Auxi-le-Château

L’ancien Alciacum était traversé par la grande voie d’Amiens à Boulogne par Helenum (Vieil-Hesdin).

Description

L’ancien Alciacum était traversé par la grande voie d’Amiens à Boulogne par Helenum (Vieil-Hesdin). Cette position et le grand nombre de médailles romaines de divers règnes découvertes sur le territoire et dans l’intérieur du bourg, ne permettent pas de douter que ce lien ne fut une mansion dès le IIIè siècle.

En effet, dans un canton dépendant d’Auxi, appelé la Templerie, on a fait la découverte d’un établissement romain assez important ; on a recueilli des fragments de tuiles et de vases, et des médailles qui embrassent la série des empereurs romains, pendant environ quatre cents ans, débutant par Auguste et aboutissant aux fils de Constantin.

Vers le centrer, à mille mètres environ de Hiermont, on a reconnu un lieu de sépulture et les traces d’un incendie, et les habitants des environs racontent qu’en extrayant de la tourbe dans le Grand-Marais, situé au pied de cet établissement, on trouva des fondations sans ciment ni mortier, que les romains désignaient sous le nom de maceria, des cadavres humains et des ossements d’éléphants, un casque romain, des médailles de Vespasien et d’Antoine-le-Pieux, et une chaussée en pierres calcaires, (A Dinaux, les hommes et les choses, p. 286).

Au temps de la domination franke, le comte Sigefroy, l’un des leudes de Clovis II, fut le premier ber (baron) d’Auxy. Il habitait cette résidence en 642, lorsque son frère Adalbald, duc de Douai, et son épouse, Sainte Rictrude, étant venus le visiter, cette dernière y donna le jour à Saint Maurant. Sigefroy épousa Sainte-Berthe en 658 (Malbrancq. Vie de Sainte-Berthe).

Après les dévastations des Normands qui n’épargnèrent pas Auxy, ce domaine appartenait en 900 à Jacqueline, épouse de Théodoric de Sausay. Puis on perd toute trace de l’histoire de ce bourg et de son château jusqu’au temps des croisades. (Harbaville).

Aux XIIè et XIIIè siècles, les sires d’Auxi étaient bannerets d’Artois et pairs des comtes de Saint-Pol. Leur domaine était très étendu, ils avaient le droit de battre monnaie. En septembre 1131, le ber d’Auxi, à la tête de ses hommes d’armes et de ses vassaux, suivit l’aventureux comte de Saint-Pol,

Hugues II, dans sa cruelle expédition contre la ville de Saint-Riquier.

On attribue à un rendez-vous de chasse l’origine du château d’Auxi qui s’élevait à l’extrémité du bourg. L’illustration que ce château reçut de l’histoire et de ses nobles possesseurs; l’a rendu célèbre dans nos annales. Philippe d’Alsace, comte de Flandre, le fit construire en 1178, afin de n’être plus oblige de chercher un asile chez les seigneurs voisins, chaque fois que le plaisir de la chasse l’attirait entre la Canche et l’Authie. Ce château formait un carré long de 60 pas, flanqué de quatre grosses tours avec fossés : c’était une belle et imposante forteresse sous les illustres bers ou barons d’Auxi. (Dusevel). Dès lors, ce bourg, qui s’appelait Auxi-Miaquère prit le nom d’Auxi-le-Château.

Mathieu de Montmorency et Marie de Ponthieu, son épouse, pour se libérer de leurs dettes, vendirent à Robert comte d’Artois, en novembre 1244, les deux prairies d’Auxi-le-Château, consistant,la première, dans les fiefs et hommages de la rive gauche de l’Authie, vers Abbeville, à partir du point-milieu de la rivière ; la seconde, dans les fiefs et hommages de la rive droite, vers Hesdin, depuis Wavrans jusqu’au Saulchoy de Maintenai.

L’acte de vente énonce treize objets principaux savoir :

1° le fief que le comte de Saint-Pol tient du comte de Ponthieu ;

2° le fief du vicomte de Pont-Remy, avec l’hommage du seigneur de Wavrans ;

3° l’hommage du seigneur d’Auxi ;

4° l’hommage de Jean d’Amiens pour la ville de Buires avec ses dépendances, ainsi que la foret de Graast auprès de Labroye ;

5° l’hommage de Thibaut d’Amiens à Buires ;

6° l’hommage de Bernard d’Amiens à Regnauville ;

7° l’hommage de Hugues Quiéret, chevalier pour la ville de Dourriers et ses dépendances ;

8° l’hommage de Rougefay auprès de Buires ;

9° l’hommage de Guillaume de Bouberch, sieur de Bernatre, pour la ville Thun et Willencourt, lequel hommage comprend le fief de Guillaume des Bardes ;

10° le fief de Viz-sur-Authie avec deux vavassseurs ;

11° le fief de Henri de Guînes, pour ce qu’il tient à Ivergny, du chef de sa femme ;

12° le fief de Mathieu de Roye à Ivergny ;

13° enfin l’hommage de Hugues de Caumont à Tollent. (Coutumes locales du Bailliage d’Amiens, t, 2, p. 7.)

Le châtelain Eustache, seigneur de Rimboval, et allié aux puissantes maisons de Créquy et de Mailly, partit en 1269 avec son fils Philippe et son épouse Éléonore de Saint-Simon, pour la funeste croisade de Tunis. Il revint en 1271, après la mort de Saint-Louis.

Le faste des cours féodales, les dépenses des expéditions guerrières et des voyages d’Outre-mer qui partout ruinaient la noblesse, avaient insensiblement appauvri la famille d’Auxi. Le sire Philippe se trouva, en 1282, dans la dure nécessité de vendre sa châtellenie-berrye, à Colart d’Egmont. Le bourg fut redevable de quelques franchises municipales et d’un hospice à cette noble famille, qui, pendant le XVè siècle jouit d e là plus haute illustration. Trois de ses membres, Philippe d’Auxi, Réginald et Guilbert de Griboval, succombèrent avec l’élite de la noblesse française dans les champs d’Azincourt en 1415.

Cependant il se trouva de nobles cœurs qui n’acceptèrent pas l’humiliation de l’étranger ; ils avaient noms : Jacques d’Harcourt, de Rambures, de Saveuse, etc. D’une main vigoureuse ils relevèrent le drapeau français et recommencèrent la lutte ; Saint-Riquier fut repris. Le duc de Bourgogne, Philippe, y vit un danger pour sa cause. Cédant encore à la haine, il courut à Amiens lever des hommes, obtint des promesses de secours des villes voisines, et passant par Doullens, s’en alla à Auxi-le-Cbâteau où il fut rejoint par Jean de Luxembourg qui venait de s’assurer de la fidélité de Domart-en-Ponthieu. (Delgoves, Hist. de Doullens).

