, en 1691, on n’a remarqué dans ses ruines aucun indice de construction romaine. Des fouilles plus récentes et faites avec plus de soin, ont fait découvrir une grande quantité de squelettes et de chaînes de fer.

Ce dernier résultat, joint à une importante trouvaille de monnaies gauloises en or, au type artésien, faite en 1846 dans le bois de Berlette attenant au territoire d’Aubigny, nous amène à penser que l’origine de ce bourg est antérieure à la domination romaine. Et d’abord, si Albinus a fortifié Aubigny, c’est qu’il existait avant lui. Les monnaies gauloises trouvées en nombre considérable, les mottes dites du vieux château, d’où l’on a exhumé des squelettes encore garnis de leurs anneaux en fer, des armes, etc., etc., donnent quelque force à notre opinion.

Évidemment, ces sépultures sous des mottes, ces anneaux, ces armes, ont bien le caractère de l’époque gauloise; car, ni les Romains, ni les Francs n’ont employé ce genre de.tumulus.

On objectera peut-être que les titres et historiens rapportent que lors du partage de l’Artois et d’Aubigny, en 918, entre les enfants de Baudoin-le-Chauve, comte de Flandre, ceux-ci firent élever deux mottes, dont l’une était surmontée d’un castel, comme siège et titre de leurs droits sur la partie du bourg qui leur était attribuée. Nous ferons remarquer ici que les sépultures trouvées dans une de ces mottes détruisent complètement cette assertion, et qu’en outre nous avons des preuves certaines que pour rendre d’un accès plus difficile un grand nombre de petits châteaux, bâtis avant le XIIè siècle, on avait utilisé les anciens tumulus, qui étaient si communs dans le pays. Nous pouvons citer une foule de preuves à. l’appui de ce fait. Nous nous contenterons de nommer la motte de Vimy, qui contenait tant de squelettes et sur laquelle maître Adam de Vimy avait bâti un château-fort dont les derniers débris n’ont disparu que depuis peu.

Comment croire d’ailleurs, qu’au haut d’une des mottes élevées tout récemment, on ait songé à bâtir un donjon en pierres ? Sur quoi aurait-on pu asseoir des fondations ? Elles n’auraient pas eu la moindre consistance, et en fléchissant,elles auraient entraîné la ruine du fort. Établies au contraire sur des tumulus antiques, bien assis et affermis, elles pouvaient soutenir le poids qui les chargeait. Pour bâtir sur des mottes fraîchement élevées, on établissait des fondations en bois épais, et l’on revêtait ces solides charpentes de manière à se mettre à l’abri des attaques ennemies. Or, dans la motte d’Aubigny, on a retrouvé et l’on peut encore voir des fondations en pierres. Son origine est donc celtique et le seigneur l’a utilisée au Xè siècle pour la construction de son château, comme le feraient en pareil cas ses contemporains.

Il y a quelques années, en labourant un champ derrière l’auberge de la Maison Blanche, située entre la route de Saint-Pol et l’ancienne voie,on a trouvé trois grosses pierres et un vase de forme romaine, renfermant des cendres.

Nous croyons pouvoir citer ici à l’appui de notre opinion sur l’origine gauloise d’Aubigny, celle de Clairault, avocat au, parlement de Rouen, mentionnée par le Père Ignace dans le supplément à ses mémoires, p.533. Ce jurisconsulte, dans une lettre imprimée en 1736, fait remarquer que les Belges (Belgii), selon Strabon, ne pouvaient habiter pendant l’hiver que confondus dans leurs huttes avec leurs bestiaux, surtout ceux qui se trouvaient le long de la mer et sur le bord des rivières. Plusieurs de leurs villages aux affluents des cours d’eau, s’élevaient sur des terrains couverts autrefois d’épaisses forêts. Ces bois étaient consacrés au soleil sous le nom de Alb ou Alf. Les terrains défrichés conservèrent ce nom, auquel on ajouta la particule eig ou ig, qui signifie ce qui convient, ce qui est propre à une chose, de sorte que de Alb-iq, on a fait Albigni Albignies, Aubigni, comme de Div-alb on a ia.it Dious Admets, Saint-Aubin, comme aussi du mot mar ou mor, qui signifie mer-reignies, morinie, morins.

Nous résumerons donc ainsi les caractères de l’origine gauloise d’Aubigny, et de son occupation romaine ; Tumulus géminés, tombes et fondations des IIè, IIIè et IVè siècles, grand nombre de monnaies gauloises.

Ce n’est que vers le commencement du VIIè, siècle que nous trouvons une date certaine de l’existence d’Aubigny. Avant cette époque, des missionnaires avaient pénétré dans cette contrée et y avaient apporté le flambeau de la foi ; car il existait un oratoire dédié à Saint-Sulpice et à Saint-Brice, lorsque Saint-Kilien vint à Aubigny.

Ce pays, depuis la mort de Saint-Vaast et la translation du siège épiscopal à Cambrai par Saint-Vedulphe son successeur, semblait être sur le point de retomber dans ses anciennes erreurs, et dans les ténèbres du paganisme; il manquait de pontifes qui pussent lutter avantageusement contre l’idolâtrie.

L’éloquence et les vertus de Kilien contribuèrent beaucoup à ranimer la foi de nos pères ; il releva les autels abattus, prêcha aux grands et aux petits, fortifia les uns et ranima la foi des autres. Le bruit de son nom et de ses miracles s’était répandu au loin. Le comté Eulfes, seigneur de la terre d’Aubigny et ami de Saint-Faron, appela vers lui notre saint, qu’il avait rencontré à la cour de Clotaire II, avec cet évêque.

A peine arrivé, Kilien développa l’esprit de l’évangile : à la sublimité de sa morale, à la sagesse de ses lumières et de ses paroles si entraînantes et si persuasives, notre saint patron ajouta, pour preuve de la divinité de sa mission, des miracles frappants que Dieu lui permit d’opérer.

De nombreuses conversions achevèrent de lui gagner toute la confiance du comte Eulfes, dont l’épouse elle-même, renonçant au monde et méprisant la vanité de sa noblesse, se fit chrétienne. Eulfes, en témoignage de reconnaissance, donna, au pieux missionnaire une prairie considérable le long de la Scarpe.

Kilien fut ravi d’y trouver un oratoire dédié à saint Sulpice, le trouvant trop petit pour contenir la foule de ses nouveaux prosélytes, il y ajouta des bâtiments qui prirent la forme d’un monastère. Il fut convenu entre le comte et lui que les charges de cette fondation seraient remplies par quatre chanoines séculiers, sous la direction d’un prévôt. Eulfes lui donna même les prébendes nécessaires pour leur subsistance. Le comte étant mort, il fut enterré dans la nef du nouveau sanctuaire par les soins et le ministère de saint Kilien.

Notre apôtre survécut plusieurs années à son bienfaiteur. Il continua à soutenir ses prédications par des miracles éclatants, et à répandre aux environs l’éclat de ses vertus; vivant pauvrement et priant jour et nuit, il se retirait en un lieu écarté pour mieux se livrer à la méditation.

Il recueillait déjà le fruit de ses travaux, lorsque Dieu le rappela à lui. Il mourut à Aubigny, le 13 novembre 669 et fut enterré dans son église, à côté du comte Eulfes. Divers miracles s’étant opérés à son tombeau, on leva le corps de terre et l’on mit ses reliques dans une châsse de prix qui fut depuis exposée derrière l’autel, à la vénération des fidèles, et où elles reposent encore de nos jours.

Les religieux, établis à Aubigny par saint Kilien, y rendirent les plus grands services. Les principes chrétiens se développèrent de plus en plus dans tous les rangs de la société ; joints à la civilisation progressive des mœurs et des habitudes des habitants, ils contribuèrent à la fertilisation du sol.

Rien d’historique n’a été recueilli à Aubigny ou dans les environs, sous les rois de la première race. Le pays, encore couvert d’immenses forêts, était infesté de nombreux malfaiteurs qui venaient s’y réfugier et se soustraire aux châtiments que n’auraient pas manqué d’attirer sur eux leurs rapines. Ce ne fut qu’après l’avènement de Charlemagne que les habitants de cette contrée commencèrent à ressentir les effets de cette mesure. La main de fer de cet empereur comprima les efforts des barbares et fertilisa le pays dont nous nous occupons, par des travaux qui préparèrent sa richesse.

Après ce grand roi, de mauvais jours se levèrent pour le nord de la France ; les Normands portèrent partout le pillage, l’incendie et la mort. En 880, Aubigny fut envahi par eux, et subit le même sort que Tournay, Orchies, Arras. Mais l’église et le monastère ne tardèrent pas à être rebâtis, et le culte rétabli florissait à Aubigny, lorsque Drogon, chanoine et prévôt d’Aubigny assista, à Rome, au sacre de Lambert, évêque d’Arras.

Vers l’an 900, Aubigny rentrait dans le domaine de Baudoin II, dit le Chauve, comte de Flandre ; ce dernier mourut en 918. Les deux fils issus de son mariage avec la fille d’Elfrid, roi d’Angleterre, se partagèrent le brillant et vaste domaine de leur père.

L’aîné, connu dans l’histoire sous le nom d’Arnold le Grand, fut investi de la Flandre et de l’Artois; le plus jeune Adalolphe, eut en partage les comtés de Boulogne et de Saint-Pol, et l’abbaye de Saint-Bertin. Aubigny fut le point de séparation entre les états des deux frères qui divisèrent le bourg et ses dépendances en deux parties distinctes. Pour signe de démarcation plus certaine, ils élevèrent deux petits monticules surmontés d’une tourelle. La partie du côté du levant, c’est-à-dire vers Arras, appartenait à Arnold; l’autre vers l’occident, du côté de Saint-Pol, dépendait du comte Adalolphe.

Au commencement du Xè siècle, Aubigny est un des plus beaux apanages du pays d’Artois; dès l’an 900, les historiens Baldéric, Desprès et Gélic en font mention.

