Brimeux

On trouve fréquemment à Brimeux des monnaies, des tuiles, des poteries et d’autres vestiges de l’occupation romaine, surtout à l’endroit connu sous le nom de fort. C’est le point où la chaussée Brunehaut traverse la Canche.

Description

On trouve fréquemment à Brimeux des monnaies, des tuiles, des poteries et d’autres vestiges de l’occupation romaine, surtout à l’endroit connu sous le nom de fort. C’est le point où la chaussée Brunehaut traverse la Canche. Des auteurs, et les plus sérieux, Cluvier et Sanson, par exemple, ont désigné Brimeux comme étant le Lutomagus de la table Théodosienne, station militaire sur la voie romaine d’Amiens à Boulogne.

Le village de Brimeux est le berceau d’une illustre famille qui remplit la Picardie de l’éclat de sa renommée et porta sur les murs de Jérusalem sa bannière d’argent à 3 aiglettes de gueules. On reconnaît les traces de leur château dans une éminence de terrain dont la culture a presque fait justice, sans pouvoir toutefois préciser les limites de l’enceinte primitive. Il concourait, avec les forteresses de Beaurain et de Contes, à la défense de la vallée entre Montreuil et Hesdin.

Raoul, chevalier, sire de Brimeux, accorde, en 1160, aux moines de Saint-André-au-Bois les vastes domaines devenus la prévôté de Brunehautpré. Son fils Enguerran, sur le point d’entreprendre la lointaine expédition de Palestine, ajoute encore à ces libéralités ; sa femme Elizabeth, ses fils Eustache, Hugues et Pierre les confirment, en même temps que Hugues de Bailleul, leur suzerain, 1173.

Les archives de Dommartin mentionnent, vers le même temps, Asson ou Alson, seigneur de Brimeux ; est-ce le même Asson, qui, possédé du démon et miraculeusement délivré du malin esprit par l’attouchement du précieux rochet de saint Thomas de Cantorbéry, vint, en personne, affirmer cette faveur devant l’évêque d’Amiens ? (1239) (F. du Candas,

Hugues de Brimeux, successeur d’Enguerran, voulant interdire aux habitants de Montreuil l’usage des marais situés entre cette ville et la chaussée de Brimeux, consentit à reconnaître l’arbitrage de l’abbé de Saint-Sauve et du prêtre Guy de Compiègne. Ils ouvrirent une enquête au mois d’avril 1239 et déclarèrent sa prétention mal fondée, jugeant que le pâturage de ces marais serait désormais commun et stipulant une amende de 300 marcs d’argent pour celles des parties qui ne se soumettrait pas à leur décision.

Les abbés de Saint-Josse-sur-Mer, de Saint-André-au-Bois et de Longvilliers assistaient à l’enquête ; ils l’approuvèrent et le seigneur de Brimeux se vit contraint de donner « son bénin consentement ».

Son fils Jehan épousa Elisabeth de Beaurain, fille d’Aléaurne de Beaurain, seigneur de Huppy. Ils renoncèrent ensemble à certaines redevances sur les moulins de Tigny, au profit de l’abbaye de Dommartin, (décembre 1248).

Eustache, leur héritier trop jeune encore pour approuver cette aliénation, la ratifia vingt-trois ans plus tard.

Les intérêts du châtelain de Brimeux et de la ville de Montreuil étaient trop intimement liés pour qu’il ne s’en suivît pas de fréquentes contestations. Ces contestations se terminaient presque toujours au profit du mayeur et des échevins, dont l’importance allait grandissant : ainsi ils obtiennent, en 1292, le droit de circuler en franchise dans toute l’étendue des domaines de messire Eustache, et la pêcherie du fossé dit de sainte Lune. La même année’ intervient un accord réglant l’exploitation à frais communs des tourbières du franc-marais et des prairies situées entre la banlieue et la chaussée de Brimeux. On vécut dès lors en parfaite harmonie. Mais l’héritière de la seigneurie, Isabelle aussi nommée Marguerite, ayant épousé David Tyrel seigneur de Poix, celui-ci prétendit annuler les concessions de ses ancêtres. Il entreprit de rétablir le travers aboli en 1292. Ce droit consistait à lever sur les passants, sur leur bétail et leurs marchandises, une taxe en argent ou en nature ; il avait été octroyé aux seigneurs pour l’entretien des chemins, des ponts et des chaussées. Eustache l’avait abandonné , David dut y renoncer aussi, après une nouvelle tentative.