Il est probable que le château fut ruiné ou démantelé sinon entièrement, du moins en partie, soit en 1415, lorsque Henri III maître de Calais, entreprit à la tète de trente mille hommes, de recouvrer le Ponthieu ; on sait qu’il se dirigea vers ce comté en passant par Hesdin et Domart, ravageant les campagnes, pillant et brûlant les villes qui se trouvaient sur son passage ; soit en 1422, où il dût subir le même sort qu’éprouvèrent plusieurs autres pays du Ponthieu et de l’Artois, tour à tour attaqués par les Armagnacs et les Bourguignons, par les soldats de Henri V et de Charles VII. (A. Dinaux , les hommes et les choses).

En temps de guerre, les habitants avaient coutume de se retirer dans le château d’Auxi, quand ils craignaient d’être assaillis dans le bourg, malgré les larges fossés qui l’entouraient. C’est ce que l’on voit par des lettres patentes du duc de Bourgogne du 8 mai 1433, portant permission au sire d’Auxi, son chambellan, « de percevoir, pendant six ans, trois deniers sur chaque lot de vin qui se vendait en ce lieu, pour l’aider à réparer et à fortifier son château ruiné lors des dernières guerres, afin d’assurer sa conservation et que les bonnes gens du pais pussent continuer à s’y retraire au besoin. »

Jehan d’Auxy fut gouverneur du Ponthieu et maître des arbalétriers de France, en 1447. Il fut très en faveur sous les princes de la maison de Bourgogne, Philippe-le-Bon et Charles-le-Téméraire. Des lettres de Philippe le -Bon, données à Arras le 29 septembre 1435, l’établissent maître des eaux et forêts situées dans le comté de Ponthieu et dans tous les pays de Picardie cédés par Charles VII au duc de Bourgogne, aux termes du traité de paix d’Arras. Le 28 novembre 1435, il le nomma capitaine de Saint-Riquier aux gages de cent livres parisis par an.

De son côté, le roi Charles VII par ses lettres données à Arras le 4 Octobre suivant, lui conféra les mêmes fonctions dans ses pays de Picardie. Son fils, Jean, fut nommé chevalier de la Toison d’or dans le premier chapitre de l’ordre, en 1468, par Charles-le-Téméraire.

La famille d’Auxi portait échiqueté d’argent et de gueules de onze pièces.

En 1437, après que les Bourguignons eurent levé le siège du Crotoy, les Anglais se répandirent dans le pays et mirent le feu en la ville d’Auxy qui était un moult bel et grand village (Monstrelet, chroniques, liv. 3) En 1461, un incendia accidentel dévora 130 maisons des plus belles de la ville et la plupart neuves. (Duclercq.)

En 1466, le comte de Charolais écrivit au ber d’Auxi. la lettre suivante :

Très cher et bien ami.-

Tout présentement avons été adverti qu’il descent environ quatre cens lances des ordonnances du Roy et certain nombre de francs archiers, en tirant vers la rivière de Somme; et pour ce qu’il est nécessaire de pourveoir et prévenir à toute diligence à ce que l’es dits gens d’armes et francs archers ne facent quelque nouvelleté à nous préjudiciable, en nos villes et terres de la dite rivière de Somme, nous escripvons à ceulx dont nous envoyons les noms par escript ou billet ci-dedans encloz, que incontinent et diligemment ils mettent sus le nombre de gens dont leur avons baillié charge, selon qu’il est déclairié au dit billet et se tirent prestement à tous leurs dits gens vers la dite rivière de Somme, ès-lieuxet ainsi que leur ferez savoir de par nous, pour soutenir le fait des dits gens d’armes et francs archiers du Roy, en actendant nostre venue par delà qui sera bien briefve ; car, incontinent que arons tenu la journée pour laquelle faisons icy assembler les trois estats du pays,notre intention est, s’il plaist à Dieu, de retourner par de là l’eau,pour avoir advis et conseil de pourveoir plus amplement à tout le surplus qui sera nécessaire. Et cependant,ferons diligemment avancer et aprester notre armée, pour s’en ayder selon que besoin sera. Si voulons et vous mandons expressément que faîtes incontinent assembler devers vous le seigneur de Saveuse et le seigneur de Crévecoeur, nostre bailly d’Amiens, le sieur d’Esquerdes son frère, le seigneur d’Yaucourt, votre lieutenant et autres, pour aviser sur tout ce qui sera à faire en actendant notre dit retour près de là. Et de votre part mectez sus hastivement le plus grand nombre de gens que pourrez recouvrer pour, avec les autres, entendre à la garde et défense de nos dites terres de la rivière.de Somme, etc. »

L’empressement du sieur d’Auxi à exécuter les ordres de son maître lui fut fatal ; car pendant qu’il guerroyait sous sa bannière, les Anglais, ces éternels ennemis de la France, dévastèrent son château sous divers prétextes, et brûlèrent la ville d’Auxi ; on lit dans les lettres données au château d’Hesdin, le 14 novembre 1470, par Charles de Bourgogne, que ce duc ordonna au receveur de Flandres de payer à Auber d’Auxi sa pension de 400 francs pour se relever des dommages soufferts des Anglais, qui lui avaient ars et destruit sa ville d’Auxi.

Au mois de mai suivant, le comte de Charolais chercha à indemniser le seigneur d’Auxi des pertes qu’il avait essuyées, en lui conférant l’office de capitaine des ville et château d’Abbeville.

Après avoir prêté serment de cet office, au grand échevinage de la ville, entre les mains du maire et des échevins, en présence des maieurs de bannières et des principaux officiers du comte, le sire d’Auxi se hâta de faire remettre son château en état. Il employa des sommes immenses : la tradition rapporte qu’il fit replacer les ponts-levis, relever le haut des tours et renouveler la décoration de presque tous les appartements. Cette décoration qui avait été gâtée par les gens de guerre, fut alors remplacée par de magnifiques boiseries dues aux plus habiles huchiers d’Auxi et de riches tapisseries, que le seigneur de ce bourg se procura à Arras et à Beauvais. L’intention du ber d’Auxi était, ajoute la chronique, de rendre son château un des plus remarquables de France; mais il ne put réaliser ce louable projet, ayant été forcé de s’absenter de nouveau pour le service de son maître, dès le mois de juillet 1465. A cette époque, Jean d’Auxi fut nommé lieutenant-général des bailliages d’Amiens, de Saint-Quentin et ès-villes, précôtés et châtellenies de Péronne, Montdidier et Roye. A ce titre, il dut veiller à la garde, tuicion, municion et deffences desdits baillages, prévôtés et châtellenies, c’est-à-dire négliger ses propres intérêts pour servir ceux du comte et répondre aussi à sa confiance. Le château d’Auxi se trouva mal de l’éloignement momentané de son noble possesseur; malgré tous les efforts que fit la dame d’Auxi pour empêcher sa ruine, il éprouva des dégâts considérables, faute d’être convenablement entretenu (H.Dusevel).