Le premier qui prit le titre de seigneur d’Aubigny (comté d’Artois), fut Hugues, surnommé Havet. En 1038, Hugues d’Aubigny fut établi adoué de l’abbaye de Marchiennes par Bauduin, comte de Flandre. En 1065, le roi Philippe étant à Corbie, amortit les biens de l’abbaye de Hasnon, en présence de plusieurs grands prélats, comtes et barons, au nombre desquels se trouvait Hugues Havet, sieur d’Aubigny.

Ce même Hugues reparaît en 1066, dans une assemblée tenue à Chaumont (5). Son fils, Hugue Havet II, est mentionné en 1080 dans le testament de Sohier de Vermandois dit le Roux, en qualité de frère d Id e d’Aubigny, mariée avec Thibault, fils puiné de Hugues Sohier et d’Adalric de Terate. Bauduin d’Aubigny, son fils et héritier, est cité dans une charte de donation faite par Robert IV, seigneur de Béthune, à l’abbaye de Saint-Eloy. Il en est fait mention du temps de Guillaume IV de Béthune dans une charte d’Hénin-Liétard.

L’autre partie d’Aubigny était devenue successivement la seigneurie des comtes de Saint-Pol, successeurs d’Adalolphe jusqu’à l’avènement de la rnaison de Campdavesne.

Hugues de Campdavesne jouit de la seigneurie d’Aubigny de 1067 à 1071. Il eut pour successeur Guy de Campdavesne, qui lui-même laissa pour héritier Hugues II de Campdavesne, 1108-1126. Ce fut sous son successeur, Hugues III de Campdavesne et sous la seigneurie de Bauduin-Miette Ier qu’eut lieu la fondation du prieuré d’Aubigny.

De nombreux abus s’étaient introduits dans ce monastère, comme dans toutes les maisons religieuses de l’Artois, sous l’administration des évêques de Cambrai. L’église était mal desservie par les chanoines séculiers : ils s’étaient écartés de la discipline ecclésiastique, et leur vie était loin de remplir les vues de leur pieux fondateur. En 1120, Simon et Nicolas, prévôts d’Aubigny ; Guillaume, doyen; Odon, Gislebert, Hugues et Walbert, chanoines de ce lieu, vendirent à l’abbaye du Mont-Saint- Éloi quatre mesures de terre dont ils jouissaient au territoire de Givenchy-en-Gohelle. Les biens donnés pour l’entretien de la pieuse fondation de Saint-Kilien, étaient dilapidés. Dieu, dit Dorémieux dans sa chronique du prieuré d’Aubigny, témoigna son mécontentement et fit voir que ces moines devaient être remplacés.

En 1130, à la fin du pontificat de Robert, évêque d’Arras, il se fit, un jour à l’heure du midi, un grand bruit dans l’église d’Aubigny ; les habitants accoururent épouvantes et trouvèrent la châsse de Saint-Kilien transportée du haut du tabernacle au lieu où jadis le corps, du saint patron avait été inhumé. L’évêque d’Arras, informé de ce prodige, ordonna que cette place fut. recouverte d’un tapis,, et la châsse reportée sur le grand autel. Le sacristain peu soucieux de cet ordre, s’absenta de l’église sans l’exécuter; il fut frappé soudain par une main invisible et laissé pour mort sur place ; transporté près des saintes reliques, il fut aussitôt remis sur pied et guéri. Peu après, le tapis ayant été enlevé, la châsse se trouva retransportée au même endroit. Alors l’évêque Robert ordonna qu’on y élevât un monument. En creusant les fondations, on trouva des ossements du saint et une notable parcelle de la vraie croix. Cette précieuse relique avait été probablement cachée lors des ravages exercés dans cette contrée par les Normands. Dorémieux ajoute, que le prélat l’ayant nettoyée avec de l’eau claire, ceux qui en burent, furent guéris de diverses maladies.

L’évêque Robert étant mort au commencement de l’année 1131, la Providence suscita, comme instrument de sa volonté, un zélé réformateur des abus qui s’étaient propagés dans le diocèse d’Arras. Alvise, né en Flandre, s’était consacré de bonne heure à la vie religieuse dans l’abbaye de Saint-Bertin. Appelé bientôt dans celle de Saint-Vaast, il y devint grand prieur. Il était abbé d’Anchin, quand il fut élevé à la dignité épiscopale au siège d’Arras.

Il s’occupa immédiatement de réformer les maisons religieuses de sa juridiction, et d’y introduire de nouveaux règlements.

Ayant reconnu le relâchement des mœurs des moines séculiers d’Aubigny, la négligence intolérable qu’ils apportaient dans le service divin, et désespérant d’y rétablir la discipline ecclésiastique, l’évêque résolut de les remplacer par des moines réguliers de l’ordre de Saint-Augustin.

En 1131, après s’être concerté avec Hugues de Campdavesne et Baudoin-Miette Ier, tous deux seigneurs d’Aubigny, et collateurs des prébendes du monastère, Alvise ordonna que l’église d’Aubigny serait érigée en prieuré sous l’administration d’un prieur et sous l’obéissance des abbés du Mont-Saint-Eloy. Il donna à ces derniers non-seulement la propriété des biens et possessions de la dite église, mais encore l’autorité de veiller sur la conduite du prieur et des quatre religieux qu’il devraient y envoyer après les décès successifs des chanoines séculiers. Les religieux de l’ordre de Saint-Augustin, installés par Alvise au prieuré d’Aubigny, devaient jouir des prébendes fondées par le comte Eulfes. Le prélat expédia, en conséquence, des lettres revêtues de son scel.

La donation d’Alvise fut ratifiée en 1136 par le roi de France Louis VI et le comte de Flandres, Thiéry d’Alsace. Plus tard comme les prébendes avaient toujours été conférées par les comtes de Saint-Pol, l’évêque d’Arras obtint du comte Thierry qu’elles seraient remises entre les mains de Milon, évêque de Thérouanne, pour qu’à l’avenir, elles fussent à la libre disposition de l’abbé du Mont-Saint-Eloy.

Beaudouin-Miette étant mort en 1140, laissa la seigneurie d’Aubigny à Beaudoin-Miette, deuxième du nom, son fils. En 1142, Huges de Campdavesne, comte de Saint-Pol, et seigneur de l’autre partie d’Aubigny, laissa pour successeur son fils Enguerrand de Campdavesne, qui mourut en Orient, au siège de la ville deMarrah,en 1149,laissant pour héritier son frère Anselme.

L’an 1162 fut signalé par une famine si grande que « les habitants d’Aubigny furent réduits à manger les ânes et les chevaux. »

Simon, le dernier prévôt séculier du monastère d’Aubigny, mourut en 1167. Eustache, abbé de Saint-Eloi, envoya pour le remplacer, en qualité de prieur, Wirinfried, qui administra la maison jusqu’en ll91S Sous sa domination, Philippe d’Alsace, comte de Flandres, confirma en 1170 la donation des prébendes faite à l’église d’Aubigny par son frère Thierry. Beaudoin-Miette II et Hugues Tachon étaient alors en querelle au sujet de certains droits sur les bâtiments et plantations érigés par les religieux.

André, évêque d’Arras, rendit une ordonnance donnant pleine et entière possession de l’église d’Aubigny à l’abbaye du Mont-

Saint-Eloy, et mettant les tenanciers du prieuré à l’abri de toute espèce de taille et de vexation de la part des seigneurs qui donnèrent eux-mêmes leur adhésion à la donation-faite par leurs ancêtres.

Anselme de Campdavesne, frère d’Enguerrand, était mort en 1174; il eut pour héritier de ses domaines, Hugues.

En 1180, Aubigny fit partie de la dot d’Isabeau, fille de Philippe-d’Alsace, mariée au roi de France Philippe le Bel.

En 1189, Huges de Campdavesne, seigneur d’Aubigny. et sa femme Iolente amortissent un manoir acheté par le prieur Wirinfried pour augmenter les bâtiments du prieuré.

Baudouin III, autre seigneur d’Aubigny, mourut la même année, et son fils, Baudouin-Miette IV, lui succéda.

Aucun événement important ne survint pendant plusieurs années. Nous signalerons un débordement des eaux de la Scarpe qui inondèrent le bourg tout entier en 1196.

Cette même année, nous voyons le nouveau seigneur d’Aubigny, Baudouin-Miette IV, donner des terres à l’abbaye du verger, au terroir d’Oisy, du consentement de sa femme Mathilde de Gonnelieu, et de son fils qui combattit en Palestine.

Jean Demi, successeur du prieur Wirenfried, fut remplacé lui-même par Asson de Coupigny (1198). Le pays était alors en proie aux malheurs de la guerre qui s’était élevée entre Beaudouin, comte de Flandre, et le roi de France, Philippe IV.

Appelé en 1199 à la prélature du Mont-Saint-Eloy, Asson envoya pour lui succéder Didier qui dirigeait alors le prieuré de Rebreuve. Ce religieux, plein de talents et de vertus, eut à soutenir un procès contre le curé de Magnicourt-en-Comté au sujet du droit d’autel du lieu. Raoul, archidiacre d’Arras, informé de l’affaire, terminale différend (1202), en accordant les 2/3 de l’autel au prieuré et l’autre 1/3 au curé. Hugues de Campdavesne mourut en 1205, sa fille et seule héritière, Elisabeth, avait épousé, du vivant de son père, Gaultier de Châtillon. Ce mariage fit passer la partie de la seigneurie d’Aubigny, dépendant des comtes de Saint-Pol, dans la maison de Châtillon,

De son côté Baudouin-Miette IV étant mort sans enfants en 1206, laissa sa seigneurie à son cousin Hugues Tachon, seigneur d’Orville.

La guerre ayant été déclarée en 1213 entre Ferdinand, comte de Flandres, et Louis d’Artois,à l’occasion de la possession des villes d’Aire et de Saint-Omer, les environs d’Aubigny devinrent le théâtre des fréquentes incursions des armées ennemies. Tout fut ravagé, les habitations pillées, les habitants chassés et les églises dévastées. La bataille de Bouvines, ou Ferdinand fut fait prisonnier, mit un terme à ces calamités, et la paix fut rendue à ce malheureux pays pour quelques années. L’église d’Aubigny qui avait tant souffert des suites de la guerre, fut réédifiée. En 1214, Raoul, cardinal-évêque d’Arras,en fit la consécration solennelle et la dédia à Saint-Kilien, dont le corps était alors renfermé dans une châsse recouverte de lames d’argent.

