Avesnes-le-Comte

Les armées romaines n’avaient pas encore foulé le sol Atrébate, qu’un grand nombre d’établissements gaulois couvrait le pays.

Avesnes était du nombre et la démonstration en a été faite en ces derniers temps à l’époque des fouilles qui ont remis en lumière les monuments incontestables de ces anciennes populations

Description

Les armées romaines n’avaient pas encore foulé le sol Atrébate, qu’un grand nombre d’établissements gaulois couvrait le pays.

Avesnes était du nombre et la démonstration en a été faite en ces derniers temps à l’époque des fouilles qui ont remis en lumière les monuments incontestables de ces anciennes populations.

Après la conquête romaine, le vieux sang gaulois ne tarda pas à se mêler au sang des conquérants. Un vaste oppidum s’éleva sur la colline, un temple fut érigé dans le vallon gaulois, des routes furent ouvertes, deux villages spacieux alignèrent leurs coquettes maisons aux toits rouges ; deux nécropoles furent espacées le long de la grande voie, l’agriculture prospère imposa un nom à l’établissement nouveau et Avesnes continua d’exister avec ses nouveaux possesseurs.

Mais les invasions barbares ruinèrent les deux centres de population, renversèrent le temple, les habitations et sans nul doute firent périr une partie des habitants.C’est alors que le besoin d’une protection ferme rapprocha les débris de la peuplade et les obligea à s’installer à proximité de l’Oppidum. Le nouveau pagus prit de l’importance car un temple plus vaste s’éleva non loin de la forteresse. Il est probable qu’il ne fut pas longtemps debout car de nouveaux barbares, les Normands saccagèrent tout le pays et renversèrent tout ce qui pouvait opposer une digue à leurs envahissements.

A de nouveaux malheurs, les peuples, revenus de leur stupeur, opposèrent un nouveau courage, et redoublèrent leurs efforts pour reconstituer leurs établissements. Une imposante forteresse remplaça l’oppidum, une église monumentale fut érigée dans son voisinage avec un appareil de défense relié à celui du château. Les comtés de Ponthieu possesseurs du domaine y avaient apporté toute la grandeur et tout le confortable possibles, un puissant vassal !e sire d’Avesnes y avait sa résidence.

Guichard d’Avesnes, Geneviève de Duraisne sa fille, Lenulfe, Gauthier s’y succèdent aux XIIè et XIIIè siècles. Enfin le fameux Jehan d’Avesnes un des plus brillants chevaliers de cette époque vient clore la courte liste des seigneurs que nous ayons pu retrouver.

Vers 1230 le château et le domaine d’Avesnes passent des comtes de Ponthieu aux mains du roi de France. Louis IX en investissant son frère Robert du comté d’Artois en faisait le possesseur d’Avesnes et dès cette époque le château et ses dépendances suivent la fortune de ce comté.

Son importance et son heureuse situation le rendirent cher à ses augustes souverains qui ne manquaient pas d’y faire séjour de temps en temps. Nous pouvons noter parmi ses hôtes Robert II, la comtesse Mahaut, les enfants de Philippe d’Artois, la reine de France Jeanne de Bourgogne, Eudes duc de Bourgogne, Philippe son fils, Philippe de Rouvre et Philippe-le- Hardi duc de Bourgogne.

Robert d’Artois comte de Beaumont le Roger ayant donné ordre à toute la noblesse du comté de le venir joindre après la prise d’Hesdin, s’avança sur Avesnes dont il se rendit maître sans coup férir et en expulsa les troupes de la comtesse sa tante (1316)

Un siècle ne s’était pas écoulé que le roi de France Charles VI en faisant le siège d’Arras, installait à Avesnes une partie de son armée. La ville fut entourée de fortifications et les troupes se mirent à ravager la contrée notamment vers Saint-Pol, Hesdin et Doullens. Elles y causèrent de notables dommages pendant le peu de temps qu’elles y séjournèrent.

Les désastres causés par la guerre étaient à peine oubliés que deux incendies considérables vinrent désoler Avesnes. En 1448 et en 1468, des feux allumés par la malveillance ruinèrent une partie des habitants.

Le roi Louis XI et son frère Charles duc de Berry en voyage dans les états du duc de Bourgogne s’arrêtèrent à Avesnes le 23 janvier 1464 et couchèrent au château. La forteresse d’Avesnes avec ses tours nombreuses, son formidable donjon, ses fossés profonds et sa double enceinte reliée par un pont monumental devait inspirer au méfiant monarque une complète sécurité

On connaît les démêlés de l’astucieux Louis avec les princes de la maison de Bourgogne. Des luttes s’engageaient entr’eux et malheur aux villes.qui en devenaient le théâtre ! Pour la troisième fois le château d’Avesnes fut attaqué et pris par les Français. Le carnage, l’incendie, le pillage, en un mot la destruction complète de la petite ville, telles furent les conséquences de cette malheureuse campagne. Pendant vingt ans que les troupes françaises occupèrent Avesnes, le pays eut à subir une ère de désolation et de ruines. Enfin le calme se rétablit .en 1494 au départ de la garnison royale.