Le 12 août 1472, 500 lances françaises de la garnison d’Amiens ne pouvant emporter le château, jetèrent la torche sur les habitations. Lous XI s’empara du château d’Auxi en 1475, le bourg fut encore en partie brûlé pendant l’attaque.

Après la mort de Jean d’Auxi, Jeanne de Flavi, sa veuve, céda en 1474, tous ses biens à Philippe de Crévecœur, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, capitaine général de Picardie, qui avait épousé Isabeau d’Auxi, fille aînée de ce seigneur.

On voit par les lettres qui constatent cette cession, qu’elle eut lieu « afin que la dame d’Auxi put employer plus librement le demettrant de sa vie, à prier Dieu pour son mary, et à condition que cette dame conserverait devant elle, pour son usage, la vaisselle d’argent et le linge qu’elle avait eu en six coffres, la chapelle, les livres,et les ornements d’église venant du chastel.

Philippe de Crévecoeur une fois entré en possession du château d’Auxi, employa une partie de sa fortune à l’embellir. Il y venait ordinairement passer la saison de la chasse et s’y reposer des fatigues que lui causaient les fréquentes expéditions guerrières, auxquelles il prenait part,.comme maréchal de France. On ne voyait partout,dans les vastes salles de ce château,dit la légende, que dressoirs chargés de champs d’or et d’argent, de plats émaillés aux armes du maréchal et d’Isabeau d’Auxi, sa compagne.

Ce brave guerrier ne balança pas, au reste, à faire le sacrifice de cette riche vaisselle pour secourir l’état, un jour qu’il était urgent de lui venir en aide.

En 1494, Charles VIII se montra reconnaissant envers Isabeau d’Auxi des grans et louables services que Philippe de Crévecœur, son mary, lui avait rendus au fait de ses guerres et autrement, en plusieurs manières; l’illustre châtelaine ayant, en effet, perdu une notable partie de sa fortune, et ne pouvant plus subvenir à l’entretien de son gothique Castel, le monarque l’autorisa par des lettres patentes du 14 août, à lever un aide de trois deniers tournois sur chaque lot de vin qui serait vendu en broc ou détail, au bourg d’Auxi et sur chaque brassin de Cervoise (bière) jusqu’à son trespas. A la mort d’Isabeau, le château d’Auxi échut à sa sœur Marie d’Auxi, qui prit soin de le faire réparer, en 1494, de concert avec Jean de la Gruthuse, prince de Stenhuse, conseiller et chambellan du roi, capitaine de la ville et château d’Abbeville, son mari.

A l’exemple du fameux Louis de la Gruthuse,son père, le capitaine d’Abbeville avait commencé à rassembler dans le château d’Auxi, une précieuse collection de manuscrits et de peintures sur émail, que ses successeurs laissèrent malheureusement disperser. En 1516, le sire de Fiénnes, au nom et comme ayant la garde noble de Jacques, Monsieur de Luxembourg, son fils aisné et de ses autres enfants héritiers de défuncte Madame Marie d’Auxi, en son vivant compaigne de Monsieur de la Gruthuse, grand père desdits enfants, entreprit d’importants travaux au château d’Auxi. Il en fit rétablir les portes et le pont qui était vieil et caducq, puis il manda à Auxi un peintre habile, appelé Jean de Falentin, qui traça par ses ordres, sur deux feuilles de papier, le dessin d’un nouveau pont et d’un bolvert. Quelque temps après, le même seigneur fit venir de Thérouanne, Florent Planchon, maître des ouvrages de Picardie, pour avoir son avis sur la construction de ce pont qui reposait sur cinq piliers de blanches pierres et grès, au fond des fossés. Vers cette époque on donna aussi une nouvelle distribution au jardin seigneurial, on travailla aux parquets, chariots et treilles qui s’y trouvaient, et l’on y replanta les romarins et violiers dont il était, précédemment orné. Des haies furent faites en même temps, au jardin des Dames, qu’on appelait ainsi, parce que c’était là que la châtelaine d’Auxi, ses filles et les femmes nobles qui venaient la voir, avaient coutume de se livrer à de joyeux ébats, pendant la belle saison.

Par le registre aux comptes de la terre d’Auxi, de 1510 à 1517, on voit qu’on paya, cette année là, à Nicol David et Enguerran Caron, merciers, le prix de quatre cierges de cire qui avaient été employés à dire des messes dans la chapelle du château. Cette chapelle était ornée de charmants vitraux peints ; les seigneurs d’Auxi s’étaient plu à l’enrichir de vases précieux et de quelques reliquaires, contenant des parcelles d’os des saints les plus révérés dans le pays. Les livres étaient décorés de belles miniatures aux armes des seigneurs qui les avaient donnés : ces armes étaient aussi brodées en or et en argent sur les chasubles et les étoles, dont se revêtaient les prêtres pour offrir le saint sacrifice.

A certaines époques de l’année, lors par exemple, que l’on disait les messes de Sainte-Barbe, le chapelain était tenu d’aller prévenir les habitants du château de l’heure à laquelle il devait les célébrer, afin qu’ils y assistassent, s’ils le jugeaient à propos.

Pendant la guerre qui avait éclaté entre Charles-Quint et François Ier, les Espagnols poursuivis par les troupes du duc de Vendôme, vinrent loger à  Auxi-le-Château. En 1837 et 1838, la comtesse d’Egmont fit de vains efforts pour conserver le château d’Auxi. Les Français, aux ordres du seigneur de Canaples, attaquèrent et prirent cette forteresse, malgré les tuoires et les fossés qu’on avait percés à l’intérieur, au pied de ses épaisses murailles, pour arrêter les soldats qui seraient parvenus à les escalader. Le duc de Vendôme, à qui le Roi donna le château d’Auxi, par droit.de confiscation, le remplit de gens de guerre.

Cent huit livres de chandelles à 20 deniers la livre, avaient été employés par les vasseaux de la dame d’Auxi à y faire le guet, lorsque le duc s’en mit en possession. De grands dégâts furent commis dans le château et aux environs tandis que les Français en restèrent maîtres. La justice du lieu fut elle-même renversée par les soldats, et peu s’en fallut que l’antique résidence des Bers d’Auxi ne périt par le feu. (Dusevel).

Assiégée en 1554 et en partie brûlée par les troupes impériales du prince de Savoie, cette forteresse eut à subir d’autres maux. En 1558, Philippe II roi d’Espagne, vint camper, près d’Auxi, et les maraudeurs de son armée ravagèrent entièrement ses jardins, ses alentours. Philippe resta longtemps dans son camp et l’historien nous a transmis une lettre fort curieuse, qu’il écrivit d’Auxi à ses ambassadeurs occupés aux négociations de Cercamp, afin de les prévenir du danger qu’il courait d’y manquer de vivres et de fourrage, et les inviter, en conséquence, à consentir une suspension d’armes, qui pût le tirer promptement du mauvais pas où il se trouvait.