Gaultier de Châtillon laissa à sa mort, 1246, son comté de Saint-Pol et sa seigneurie d’Aubigny à son fils Guy de Châtillon qui fut tué l’année suivante au siège d’Avignon. Hugues Tachon mourut la même année (1227), laissant une fille Alix, mariée à Simon de Clermont, qui devint seigneur d’Aubigny.

La mort de Simon de Clermont et celle de sa femme Alix laissèrent en 1236 la seigneurie d’Aubigny à leur fille Agnès, mariée à Jean Damiens, sire de Vignacourt. L’autre partie du bourg appartenait à la veuve de Gaultier, qui eut pour héritier, en 1240, son fils Hugues de Châtillon, dit le Féal. Ce seigneur donna aux religieux une rue d’Aubigny, dont il leur laissa le libre usage, à charge de conserver un pavé pour aller du cimetière au vivier de Jean Damiens, qui approuva également cette donation.

Damiens avait suivi le roi saint Louis à la croisade. Il mourut devant Damiette en 1249 et laissa la baronnie d’Aubigny à son fils, Dreux de Vignacourt.

Hugues de Châtillon mourut à son tour en 1251 sans postérité, et son frère Guy de Châtillon, héritier du comte de Saint-Bol et de la seigneurie d’Aubigny, épousa Mathilde ou Mahaut veuve de Robert Ier , comte d’Artois; il mourut aussi en Palestine.

Le prieur Jean, mort en 1260, eut pour successeur Walter de Gauchin; un privilège de saint Louis exempta le prieuré des droits de péage et de tonlieu. Le saint roi avait ramené la paix intérieure en France. La justice florissait, et les droits de chacun étaient maintenus et sauvegardés. Les franchises et les faveurs dont Aubigny fut alors gratifié, contribuèrent beaucoup à son développement. La loi établie, il fallait la faire exécuter. A cet effet on créa un corps d’hommes spéciaux, les échevins. Ces fonctionnaires, d’un ordre à la fois administratif et judiciaire, étaient chargés de la police et de l’administration de la ville, et jugeaient tous les différends qui pouvaient s’élever entre les bourgeois. Vers ce temps-là, l’exercice de la justice donna lieu à de. grandes et longues contestations entre les comtes d’Artois et de Saint-Pol. La prise de possession 1269, témoigne de la persistance avec laquelle chacun soutint ses droits. Un accord intervenu en 1271, mit fin à ces conflits.

Aubigny vers le milieu du XIIIè siècle était ville avec enceinte murée, (Castra manentium), échevinage et banlieue. Elle appartenait au comte d’Artois qui la tenait du roi par un hommage séparé, ainsi que les comtés particuliers de la province. Aubigny avait le titre de baronnie et jouissait du droit de franc-marché. C’était le chef-lieu d’un bailliage auquel ressortissaient les villages et hameaux d’Agnières, Berlette en partie, Cambligneul, Capelle, Caucourt, Estrayelles-les-Camblain, Fermont, Gouy-en-Artois, une partie de Savy, Tinçquettes et Villers-Châtel. Les Baillis ou représentants du seigneur, nommaient les échevins et les choisissaient parmi les plus notables et les mieux famés de la commune.

Dreux d’Amiens, sire de Vignacourt et seigneur d’Aubigny, avant de rejoindre saint Louis à la croisade en 1269, vendit sa seigneurie à Florent de Varennes, maréchal de France, qui mourut la même année, laissant un fils, Jean Robert II, comte d’Artois,partant aussi pour la croisade avec son oncle le roi saint Louis, prit sous sa protection les religieux et les biens de l’abbaye de Saint-Éloi et de ses prieurés. Celui d’Aubigny avait acquis en 1270 tous les biens du sieur de Vandelicourt, Henri Dupuich. Pendant l’absence de Robert, les administrateurs de son comté achetèrent pour leur maître à Jean de Vareunes, sa baronnie d’Aubigny. Robert, en sa qualité de fils et héritier de la femme de Guy de Chàtillon, Mathilde, veuve de Robert Ier, comte d’Artois, réunit ainsi toute la seigneurie d’Aubigny. A son retour de la Terre Sainte, ce prince accorda à son beau-père en accroissement de fief qu’il tenait de lui, toute la haute justice et la moitié de la ville d’Aubigny et de toute celle de Bucquoy. Une charte du mois d’avril 1271 confirme cette donation et nomme Étienne du Péage et Jean de Frucourt, tous deux chevaliers, choisis par les intéressés, à l’effet de partager, le plus équitablement possible les fiefs et arrière-fiefs dépendants d’Aubigny, qui jusqu’ici étaient restés indivis entre les seigneurs des deux parties. Celle vers Saint-Pol fut donnée à Guy de Châtillon et passa, par la suite, dans la maison de Bourbon-la-Marche, d’où lui vient le nom d’Aubigny-la-Marche. L’autre partie s’étendant vers Arras, resta la propriété du comte d’Artois, et prit la dénomination d’Aubigny-le-Comte. Le partage eut lieu en janvier 1272. Il fut stipulé dans l’acte de dotation que la partie du côté de Saint-Pol serait tenue du conseil d’Artois, ce qui la soumit à la gouvernance d’Arras. L’autre est restée immédiate à la couronne et dans la juridiction des juges du roi; et, lors de la subrogation du conseil provincial et supérieur d’Ar­tois aux juges de France , elle resta dans le ressort immédiat de ce conseil.

La maladrerie d’Aubigny fut fondée en 1280 avec bénéfice de l’hôpital et une chapelle dédiée à sainte Marie-Madeleine. Cet établissement fut bientôt doté de riches possessions. Nous verrons plus loin quels furent ses revenus au XVIIIè siècle.

Le prieuré, de son côté, reçut de nouvelles donations. Marguerite d’Anvin donna au prieuré 4 mesures 1/2 de terre sises au terroir d’Aubigny. En 1286, Guy de Châtillon gratifia l’église de 60 sols parisis pour la fondation d’un obit annuel, somme qui devait être prise sur le droit de travers.

Gaultier de Gauchin étant mort en 1287, dans un âge avancé, eut pour successeur Jean de Tournay. Le 12 mars 1289, Guy de Châtillon mourut et fut enterré avec sa femme dans la nef de l’abbaye de Cercamps. Son fils, Jacques de Châtillon, seigneur de Leuze, Condé, Aubigny, etc., etc., lui succéda. Il épousa Catherine, dame de Carency, Bucquoy, Duisaos et Aubigny, veuve de Regnault de Chàteauneuf. A l’exemple de Robert d’Artois, il amortit, par ses lettres, toutes les donations de terres et de rentes concernant le prieuré dans le ressort de sa juridiction.

Robert II ayant été tué à la bataille de Courtray en 1302, laissa pour héritier de son comté d’Artois et de sa seigneurie d’Aubigny sa fille Mahaut, mariée à Othon, comte de Bourgogne, Jacques de Châtillon, tué à la même bataille, eut pour successeur son fils aîné, Hugues de Châtillon, dit de Saint-Pol, seigneur de Leuze, Condé, Carency, Aubigny, etc., etc., qui épousa Jeanne de Dongnies. A la mort de Robert, les Flamands envahirent l’Artois et pillèrent le bourg d’Aubigny, en se dirigeant sur Saint-Omer, 1303.

En 1307,Guy de Châtillon maria sa fille aînée,Mahaut,au comte de Valois. Ce dernier inquiéta souvent le prieuré par ses prétentions; on les fit taire moyennant 160 livres. Pendant plusieurs années, Aubigny fut en proie à toutes sortes de fléaux. Les inondations de 1310 occasionnèrent une disette telle que les habitants furent obligés de se nourrir d’herbes. La guerre résultant des différents élevés entre Mahaut, comtesse d’Artois, et son neveu Robert, amena le trouble et la misère, et pour comble de désolation, la peste exerça de grands ravages en 1315. Le prieuré perdit un grand nombre de ses religieux, et Guillaume même, qui avait succédé au prieur André d’Auchy, en fut victime. Il fut remplacé par Nicolas de Duisans.

Mahaut, comtesse d’Artois, veuve d’Odon deBourgogne, mourut en 1329, laissant 200 livres parisis, tant à l’abbaye du Mont-Saint-Éloi qu’aux prieurés de Rebreuve et d’Aubiguy ; sa fille, Jeanne d’Artois, mariée à Philippe le Long, roi de France, hérita de sa seigneurie.

Hugues de Châtillon laissa son comté de Saint-Pol et sa seigneurie d’Aubigny à sa fille Jeanne de Châtillon, dame de Leuze, Condé, Carency, etc., etc., 1334 ; elle épousa Jacques de Bourgogne, comte de la Marche et de Ponthieu, fils puîné de Louis Ier, duc de Bourbon, petit-fils de Saint Louis. Ce nouveau seigneur d’Aubigny fit une ordonnance dans laquelle il accordait au curé et aux échevins la libre administration de la maladrerie.

En 1328, la guerre avec les Flamands recommença et Aubigny fut de nouveau rempli de gens d’armes.

Jeanne, comtesse d’Artois .et dame d’Aubigny, laissa quatre filles (1470), dont l’aînée épousa Odon, duc de Bourgogne ; elle en eut un fils, Philippe, qui mourut du vivant de son père, lais­sant lui-même un fils du même nom, et qui hérita au berceau de la seigneurie d’Aubigny. Philippe, son petit-fils, encore en bas-âge, fut mis sous la tutelle de sa mère, Jeanne, comtesse de Boulogne, et mariée à Jean, roi de France. Il mourut à l’âgé de 15 ans, en 1361, et la seigneurie retourna à sa grande tante Marguerite, veuve de Louis de Nevers, comte de Flandre. Jacques de Bourbon fut tué avec son fils aîné à la bataille de Brigais, près de Lyon, en 1361; son second fils, Jean de Bourbon, marié à Catherine de Vendôme, hérita de la seigneurie d’Aubigny-la-Marche.

