Averdoingt

Averdoingt est ainsi nommé, selon Harbaville, de Averruntare, défricher, étymologie que rend assez vraisemblable la situation du village bâti sur là limite immédiate d’un bois, aujourd’hui livré à la culture, mais qui, il n’y a encore que peu d’années, le longeait dans une grande partie de son contour.

Description

Averdoingt est ainsi nommé, selon Harbaville, de Averruntare, défricher, étymologie que rend assez vraisemblable la situation du village bâti sur là limite immédiate d’un bois, aujourd’hui livré à la culture, mais qui, il n’y a encore que peu d’années, le longeait dans une grande partie de son contour.

Ce village était, avant la Révolution, en partie tenu de la gouvernance ou bailliage d’Arras (Turpin, Mém. Manuscrits).

La seigneurie principale était une franche-vassalerie dont le village de Ligny-Saint-Flochel formait la dépendance. Un grand bailli de haute justice y était chargé de la conjure des affaires civiles et criminelles. A côté de ce fief principal dont elles étaient tenues, existaient plusieurs seigneuries vicomtières.

La dîme était partagée en quatre parties : la plus grande, qui comprenait la moitié de la dîme, était inféodée et appartenait à la maison de Guisnes-Souastre. Les trois autres étaient partagées entre le curé du lieu, l’abbaye d’Étrun, à la charge par elle de pourvoir à l’entretien du chœur de l’église et aux frais des cérémonies du culte, et la famille du Carieul.

Les anciens seigneurs d’Averdoingt paraissent avoir eu une assez grande importance et les chartes nous ont conservé les noms de plusieurs d’entre eux. Ainsi, nous voyons le sire Anselme être témoin de la donation de l’évêque Liébert à l’église d’Arras en 1071 (HarbaviUe). Jean Bridoux, chevalier, se rend caution de la vente de la terre de Coullemont au comte d’Artois, en 1139 (Harb.)

Un sire Walter d’Averdoins figure comme témoin dans la charte de Tierry d’Alsace, comte de Flandre, approuvant la donation faite, en 1145, par Anselme de Houdain et sa femme, Angeline ou Angine,fille de Hugnes III de Campdavêne , comte de Saint-Pol, à l’abbaye d’Eaucourt, de ce qu’ils possédaient par droit d’héritage à Courcelles-le-Comte et de la troisième partie du moulin de Baillescourt (Turpin, Ann. Hist.)

Ce même Walter est encore témoin, en 1149, de l’acte par lequel Enguerrand de Campdavêne rend à l’église de Marchiennes son fief de Boiry-Sainte-Rictrude, vulgairement appelé Gavulium (Turpin, Ann. Hist.)

Gilbert d’Averdoins est un des huit seigneurs bannerets du comté de Saint-Pol, au temps de Philippe-Auguste, vers 1202 (Turpin, id.).

Béatrix, dame d’Averdoins, épouse de Guillaume, baron de Lianne, garantit en 1272 la mairie d’Arras à Simon, dit Favrel ; la charge de Mayeur étant alors héréditaire, constituait un fief, nommé la Mairie (Harbaville). C’est à la châtelaine Béatrix que l’on attribue généralement la fondation de la maladrerie que possédait Averdoingt. Cet établissement, qui était situé au sud- est du village, fut réuni à l’hôpital Saint-Jean, d’Arras, par lettre d’amortissement de 1698 (Harbaville). Godin et d’Héricourt : les Rues d’Arras.)

Dans un roman historique, intitulé : les Chevauchées au XIVè siècle, F. Dilly raconte, dans le Puits Artésien, qu’en 1374, un brave chevalier, le sire d’Averdoingt, commandait la garnison du château de Saint-Pol.

C’est à Averdoingt que naquit Jean Pénel, chanoine de l’église Notre-Dame d’Arras, qui, en 1498, selon Ferry de Locre dans son Histoire chronographique des comtes de Saint-Pol, et 1428, d’après les Rues d’Arras, fonda et renta la chapelle du cimetière Saint- Nicaise, dans cette dernière ville.

De Beaufort, écuyer, seigneur de Bailleul-aux-Cornailles et de Monchy-Breton, étant en procès, à cause de la chasse, avec De Rune, seigneur de Marquay, rencontra ce dernier près du bois de la Carnoye, le 27 septembre 1700 et le tua. Le corps de De Rune, resté sur place, fut levé par les officiers du conseil d’Artois et porté au château d’Averdoingt, parce que la terre où il fut tué, était mouvante de ce château. (N. Lambert. Puits Artésien, (6 e vol.)