En 1565, une partie de la galerie du château d’Auxi, donnant vers la ville, étant tombée, le comte d’Egmont s’empressa de la reconstruire, et plusieurs créneaux dont les testes étaient rompues. Le même seigneur donna ordre d’achever la cuisine, de couvrir la montée et de mettre des volets aux fenêtres beauvaisiennes, afin d’empêcher la pluie de pénétrer dans les appartements. On plaça aussi, par les soins du comte, des barrières devant le château et près du colombier. Ces réparations coûteuses étaient à peine achevées, qu’il fallut songer à en faire d’autres plus considérables encore. Un chef de Huguenots, le capitaine Cocqueville; surprit en effet le château d’Auxi, et ses soldats habitués au meurtre et au brigandage, dévastèrent, pendant le court séjour qu’ils y firent, tout ce qui tomba sous leurs mains avides. Ils rompirent les poutres, brisèrent les fenêtres et percèrent les couvertures de ce château avant d’en sortir.Le seigneur d’Auxi fut obligé, en 1567, de payer à des charpentiers et à des couvreurs, des sommes assez fortes pour réparer le dommage.

Le XVIIè siècle vit consommer la ruine du château d’Auxi. Un corps de partisans de l’armée espagnole dans laquelle servait le comte d’Egmont, s’y installa et mit tout le pays voisin à contribution. Pour faire cesser ses ravages, le duc de Chaulnes résolut de marcher contre le château ; il l’attaqua avec quelques pièces de grosse artillerie, s’en rendit maître et détruisit ses principaux ouvrages, afin que l’ennemi ne put désormais s’y réfugier.Le duc ne conserva que ses murailles et ses tours, dont le plan offre un carré long, après les avoir percées en divers endroits (1635).

Les souterrains existent encore, ainsi que la cage de l’escalier qui est fort remarquable; mais le beau pont de six arches par lequel on arrivait à la porte d’honneur du gothique castel, a été détruit.

Le 18 mai 1655, l’armée française fut. concentrée à Auxi-le-Château sous les ordres du lieutenant-général marquis de Roncherolle (P. Ignace, add. aux mém., t. II). Deux ans après, le maréchal de Turenne y réunit ses troupes avant de marcher vers Hesdin (1657).

Une ferme et quelques pièces mal réparées survécurent seules à la ruine du château d’Auxi, après sa confiscation et celle de la seigneurie qui eut lieu en 1674 et 1687, sur le comte d’Egmont, alors au service dans les troupes d’Espagne et habitant en pays ennemi.

Un arrêt de 1604 ordonne que le village d’Aussy ne sera compris (tant qu’il demeurera sans clôture et murailles), au nombre des villes closes ni sujet à la subvention, entrées du vin et autres charges et subsides, excepté les nouveaux cinq sols par muid de vin qu’ils seront tenus de payer pendant le bail du fermier dudit impôt, lequel expiré, ils en demeureront déchargés, ainsi que des autres subsides » (H. Cocheris, mss. de Picardie).

Auxi-le-Château eut à subir les déprédations des armées alliées en 1708. Voici comment M. Dusevel rapporte le fait dans ses notes manuscrites sur Doullens.

« Déjà le détachement de l’armée du duc de Malborough, généralissime de la reine d’Angleterre,occupait la ville, lorsque les bourgeois, réunis à la garnison du château, l’en chassèrent et le forcèrent à abandonner, sur la place, une cloche qu’il avait enlevée à Auxi-le-Chateau. Les Doulennais s’étant emparés de cette cloche, la firent suspendre dans leur beffroy, en signe de victoire, et sans s’inquiéter si elle ne leur serait pas réclamée. Bientôt une députation d’Auxi-le-Château vint la redemander; mais les Doullennais s’obstinèrent à la vouloir conserver, ce qui détermina les premiers possesseurs à intenter une action contre eux. Pour la faire écarter, les Doullennais soutinrent que cette cloche leur appartenant par droit de conquête, ils ne pouvaient être assujettis à la rendre ; mais ce système de défense fut proscrit, et l’intendant de Picardie les condamna à en payer la valeur approximative aux habitants d’Auxi-le-Cbàteau. Cette décision fit moins de peine aux Doullennais que leur en eût causé l’ordre de rendre la cloche elle-même ; désirant la conserver, afin que, par ses sons, elle rappelât sans cesse à leurs descendants le courage avec lequel ils avaient repoussé les soldats de Malborough, qui passaient d’ailleurs pour très-vaillants. »

Dès ce moment, la splendeur du bourg s’éteignit insensiblement : ce n’était pas, en effet, le château seulement que les seigneurs d’Auxi se plaisaient à embellir et décorer,

1 Tout en ce lieu se ressentait de leur munificence, de leur générosité. Le grand pont sur lequel ils percevaient des droits de péage assez importants, étalait, au XVIè siècle, un luxe d’ornementation vraiment remarquable. On y voyait plusieurs personnages tenant des écussons aux armes d’Auxi et de Luxembourg, et diverses figures de saints, telles que celles de Saint Adrien, de Saint-Martin, etc ; ces figures avaient été sculptées par Bastien Leprebstre entre-tailleur d’images, (registre aux comptes de 1532 à 1533) demeurant à Auxi, moiennant huit livres tonrnois. (Dusevel)

Les anciens bers d’Auxi, ne montraient pas pour la chasse un goût moins grand que les nobles châtelains de Luçheux. Pour se livrer à cet exercice, ils faisaient souvent conduire sur des chars tantôt à Maiqerolles, tantôt à Cercamp, les toiles et filets dont on se servait au XVIè siècle, pour prendre le gibier.En 1568, « on mena ces toiles à Hesdin, de crainte des Huguenots et pour estre en plus grande sureté. »

Comme les seigneurs d’Auxi remplissaient de hautes fonctions qui les forçaient souvent de s’absenter de leur château, il y avaient établi un gouverneur dont les appointements ou gages étaient,en 1532, de 50 livres, 4 journaux de pré et 20 cordes de bois par an.

Il s’y trouvait aussi un portier ou concierge, qui était chargé du soin de nourrir les prisonniers, et de leur fournir du pain et de la bière moyennant 10 deniers chaque jour.