Le fils de Marguerite de Flandre, Louis de Maie, hérita du comté d’Artois et de la seigneurie d’Aubigny. Il mourut en 1383, laissant une fille mariée à Philippe le Hardi duc de Bourgogne.

L’armée anglaise, sous les ordres du duc de Lancastre, et les troupes françaises dévastèrent les environs d’Aubigny en 1373.

Un lieutenant anglais, Robert Canolle, après avoir brûle le faubourg d’Arras, vint, au moment de la moisson, à l’abbaye de Saint-Éloi et installa ses soldats à Aubigny. En 1387, le pays fut de nouveau en proie aux excursions de l’armée de France. Les soldats s’emparèrent de tout sans payer un seul denier. L’Angleterre, dont les forces étaient en partie épuisées, proposa des négociations au roi Charles VI ; en 1388, la paix fut conclue et l’Artois fut en repos jusqu’en 1411.

En 1393, Jean de Bourbon mourut, et laissa sa seigneurie d’Aubigny à son fils Jean II, qui épousa Catherine d’Artois.

Philippe de Bourgogne étant décédé en 1405, laissa la seigneurie d’Aubigny-le-Comte à son fils aîné, Jean le Mauvais, duc de Bourgogne et comte d’Artois.

Depuis l’an 1400, la France était en proie aux discordes qui s’étaient élevées entre les princes de la maison royale. L’infortuné duc d’Orléans étant tombé en 1407, sous le poignard dirigé par Jean sans Peur, le parti d’Orléans leva immédiatement une armée nombreuse. Le roi Charles VI ayant recouvré la raison, au moment où on allait en venir aux mains, vint assiéger Arras, en 1414, avec 200 000 hommes. Louis, duc de Bourbon, retranché avec l’avant-garde au faubourg Baudimont, fit piller tous les villages aux environs de ce côté de la ville. Au mois de juillet, il s’empara du prieuré et du vieux château d’Aubigny, dans l’intention d’interrompre toutes communications entre Arras et Saint-Pol. Il y séjourna sept semaines, du 20 juillet au 5 septembre, durée du siège qui finit par être levé à la suite d’un accommodement conclu entre le roi et le duc de Bourgogne, par l’entremise et la médiation de Marguerite de Bourgogne, sœur de Jean et comtesse de Hainaut, et celle de Louis, dauphin de France, gendre de Jean de Bourgogne. Ce séjour fut fort onéreux aux habitants qui perdirent non-seulement leurs moissons qu’ils ne purent récolter, mais aussi leurs meubles et leurs effets pilles par les soldats, campés aux environs. Il y eut même un grand nombre de maisons abattues.

Pendant ce temps de dissensions intérieures, les Anglais n’avaient pas cessé de convoiter l’Artois. En 1415, Henri V étant venu débarquer en Normandie, les ducs de Bar et de Bourbon et le comte de Nevers, voulant l’arrêter dans sa retraite, lui envoyèrenproposer le combat, en assignant pour champ de bataille la plaine située près du bourg d’Aubigny. Le roi accepta ; mais nos généraux attendirent en vain. Il s’était retiré vers Calais en passant par Beauquesne. Ils l’attaquèrent toutefois près d’Azincourt, et là se livra la bataille si funeste,où la France perdit cinq princes du sang, la fleur de la noblesse, et dix mille soldats.

L’assassinat du duc de Bourgogne commis en 1419, par les gens du dauphin, ramena les hostilités un moment interrompues.Son fils, Philippe le Bon, hérita de son duché de Bourgogne, du comté d’Artois et de la seigneurie d’Aubigny. Dès 1422, le sieur d’Harcourt, partisan du dauphin de France, fit plusieurs excursions à Aubigny et emmena avec lui un grand nombre de prisonniers et de chevaux.

Jean II de Bourbon, seigneur d’Aubigny-la-Marche, eut pour héritier, en 1436, son troisième fils, Jacques de Bourbon, qui épousa Antoinette de la Tour en 1442. Le décès de Philippe le Bon, qui eut lieu à Bruges en 1647, laissa la seigneurie d’Aubigny-le-Comte à son fils Charles le Téméraire. Ce prince se montra tout dévoué aux intérêts de l’abbaye et de ses moines ; il les prit sous sa sauvegarde et leur fit restituer jusqu’aux moindres choses qu’ils avaient pu perdre ; il prit de plus sous sa protection toutes les censés et les serviteurs du monastère.

La guerre dite du bien public, commencée en 1463 entre Charles le Téméraire et Louis XI, se continuait avec acharne­ ment. Les deux princes cherchaient réciproquement à s’approprier de nouvelles provinces. En 1475, les Français vinrent aux environs d’Aubigny avec un grand nombre de paysans armés de faucilles et de fléaux, et leur firent scier les épis et battre le grain qu’ils emportèrent. La mort du duc Charles, tué en 1477, délivra le roi de France de son plus terrible ennemi. Louis XI qui convoitait son héritage, vint s’emparer de l’Artois, laissant à Aubigny, comme partout sur son passage, des traces de sa cruauté.

L’opposition faite par Marie de Bourgogne, héritière de Charles le Téméraire, aux prétentions de Louis XI et bientôt après son mariage avec l’archiduc Maximilien, alliance qui devait faire passer le comté de Flandre et d’Artois dans la maison d’Autriche, excitèrent le ressentiment du roi de France et devinrent le signal de nouvelles guerres, dont Aubigny eut beaucoup à souffrir. Ce bourg vit revenir de mauvais jours, qui le plongèrent de nouveau dans le deuil et la désolation. A la tranquillité dont il jouissait depuis quelque temps, succéda une série de malheurs qui amenèrent sa décadence complète. Après la bataille d’Enguinegatte, en 1479, la contrée fut ravagée par les troupes de l’archiduc d’Autriche.

Marie de Bourgogne étant morte en 1433,laissa pour héritier son fils Philippe, qui devint seigneur d’Aubigny-le-Comte, tandis que Charles de Bourbon héritait de la seigneurie d’Aubigny-la-Marche.

Antoine de Crève-cœur, gouverneur d’Artois et d’Aubigny-le-Comte, obtint, par lettres du 20 juin 1490, pour Jean de Crève-cœur, son fils, la survivance de sa charge.

La trahison de Jean Lemaire, dit Grisard, ayant livré la ville d’Arras à l’archiduc Philippe, les Allemands et les Bourguignons se plaignant de ne pas être régulièrement soldés , se répandirent dans les environs. Ils se présentèrent un jour devant Aubigny avec de l’artillerie. Les habitants se réfugièrent dans l’église, emportant avec eux leurs objets les plus précieux. Déjà les assiégeants battaient la muraille en brèche, lorsque les malheureux réfugiés désespérant de leur salut, implorèrent saint Kilien. L’histoire rapporte que les pillards furent saisis tout à coup d’une terreur panique et se retirèrent sans rien emporter. Il n’y eut même personne de tué ni de blessé. On attribua cette délivrance miraculeuse à l’intercession du saint patron.

En 1501, le prieur Jean de Nédonchel acheta à Aubigny, moyennant 200 livres, 15 mesures de terre, nommées l’enclos Bérotte, tenues en fief du comte d’Artois, à cause de son château d’Aubigny. Cet achat fut amorti par l’archiduc Philippe. Le moulin et le vivier du prieuré furent baillés en arrentement, en 1502, par l’abbé de Saint-Éloi, à Collart-Cassin, moyennant un canon annuel de 9 mencauds de blé et 100 coupes; on lui imposa en plus la condition de rebâtir le moulin et de payer une rente due aux seigneurs d’Aubigny et au sieur de Savy. En 1525, Jean de Nédonchel fit restaurer l’église d’Aubigny et construire un appartement avec dépendances près du dortoir du prieuré.

La nouvelle châsse de saint Kilien avait été renouvelée en 1507 ; l’évêque Asson y renferma la tête et la plus grande partie des ossements du saint, avec une parcelle de la vraie croix.

Charles de Bourbon étant mort en 1512, laissa deux fils, Bertrand et Jean, qu’il avait eus de Catherine d’Alègre, sa femme.

L’un d’eux eut une fille, Isabeau, qui épousa, le 11 février 1616, François d’Essars, seigneur de Vauguyon, qui devint aussi seigneur d’Aubigny-la-Marche. En 1528, il vendit cette seigneurie à Pierre de Habarcq, gouverneur d’Artois et capitaine des gardes de l’empereur. Charles-Quint, moyennant la somme de 8,000 livres.Ce dernier mourut en 1530, laissant pour héritier son fils Pierre II de Habarcq.

A l’époque de l’établissement du conseil provincial d’Artois, les officiers furent solennellement investis de leurs charges à Aubigny par les abbés de Saint-Vaast et de Saint-Éloi.

L’armée du roi de France passa, en 1537, à Aubigny en allant au secours de Saint-Pol, menacé par les troupes de Charles-Quint. Rappelé à Paris par suite d’une intrigue amoureuse avec la duchesse d’Étampes, François Ier abandonna cette ville qui ne tarda pas à être prise et pillée. Dès le 8 juin, l’armée impériale arriva à Aubigny et y coucha. Trois jours après, Saint-Pol était enlevé d’assaut et 4,000 Français y trouvaient la mort, Pierre II de Habarcq étant mort sans enfants, 1538, sa sœur, Marie de Habarcq, hérita de la baronnie d’Aubigny-la-Marche.

Elle épousa Gilles de Lens, seigneur d’Aix, qui devait réunir, en 1560 les deux seigneuries. En effet, Charles-Quint, après le traité de paix signé à Crépy, ayant besoin de nombreux subsides pour la guerre d’Allemagne, lui vendit la seigneurie d’Aubigny-le-Comte , moyennant une somme considérable. Ce seigneur, nommé colonel de 12 compagnies wallonnes au service du roi d’Espagne, s’intitula baron des deux Aubigny, seigneur de Ha- barcq, etc.