C’est également à Averdoingt qu’est né un certain Antoine Delion qui, étant devenu sans doute supérieur des ermites de Fléchinelle,fit, en 1719, reconstruire et orner le chœur de l’église de Ligny, aux frais de l’ermitage. (Arch. mun. de Ligny-Saint- Flochel.)

La seigneurie principale d’Averdoingt, comme celle d’Auxi- le-Château dont elle a suivi les destinées, après avoir passé successivement des comtes de Flandre au comte de Ponthieu et de celui-ci au comte d’Artois, fut vendue par ce dernier, à la fin du XIIIè siècle, à Colart d’Egmont. Elle fut possédée par les descendants mâles de ce seigneur jusqu’à Marie d’Egmont, dame d’Auxi et d’Averdoingt, qui, par son mariage avec Jehan de Bruges, sire de la Grutuze et des Pierres, seigneur de Famechon, de Namps et de Brucamps, la fit passer dans la famille de son mari.

Leur fille, Marguerite, dame d’Averdoingt, épousa Jacques de Luxembourg, comte de Gavre et seigneur de Fiennes, petit-fils de Pierre de Luxembourg, ‘comte de Saint-Pol et de Marguerite des Baux. Ils eurent pour fils Jacques, qui était seigneur d’Averdoingt et d’Auxi en 1507, lors de la rédaction des Coutumes locales du bailliage d’Amiens.

Françoise de Luxembourg, comtesse de Gavre et dame de Fiennes, épousa Jean IV d’Egmont et fit ainsi rentrer dans la famille les seigneuries un moment distraites. Ce dernier laissa deux fils, dont l’aîné mourut jeûne, et l’autre fut l’infortuné Lamoral, à qui le duc d’Albe fit trancher la tête en 1568. Ses diverses seigneuries, confisquées pendant quelques années au profit du roi, furent rendues à ses héritiers, après la pacification de Gand. La famille d’Egmont s’étant éteinte, comme on le verra plus loin, la seigneurie d’Averdoingt passa dans les mains de la famille d’Egmont-Pignatelli qui la possédait encore à la Révolution.

Au XIVè siècle, la famille de Habarcq avait également un fief à Averdoingt, dans la possession duquel elle succédait, au moins médiatement, à la maison de Pavie, qui, elle-même avait succédé, pense-t-on, aux seigneurs qui portaient le nom d’Averdoingt. Ce fief, après avoir passé dans là famille d’Aix, par le mariage de Marie de Habarcq avec Gilles d’Aix, dit de Lens, passa en celle d’Egmont, par l’alliance contractée .entre Charles II d’Egmont et Marie de Lens, fille de Gilles. C’est ce qui explique comment il se fait que la seigneurie d’Averdoingt qui, en 1507, consistait en un seul noble fief, relevant du château de Saint-Pol, relevait plus tard et encore à la Révolution, en partie de la gouvernance et en partie du château de Saint-Pol.

Charles d’Egmont, fils de Lamoral, eut entre autres enfants, Louis, qui épousa Marie-Marguerite de Berlaymont, dont il n’eut qu’un fils unique, Philippe, qui se maria avec Marie-Fernandine de Croy et eut pour enfants Louis-Ernest et Procope-Franpois-, qui moururent sans postérité et eurent pour unique héritière, leur sœur ; Marie-Claire-Angelique, qui épousa le prince Napolitain Nicolas Pignatelli, duc de Bisaccia, neveu du pape Innocent XII. Leur fils, Procope-Marie, hérita le comté d’Egmont et les seigneuries, à condition d’en garder le nom et les armes. Il épousa, en 1717, Henriette-Julienne de Duras.

Nicolle-Marie d’Egmont-Pignatelli ayant épousé Marie- Charles-Louis d’Albert, duc de Luynes et Chevreuse, leurs descendants héritèrent des biens des d’Egmont-Pignatelli. Ils appartiennent aujourd’hui à M. le. marquis de Sabran par suite d’alliance avec une héritière de Luynes (Bouthors. P. Ignace. Turpin. Moreri. Délices des Pays-Bas, Rôles des centièmes de 1569.)

