Bailleul-aux-Cornailles

Bailleul, situé à deux lieues Est de Saint-Pol, est bâti sûr le sommet et les flancs de l’une des petites collines dont la succession constitue le versant droit d’une vallée sèche qui, partant du faîte séparatif des vallées de la Scarpe et de la Ternoise, se dirige vers cette dernière rivière dans laquelle elle déverse ses eaux de pluie.

Description

Bailleul, situé à deux lieues Est de Saint-Pol, est bâti sûr le sommet et les flancs de l’une des petites collines dont la succession constitue le versant droit d’une vallée sèche qui, partant du faîte séparatif des vallées de la Scarpe et de la Ternoise, se dirige vers cette dernière rivière dans laquelle elle déverse ses eaux de pluie. Quelques étymologistes font dériver son nom du teuton Wald, bois, et ieul, habitation. Quant au mot Cornailles, ajouté pour le distinguer des autres endroits du même nom, il n’a probablement pas d’autre origine que la grande quantité de corbeaux, en patois du pays, cornailles. qui se rassemblent dans les bois des environs aux approches de l’hiver.

M. Terninck a signalé un tumulus gaulois sur le territoire de Bailleul-aux-Cornailles (novembre 1207). La seigneurie principale de ce lieu était dès le XIIIè siècle une pairie du comté de Saint-Pol. Gauthier de Châtillon, comte de Saint-Pol, reconnaît tenir en fief du roi de France, Bailleul, Botermont et Boscum Tirelli (Duchesnes, Histoire généaologique de la maison de Châtillon, Preuves, p. 53, et Histoire généalogique de la maison de Montmorency, Preuves, p. 78. Teulet, Layette du Trésor des Chartes, t. i, p. 310. Voyez Delisle, Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, p. 247.)

Cette terre et seigneurie fut achetée à Messire Robert de Bailleul, par dame Jeanne Le Borgne, veuve de messire Jean de Beauffort, par acte du 19.juin 1499. Elle en fit don à Jeannet de Beaufort, son second fils, qui la donna, dans la suite, par testament, à Romain de Beaufort, son neveu, dont les héritiers la revendirent, vers 1580, au sieur Thorillon. Cette terre revint à la maison de Beaufort, en 1712. On sait que le dernier seigneur de ce nom dut soutenir un procès de chasse contre Philippe de Rune, seigneur de Marquay, et qu’à l’occasion de ce procès, qui n’était pas encore terminé; il rencontra de Rurie, le 27 septembre 1700 (Harbaville et le P. Ignace disent que ce fut le 27 octobre) et le tua près du bois de la Cardonnaye, bois situé sur le territoire de Ligny, et qui, au dire du P. Ignace, était la cause première du procès. Une contestation s’éleva au sujet de cet assassinat entre le comte de Saint-Pol et le comte d’Egmont, seigneur d’Averdoingt. Chacun d’eux prétendait que la connaissance de ce crime appartenait à sa justice. La question fut portée devant le Conseil d’Artois qui donna gain de cause au comte d’Egmont. Le corps de Rune, qui était resté sur place, fut levé par les officiers du Conseil d’Artois et porté au château d’Averdoingt.

Le meurtrier s’étant soustrait par la fuite à la vengeance des lois, fut pendu en effigie, ainsi que de Nesle, seigneur de Loainghem,un des six témoins de l’assassinat. Le domaine de de Beauffort fut confisqué et sa terre fut vendue par décret sur son fils, en 1726. Le marquis de Crény, lieutenant du roi et gouverneur de Lille, l’acheta, et sa famille la possédait encore à la Révolution. (N. Lambeit, Puits artésien, Harbaville, P. Ignace.)

Une seigneurie vicomtière, nommée Hézèque-le-Petit, existait aussi au village de Bailleul. Un dénombrement, servi le 27 octobre 1750, nous apprend qu’à cette date, messire Jacques-Honuphre-François de Bellevalet, écuyer, seigneur d’Humeroeuille était possesseur, et d’autre documents nous font connaître qu’en 1683, Guy Goudemetz était le bailli de cette seigneurie et de celle la Motte. Le fief de Corbellemont, dont le chef-lieu était à Ligny-Saint-Flochel, et celui de Layens, en Marquay, avaient aussi des mouvances sur Bailleul. (Documents communiqués par M. Doal.)

Camille Théry de Norbécourt y possédait un bien considérable. Celui qui en était propriétaire en 1671 fut tué sur les parvis de la cathédrale d’Arras, le jour de Noël, en sortant de la messe de minuit. Un domestique du marquis de Montpezat, gouverneur d’Arras, le frappa d’un coup d’épée dans la cuisse.