En 1548, le prieur Philippe de Marconnelle fit rebâtir à neuf une grande partie des bâtiments du prieuré, du côté de la rivière.

En 1515, le mayeur d’Aubigny défendit aux habitants de comparaître aux citations de l’official d’Arras.

Gilles de Lens, baron d’Aubigny et gouverneur de Béthune, obtint, en 1564, du roi d’Espagne, que le conseil d’Artois fut saisi des abus que commettaient les échevins d’Aubigny dans l’administration de la maladrerie; il en obtint un règlement qui mettait ses biens à l’abri de toute déprédation. A sa mort, la baronnie d’Aubigny passa à son fils, Gilles de Lens (1578). Cette année, le bourg tout entier faillit devenir la proie des flammes.

Le 10 août, une pauvre femme demeurant rue du Château, mit, par imprudence, le feu à sa chaumière; favorisé par le vent, l’incendie se propagea rapidement. Il attaquait déjà le clocher, et l’église aurait été brûlée sans l’énergie et le dévouement de sire Adrien Duquesnoy, alors curé. Les habitants perdirent leurs récoltes; le prieuré seul fut épargné.

Le chapelain, S. Noël Sueur venait de remplacer Regnault Pingrelon, en 1584, lorsque les Cambraisiens vinrent piller le bourg et enlevèrent tous les bestiaux des religieux. Le nouveau prieur obtint du baron d’Aubigny, Gilles de Lens, l’autorisation d’établir des fossés et flégards autour du prieuré, et-, par un échange conclu avec les échevins d’Aubigny, le 2 décembre 1593, il en agrandit l’euclos.

La guerre se poursuivait toujours en Artois. Les Français vinrent camper à Aubigny, et, trois ans après, le bourg fut livré au pillage par les troupes du maréchal de Biron. Pendant ce temps de troubles, les habitants et les religieux d’Aubigny quittèrent plusieurs fois leurs demeures, et pendant l’absence des moines, les viviers furent comblés et convertis en prairies.

La paix de Vervins, conclue en’1598 entre Henry IV et Philippe II, ramena la tranquillité dans cette contrée, et la châsse de saint Kilien, qui avait été portée à Arras en lieu sûr chez la sœur du prieur, fut rapportée à Aubigny. En 1606, une inondation considérable causa de grands dégâts dans le bourg et le prieuré.

Gilles II de Lens mourut en 1611, laissant sa seigneurie à sa fille aînée, mariée en secondes noces à Charles, comte d’Egmont.

L’Artois absorbé par la domination espagnole, perdait chaque jour sa nationalité. De 1600 à 1630 aucun événement militaire important ne se passa à Aubigny. Le 8 août 1612, par l’imprudence d’un valet de charrue, le feu prit à l’écurie et consuma tous les bâtiments du monastère : récoltes, bestiaux, tout fut perdu. Il fallut deux ans pour reconstruire le corps de logis et les bâtiments ruraux, et encore ce ne fut qu’avec l’aide de l’abbé de Saint-Éloy qu’on y parvint.

Diverses acquisitions de marais et de terres, la bénédiction d’une cloche, quelques réparations à l’église, en 1618, la restauration d’un mur de clôture, en 1619, signalèrent les premières années de l’administration du prieur Abel Cornet. Du consentement des habitants, il dut relever, en 1621, le pont du prieuré qui, par son peu d’élévation au-dessus du niveau de l’eau de la rivière,occasionnait de fréquentes inondations préjudiciables au monastère. L’abbé de Saint-Éloy vint à Aubigny, en 1624, pour consacrer :

1° le grand autel de l’église d’Aubigny, en l’honneur de saint Kilien; l’autel dé la chapelle, en l’honneur de la Sainte-Vierge ; celui où reposent les reliques du saint patron; l’autel de la paroisse, qu’il dédia à sainte Anne.

Le prieur sire Albert Cornet fit de grandes dépenses, en 1626, pour la reconstruction du réfectoire, des cuisines et d’un grand nombre de chambres hautes et de salles basses. L’année suivante, une nouvelle inondation envahit la brasserie et les bâtiments attenants.

En 1631, il se fit un accord entre l’abbé du Mont-Saint-Éloy. Dorémieux et la dame d’Aubigny, Marie de Lens, au sujet de l’élection des échevins d’Aubigny. Il fut stipulé que le curé d’Aubigny ni ses successeurs ne pourraient prétendre à aucune juridiction audit échevinage concernant cette élection. La liste des candidats devait lui être représentée. Sur 10 membres, il pouvait en proposer 3, et 2 seulement sur 9. Aussitôt son choix fait, il devait renvoyer le bulletin au bailly ou à son lieutenant à qui le choix des autres était réservé.

Richelieu ayant décidé Louis XIV à déclarer la guerre à l’Espagne, les Français vinrent dans les Pays-Bas,-en 1635. Les Espagnols avaient envahi la Picardie; le roi de France, usant de représailles, ordonna au maréchal d’Estrées de pénétrer en Artois.

Le 23 janvier 1636, de Rambures, gouverneur de Doullens, sortit de cette place avec un nombreux détachement et arriva le lendemain à la pointe du jour devant Aubigny. Il laissa une partie des troupes sur la route d’Arras pour prévenir toute surprise et arrêter les fuyards. Les enfants perdus de la citadelle, soutenus par le capitaine Famechon et les dragons de Séguier qui avaient mis pied à terre, vu les difficultés du terrain, fondi­rent sur le bourg et furent suivis par l’infanterie française.

Ayant repoussé les hommes de garde à la barricade, Rambures marcha droit à la maison de ville, où était logé le comte Espagnol, chef de la garnison.

Ce dernier, l’épée à la main, en défendait l’entrée, pendant que sa femme cherchait à se cacher. Le comte et ses gens ayant été renversés et blessés, Calais, l’un des lieutenants de de Rambures, prit un des drapeaux, l’autre fut enlevé par un soldat de la citadelle. Ils coururent ensuite à l’église où les Espagnols s’étaient réfugiés; ils firent sauter la porte à l’aide d’un pétard et tous ceux qui s’y trouvaient, furent tués ou faits prisonniers ; d’autres se précipitèrent dans la Scarpe où ils furent noyés.

Les deux compagnies qui composaient la garnison espagnole d’Aubigny, perdirent 200 hommes.

En 1640, après la prise d’Arras, le maréchal de Châtillon resté seul pour commander les troupes françaises dans l’Artois, séjourna trois semaines à Aubigny, et vint loger deux jours à Habarcq, dans le château du comte d’Egmont. Trois ans après (1643), Duvivier fut envoyé contre les troupes de la garnison de Béthune qui, dans une sortie,étaient venues jusqu’à Aubigny. Elles étaient déjà reparties ; lorsque les Français arrivèrent. Ces derniers emmenèrent avec eux une grande quantité de prisonniers et de bestiaux.

Lors du siège d’Arras en 1654, le maréchal d’Hocquincourt envoyé par Louis XIV, après la prise de Stenay, au secours de Turenne, vint établir ses retranchements à Rivière. Ayant appris

que le comte do Boutteville était parti au-devant d’un grand convoi venant de Lille.et était obligé de passer par la route de Saint-Pol, (toutes les autres voies de communication lui étant fermées), nos deux généraux volèrent à sa rencontre et traversèrent Aubigny où ils firent un grand nombre de prisonniers.

L’un d’eux lui ayant dit que le convoi était resté à Aire, ils se rapprochèrent des lignes françaises.

Pendant la bataille de Lens qui porta, en 1656, le dernier coup à la domination espagnole, l’aile gauche de l’armée de Turenne à la poursuite des troupes Autrichiennes, s’était répandue aux environs d’Aubigny ; lui-même vint y camper.

La guerre, dite de succession, vint plus tard troubler la paix que le traité de Rieswick avait fait renaître en 1698. Les princes alliés, Eugène et Malborough, reprirent quelques villes de l’Artois. Pendant le siège de Béthune de 1710, le maréchal de Villars poursuivit les troupes Autrichiennes jusqu’aux environs d’Aubigny. Ce fut le dernier événement militaire dont Aubigny fut le théâtre.

Les sièges, prises ou occupations diverses que cette localité eut à subir, sont un témoignage incontestable de son ancienne importance. Après tant de désastres, cet éclat passager disparut bientôt, et ce n’était plias qu’une place ouverte au XVIIIè siècle.

En creusant la tombe du prieur Jean Accolet, mort en 1688, on découvrit une urne de plomb portant cette inscription.

« Cy git le cœur de Messire Pierre de Habarcq, à marier, âgé de 27 ans, seigneur dudit lieu, baron dudit Aubigny, fondateur de céans, qui trépassa le 28 février 1530. »

Le vaste et beau château de Bourbon fut démoli en 1691 ; il s’élevait à l’endroit encore appelé de nos jours le Bourbon. Au commencement du XIXè siècle, en labourant, on en découvrit les caves. Le terrain était donné en arrentement à la charge d’y entretenir à perpétuité un monument équivalant au moins à moins à 50 florins, ce qui fut loin d’être exécuté. Saint Louis en fut possesseur,il passa depuis dans la maison d’Egmont.

Charles, comte d’Egmont, duc de Gueldre et de Saluces, prieur de Gavres et du saint Empire, Grand d’Espagne, et chevalier de la Toison d’or, seigneur d’Aubigny, mort en 1620, eut pour héritier son fils Louis, prince de Gavre, marié à la comtesse de Berlaymont qui mourut en l644, laissant sa baronnie d’Aubigny à son fils,Philippe. Ce dernier épousa Marie-Ferdinande de Croy.

Son frère, François Procope d’Egmont, hérita de la seigneurie d’Aubigny, et mourut de la dysenterie à Fraga, en Catalogne, 1709. Sa sœur et héritière Angéline d’Egmont, épousa Nicolas Pignatelli, duc de Bisachia grand d’Espagne, chevalier de la Toison d’or, et général des armées du roi d’Espagne, au royaume de Naples.

Avant d’entrer dans les longues discussions qui s’élevèrent au XVIIIè siècle entre les comtes d’Egmont et le prieuré d’Aubigny, jetons un coup d’œil sur l’état de la justice et des finances de cette localité au commencement de ce siècle.

