Bonnières

Les antiquités que recèle le territoire de Bonnières prouvent assez son antique origine. En effet, en creusant des puits à marne, on a découvert sur divers points des tombeaux en pierre.

Description

Les antiquités que recèle le territoire de Bonnières prouvent assez son antique origine. En effet, en creusant des puits à marne, on a découvert sur divers points des tombeaux en pierre.

La tradition locale rapporte l’existence d’une maison de Templiers : un puits, dit des Templiers, et quelques fondations anciennes semblent corroborer cette opinion ; mais nous avons souvent vu dans nos campagnes donner le nom de Motte des Templiers, château des Templiers, à des substructions gallo-romaines ou celtiques. Il arrive souvent, en effet, que, ne sachant à quel peuple ou à quelle époques attribuer les monuments qu’il rencontre, le paysan leur donne pour constructeurs ceux dont l’histoire a frappé son imagination ou a été le sujet de vieilles légendes. Voila pourquoi nous trouvons si souvent les noms de Brunehaut, de Fées, de Templiers ou de Sarrasins, accolés à des monuments qui leur sont tout-à-fait étrangers (Terninck).

Nous n’avons du reste trouvé aucune trace de l’existence d’une maison de Templiers à Bonnières, dans l’ouvrage de Mannier sur les commanderies. Quand au bois de l’abbaye, ce nom lui a été donné comme ancienne possession du monastère d’Anchin.

En 1334, un conflit s’éleva entre le comte d’Artois et l’abbaye d’Anchin au sujet de la justice de Bonnières. L’affaire fut déférée au conseil de Philippe VI (Trésor des chartes A. 76).

En 1411, Thierry d’Hireçon possédait une maison et des terres à Bonnières tenues à cens par Thomas Lostelier (Trésor d’Artois A. 57).

Henri V, roi d’Angleterre, poursuivant l’armée française, se dirigea le 21 octobre 1415 vers Albert et passa la nuit à Acheux, son avant-garde étant à Louvencourt.

« A l’aube, au lieu de continuer son mouvement vers le nord, comme on aurait pu le supposer, il obliqua, laissa Doullens à une lieue sur la gauche, traversa Lucheux et se rejetant franchement à l’ouest, se logea à Bonnières, où devait s’arrêter l’avant-garde, et où le roi se-rendit par erreur, car ses logements étaient marqués dans un village plus bas. Quand on lui en fit l’observation, il répondit : jà. Dieu ne plaise, entendue que j’aie la cotte d’armes vestue, que je dois retourner en arrière, et il refusa de revenir sur ses pas.Le duc d’Yorck qui devait coucher à Bonnières avec l’avant-garde, alla jusqu’à Frévent, sur le bord de la Canche , et les deux ailes se dispersèrent dans les villages voisins, Ivregny, Sus-Saint-Leger, Villers-L’Hôpital et le Souich. » (Hist. de la ville de Doullens. Delgove.)

Henri VIII voulant continuer la guerre s’empara de Boulogne, et ce fut dans ces circonstances, que l’archevêque d’Amiens ordonna que 1,500 pains seraient chaque jour transportés à Doullens, d’où on les ferait parvenir au camp des Italiens, établi à Bonnières (9 Xbre 1544.).

La famille de Bonnières descend des anciens comtes ,de Guines dont elle avait les armes et dont elle releva le nom en 1650. Guillaume de Bonnières était capitaine de Cambrai en 1221. (Le Carpentier).

Guillaume de Bonnières, sieur de Thieulloy, gouverneur d’Arras et de Bapaume en 1414, chevalier, chambellan du roi et du duc de Bourgogne, allié à Jeanne de Fiennes, dame de Loches, puis à Isabeau de Guistelles, veuve de Hugues de Neuville, d’où Jean, chevalier, sieur de La Thieulloy, marié en 1454 à Jeanne de Bayne, dame de Souastre et du Mesnil,fille de Jean et d’Anne de Vignacourt ; d’où etc, etc (Le Carpentier).

Charles de Bonnières, seigneur de Là Thieulloye fut gouverneur d’Arras en 1444 ; Charles de Bonnières, baron d’Auxi, fut député par les États d’Arras vers Charles Quint et Philippe II.

Le dernier rejeton mâle de cette maison, gouverneur général d’Artois en 1787, lieutenant général des armées du roi et chevalier de ses ordres, fut créé duc de Guines, non pair. Armes : vairé d’or et d’azur (Borel d’Hauterive,page 450).