Le possesseur de ce bien ne pouvait prendre la qualité de seigneur de Bailleul. Un descendant des Nortbécourt ayant fait, en 1704, don d’une cloche pour la paroisse, et ayant fait graver sur cette cloche une inscription dans laquelle il prenait ce titre, on lui prouva authentiquement qu’il n’avait pas le droit d’agir ainsi (P. Ignace. Dict. et supplément aux Recueils.)

L’ancien château, de Bailleul était une forteresse bâtie en grès, entourée de fossés à sec, très larges et très-profonds. Les guerres renversèrent la forteresse et les fossés se comblèrent peu à peu.

Sur les fondations du château, on éleva l’habitation actuelle qui, d’après les données du P. Ignace, a dû être construite par le marquis de Crény.

L’église est petite et n’offre rien de remarquable au point de vue de l’art. Elle n’a qu’une nef, ayant pour voûte un plafond à plein ceintre remplaçant, depuis.trois à quatre ans, un lambris en bois. Les fenêtres de la nef sont également à plein cintre. Le chœur est gothique. En le restaurant, il’ y a environ quatre années, on découvrit, au-dessus du plafond, qui alors était plat, la date 1482 ou 1428, car les chiffres, sculptés, en pierre blanche, n’étaient pas fixés. On l’a orné, il y a peu de temps, ainsi que la nef, de vitraux de couleur qui font un bel effet. La tour, lors de la visite du P. Ignace, était « un beau bâtiment en pierres, et en briques, du même âge ou à peu de chose près que la nef, et ayant un mur d’appui plus élevé que la plate-forme sur laquelle était posée une petite flèche en bois. Aujourd’hui, le mur d’appui et la plate-forme n’existent plus. On y voit des restes d’arcs doubleaux et les traces d’une voûte en pierre qui divisait la tour en étages. On y trouve encore les vestiges d’un escalier en colimaçon qui régnait dans l’un des contreforts. A part un plafond plat et peu élevé, cette tour ne présente plus que ses quatre murailles maintenues par quelques poutres transversales, et surmontées d’une flèche si peu élevée qu’on devrait bien plutôt l’appeler un simple toit. Des travaux de solidification ont du être exécutés aux contreforts il y a quatre ou cinq ans, La cloche date de la restauration du culte et n’offre absolument rien d’intéressant au point de vue historique. Sur l’un des panneaux de la. chaire est sculpté un double écusson dont l’un est de sable à un chevron, accompagné de trois coquilles, deux en chef et une en pointe, et qui paraissent être d’argent, et l’autre de gueules a une face accompagnée de trois merlettes, deux en chef et une en pointe, et qui paraissent être aussi d’argent, le tout surmonté d’une couronne de comté.

Avant le traité de Cambrai, Bailleul ressortissait à la sénéchaussée de Saint-Pol, prévôté de Beauquesne, bailliage d’Amiens, A l’époque de la Révolution, il était du ressort des comté et sénéchaussée de Saint-Pol, gouvernance d’Arras, conseil d’Artois, parlement de Paris, subdélégation et recette de Saint- Pol, gouvernement d’Arras, intendance de Picardie à Amiens.

La dîme, divisée en trois parties, appartenait à l’abbé de Samer, à l’abbesse de Beaupré et au seigneur du lieu. L’abbé de Samer et l’abbesse d’Étrun étaient les collateurs de la cure, dont le titulaire devait payer dix livres pour prise de possession (P. Ignace.. Diction.)

Bien que ce village ait une population de près : de 500 habitants, il n’existe qu’une seule école mixte où sont réunis les deux sexes. De Bailleul dépendait les hameaux de La Motte-au-Bois, Bailleulet, La Planquette et La Neuville. Avant la Révolution, 15 maisons de Marquay étaient de la paroisse de Bailleul.

LA MOTTE-AU-BOIS

La Motte-au-Bois était l’un des deux fiefs tenus en pairie du comté de Saint-Pol, à un fût de lance en relief. Le château qui portait ce nom, et qui consistait en un corps de logis avec une tour ronde au milieu, servait à la fois d’escalier et de pigeonnier, s’élevait à 7 ou 800 mètres au sud-est de Bailleul, sur les flancs d’une petite colline au pied de laquelle passait, la voie romaine d’Arras à Saint-Pol. Un bois épais l’entourait presque de tous côtés. En 1501, la seigneurie de ce lieu appartenait à Charles de la Viéville, seigneur du Fressay, Fiers, Flamermont, chambellan du roi, sénéchal du Ternois, gouverneur, et bailli de Saint-Pol. En 1732; nous la retrouvons en la .possession deToursel, baron de Liettres. Les anciens seigneurs de la Motte jouissaient des droits honorifiques dans Bailleul, cependant le seigneur de Liettres ne les avait plus; peut-être ce droit s’était-il perdu par suite de l’état d’inhabitation dans lequel s’est trouvé le château pendant fort longtemps. Le P. Ignace dit en effet dans son dictionnaire que lors de sa visite, en 1732, il était inhabité depuis plus de cinquante ans. Voici ce que la tradition locale rapporte au sujet de l’entier abandon où s’est trouvé le château de La Motte jusqu’à sa ruine complète :