Des lettres du 30 juillet 1372 nous révèlent les curieuses doléances des bourgeois de Montreuil, victimes de mille tracasseries, et réclamant que justice soit faite contre le châtelain, dont les gens avaient exigé ou pris le travers :

« De Gilles Phare quy estoit subjet de la ville et qui traversa Brimeu portant une faulx avec laquelle il venait de faulcher à Marant ; Item, des poullains de Jacques du Pen qui allaient en pasture et passaient par la chaussée de Brimeu ; Item, du maistre de l’hospital de Beaumerie pour une queute (?) qu’il portoit parmy les pont et vile de Brimeu; Item, de Willes Flour pour deux colliers qu’il portoit par la vile et pont de Brimeu ; Item, de. Willes Darras, charpentier pour ce qu’il portoit sa coignée parmi Brimeu ; Item, de Taffin Harelle, pour ung floyel qu’il portoit et parce qu’il portoit une pièche de thoile sur ses espaules ; Item, de Pierre Caveron, de ce qu’il fesait porter des pommes à Beaumerie, pour son usaige…, etc., etc. »

Les loups, autrefois communs dans les forêts de l’Artois et de la Picardie, trouvaient un repaire sur les côtes escarpées qui avoisinent le village de Brimeux ; le cadastre conserve leur souvenir dans ces dénominations du territoire : le Bois des loups, le Buisson des loups.

Les seigneurs prenaient plaisir à les chasser. Les ordonnances royales leur imposaient d’ailleurs la destruction des animaux nuisibles et le droit des veneurs heureux était de prendre :

« Ung mouton ou blanche teste tantost et incontinent la prinse du loup, pour la curée de leurs chiens. »

Un jour, David de Poix parvient à tuer un loup et, peu soucieux des usages, il exige des habitants d’Écuires quatre brebis, comme prime de sa chasse.

« Nonobstant que paravant on eut pris ung mouton à Binauprey, ung à Buires et ung à Campaigne, à cause de ladite prinse dudit loup. »

Écuires était banlieue de Montreuil, le mayeur protesta et justice lui fut rendue.

Le roi Charles VII paya 400 livres d’or pour la rançon de David Tyrel et de son fils prisonniers chez les Anglais. Louis Tyrel de Poix, plus connu sous le nom de Brimeux, succomba à la funeste journée d’Azincourt, laissant une seule fille, Jeanne, alliée à Jean de Lannoy, chevalier de la Toison d’Or, ambassadeur en Angleterre, puis gouverneur de Hollande qui mourut en 1497.

L’héritière de Brimeux, Jeanne de Lannoy, épousa Philippe de Hornes, seigneur de Guasbecke, dont encore une fille unique, Jeanne de Hornes, damé de Brimeux, qui porta cette terre dans la maison de Melun, par son mariage avec Hugues, vicomte de Gand, gouverneur d’Arras et le bras droit de l’archiduc Maximilien. Les Melun, princes d’Épinoy, marquis de Roubaix, se la transmirent de génération en génération, jusqu’à la fin du dernier siècle. Nous n’entreprendrons pas leur généalogie. Nous préférons rappeler les souvenirs qu’ils ont laissés dans le pays, en commençant par Hugues de Melun et Jeanne de Hornes, les fondateurs de l’église que l’on admire encore à Brimeux. Ils la construisirent entièrement de leurs deniers, dans les premières années du XVIè siècle. Un grand nombre de blasons ornaient les voûtes, le chœur et les chapelles de l’édifice; trois seulement ont été épargnés par le marteau révolutionnaire :

Le 1er de Melun à azur à 7 besans d’or, en paie 2, 3,2, au chef d’or.