La seigneurie de Bonnières appartenait à l’abbaye d’Anchin qui y possédait une ferme considérable de 11,640 livres de revenu. (Rôle des 20 es , 1757.) Elle était située à la jonction de la rue d’Auxi avec celle de l’Abbaye.

Bonnières est situé sur le vaste plateau qui sépare les deux vallées de l’Authie et de la Canche. Cette commune, l’une des plus importantes de l’arrondissement de Saint-Pol, est traversée par deux chemins de grande et moyenne communication, donnant un accès facile aux gares de Frévent et d’Auxi-le-Château, de Fortel et de Bouquemaison.

Son territoire, qui comprend 2368 hectares, 97 ares, 68 centiares, est généralement argileux et productif, aussi l’agriculture forme-t-elle la seule richesse du pays.

Ce vaste territoire, avant 1789, était en grande partie le domaine des abbayes. Les belles fermes de Beauvoir et de Croisettes appartenaient à l’abbaye de Cercamp.

L’abbaye d’Anchin possédait plus de 500 hectares et la belle propriété de la famille Bulté, comprenant au moins 300 hectares provenait, dit-on, des Templiers. En effet, au lieu même où a été construite la ferme actuelle, qui existait avant la révolution, on a retrouvé une belle cave, des fûts de colonnes et des chapiteaux en grès de l’ordre composite, vestiges de constructions anciennes et importantes. A peine le quart de ce territoire était-il la propriété d’anciennes familles qui sont presque toutes disparues.

Bonnières, qui compte aujourd’hui mille habitants, aurait eu anciennement une population d’au moins douze cents âmes. Les registres de catholicité, remontant à 1600, accusent en effet un mouvement de population plus important que ne les constatent les registres d’aujourd’hui. (Communication de M. Godet, officier d’académie).

Bonnières faisait autrefois partie du diocèse d’Amiens. Une partie de l’église date du XIVè siècle, la tour et le chœur sont de construction récente. Ruinée pendant la guerre d’Espagne, elle fut réparée en 1665 par les soins des religieux de Cercamp et d’Anchin. Convertie en club révolutionnaire et en fabrique de salpêtre en 1793, elle vit brûler une partie de son mobilier sur la place publique. Rendue au culte en 1803, cette église ne fut restaurée qu’en 1847; à cette époque, le chœur et le sanctuaire reçurent de belles boiseries en chêne. Enfin une transformation complète, opérée en 1866, a rendu l’église de Bonnières une des plus belles des environs.

La dîme de Bonnières appartenait, d’après le pouillé de archidiaconat d’Amiens à l’abbaye d’Auchy. Cependant il est constant qu’elle en avait fait cession au profit du prieuré de Saint-Georges à Hesdin, par échange contre un tiers des Dames de Fontaine-le-Sec et de Flamermont, selon titre du mois de juillet 1218, qui est rappelé dans des lettres de l’official d’Amiens du mois de juin 1279 (Cartul. d’Auchy, p. 100 et 257.) (Darsy.).

Les dépendances de Bonnières sont :

BEAUVOIR. Des nombreux fossés et retranchements semblent indiquer l’existence d’un ancien camp romain, dans ce hameau situé près de la route de Frévent à Doullens. Dès 1380, les religieux de Cercamp possédaient la ferme de Beauvoir. Une charte de Walleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, la cite au nombre des possessions de l’abbaye, sur lesquelles elle a tous droits de justice. La seigneurie de Beauvoir dépendait de la prévôté de Doullens et appartenait en 1507 à Ferry de Saveuses. Il y eut autrefois une chapelle à Beauvoir desservie par les religieux de Cercamp. Ses fondations furent retrouvées vers 1700.

CROISETTES. Écart situé sur les confins du département de la Somme. Une sentence de 1221 attribue à Cercamps la terre de Croisette.

Les fermes de la Croix Trempez ou maison Leblond, sur la grande route de Frévent à Doullens.

L’ancien hameau du bois Choquet renfermait 15 maisons en 1708 et dépendait des bois de l’abbaye de Cercamps, dont une partie fut donnée en arrentement à divers particuliers, à charge d’y bâtir et de Rendre les terres labourables. Toutes ces fermes furent brûlées pendant la guerre de 1631 entre la France et l’Espagne.

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