En 1720, il y avait plusieurs justices et juridictions au bourg d’Aubigny.

1° Un échevinage composé d’un mayeur, de quelques échevins, d’un procureur pour office, d’un greffier, de quelques sergents, le tout à la nomination du comte d’Egmont. Cet échevinage ressortait au siège de la gouvernance d’Arras.

2° Le siège des baronnies d’Aubigny, composé d’un bailly ou lieutenant, d’hommes de fief, d’un procureur pour office, d’un greffier et de quelques sergents. Tous les hommes de fief étaient à la nomination du comte d’Egmont. Ce siège était du ressort médiat et immédiat du conseil d’Artois, par le canal de la gouvernance et du bailliage d’Arras. Quoique les deux baronnies fussent réunies dans la personne de Gilles de Lens, cependant elles ont conservé jusqu’à la fin du XVIIIè siècle leurs mouvances et juridictions distinctes, conformément au partage du mois de janvier 1272.

Liste des lieux qui, en 1741, étaient dans la haute justice d’Aubigny-la-Marche, ressortissant à la gouvernance d’Arras.

Ambrines (partie).

Bailleulmont.

Barly-Fosseux (partie).

Beaurepaire (la seigneurie de).

Béthonsart (partie)

Berlencourt (partie).

Berlette (le grand).

Béthencourt

Capelle.

Doffinés (partie).

Estrées Blanche (id).

Le Fermont (id).

Givenchy-le-Noble (id).

Gouy-en-Artois (id).

Habarcq (id).

La Hayette, censé.

Hermaville.

Hermin (partie).

Humbercamps (id).

Izel-les-Hameaux (id).

Lignereuil (id).

Loeval, fief en Barly.

Loeval, fief en Gouy.

Manin.

La Marche (fief considérable en Gauchin-Legal).

Pommier (partie).

Pont du Gy.

Savy.

Sars-les-Berlencourt.

Tincquette (partie).

Thilloy-lez-Hermaville.

Villers Brûlin (partie).

Vilerel.

Wandelicourt.

Ugy.

Liste des lieux qui, en 1741, étaient dans la haute justice d Aubigny-le-Comte, bailliageressortissant du conseil provincial d’Artois :

Acq, (la seigneurie).

Agnez (70 habitants 1774).

Agnières, 147.

Auchel, 200.

Béthonsart (partie) 175 pour la seigneurie d’Eustache Ricard.

Bavincourt 304.

Beaumônt (le petit).

Berlette (id).

Calonne Ricouart (partie).

Courcelles le Comte.

Cours.

Estrayelles.

Frévillers.

Frévin Capel.

Gauchin le Gai, (partie).

Guestreville (id. avec Arras).

Gouy en Artois (id).

Manin (id).

Houvelin.

Louez.

Loeval (fief en Barly Fosseux).

Loeval (fief en Gouy en Aartois).

Magnicourt en Comté (partie).

Manin.

Mingoval.

Montenescourt.

La Motte-les-Quiéry (seigneurie).

Pingehem.

Quiéry-les-Douai.

Sapignies (le château et la seigneurie).

Tincques.

Tincquettes (partie).

Villerel (id).

Wagnonlieu (id).

Warlus.

3° La justice et seigneurie vicomtière et au-dessous du prieuré dans le bourg et terroir d’Aubigny, amortie et ressortissant au château d’Aubigny-la-Marche ; elle était composée d’un bailly et d’un lieutenant, d’hommes de fief et cottiers, d’un procureur pour office, d’un sergent et de plusieurs officiers. Tous étaient à la nomination du prieur d’Aubigny, sauf les hommes de fief. Le prieur avait droit d’infliger l’amende de 60 sols et au-dessous ; il pouvait de plus tenir cour et plaids ordinaires et les hommes féodaux et cottiers étaient tenus d’y comparaître, le cas échéant, n’étant nullement soumis à l’échevinage d’Aubigny. Toutefois les comptes de l’église étaient assujettis à l’approbation et à la vérification du corps échevinal.

Le 21 octobre 1697, le conseil d’Artois rendit une sentence contradictoire entre le prieur curé d’Aubigny d’une part, et de l’autre les mayeur, échevins et marguillers d’Aubigny, et le comte d’Egmont qui était intervenu dans la cause. Le jugement porte que les comptes de l’église seront présentés au curé le premier, qu’il les signera d’abord, puis les communiquera aux mayeur, échevins, etc., etc. La décision ajoute que le curé retiendra une clef du coffre de l’église conjointement avec les mayeur, échevins et marguilliers qui conserveront la seconde.

Voyons maintenant quel était l’état financier d’Aubigny au XVIIIè siècle.

Le territoire d’Aubigny, en 1757, représentait un revenu de 2415 liv. 16 s. 2 d. Son étendue était de 1250 mesures 19 quartiers 9 verges 1/2 de terres labourables, 79 mesures 24 verges de manoirs et 3 mesures de marais. Les revenus du seigneur se composaient d’arrentements, de droits d’affouages, rentes, etc., etc. Ils s’élevaient à 234 liv. .10 s. 2 d., en 1749. Les revenus du comte d’Egmont à Aubigny-le-Comte et Aubigny-la-Marche, consistaient :

1° En censives, y compris l’arrentement de moulins à vent,

463 liv. 10 s. 1 d. 2° En droits seigneuriaux, 400 liv.

Soit 863 liv. 10 s. l d.

Dès l’an 1670, le sieur Antoine Dubois, écuyer, seigneur de Duisans, conseiller ordinaire du roi au conseil d’Artois, était bailly général des deux Aubigny, représentant le comte d’Egmont.

Le prieuré, à cause de sa justice et seigneurie vicomtière dans Aubigny, y avait plusieurs rentes seigneuriales (Rôle de 100 me ). Il avait un four banal, nommé le four Killien, qui fut souvent loué par les prieurs aux habitants. Il était amorti et les tenanciers du prieuré résidant à Aubigny étaient obligés d’aller y cuire leurs farines, pâtes et victuailles, sous peine de se les voir confisquer et de payer une. amende d e . 60 sols parisis. Le prieuré avait aussi droit au cours de l’eau et aux ventaires sur la rivière de la Scarpe, aussi loin que s’étendait la seigneurie foncière, afin de faire flotter ses prés et de remplir son vivier au besoin. Il devait avoir à son profit tous les clains et saisines entre les bornes de la susdite seigneurie. Si l’un de ses tenanciers ne venait pas payer ses fermages au jour fixé par le prieur ou son receveur, il encourait une amende de 2 sols 3 deniers. S’ils tenaient taverne ou cabaret en leurs maisons, ils devaient un droit de forage, te.l que deux lots par chaque tonneau de vin, bière ou autres liqueurs qu’ils vendaient.

Quand un manoir, une terre ou quelque héritage passait d’une main dans une autre, par vente, décès, échange, transport ou autre aliénation, il était dû au prieuré, pour son droit seigneurial, le sixième denier de la valeur de l’immeuble, et les officiers du monastère étaient chargés de cette estimation. En cas de mort ou de changement d’héritiers, le prieur avait droit à une année de revenu sur trois, encore pouvait-il choisir, la meilleure. En 1158, il possédait toute la dîme de cette localité, le four banal., et les autels et dîmes d’Izel-les-Hameaux, Givenchy, Lignereuil, La Chapelle, Savy, Magnicourt-en-Comté, Warlincourt et une partie d’Auchel. En 1698, ces revenus étaient de 3000 liv (BIGNON, Mém. sur l’Artois). Le registre des 20es de 1757 de la commune d’Aubigny, nous donne un chiffre de 1431 liv. 10 s. de revenus ou biens fonds pour le prieuré. En 1759, la seigneurie foncière consistait en 3 mesures de manoir amazé, basse-cour et jardin.

La maladrerie d’Aubigny, en 1712, avait un revenu de 722 ljv. 43 s., plus 3 mencauds et 1 septier de blé, 19 mencauds d’avoine et 3 chapons. Cette maladrerie subsista jusqu’à la Révolution française, sous la dénomination d’hôpital. A la suite de procès ‘réitérés entre les échevins et le prieur curé d’Aubigny, la régie de ses biens fut enlevée aux prieurs. En 1714, une sentence du Conseil d’Artois obligea les administrateurs de rendre leurs comptes à l’évêque d’Arras et à l’intendant d’Artois. En 1784, cet hôpital était administré par les officiers des deux justices d’Aubigny. L’aumônier était M. Froissart , et le médecin, M. Toursel.

Outre les dîmes et les redevances seigneuriales, il y avait encore l’impôt de la taille, la capitation, les taxes des 10 es J 20 es et 100 es, la corvée et l’impôt sur le sel. L’établissement du cadastre et des contributions directes, vers la fin du XVIIIè siècle, amenèrent de grandes modifications dans les charges dont Aubigny était grevé. Dès 1807, nous y trouvons un rôle de 285 contribuables, supportant un impôt de 5298 francs. Ce chiffre s’éleva à 5716 en 1816; en 1828, il est de 4200, et en 1879 le montant des rôles d’Aubigny est de 9542 francs.

Nous avons laissé comme dernier seigneur d’Aubigny le comte Nicolas Pignatelli d’Egmont, et, à la tète du prieuré, sire Joseph Deleuvacq. Ce dernier étant tombé malade, en 1715, fut remplacé jusqu’en 1720 par sire Thomas Poulain. Il eut à présenter et à soutenir un grand nombre de requêtes au sujet de la dîme de bois dans le bourg d’Aubigny. Il fut remplacé, en 1721, par sire Albert Prévôt auquel succéda, en 1729, sire Antoine Damiens.

En 1714, Procope-Charles-Nicolas Pignatelli, comte d’Egmont, succéda à son père. II fut marié à Henriette de Darfort, fille du comte de Duras et mourut en 1743, laissant sa seigneurie d’Aubigny à son fils Guy-Félix d’Egmont, marié à Aimable-Angélipue de Villers.