Le receveur de la terre d’Auxi, dont les gages n’étaient pas très-élevés, ne passait pas toujours des heures paisibles et tranquilles dans le chef-lieu de sa recette. On voit en effet par les registres aux comptes que, souvent, l’huissier de l’empereur venait d’Hesdin à Auxi, pour le forcer de verser ès-mains de sa majesté catholique les sommes qu’il pouvait avoir reçues pour les seigneurs d’Auxi, et que, sur son refus de se dessaisir de ces sommes, cet huissier le constituait parfois prisonnier. Souvent aussi ce receveur était obligé à fuir de ville en villa, pour échapper aux vexations et aux rapines des soldats ennemis (Duseyel).

Auxi-le-Château eut sa coutume locale rédigée en 1507.

Parmi un grand nombre de droits qu’avaient les seigneurs d’Auxi, on remarquait ceux-ci :

1° Ils pouvaient élever un pilori à quatre piliers près du bois de Parc ou de la Justice, pour la punition et cohertion des malfaiteurs dans l’étendue de leur seigneurie ;

2° il leur était permis de prendre dans chaque cabaret deux lots de vin, mesure du lieu, pour le besoin de leur hôtel ou de leur château, en le payant un denier moins qu’il n’était mis à prix ;

3° à eux seuls appartenaient les droits honorifiques dans l’église d’Auxi, comme seigneurs fonciers du terrain sur lequel elle était bâtie. Certains tenanciers leur devaient aussi à diverses époques de l’année, les deux tiers, les trois quarte, la moitié, le tiers, le quart, la huitième partie et même la seizième d’un chapon ou d’une poule ; d’autres étaient obligés de leur fournir un miroir, une paire de gants blancs, un peigne, trois aulnes de rubans de soie, une bourse à femme, un verre à pied, un éteuf, un château de fleurs tous les trois ans, et les deux tiers d’un autre chapeau, chaque année, le jour du Saint-Sacrement. Ils avaient, de plus, la ferme des jeux de boulle, de brélène et de paulme, et le cholage le jour du carnaval. La ferme des moulins aux armures et à draps leur rapportait des sommes assez fortes. Chaque drap tissé à Auxi leur devait une obole. La recette de ce droit était faite par les Ewars commis pour visiter et marquer toutes les pièces que l’on fabriquait dans ce bourg. Le nombre en était grand, car nous voyons par les registres aux cornptes, qu’en 1532, il s’éleva à plus de mille. (H. Dusevél). Beaucoup de terres et fiefs étaient tenus noblement des bers d’Auxi.

LISTE DES FIEFS DÉPENDANT D’AUXI-LE-CHÂTEAU

Le fief de Buygnes, nommé Guignes dans un certificat sur importance de la dîme, daté du 17 février 1689,et Buignes en un baille de 1760. Le fief de Buignes, ceux de La Motte et de Tuncq furent achetés 18.000 livres par l’abbaye de Willencourt au sieur de Toffret, le 23 novembre 1579.

La terre et seigneurie de Maizicourt en deux fiefs en Ponthieu, tenus par Messire Nicolas de la Houssoye, et Monsieur Langlois.

La seigneurie de Miaquères sur plusieurs mazures, cent cinquante-cinq journaux de terre mouvans, douze livres de censives et un domaine dudit fief. Miaquaires ou Miaquères était- un village à deux kilomètres d’Auxi, sur la rive de l’Authie, en face du hameau de Drucat. Il a été détruit pendant les guerres de la fin du règne de Louis XIII. Il n’en reste plus d’autre trace que le nom du canton où il était situé. Il est à présumer que la section de la commune, qui porte le titre d’Auxi-Picardie, s’est fermée principalement de la réunion, en cet endroit, des habitants de Miaquères. (A. Bouthors p. 167). Nicolas Destrées était seigneur de Miaquaires.

Le fief de Hellier à Boubers-Bernatre à Auxi et environs, consistant en censives et champart de deux cents livres au moins.

Le fief Hues, sis à Auxi et environs, ayant presque point de censives.

Trois fiefs à M. de Beauvarlet-Drucat, écuyer, lequel les a vendus au sieur de Lannoy, lesdits fiefs sis à Auxi et environs, nommés les fiefs de Haneau, du verger de la Haye le Cat ou de Vaux et le fief de.la Boissière, lesquels s’étendent sur douxe mazures et sur deux cent vingt deux journaux de terre, qui en relèvent par censives et rentages ;  il y a même un arrière-fief.

Trois autres fiefs sis à Auxi et environs, à l’abbaye, de Wilencourt, nommés Planti, Buiret et Neuville, consistant en domaines et censives, et s’étendant sur deux cent soixante-douze journaux de terres.

Le fief de la Motte y séant, de vingt-cinq journaux,de cesives par ladite abbaye ; fief relevant de la seigneurie d’Auxi, et consistant en une maison, 75 journaux de terre, 14 de près et un champart de 25 livres.

Seigneurs : 1320 Jean de Boubers, écuyer. 1734-1675, Nicolas de Licques, écuyer, gouverneur et capitaine de la châtellenie de Noyelles, capitaine au régiment de Montcavrel, cavalerie. 1700, les dames de l’abbaye de Willancourt. Deux fiefs à Bonnelle par les hoirs de François de Saint-Blimond. Un fief à Neuilly-le-Dieu, par Jean de Montmorency.

Un fief sis à Acquest.

Un fief sis à Romiette, tenu par Antoine Palhay, sur soixante journaux de terre ou environ.

Un fief à Miaquères de dix livres de censives par le sieur Villeman.

Un fief y séant, par l’abbaye de Saint-Riquier.

Un fief à Saint-Pierre d’Abbeville.

Un fief y séant, à la veuve Balesdent.

Un fief au sieur Trancart.

Trois fiefs y séant au prieur de Biencourt, aux Moreaucourt et à l’abbaye de Cercamp.

Le fief de Florence, séant au terroir d’Auxi, tenu par J. Hyver Bouillencourt, écuyer, sur une maison et vingt-six journaux de terre.

Le fief de Falentin, consistant en domaines et en censives. Colart de Falentin en servit l’aveu au roi le 18 septembre 1380.

Au commencement du XVIIIè siècle, ce fief appartenait à Antoine Cambray qui le vendit à Jean Duflos d’Abbeville, 1680. Il passa ensuite dans les mains de Claude Meurice, ancien juge des marchands, 1763, et à ses descendants (de Bussy).

Le fief de Monchaux, près d’Auxi, consistait en censives à prendre sur une maison et cent cinquante quatre journaux de terre. Il relevait de la seigneurie d’Auxi et a eu pour seigneurs : 1614-1640, Daniel de Boubers, chevalier. 1659-1691, Daniel de Boubers, vicomte de Bernatre, capitaine au régiment d’Esquancourt, cavalerie. 1691-1730, Henri-Louis de Boubers, vicomte. de Bernatre, colonel au régiment de Lannoy. 1730-1770, Marc Daniel Hyacinthe de Boubers, vicomte de Bernatre. 1770-1789, Charles-François de Boubers, vicomte de Bernatre, capitaine au corps royal des carabiniers de Monsieur. (René de Belleval, fiefs et seigneuries du Ponthieu).