En 1732, Jean-François-Xavier Dupuich, écuyer, seigneur d’Angres, était grand bailli de la terre, seigneurie et franche vassalerie d’Ayerdoingt. Un. membre de cette famille d’Angres est enterré dans l’église, du chœur. Un marbre bleu, orné de quartiers d’armoiries constatant sa noblesse., recouvre sa tombe. L’épitaphe en est altérée par les temps, .ainsi que les divers écussons. Des descendants de la famille Dupuich existent encore à Averdoingt, dont la terre à l’époque dont nous venons de parler (1732), valait 10,000 livres y compris les rentes foncières et le bois (P. Ignace).

La loi contre les suspects (17 sept. 1793), amena l’arrestation de plusieurs personnes d’Averdoingt. Nous citerons entre autres, M. Antoine Bléry, notre bisaïeul maternel, vieillard de 70 ans, qui mourut dans la maison d’arrêt de Saint-Pol, détenu comme suspect de royalisme. Les autres personnes furent rendues à la liberté, après le 9 thermidor.

Un prêtre qui avait été quelque temps à titre provisoire curé de Ligny-Saint-Flochel, fut aussi arrêté à Averdoingt. Voici ce qu’en dit M. Paris :

« 5 prairial (24 mai 1793), des paysans d’Averdoingt, faisant une battue dans le bois pour y découvrir deux individus armés qui avaient adressé des menaces à un cultivateur, aperçurent un homme couvert de haillons qui cherchait à prendre la fuite. Ils le saisirent et trouvèrent en sa possession deux rasoirs, un couteau, un encrier de corne, des assignats, de l’argent, un certificat de civisme déchiré, une cocarde tricolore et des lettres de prêtrise. A ces détails la tradition locale ajoute que, lorsque les paysans l’amenèrent sur la place publique, on s’aperçut que cet homme déchirait et mâchait un papier qu’il jetait ensuite. On ramassa ce papier. C’étaient les lettres de prêtrise. Ce que voyant, le peuple cria qu’il fallait le mettre en liberté. Mais un homme dont le nom est bien connu dans le pays, s’y opposa et Brasseur fut, conduit devant le district de Saint-Pol. Il fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire ainsi que son père, sa mère et deux tantes.

Sur la fin de la Terreur, cet homme qui s’était opposé à la mise en liberté de Brasseur, fit aussi arrêter un autre prêtre, le P. Théodore, religieux Récollet, qui fut pris à Saint-Pol, pensons-nous.Vingt-neuf jeunes gens des communes environnantes résolurent de le délivrer. Ils vinrent se déguiser à Ligny-Saint-Flochel, au cabaret du nommé Louis Thilloy, et allèrent attendre, au bois de Bailleulet, le cortège qui menait le Père Théodore à Arras. Ils l’arrêtèrent et épouvantant les gendarmes par une décharge de leurs armes à feu. Ils délivrèrent le religieux qui vint se cacher à Averdoingt chez M. Hanot, ex-grand-bailli de la seigneurie.

A l’époque troublée dont nous venons déparier, le presbytère fut vendu. L’église ne le fut pas : elle servit de salle de danse et d’atelier pour la fabrication du salpêtre. Elle fût rendue au culte en 1803. La commune racheta le presbytère en 1822, avec une partie du terrain qui l’accompagnait avant la Révolution, pour en faire un jardin. Un presbytère nouveau, bâti depuis deux ans environ, a remplacé celui racheté par la commune.

En 1834, Averdoingt vit se commettre un acte dont on voit peu d’exemples. Le christ du calvaire fut détaché de la,croix, mutilé et jeté dans les blés où on le retrouva, lors de la moisson.

L’auteur ou les auteurs de cet acte inqualifiable ne furent jamais connus.

Le village d’Averdoingt est bâti le long de cinq larges rues qui aboutissent toutes à la place sur laquelle on voit une maison d’école mixte, construite en 1863, la mairie et une petite maison de campagne qui se distingue par son arcade ogivale surmontée de modillons en forme de machicoulis et aux angles de laquelle de petits clochetons pourraient bien avoir existé jadis. Les rues portent les noms de Notre-Dame-du-Bois et des Loups, de l’Église, d’En-Bas, de Saint-Léger et de Maizières. C’est dans cette dernière que M. Charles d’Averdoingt, peintre distingué, a fait construire, il y a-quelques années, un capricieux et charmant pied-à-terre, véritable caprice d’artiste à qui tout est permis, selon ce vers d’Horace que l’on trouve du reste écrit sur le mur de cette pittoresque habitation :

Pictoribus atque poetis.