Ici commencent les longues discussions qui s’élevèrent entre le comte d’Egmont et le prieuré au sujet de la seigneurie du chœur. L’ancienne église d’Aubigny renfermait :

1° un chœur avec un autel particulier pour les offices des religieux ; ils entraient par le cloître, et au-dessus de l’autel était la châsse de saint Kilien ;

2° au bas du chœur et dans la nef, un autre autel particulièrement destiné aux paroissiens, où le curé disait l’office divin, prières, messes, vêpres, saluts, et donnait la bénédiction sans pouvoir entrer à cet effet dans le chœur des religieux. Chaque autel avait ses vases sacrés et ornements particuliers. Les moines prétendaient être seigneurs du chœur et de l’église, parce que tous deux étaient bâtis sur le mouvant d’un fief qui leur appartenait. Les officiers du comte d’Egmont soutenaient que les droits honorifiques dans le chœur et dans l’église paroissiale étaient dus au seigneur qui en avait toujours joui jusqu’au jour où les religieux étaient venus le lui contester. Une fouille fut faite dans l’église par autorité de justice et malgré les protestations du prieuré. On découvrit au pied de la balustrade un marbre avec l’épitaphe d’un ancien seigneur portant cette inscription péremptoire « Seigneur de l’église. »

Le 8 août 1731, le conseil d’Artois rendit une sentence par laquelle le seigneur comte d’Egmont obtint le droit de porter le titre de seigneur de l’église, et de jouir de tous les droits honorifiques et de prééminence dans ladite église et dans le chœur. Ces droits consistaient à être recommandé le premier aux prières publiques du prône, avec le titre de seigneur et de fondateur ; d’être inhumé dans le chœur, d’avoir l’encensement par trois fois, d’avoir la présentation de l’eau bénite avec le goupillon, et la présentation des comptes de la fabrique, d’aller le premier à l’offrande et à la procession ; enfin de recevoir également le premier l’eau bénite et le pain bénit.

Cette affaire fut portée, en 1738, devant le conseil supérieur à Paris et fut jugée en faveur du comte d’Egmont. Le prieur Damiens qui s’était rendu dans la capitale pour défendre les intérêts du prieuré, y mourut. Il fut remplacé par sire Claude de Vey, en 1738. En 1745, le comte d’Egmont reconnut la seigneurie foncière du prieur dans l’enclos du monastère. Une transaction eut lieu entre eux, en 1748 ; les religieux restèrent seigneurs du chœur, et laissèrent le seigneur eh possession de ses droits honorifiques dans l’église et dans le bourg. Une condition fut ajoutée : celle de rebâtir l’église aux frais du prieuré, sans pouvoir exiger la moindre subvention du comte d’Egmont.

En effet, cette église menaçait une ruine prochaine, les bâtiments du prieuré n’étaient guère plus solides; le prieur Paul Tabary, qui avait succédé à sire Claude de Vey, après avoir achevé l’église communale, fit construire sur une éminence voisine un nouveau prieuré distant de l’ancien d’environ 300 pas , dans l’emplacement qu’occupe aujourd’hui l’hospice appartenant à la commune. L’habitation des religieux n’est plus telle qu’elle était autrefois, avant leur dispersion. Après la Révolution, les. bâtiments furent occupés par une filature; il n’est resté que le corps de logis qui est régulièrement bâti, mais sans architecture.

On y remarque de magnifiques couloirs et une terrasse où l’on peut circuler en voiture. On a fait disparaître les deux ailes dont l’une renfermait la chapelle et dont l’autre servait à recevoir les étrangers. Le prieur Tabary y adjoignit une petite chapelle pour l’usage particulier des religieux.

L’église fut réédifiée presque entièrement en pierres de taille sur les anciennes fondations. On négligea d’y adjoindre un presbytère destiné à l’habitation du religieux chargé des fonctions de curé. On construisit tout à fait près de la porte un petit logement où le portier devait se tenir jour et nuit, afin de prévenir le curé au moyen d’une sonnette. Pendant la démolition et la reconstruction de l’église paroissiale, travaux qui durèrent deux ans, la châsse de saint Killien et tous les ornements de l’église avaient été déposés au prieuré.

Les religieux se disposaient à aller prendre possession de leur nouvelle habitation, vers le mois de septembre 1751, lorsque les habitants d’Aubigny se réunirent le dimanche 22 août, au sortir des vêpres, dans l’intention d’enlever de vive force la châsse de leur saint patron d’entre les mains du prieur. Ils vinrent donc au nombre de 300 environ, et ayant à leur tète les officiers de justice, assaillirent sire Paul Tabary dans un chemin creux conduisant de l’ancien au nouveau prieuré. L’ayant entouré, ils forcèrent le domestique qui l’accompagnait à leur livrer la clef de la chambre où cette châsse était déposée. Quelques-uns vinrent la prendre et la transportèrent dans le chœur de leur nouvelle église. Les religieux effrayés, craignant de perdre la possession de ces reliques, dont ils revendiquaient la propriété, et voulant éviter que la translation de cette châsse n’amenât de nouvelles profanations et un scandale public, obtinrent de l’abbé du Mont-Saint-Eloy l’autorisation de la transporter à l’abbaye pour la mettre à l’abri de nouvelles violences de la part des habitants.

Cette translation eut lieu le 4 septembre 1751, jour où les religieux vinrent habiter le nouveau prieuré.

Dès le lendemain, 5 septembre, les habitants ne voyant plus la châsse dans leur église, s’ameutèrent de nouveau, et tous sans distinction d’âge, ni de sexe, ni de qualité se ruèrent dans l’enceinte du prieuré. Leurs cris furieux épouvantèrent les religieux, et le prieur se réfugia dans sa chambre, dont il ferma la porte à double tour. Ce faible obstacle fut bientôt renversé par les mutins ; ayant enfoncé la porte à coups de hache, ils se précipitèrent sur le malheureux Tabary, en vociférant des menaces et des blasphèmes. A force d’instances et de supplications, il parvint à les calmer et en obtint grâce à condition d’écrire en leur présence une lettre à l’abbé, pour-le prier de renvoyer la châsse de saint Kilien.

Après lui avoir fait recommencer trois fois cette missive, cinq d’entre eux s’en emparèrent et partirent dans une voiture la porter à l’abbé de Saint-Éloy. Ce dernier leur répondit tranquillement que s’ils croyaient être en droit de posséder la châsse de saint Kilien. ils n’avaient qu’à s’adresser à la justice et qu’il s’en rapporterait à la décision des juges. Les envoyés ayant fait connaître à leur retour cette proposition, elle ne fut pas goûtée.

Les mutins voulurent se faire justice eux-mêmes; ils contraignirent le prieur à monter en voiture pour aller chercher lui-même l’objet de leurs contestations à l’abbaye, lui faisant les plus cruelles menaces, s’il ne le rapportait pas.

Le 6 septembre, sire Gruyelle, grand prévôt de Saint-Éloy, vint à Aubigny dans le but d’apaiser les séditieux par des propositions pacifiques ; à peine était-il descendu de cheval, que les deux religieux retenus au prieuré lui conseillèrent de retourner bien vite à Saint-Éloy, s’il ne voulait être lui-même victime; il écouta ce conseil et fut même poursuivi jusqu’à Agnières. Cette précaution ne fut pas inutile, car l’émeute recommença de plus belle, malgré un renfort de douze grenadiers envoyés

d’Arras par Fernand de Filliencourt, lieutenant du roi, pour contenir les séditieux ; ils continuèrent à inquiéter le prieuré, poursuivant de leurs menaces les religieux et les accablant d’injures les plus grossières; cette révolte dura sept jours. On alla même jusqu’à tirer la nuit des coups de fusil contre les bâtiments du prieuré.Le 6 septembre, sire Ansart, notaire royal et bailly d’Aubigny pour le compte d’Egmont,proposa un accommodement.On convint que l’on partagerait les reliques, dont une partie resterait au pouvoir du prieur, tandis que l’autre serait remise dans la châsse aux habitants.

Le prévôt de la maréchaussée instruit de tout ce tumulte, en porta plainte à la cour qui dirigea des poursuites contre quatorze habitants d’Aubigny ; les religieux adressèrent une enquête au conseil provincial d’Artois, dans laquelle ils demandaient à être mis sous la sauve-garde du roi et sous la protection de la cour. Leurs plaintes furent écoutées, et il fut défendu aux habitante de porter la moindre atteinte à la personne et aux possessions des membres du prieuré.

Sur ces entrefaites, sire Kilien Gruyelle fut nommé à la place de sire Paul Tabary. Le nouveau prieur présenta au conseil d’Artois une requête dans laquelle il demandait que les reliques et la châsse de saint Kilien, étant la propriété des religieux, fussent replacées dans la chapelle avec toute la pompe et la solennité possible, réclamant punitions exemplaires et amende de 3,000 francs contre celui qui oserait commettre la moindre violence à ce sujet. Par sentence du 9 avril 1753, la cour adjugea au prieur d’Aubigny la châsse dans laquelle repo­saient les reliques , et ordonna qu’elle fut restituée au prieur pour être placée dans la nouvelle chapelle du monastère, défendant aux habitants d’Aubigny d’y apporter le moindre empêchement. Cet ordre fût exécuté: mais le 13 novembre suivant, premier jour de la neuvaine de la fête de Saint-Kilien, plusieurs personnes s’introduisirent dans cette chapelle, s’emparèrent de la châsse et l’emportèrent dans l’église paroissiale. Les accusés Lefebvre Marie-Catherine, femme de Michel Dallue, et Rosalie Defurnes, servante chez Renard-Desaulty, voiturier, furent condamnées à payer une amende de 200 livres et les frais du procès.

Le 11 décembre suivant, une décision du conseil d’Artois fit de nouveau réintégrer la chasse dans la chapelle en présence d’un des huissiers de la cour,assisté de deux records qui en dressèrent procès-verbal, et une nouvelle et entière défense fut faite aux habitants du bourg de s’opposer en aucune manière à cette translation. Elle eut lieu le 5 mai 1765, en présence des religieux réunis dans la cour du nouveau prieuré. La châsse fut déposée dans la chapelle et exposée à la vénération des fidèles.