Le fief de David, sis à Auxi, sur vingt-quatre journaux.

Le fief de Picquigny, sis entre Gueschart, Neuilly, Maison-Ponthieu et Noyelles, tenu par M. de Belhostel, au lieu du comte de Bours. (Il s’étend sur plus de deux cent soixante-huit journaux de terres, dont partie est en son domaine de Gueschart. On n’avait jamais pensé que ce fief fût en Ponthieu; mais M. de Belhostel l’a évidemment montré). La terre et seigneurie de Lannoy relevait d’Auxi comme il se voit par l’aveu servi en 1280 ; elle appartenait au ber et relevait du Roi, ce qui lui valut le nom de comté. Elle s’étend à présent sur plus de 439 journaux de terres et environ 30 manoirs. Le seigneur de Lannoy et ses hommes pouvaient étendre leur lin où chanvre sur le bord delà rivière del’Authie, quand il leur plaisait, sans payer aucun droit de rouissage aux seigneurs d’Auxy; mais il fallait, pour cela, qu’ils en demandassent une fois l’an la permission qu’ils ne pouvaient leur refuser.

Le fief de Bernatre ou Maucourt, sis à Lannoy sur une maison et trente-trois journaux, par le sieur Morel d’Abbeville.

Le fief Mercier, y séant, tenu par J. Jndecy sur quinze journaux de terre.

Le fief de Mons, y séant, maison et vingt-six journaux, de terre et censure.

Trois fiefs sis à Romanie, sur trois maisons et quatre-vingt-huit journaux de terre.

Le fief de Manchicourt, sis à Auxi-le-le-Cbâteau tenu de Wavans, par M. le comte de Lannoy. Le Sire de Montmorency, seigneur de Bours, devait aux bers d’Auxi l’hommage de bouche et de plus une paire d’éperons dorés et les plaids trois fois l’an à leur cour. Gilles de Wavrin, possesseur du fief des Helliers, était assujetti envers eux au service à Rortchin, avec 60 sols d’aide et 20 sols de chambellage.

Le curé d’Auxi devait lui-même aux seigneurs du Bourg une paire de souliers de femme, qu’il remettait le mardi de la pentecôte à leurs officiers, pour être distribuée avec un balai et la ceinture de ruban, la fleur, le peigne et le miroir,dont nous avons parlé plus haut, aux jeunes filles trouvées à la danse qui avait lieu ce jour là sur la place d’Auxi. (H. Dusevel.)

L’entrée principale du château d’Auxi, située entre le Nord et l’Est, était formée d’un pont en briques composé de cinq arches, d’une arcade en ogive sous la quelle se trouvait un pont-levis et une herse dont on voyait naguère encore les coulissés. On pratiqua il y a quelques années, des fouilles dans son enceinte : elles provoquèrent la découverte d’un aqueduc, des restes d’une chapelle ou d’un oratoire, d’un éperon remontant aux premiers temps de la chevalerie française, de fragments de vases du XIIIè siècle, offrant des arabesques ; de quelques médailles delà même époque marquées au coin des comtes de Flandre, des ducs de Bourgogne et d’Autriche, et enfin d’un cachet très ancien qui furent communiques à M. Rigollot d’Amiens. (A. Dinaux, hommes et choses.)

Les anciens seigneurs d’Auxi apportaient un soin particulier à faire de sages règlements pour l’administration de la justice dans leur seigneurie. En 1723-1725, le comte et la comtesse d’Egmont en publièrent deux par lesquels ils recommandaient à tous les officiers et suppôts de leur justice :

1° d’avoir chacun un inviolable attachement à leurs devoirs, sans pouvoir entreprendre sur les offices les uns des autres et de vivre entr’eux dans une subordination convenable, ayant l’un pour l’autre le respect et la déférence dus à chacun, suivant les prérogatives de sa charge.

2° De tenir les plaids tous les jeudis dans la maison de ville, séante sur le marché d’Auxi et non pas au château, ainsi que cela se pratiquait par le passé ;

3° De garder le secret sur tout ce qui serait traité en fait de justice, sans qu’ils pussent révéler à qui que ce fut, sous peine de parjure et de privation de leurs offices ;

4° Et de n’entendre que ceux de leurs vasseaux, censitaires ou justiciables qui comparaîtraient en jugement, assistés d’un procureur postulant, ne pouvant, pour la plupart, s’expliquer assez clairement et n’ayant pas assez de connaissances, assez de lumières, pour déduire leurs raisons et soutenir leurs droits.

LISTE DES SEIGNEURS D’AUXI

1152, Hugues d’Auxy, chevalier. 1170, Hugues d’Auxy, chevalier, 1200, Hugues d’Auxy, chevalier. 1224, Hugues d’Auxy, chevalier. Philippe d’Auxy, chevalier. 1285-1302, Jean d’Auxy, chevalier, mort à Courtray, en 1302. 1302-1346, Jean d’Auxy, chevalier, mort à Crécy, en 1346. 1346-1380, Jean d’Auxy; chevalier. 1370-1415, David d’Auxy, chevalier, tué à Azincourt, 25 octobre 1415. 1415-1418, Philippe d’Auxy, chevalier, a pour héritier son frère puîné.1418-1474, Jeand’Auxy, chevalier de la Toison-d’Or, grand-maître des arbalétriers; 1474-1490, Isabeau d’Auxy, dame dudit lieu, femme de Philippe de Crévecœur, seigneur d’Esquerdes, maréchal de France. 1490-1498, Marie d’Auxy, sœur de la précédente, hérite d’elle Auxy, et l’apporte à son mari, Jean de Bruges de la Gruthuze. prince de Steenhuyse, maréchal de France. 1598-1512, Marguerite de Bruges, leur fille, dame d’Auxy, femme de Jacques de Luxembourg, conseiller et chambellan du roi des Romains, chevalier de la Toison-d’Or. 1512-1530, Jacques de Luxembourg, chambellan de l’empereur, gouverneur des Flandres et chevalier de la Toison-d’Or, mort en 1530, sans postérité. 1530-1540, Françoise de Luxembourg, comtesse de Gavre, femme de Jean, comte d’Egmont, chevalier de la Toison-d’Or, hérita Auxy après là mort dé son frère. 1540-1568, Lamoral comte d’Egmont, prince de Gavre, chevalier de la Toison-d’Or. mort- en 1568. Auxy fut mise en décret sur ses successeurs et achetée par le suivant : 1610-1646, Nicolas de Lannoy, seigneur de Dameraucourt gouverneur d’Eu , mort en 1646 , sans postérité, léguant Auxy à son neveu. 1646-1690, François de Lannoy, chevalier. 1690-1721, Charles, comte de Lannoy, gouverneur d’Eu. 1721-1739, Louis-Auguste, comte de Lannoy colonel de cavalerie. 1739-1780, Louis Charles-Antoine, comte de Lannoy, maréchal-de-camp, gouverneur d’Eu. Il vend Auxy, le 22 juillet 1680, moyennant 132,000 livres au suivant. 1780, Jean-Baptiste Thomas, marquis de Panges, grand-bailli d’épée de la ville de Metz. 1787, Louis Thomas, marquis de Panges, colonel en second du régiment de Berchem, hussards. (René de Belleval. Les fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu.)