« En ce temps là le roi venait de mourir (nous ferons comme la personne qui nous a raconté cette tradition, nous n’essaierons pas de dire en quel temps ni quel roi) et comme la mort d’un roi doit toujours être un sujet de deuil général, il était défendu de se livrer à aucun divertissement public. Cependant la ducasse de Bailleul était arrivée et avec elle les regrets de la jeunesse qui n’osait pas se donner le plaisir de la danse. Le seigneur de La Motte, ou du moins celui qui y demeurait, (un radical de l’époque probablement), trouvant que la mort d’un roi n’était pas pour le peuple un si grand malheur qu’on voulait bien le dire, prétendit qu’on danserait à la ducasse de Bailleul. En conséquence, il ordonna à ses tenanciers féodaux et cottiers d’avoir à se trouver sur la place à l’heure de la fête; lui-même s’y rendit avec ses gens et ouvrit le bal. On dansa donc, mais mal lui en prit ; quelques jours après, il vit, du haut de sa tour, arriver les gens du nouveau roi qui venaient pour l’arrêter. Ne se souciant pas de faire les honneurs de sa maison à messieurs de la police d’alors, il partit avec tout son monde, gagna le bois et on ne put jamais le rejoindre. A partir de cette époque, la Motte-au- Bois ne fut plus habitée. »

Au reste, les Mottois étaient regardés un peu comme des gens à part. Encore aujourd’hui à Bailleul, on raconte que le château de La Motte était habité par des « Camaros » mot d’argot par lequel une certaine catégorie de malfaiteurs désigne ses membres. La position du château, près d’un bois et à proximité de la route d’Arras, son isolement et la facilité à se dérober aux regards au moyen des bois de Bailleulet, d’Averdoingt, etc., ont bien pu faire choisir cet endroit par quelques détrousseurs de grands chemins comme théâtre de leurs exploits, ce qui a pu donner lieu à la tradition que nous venons de rapporter.

En 1711, vers la fin de juillet, un officier général de l’armée des alliés établit son quartier général à La Motte. Il y demeura trois semaines,pendant lesquelles ses soldats pillèrent les bois et rançonnèrent les villages des environs. Le château étant tout délabré, on dut travailler à la hâte à le rendre habitable. On y retrouva un puits bien maçonné qui avait été recouvert et qui existe encore.

Le propriétaire actuel a fait défricher le bois, il y a de vingt à vingt-cinq ans et y a fait construire une assez belle ferme au milieu. La motte sur laquelle était bâti le château, quoique cultivée, est encore assez élevée. Le pied ne peut s’y poser sans fouler des débris de pierres, de briques, et de tuiles. On trouve aux archives départementales, (Inv. chartes d’Artois B 875), plusieurs comptes des recettes de la seigneurie de La Motte. (Turpin. P . Ignace. Trad. loc. et documents communiqués par

M. Doal.

BAILLEULLET

Bailleulet, Baillelet ou Barlet, comme on dit familièrement, est une ferme située à un kilomètre, au midi, de Bailleul. Il y avait autrefois en ce lieu, un prieuré fondé en 1130, par Godefroy, seigneur de Roellecourt, qui le dota d’un personnat dont il se réservait la collation. Plus tard, ce prieuré appartint à l’abbaye de Samer, diocèse de Boulogne. Ferry de Locre dit, dans son Histoire des comtes de Saint-Pol, que de son temps, il dépendait de l’abbaye de Saint-Bertin, mais c’est une erreur qu’il n’a pas commise dans sa Chronique belge. L’abbé de Samer devait payer à l’évêque d’Arras douze livres pour le droit de visite que ce dernier avait sur ce prieuré, placé sous l’invocation de la Sainte-Vierge (Notre-Dame-de-Bon-Secours). Pendant tout le temps qu’il demeura en règle, il y eut en ce lieu un pèlerinage fréquenté en l’honneur de Saint-Antoine, abbé. Le dernier prieur fut Antoine de Buire, qui, vers 1640, retourna à Samer avec deux religieux qui demeuraient sous lui à Bailleulet. Voyant que la contrée, était le théâtre de guerres continuelles, ce prieur loua sa ferme à Pierre de Fontaine et retourna à son abbaye. Le cloître et les autres bâtiments réguliers ont existé jusqu’à la fin

du XVIIè siècle. Mais ils avaient beaucoup souffert pendant les longues guerres de ces temps-là. Pendant les années 1718 et 1719 on démolit tout ce qui restoit encore des bâtiments du monastère pour reconstruire la ferme actuelle. Toutefois, on conserva la chapelle dont le chœur, long de neuf mètres et large de six, avait une voûte en pierre,supportant un clocher dans lequel sonnaient trois cloches. Ce clocher ayant été détruit, on en avait fait construire un en bois, au bout de la nef, au-dessus du grand portail, dans lequel on n’avait mis qu’une cloche. Là nef et le portail étaient d’architecture romane. Les fenêtres du chœur étaient également à plein cintre.