Le prieur Killien Gruyelle fut remplacé le 19 février 1768 par Sire Guislain Decroix qui eut à soutenir un long procès au sujet de la construction du chœur de l’église de Frévillers. A sa mort en 1783, sire François Bulteau fut appelé à’ l’administration du prieuré qu’il conserva paisiblement jusqu’en 1786. Sire Vaast Déhée lui succéda. Ce dernier eut de longs démêlés avec les habitants du bourg au sujet de la démolition du pont et de la galerie située entre le jardin et la prairie du prieuré.

Depuis 1753, la baronnie d’Aubigny appartenait à Casimir Pignatelli, comte d’Egmont, qui avait succédé à son frère. Il dut émigrer à la Révolution de 1793, et le 12 prairial an III ses biens furent vendus publiquement. Ce fut le dernier seigneur d’Aubi­gny.

Le 2 novembre 1789, la vente des biens ecclésiastiques fut dé­crétée et le 13 février 1790, les ordres religieux furent abolis. Ce décret n’épargna pas le prieuré d’Aubigny et les chanoines fu­ rent dispersés.

Les l7 mai et l5juin l791, les terres du prieuré situées sur Aubigny, furent vendues 28,710 livres et celles situées aux environs 6,000 livres, (7 germinal an III). Les bâtiments du monastère et l’enclos furent adjugés, le 9 prairial suivant, 92,000 à Fidèle Bocquet, notaire à Arras.

Pendant la guérie de 1870 Aubigny, fut visité par une colonne allemande. Le mercredi 28 décembre , quatre hussards traversent la commune sans presque s’arrêter; mais le lendemain, à huit heures, quinze cavaliers venaient occuper les diverses issues et l’on voyait arriver bientôt un corps d’au moins 2,500 hommes avec 1,000 chevaux et plusieurs pièces de canon. Ces troupes se composaient de 23 cuirassiers blancs, 1,100 hussards bleus, 900 hommes du 69 e de ligne commandés par le colonel Wittish.

Après avoir coupé les fils télégraphiques sur la route d’Arras à Saint-Pol et brisé les armes des sapeurs-pompiers, ils dévalisèrent la plupart des habitants. Toutes les chaussures, tous les vêtements d’hommes ou de femmes qui leur tombèrent sous la main, furent emportés. Les marchands de vin en gros, les épiciers, boulangers, bouchers et débitants furent littéralement pillés et, dans les maisons bourgeoises, les caves furent vidées en un clin d’œil. Des éclaireurs revinrent les 2 et 3 janvier 1871. La perte pour la commune s’est élevée au moins à 30,000 fr.

Aubigny n’avait pas cessé de faire partie du diocèse d’Arras. En 1769, il était le chef-lieu d’un doyenné comprenant 43 paroisses dont les cures étaient pour la plupart à la nomination de l’abbé de Saint-Éloy. Ce doyenné avait alors 4 lieues de large et 6 de long et était, sur 15 de circuit, divisé en trois districts pour la commodité des curés. L’un s’appelait district d’Aubigny, le second, district de Maroeuil, et le 3è , district d’Avesnes-le-Comte.

Depuis 1832, la nouvelle circonscription cantonnale renferme 20 succursales et 9 annexes. Une chapelle de dévotion avait été établie sur le chemin de Savy ; ce fut l’œuvre d’un berger du prieuré qui, par dévotion, allait la nuit ramasser des pierres pour la construire. On appelle encore, de nos jours, cet endroit la Capelette ou chapelle des bergers. On a retrouvé les fondations de la chapelle de l’hôtellerie dans un champ situé près de l’ancien calvaire, vers Agnières.

L’église actuelle d’Aubigny, édifice long et étroit, ne renferme rien de remarquable. On ne peut préciser l’époque de sa construction qui n’appartient à aucun genre d’architecture. Il ne s’y trouve qu’une nef. Le chœur paraît remonter à une date plus ancienne. On le remarque par les cordons et les arceaux des vitres qui sont de forme ogivale et semblent rappeler l’architecture du XVIè siècle. Il est à supposer que cette partie de l’église échappa à l’incendie qui la consuma pendant les guerres de Flandres.

Le clocher n’a guère plus de 25 pieds d’élévation, depuis le faîte du bâtiment de l’église jusqu’au sommet, sa construction toute moderne, n’offre rien de remarquable.

L’intérieur de l’église ne renferme aucune ornementation digne d’intérêt. Quelques vitraux rapportés., deux ou trois pierres tumulaires dont une seule mérite distinction, celle du prieur Deloeuvacq, sont les seuls ornements qui ont frappé nos regards.

On conserve dans l’église d’Aubigny, des reliques assez considérables de Saint-Killien. Sauvées par les religieux de la fureur révolutionnaire, elles furent transportées solennellement dans l’église paroissiale d’Aubigny, le 1er septembre 1805, en présence de Monseigneur de Latour-d’Auvergne, alors évêque d’Arras. Leur authenticité fut reconnue par l’autorité épiscopale dans un procès verbal signé par le clergé et les sieurs Joly maire, Lefebvre, juge de paix, Ansart, propriétaire, Desaulty, fermier et Masclef curé. Ces reliques sont honorées publiquement à Aubigny pendant toute l’octave de saint Kilien, du 13 au 30 novembre. On voit de plus une plaque de plomb rappelant la-translation qui fut faite de ces précieux restes par les abbés de Chocques, de Maroeuil et de Saint-Éloy.

En 1791 le canton ou district d’Aubigny se composait de 14 communes, savoir :Aubigny. chef-lieu, Agnères, Berles, Béthonsart, Camblain,Cambligneul, Capel, Frévin-Capelle, Hermaville, Mingoval, Thilloy-les-Hermaville, Tincques, Villers-Châtel et Villers-Brulin.

Aubigny, de nos jours, n’est plus qu’un bourg de peu d’importance, chef-lieu d’un canton composé de 30 communes: Il est le siège d’une justice de paix, dont les séances se tiennent tous les jeudis. Il a un bureau de poste, une brigade de gendarmerie à cheval, un bureau d’enregistrement. C’est aussi le chef-lieu d’une perception des contributions directes et la résidence de deux notaires. Situé à 13kilom. N.-E. d’Arras, à 19 kilom. De Saint-Pol et à 56 kilom. de Saint-Omer, du 20° 9′ 52″ de longitude et au 50° 20′ 18!’ de latitude, son territoire occupe une superficie de 614 hectares environ, formant dans l’encaissement d’une vallée et sur le versant de deux collines, un ensemble de belles et bonnes terres terres labourables, parsemé de quelques prairies et vergers.

Ce site assez pittoresque est arrosé par la rivière de la Scarpe qui prend sa source à 4 kilomètres delà, à Vandelicourt, hameau de Berles-Monchel, et traverse le territoire de l’ouest à l’est. Ce n’est encore qu’un petit ruisseau ni flottable, ni navigable, qui fertilise seulement quelques prairies environnantes. L’encaissement de cette rivière, le peu d’infiltrations, permanentes ou accidentelles qu’elle reçoit et la décroissance progressive des eaux de sources, mettent la contrée à l’abri de toute inondation ou débordement.

Ce bourg comprend une agglomération de 180 maisons, une fort belle maison d’école et un hôtel de ville,prétoire de la justice de paix, qui sert aussi de réunion et de lieu de convocation pour le conseil municipal.

L’ancien hôtel de ville était un petit corps-de-logis, couvert d’ardoises, contenant deux places élevées sur une cave ou cellier; on y montait par un perron composé d’un double escalier de neuf ou dix marches, au haut duquel était un toit soutenu par 2 pilliers, ce qui formait une espèce de vestibule en demi-cercle : il servait aussi de bertècle à l’occasion. (P. Ignace, add. aux mém. tom. I. p. 271). Il occupait l’emplacement où est aujourd’hui la maison appartenant à madame Autricque.

La population d’Aubigny décroit considérablement, à partir du XVIè siècle. En 1698, elle était de 408; elle resta la même en 1755.

En 1802, on compte 684 habitants ; en 1806, 625 ; en 1814, 577 ; en 1820, 520, en 1822, 650; le recensement de 1876 donne le chiffre de 641.

La population étant purement agricole, il ne s’y fait qu’un commerce de consommation ; quelques habitants exercent de petites industries locales et il existe quelques magasins de détail assez bien approvisionnés.

Il a été établi pour les besoins de la contrée, une fabrique de pannes, 2 moulins à vent à moudre le blé et une brasserie. La ducasse ou kermesse tombe le dimanche de la Trinité, en mémoire de la translation des reliques de saint Kilien.

Aubigny n’est pas resté en arrière du mouvement général qui portait au développement des,voies de communication. C’est au contraire l’une des localités qui se sont imposé le plus de sacrifices pour l’amélioration de leurs chemins. Situé à une petite distance de la route impériale n° 39 d’Arras à Saint-Pol, le bourg est traversé dans toute sa longueur par le chemin de grande communication n°57 de Lucheux à Labassée, ce qui facilite les rapports, l°avec les marchés d’Arras, où les habitants se rendent régulièrement chaque semaine; 2° avec les fosses au charbon sises dans des communes de l’arrondissement de Béthune, limitrophes du canton d’Aubigny.

Par suite de l’établissement du chemin de fer d’Arras à Etaples avec station à Aubigny, le commerce et l’industrie de ce bourg sont appelés à prendre un certain développement.

Le village est entièrement pavé; toutes ses rues sont larges et aérées. Rues du bourg d’en bas, d’en haut, des cavées,.du château des granges, du four, du pont, la ruelle du château et la place.

Aubigny a plusieurs hameaux, ce sont : l’abbaye, le Marais, la Maison-Rouge et la Maison-Blanche.

BIBLIOGRAPHIE

1° DORÉMIEUX, Manuscrit déposé à la Bibliothèque d’Arras ;

2° LE P. IGNACE, manuscrit déposé à la Bibliothèque d’Arras ;

3° LE CARTULAIRE D’AUBIGNY, manuscrit déposé aux Archives départementales.

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