Le premier janvier 1871, à une heure de l’après-midi, 50 uhlans arrivèrent à Auxi-le-Château ; ils furent bientôt suivis par 350 lanciers et 2500 fantassins, appartenant au 70è et au 73è de ligne.

Quelques coups de fusil ayant été tirés sur les premiers qui apparurent, par les sapeurs-pompiers, le capitaine, le sergent-major et un autre habitant, accusé de faire partie de la compagnie de francs-tireurs, furent garottés et retenus prisonniers jusqu’au lendemain matin à neuf heures. Une heure après, l’ennemi quittait Auxi-le-Château, se dirigeant vers Domart. (Invasion allemande).

La maison de ville, joli petit bâtiment du XVIè siècle,flanqué de 2 tourelles, fut réparée en 1757 et 1768. Cet édifice, qui appartient à M. Leduc de Luynes, comme successeur des seigneurs d’Auxi, La Genthuse et d’Egmont, a conservé au-dessus de la voûte de la principale porte d’entrée, une vaste chambre dans laquelle le bailliage d’Auxy tenait autrefois audience. Pour l’exercice de leur justice, les anciens seigneurs de ce bourg avaient établi dans leur seigneurie un bailly, un lieutenant, un procureur fiscal, un substitut, un greffier et plusieurs sergents. Le bailli ou son lieutenant, assisté d’hommes de fief, donnait audience tous les jeudis dans la maison de ville qui était le lieu plaidoyable. Les détenteurs du fief de la prévôté devaient.y faire le service à pied, tenant à la main un glaive, et ajourner les hommes, quand il en était besoin.

La rivière d’Authie divise Auxi-le-Château en deux parties.

Avant la division de la France en départements, la partie d’Auxi-le-Château, située au-delà de l’Authie, dépendait de la Picardie, et la partie en deçà de cette rivière, était de l’Artois.

Cette dernière ressortissait au bailliage d’Hesdin. Le comte d’Egmont était le propriétaire de la partie située en Artois à la droite de l’Authie; le comte de Lannoy était le seigneur de l’autre partie, située en Picardie. Elles avaient l’une et l’autre leur justice distincte et séparée. Celle de la partie Artois ressortissait au bailliage royal d’Hesdin et se composait d’un bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, un greffier, plusieurs hommes de fiefs, huissiers et sergents. Celle du côté de Picardie, se composait aussi d’un bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, un greffier, etc.

Le chef-lieu de la bénie était au-delà de l’Authie, en Artois, dont elle était la première pairie ; elle dépendait du bailliage d’Hesdin et comptait 277 habitants. La partie en Ponthieu, Bailliage de Crécy et élection d’Abbeville, avait 140 feux.

Auxi-le-Château et quelques communes du canton actuel firent, pendant plusieurs années, partie du district de Montreuil-sur-Mer ; mais, en vertu de l’arrêté des consuls du 9 brumaire an X, le nombre des communes du canton fut augmenté, et elles furent, ainsi que le chef-lieu, réuniesl’arrondissement de Saint-Pol.

De 1791 à l’an XIII, ce bourg porta le nom d’Auxi-la-Réunion.

De nos jours, Auxi-le-Château, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Saint-Pol, compte environ 3,200 habitants, dont les relations avec Abbeville, Amiens, Frévent, Saint-Pol et Arras, sont facilitées par l’établissement d’une gare sur le chemin de fer de Béthune à Abbeville, livré à l’exploitation depuis le mois de juillet 1879.

Auxi-le-Chàteau dépendait du diocèse d’Amiens, archidiaconé du Ponthieu et était chef-lieu d’un doyenné formé d’un démembrement de celui de Labroye, dans le XVIIè siècle (Darsy).

Selon le pouillé de l’archidiaconé (f° 36), la dîme appartenait au prieur de Saint-Pierre d’Abbeville, aux religieux de Saint-Riquier, au prieur de Biencourt, à l’abbesse de Villancourt, à celle de Saint-Michel de Doullens, aux dames de Moreaucourt, à l’abbé et aux religieux de Cercamp, au chapelain de Saint-Laurent d’Auxy, à l’hôpital du même lieu, à un chapelain de la cathédrale (celui de Saint-Augustin, à la collation du chapitre), à l’abbesse de Bertaucourt et au doyen de Longpré-les-corps-Saints (ou plutôt à la chapelle de Saint-Nicolas de Long) La part du chapelain ne serait-elle pas celle donnée à l’Université des chapelains de l’église d’Amiens par Hugues d’Auxi (de Auxiacho) et ratifiée par son fils Hugue, chevalier, au mois de septembre 1225. (Cartulaire du chapitre d’Amiens, n, f° 231.)

Les baux de l’abbaye de Moreauconrt disent que celle-ci avait sur Auxi-le-Chàteau, côté de France, de 7 gerbes venant à dîme un tiers et le prieuré de Biencourt les deux autres tiers; que sur les terroirs de Neuville, Tuncq et Buignes, ladite abbaye prenait 2 gerbes de 7, les dames de Villencourt, 2, le prieuré de Biencourt autant, et le titulaire de la chapelle de Saint-Nicolas-en-l’hôpital-de-Long.

Regnault curé d’Auxi, fonda dans l’église la chapelle Saint-Laurent, affectant 19 journaux de terre et en attribua la présentation au seigneur; ce que confirma Hugues d’Auxi au mois d’avril 1263 (Darsy, bénéf. du diocèse d’Amiens.)