Quid libet audendi.

Le cadre de cette notice ne nous permettant pas de donner une complète description de cette coquette demeure, nous nous contenterons de dire que tout y respire l’art et la poésie.

Averdoingt avait sa coutume locale. Ce village a donné son nom à une famille, éteinte depuis longtemps, dit Borel d’Hauterive, et qui portait d’argent au lion de sihople, armé et lampassé de gueules.

Le château était une forteresse importante, si l’on en juge par l’étendue de l’enceinte entourée par les fossés qui existent encore aujourd’hui en grande partie et qu’il est facile de rétablir en imagination dans les endroits où ils ont été comblés. Cette enceinte forme en effet un vaste rectangle qui n’a pas moins de 65,000 mètres carrés de superficie, d’après les mesures du cadastre. Des restes de maçonnerie en briques se retrouvent partout, le long des fossés. Quant au château lui-même, ce n’était plus déjà qu’une masure, lors de la visite du P. Ignace. Seule une tour, dont il ne restait plus que les murailles, était encore debout. Elle a complètement disparu depuis longtemps. La motte

sur laquelle était bâti le donjon, existe encore; mais la charrue qui s’y promène à chaque saison, tend à la niveler de plus en plus, et au lieu de tours dont le sommet s’élevait fièrement au- dessus des bois voisins, elle ne porte plus que les moissons que lui confie la culture. Au pied de cette motte a été construite une maison de garde assez élégante.

L’église actuelle est l’ancienne chapelle du château qui a été agrandie pour en former la paroisse. Elle est à deux nefs qui ont chacune une belle voûte gothique rayonnant; les meneaux des fenêtres ont disparu sans doute à la révolution ou dans les guerres du XVII Ligny-Saint-Flochel siècle. Une seule en a conservé. La nef de gauche, beaucoup plus large et dont la voûte est beaucoup plus élevée que celle de droite, est la partie qui a été agrandie. Cette nef de droite est la partie conservée de l’ancienne chapelle du château. Les restes d’un beau portail qui font saillie sur le mur extérieur droit, indiquent que cette chapelle avait elle-même plusieurs nefs : des arcades ogivales surbaissées et des restes d’arcs doubleaux se voient encore sur ce même mur bâti en moyen appareil. Avant la Révolution, les armes de Habarcq et d’Egmont étaient sculptées aux clefs de voûte de la grande nef. Il ne reste plus qu’une partie de l’écu d’Egmont, celui de Habarcq a disparu pendant la tourmente révolutionnaire ; des arcs doubleaux ainsi que divers autres écussons entremêlés aux feuillages et aux animaux symboliques des chapiteaux ont également été mutilés.

Le chœur qui, ainsi que nous l’avons dit, était entretenu par l’abbaye d’Etrun, est loin de présenter les caractères architectes niques de la nef. Il se termine sans abside par une muraille droite à l’extérieur de laquelle une pierre sculptée en forme d’écusson avec une croix pattée, porte la date 1688. Avant 1865, il n’avait que des fenêtres à linteaux presque plats. A cette époque, M. Drocourt, desservant de la paroisse, obtint d’y faire établir quatre fenêtres gothiques, en rapport avec le reste de l’église, mais le plafond n’est qu’un lambris en bois, en plein cintre. La tour bâtie dans le style de la renaissance, porte la date de 1774. L’ancienne église paroissiale était au cimetière, où a existé pendant longtemps encore une chapelle en bois. On y disait la messe autrefois, ce qui cessa lors de la guerre de 1710-1711. Elle fut alors profanée par les soldats qui enlevèrent la cloche (P. Ignace).

Le Quesnel est une ferme située au bout du territoire, au-delà du bois. Elle fut détruite pendant la guerre de 1635. Le revenu de cette ferme fut vendu en 1720 à un nommé Pecqueur, d’Herlin- le-Vert.

Le bois, qui contient 500 mesures, porte les différents noms, de Haute-Sève, Taillette, Hérombiers, Héromblins, Hérombus, Jean Berthe, etc. Les autres lieux dits principaux sont : Le Chatouillé, le Pas d’eau, les Anglets, les Terres poteressess, les Averdigneuls, la Cavée, etc, etc.

Nous ajouterons aussi que depuis l’impression de notre notice sur Averdoingt, une abside a été faite au chœur de l’Église et que le lambris en bois est remplacé par un plafond gothique.

G. BOUTTEMY.

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