De Louis XI à François Ier, on eut à peine le temps de relever les habitations, qui assurément, étaient fort modestes. La pioche et le feu n’auraient pas plus épargné les demeures somptueuses que les pauvres constructions. Ruines pour ruines, celles-ci étaient moins onéreuses. Or dès l’an 1512, les Français reprenaient les hostilités, ce ne fut toutefois qu’en 1521qu’ils brûlèrent à nouveau la ville et le château. En 1523, 1537 et surtout en 1553 de nouveaux malheurs fondaient sur la localité. Les maisons à peine relevées étaient livrées aux flammes, les biens des habitants, leurs personnes même, étaient en butte à la rapacité de la force et du nombre ; heureux encore quand ils pouvaient soustraire quelques épaves et surtout leur vies à leurs féroces vainqueurs, en se retirant dans les refuges souterrains où ils ne manquaient pas de chercher un asile.

Tant de calamités trouvent leur facile explication. Avesnes était sur la frontière de l’Artois d’une part et aussi sur les limites de la Picardie, c’est à dire des possessions françaises. Il ne pouvait manquer d’être souvent le théâtre des premiers combats entre les belligérants.

Les populations comme les individus ont l’instinct de la conservation et elles s’efforcent de résister aux causes de destruction qui les frappent périodiquement. Avesnes tant de fois anéanti se relevait toujours de ses cendres. A la suite des malheurs du siècle précédent,ses maisons étaient reconstruites, sa forteresse réparée, ses fortifications remises en état de défense et son église rétablie dans des conditions architecturales remarquables. Philippe IV, roi d’Espagne son seigneur-suzerain avait à lutter contre la politique jalouse du cardinal de Richelieu et les frontières de l’Artois étaient de nouveau menacées. Des forces imposantes couvraient Avesnes et dès 1635, elles dévastaient les confins de la Picardie. Au mois d’Avril 1636, une agression des Français, sous les ordres de Rambures gouverneur de Doullens, avait lieu contre Avesnes. Après une vive résistance la ville fut enlevée par les troupes françaises, brûlée, livrée au pillage et son château gravement endommagé.

L’annexion de l’Artois à la France stipulée par le traité des Pyrénées avait eu pour Avesnes cette conséquence qu’il n’était plus pays frontière, or il était permis d’espérer que l’ère de guerre et de malheurs qu’il devait à cette position serait, à jamais fermée. Mais la fortune de la France qui baissait à la fin du règne de Louis XIV se trouvait souvent aux prises avec des armées coalisées. En 1709 et 1710 la province d’Artois était envahie dans sa partie méridionale et Avesnes se trouva cerné de toutes parts, au Sud-Est par l’armée française sous le commandement du maréchal de Villars, au Nord-est par l’armée alliée aux ordres du prince Eugène de Savoie de Milord Malborough et du comte de Tilly. Les armées, s’observèrent longtemps sans en venir aux mains, mais le pays eut beaucoup à souffrir de leur voisinage et fût dévasté par les deux partis.

Dans ce grand rassemblement de troupes, la disette vint éprouver-le pays en même temps que des maladies cruelles enlevèrent une notable partie de la population en s’attaquant surtout à l’âge adulte. Avesnes perdit près de la moitié de ses habitants.

Une compagnie franche de cent hommes qui tenait garnison . au vieux château dût se dissoudre à la suite d’un incendie qui dévasta la vieille forteresse en 1734. Le château ne fut pas réparé et ses ruines disparurent presqu’entièrement en 1775.

Dès 1780 la famille de Lévis avait acquis les droits honorifiques attachés au domaine royal d’Avesnes. François de Lévis maréchal de France gouverneur général, de la province d’Artois échangea avec le roi Louis XVI son domaine de Vélisy, près Versailles, contre la seigneurie d’Avesnes, devenu chef-lieu de son duché de Lévis, et elle demeura dans la possession de la famille jusqu’à l’époque de la Révolution.

Des incendies considérables ruinèrent Avesnes en 1789 et 1790. ‘

On crût à tort ou à raison que ces malheurs étaient la conséquence d’une querelle fameuse entre la population et le château à l’occasion du droit de plantis sur les chemins Vicomtiers, droit dont le nouveau seigneur avait voulu se ménager la jouissance.

Les plantations furent coupées parles habitants et la coïncidence des incendies survenus peu après éveilla des soupçons malveillants non contre le seigneur mais contre ses subordonnés.

L’histoire de la Révolution française est trop connue pour qu’il soit nécessaire de détailler la façon dont les petites localités comme Avesnes en subirent le contre-coup. Le défrichement des bois, la vente d’une partie du domaine, des biens de la maladrerie, de l’église et d’autres établissements en furent la conséquence et si l’église resta debout, c’est qu’on dût en tirer parti pour fabriquer du salpêtre et y abriter le culte de la divinité nouvelle, la Raison. Rien d’ailleurs à partir de ce temps ne mérite de mention spéciale dans nos annales. Comme dans les autres lieux similaires, on ne tarda pas à s’engager dans la voie des progrès matériels, routes, construction d’établissements publics , mairie, écoles, presbytère, tout fut réalisé peu à peu, et en même temps le bien-être privé des habitants marchait de pair avec les améliorations de la chose publique,

L’invasion allemande après avoir répandu sur une grande étendue du territoire et pendant plus de quatre mois les désastres les plus terribles, arriva jusqu’à nous. Le 28 décembre 1870 deux mille hommes de l’armée ennemie arrivaient à Avesnes, s’y installaient et y faisaient subir leurs rudes exigences. Ils partirent le lendemain, mais à différentes reprises ils reparurent et avec eux, leurs dures réquisitions.

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