L’église, dédiée à Saint-Martin, fut reconstruite telle qu’on la voit aujourd’hui, au commencement du XVIè siècle. Pierre Danel, très-habile maçon du temps, travaillait à cet édifice en 1516 et 1517. Suivant un ancien usage, il demeurait auprès, afin de mieux surveiller ses ouvriers. Il fallut, au reste, qu’à cette époque la construction de l’église d’Auxi fût déjà assez avancée, car on voit par les registres aux comptes, qu’un Abbevillois, accusé d’homicide, y avait cherché un refuge et qu’il s’y tenait en franchise. Au mois de décembre 1533, Daniel Wanier, maître verrier, demeurant à Abbeville, posa dans le chœur de cette église, la vitre principale et seigneuriale qu’il avait été chargé de faire selon le portraict à luy baillié et moyennant 8 sols tournois le pied carré; un autre verrier d’Abbeville, François Lardé, reçut alors 30 sols pour être venu à Auxi prendre la mesure de deux verrières aussi au chœur et avoir fait un patron en papier de la remembrance de la passion, envoyé à Françoise de Luxembourg, dame d’Auxi. En 1577, on fit les voûtes du chœur et des chapelles avec le montant de la fondation d’un nommé Colart Blanchart. Le clocher fut reconstruit alors l’église d’Auxi essuya de grands dégâts, elle fut même ruinée presque complètement à cette époque par les gens de guerre, ainsi que le constate un ancien compte de la fabrique de 1582 à 1583. Le portail est moins ancien que le reste du monument: il porte la date de 1697. L’extérieur de l’église d’Auxi n’est pas comparable pour la. beauté à l’intérieur. Les piliers qui soutiennent les voûtes sont en grès. Ces voûtes offrent un très joli coup d’œil; elles sont semées de franges et de festons. On y voit encore plusieurs, des écussons qui l’enrichissaient autrefois. Parmi ces écussons, on remarquait ceux aux armes des quatre familles principales, qui avaient possédé successivement la terre et seigneurie d’Auxi, à savoir, celle d’Auxi, celle de la Gruthuse, celle deLuxembourg et celle d’Egmont.

L’église d’Auxi le Château, dévastée en 1793, ne fut ni vendue ni détruite. Elle servit tantôt de grenier à fourrage, tantôt de salle pour les clubs, les danses, fêtes et assemblées nationales.

Le mobilier avait été saccagé. On n’a pu conserver que les orgues qui avaient été fabriquées à Arras, en 1539 par Adrien Carpentier, les bancs qui datent de 1537, la cloche de 1783, le maître-autel et les boiseries adjacentes achetées, à Amiens en 1790 et provenant de l’église abbatiale de Saint-Jean de cette ville. Les démolisseurs ont laissé une fresque qui existe encore, sur le mur de la chapelle du bas-côté droit. Cette peinture murale représente dans le haut le monogramme de Jésus-Christ et de Marie, environné d’une auréole et devant lequel quatre anges se prosternent pour l’adorer. On lit ces mots au centre :

In nomine Jesu domine

Genuflectantur coelestium, terrestrium et

Infernorum (ad. Philip, n, cap. v.)

A droite et à gauche sont placés quatre écussons; puis, paraissent Guislain Dubus, en prières, accompagné d’un pape, d’un cardinal, d’un évêque, d’un religieux, de quatre chevaliers etc ; la femme de Guislain Dubus, suivie d’une autre dame, d’une abbesse couronnée et de divers autres personnages. Enfin, vient l’enfer avec ses flammes vengeresses et ses réprouvés; cette peinture offre l’inscription suivante :

Guislain Dubus, escuyer,

Sgr. de Magnicourt-sur-Canche,

Langhvebelek et Cakwane,

En son temps gouverneur et Bailly-général d’Auxi-le Chasteau, tant du côté de France

Que d’Arthois, avecq appendances et dépendances ;

Et damoiselle Marie-Lescuyer, sa femme,

Ont faict faire cette peinture

En l’honneur du nom de Jesu

Anno 1594.

La chaire a été exécutée en 1681, par un habile menuisier des environs, on la trouve assez belle.

Quelques usages assez étranges existaient au XVIè siècle dans l’église d’Auxi; le fermier du prieuré de Saint-Pierre d’Abbeville avait .droit de prendre deux parts des offrandes qui s y faisaient, et le curé la tierche partie seulement. Ainsi, lorsque l’on célébra dans ce temple, le service du feu comte de Gavre, au mois d’août 1532, ce fermier reçut 15 s. pour les deux tiers des offrandes qui avaient été faites à la messe, pareille somme fut payée aux sonneurs pour avoir sonné les cloches selon la coutume, pendant deux jours entiers, et Jean Pottier, peintre à Auxi, reçut 12 s. pour six grands blasons aux armoiries du comte qu’il avait faits. (Dusevel).

En 1827 on fît de grands travaux de réparation à l’église; mais ils furent conçus et exécutés contre toutes les règles de l’architecture. C’est ainsi qu’en supprimant les clochetons ornés de franges et de festons qui s’élevaient gracieusement au-dessus des fenêtres latérales du côté de l’épître, ils furent remplacés par une corniche lourde et écrasée. On ne fit qu’un seul toit grossier, tandis qu’elle en comptait trois qui se développaient jadis sans aucun effort. La voûte de la grande nef en bois peint sculpté fut détruite et on y substitua un plafond de mansarde.

En 1848, un autre maçon de Saint-Riquier, appelé Daullé, a réparé presqu’en entier la belle et intéressante église d’Auxi. Les fenêtres de l’abside et du bas-côté gauche ont été refaites avec beaucoup de goût et suivant l’ancienne forme. Cependant ce travail de restauration laisse bien à désirer: le curé fit malheureusement disparaître dans la nef latérale du côté de l’épître une voûte en bois sculpté; celle du chœur fut badigeonnée suivant le mauvais goût de l’époque.

Auxi eut un couvent de Brigittins. En 1875 on voyait encore un petit bâtiment, derniers vestiges des constructions de cette maison. Quelques cellules et un étang dans la propriété qui en dépendait, sont les seuls souvenirs qu’il nous en, reste.

Les archives de la commune renferment une pièce intéressante. Ce sont les édits de mars, avril et août 1693, dans lesquels Louis XIV ordonne la réunion à l’hospice d’Auxi-le-Château, des maladreries et léproseries de Labroye, Villerpy, Gennes ,et Caumont.

La population d’Auxi-le-Château était de 3,800 habitants avant 1800. Elle s’est successivement élevée à 2,975, en 1861, et 3,275 d’après le recensement de 1876.

Auxi-le-Château a pour dépendances les hameaux de Lannoy, et La Neuville; les écarts dits, la maison du garde, la Grâce de Dieu,la Tourbière; les fermes isolées, Le Planty, Huleu, le Mont-Louis.

Nous signalerons encore les fossés Bouchons, les Quatre Cavées, le camp la Violette, les Nonains, Vallée de Bernatre, Vallée de Buire. Vignier, la vallée de Drucas. Bois de la Justice, le Poirier, la Cumehaie, Bois de Lannoy, Bois de Mézicourt, Bois de l’Épinette, Bois de la Sablonière, le Ruisseau, dit la Fontaine, se jette dans l’Authie.

BIOGRAPHIE

Wallart Nicolas Guislain, ancien officier supérieur, maire d’Auxi, 1840, chevalier de la légion d’Honneur. Hulo Antoine, ancien lieutenant dé la grande armée.

<< Retour a la liste