Le 2e parti de Melun et de Hornes.

Le 3è Écartelé : Au 1 et 4 ; d’or à 3 cors de gueules, qui est de Hornes.

Au 2 : De sable au lion d’argent, qui est de Guasbecke.

Au 3 : D’hermine à la lande de gueules chargée de 3 coquilles d’or, qui est de Hondschotte.

Hugues de Melun et Jeanne affectionnaient beaucoup le séjour de Brimeux, ils venaient y chercher le calme et se dérobaient volontiers aux honneurs qui les accueillaient à la cour de l’empereur Charles-Quint.

A la mort de son mari, arrivée le 27 novembre 1524, la dame de Brimeux continua d’habiter le château, d’où elle data son testament le 14 janvier 1554.

Nous devons un souvenir au vaillant marquis de Roubaix, Robert de Melun, qui fut tué au siège d’Anvers : Il était, rapporte Ledé, fort ami de l’abbaye de Saint-André « et fust un dommage qu’il mourust sy subitement sans avoir auparavant ordonné ses dernières volontés, car il avoit desseing d’y faire quelque belle fondation, voulant en cela suivre la vertu de ses prédécesseurs, seigneurs de Brimeu, pourquoy il avoit promis donner et quicter à ladite maison les 52 couples de grains qu’il percevoit chaque année sur la censé de Bignaupré. »

La belle architecture de l’église de Brimeux prouve la munificence des Melun, le savant abbé Ledé nous la révèle dans ses mémoires et l’airain de la cloche brisée en 1861.

Les cloches de Brimeux répandaient au loin de joyeuses volées ; un vieux dicton leur accordait même la supériorité sur la sonnerie de Dominois, la plus remarquable de la vallée d’Authie, que les paysans se plaisaient à défier en disant :

« Sonne sonne Dominois,

Jamais firimeu ne vaudrois.  »

Lieu-dit

Alleux (les). Buisson des loups (le). Franc marais (le). Justice (la).

Le Ménage, ferme située dans la plaine vers Bioville, faisait autrefois partie du domaine de Brimeux. Les armoiries de Melun avec la croix de Malte se voient encore sur le pigeonnier.

Prestreux (les). Le bois des Prestreux appartenait à l’abbaye de Saint-André, qui l’avait obtenu des seigneurs de Brimeux au XIIIè siècle.

Quesnoy (le). Les fermes de Bioville et de Brunehautpré, propriété des moines de Saint-André, dépendaient avant 1789, de la commune de Brimeux ; elles étaient donc enclaves d’Artois. Cela résulte de l’ordonnance royale, du 12 septembre 1752, qui termina les contestations soulevées, à ce propos, par les fermiers généraux qui prétendaient les assujettir aux taxes perçues en Picardie. Or, ce changement de province était très-important : Brunehautpré et Bloville, soumis à la Picardie, auraient payé 1900 livres d’impôt environ, tandis qu’étant déclarées dépendances de Brimeux en Artois, leur imposition ne dépassait pas 690 livres, compris les droits des bêtes vives et des boissons.

Archéologie

De l’église bâtie par les seigneurs de Brimeux, il reste le chœur et la tour qui surmontait la chapelle castrale.

Celle-ci, dédiée à saint Louis, avait une sortie indépendante décorée des blasons de Melun et de Homes.

Le chœur, éclairé de 9 fenêtres nouvellement restaurées et ornées de vitraux, présente tous les caractères de la riche architecture du XVè siècle. La piscine est remarquable ; on y voit encore l’écusson des fondateurs. La nef a été reconstruite par les soins de M. le curé Laurent (1861-1864).

La cloche refondue en 1861 rappelle le parrain et la marraine de l’ancienne. Elle a été nommée Louise Herminie par M. Louis Riquier, maire de Brimeux et par Mme Herminie Armand, épouse de M. Emile Delhomel, maire de Montreuil, membre du conseil général du Pas-de-Calais.

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