Le prieuré de Bailleulet avait des dîmes ou des terrages aux villages de Ligny, Marquay, Monchy-Cayeux, Ternas, Epenchain et Bailleul. La dîme de Bailleul était, par bail passé le 10 mars 1756, par devant Me Peincedé, notaire à Samer, louée 750 francs au sieur Brisbar de Bailleul. Sur le territoire de Ligny, il possédait d’assez grandes propriétés, mais il n’y avait qu’un ferrage évalué à 14 livres 5 sols au rôle des vingtièmes de 1759. A cause de ce prieuré, l’abbé de Samer était seigneur de Bailleul, de la Neuville et de la Planquette, mais la seigneurie de ces deux hameaux était partagée entre lui et le possesseur du fief d’Hézecque-le-Petit.

Le 8 ou le 9 juillet 1710, l’avant-garde de l’armée des alliés vint camper à Bailleulet. Le prince Eugène avait son quartier-général à la ferme du Tirlet et Malboroug à Villers-Brulin. Il y eut

un engagement entre un détachement français commandé par le comte de Broglie et des fourrageurs ennemis qui furent poursuivis jusque dans le bois de Bailleulet. Les français voyant le nombre des ennemis augmenter, se retirèrent avec quelque butin et l’armée des alliés leva le camp peu de temps après. L’année suivante, elle revint au même endroit où elle demeura trois semaines, jusqu’au 10 août ; elle alla ensuite investir Bouchain. Jusqu’alors, on avait continué de célébrer l’office divin dans la chapelle. Mais à partir de cette époque, on le cessa complètement, excepté pourtant le jour de Pâques où le curé de Ligny et celui de Bailleul continuèrent d’y chanter seulement les vêpres en vertu d’une fondation. Arriva la Révolution qui fit cesser tout service divin. Les biens du prieuré furent vendus et achetés par le fermier dont les héritiers en sont encore aujourd’hui propriétaires.

Il ne reste plus actuellement d’autres vestiges des bâtiments claustraux que les fondations sur lesquelles les animaux broutent l’herbe qui y croît et que l’homme .foule d’un pas indifférent. (Turpin. P. Ignace. Documents comm parM.Doal.).

LA PLANQUETTE

Ce hameau tire son nom d’une passerelle qu’on nomme en patois planque ou planquette, petite planche qui existait autrefois en cet endroit et qui servait à traverser un fossé dans lequel passait une grande quantité d’eaux sauvages, appelé le fossé Pantaléon. Il est situé à trois ou quatre cents mètres de Bailleulet, à l’Est. Aujourd’hui comme au temps du P. Ignace, il n’est composé que de trois maisons bâties le long du fossé dont on vient de parler. Un chemin qui mène à la Neuville, dessert ces trois maisons.

LA NEUVILLE

La Neuville, Nova Villa, est bâtie sur le sommet de la colline au pied de laquelle est assise la Planquette, à deux ou trois cents mètres à l’Est de cette dernière. Ce hameau est de beaucoup le plus considérable des quatre. Il se compose d’à peu prés une trentaine de maisons. La seigneurie de ce lieu appartenait à l’abbé de Samer. Le seigneur d’Hézecque en possédait aussi une partie, comme nous l’avons déjà dit. Un chemin en bon état de viabilité traverse la Neuville et va rejoindre la route nationale n° 39, après avoir desservi aussi Le Quesnel, hameau d’Averdoingt, qui a longtemps appartenu à la maison de Lannoy .

Le comte de Beaurepaire en vendit le domaine- presque aussitôt qu’il fut établi à Caucourt.

Ces deux hameaux de la Neuville et de la Planquette sont réunis, pour le spirituel, à la paroisse d’Averdoingt,depuis trois ou quatre ans. Cette réunion a occasionné des scènes de plus d’un genre, dont l’une s’est dénouée devant le tribunal de simple police et une autre a donné aux habitants de la Neuville le spectacle des préliminaires d’un enterrement civil.

Les rues de Bailleul portent toutes des noms de situation ; d’En haut, de Bailleulet ; d’En bas, etc. Principaux lieux dits : la pleine de Lens, le Cumont, le Champ à oignons, etc.

G. BOUTTEMY.

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