Buires le Sec

Colmieu , archidiacre de Thérouanne, écrivant à la fin- du XIè siècle, la vie de saint Jean, évêque de cette ville, accompagne de détails intéressants la description du château de Merchem, où le saint Prélat reçut l’hospitalité durant une de ses tournées pastorales

Description

Colmieu , archidiacre de Thérouanne, écrivant à la fin- du XIè siècle, la vie de saint Jean, évêque de cette ville, accompagne de détails intéressants la description du château de Merchem, où le saint Prélat reçut l’hospitalité durant une de ses tournées pastorales :

« C’est l’usage de nos jours, pour les hommes les plus riches et les plus nobles, de se procurer avant tout une retraite où ils puissent se mettre à l’abri des attaques de leurs ennemis et combattre leurs égaux avec avantage. Ils élèvent aussi haut que possible un monticule de terre transportée, ils l’entourent de fossés d’une largeur considérable et d’une effrayante profondeur ; sur le bord intérieur du fossé, ils plantent une palissade de pièces de bois équarries, fortement unies entre elles, qui équivaut à un mur; au milieu de ce monticule, ils bâtissent une maison ou plutôt une forteresse. »

Tel fut à son origine le « donjon » de Buires; telles furent les mottes que l’on rencontre fréquemment dans la plupart de nos communes.

Deux enceintes environnées de fossés larges et profonds, étaient reliées entr’elles par un môle de terre; la première, moins élevée mais plus spacieuse que la seconde, servait de cour basse ; la seconde était surmontée d’une fortification en pierre dont les fondations subsistent encore. L’état de conservation de cet ouvrage militaire, l’un des plus curieux du département, permet de supposer qu’il a été souvent utilisé pour la défense du pays.

En 1644 et les années suivantes, alors que l’on opposait de nombreux travaux de retranchement aux Impériaux, le donjon de Buires dût être mis à profit et il est possible que cette im­portante position soit devenue l’occasion du désastre dont un contemporain a laissé le souvenir dans ces lignes gravées au chevet de l’église :

EN 1657, 14

DE FEBVRIER LE VILLAGE DE BUIRES

A ÉTÉ BRULLÉ DE BOURGUINONS A ÉTÉ

FAITE PAR MOI, PIERRE PRIEZ,

et plus loin :

EN 1657 LE 14 DE FÉVRIERS LE

VILLAGE A ÉTÉ BRULLÉ DE BOURGUINONS

N’Y A RESTÉ QUE 17 MAISONS ENTIER

TOUTE A ESTÉ BRULLÉ.

PIERRE PRIEZ.

Le prieur de Maintenay, curé primitif de Buires, ayant contesté aux religieux de Saint-André les dîmes d’une partie des Colroy qu’ils devaient à la générosité d’Eustache Colet, l’évêque d’Amiens,

Geoffroy, les leur attribua en- février 1233.

Vainement, un siècle plus tard, le prieuré essaya-t-il d’oublier cet arrêt, source de fréquentes discordes, les grands et petits Colroy, déclarés dépendances de Brunehautpré, lui échappèrent à jamais. (Sentence de 1356, ratifiée encore par le parlement en 1673.)

Les droits de l’abbaye de Dommartin, à Buires, sont mieux définis : 43 journaux de terre acquittaient le terrage; la dîme rapportait 9 muids de blé, 9 muids d’avoine, 9 muids de baillard.

Les redevances produisaient : 1 sept. de blé, 9 sept. d’avoine, 1 mine et 2 boisseaux d’avoine, 3-sols parisis, dont le détail se lisait aux folios 14 et 15 du curieux polyptyque ou terrier, rédigé en 1250, par les soins de l’abbé Jehan. La disparition de ces feuillets du manuscrit, nous prive de documents intéressants, sur la population et les dépendances du village au XIIè siècle.

Vers le même temps apparaît Jehan, chevalier, seigneur de Buires, bienfaiteur du prieuré de Maintenay, en 1248.

Le 6 mars 1377, Baudouin de Lianne, écuyer, héritier de demoiselle Jehanne de Lianne, servit au roi l’aveu d’un fief noble, tenu de lui par 60 sols parisis de relief, s’étendant ès environs de Buires et à Waben. Il le vendit, le 23 juin 1378, à Blanche de Ponthieu, dame de Maintenay., comtesse d’Aumale, veuve de Jehan V d’Harcourt. L’Histoire de Buires devient dès lors celle de l’importante châtellenie de Maintenay.

Hameaux et lieu-dit

Romont s’est écrit : Roumont (1207). Ruhumont (1230). Romermont (1250). Reumont (1377).

Ce n’est pas le Rebellismons de la chronique d’Hariulfe, possession de l’abbaye de Saint-Riquier, qu’il est plus naturel de rechercher dans les environs de Saint Riquier, à Réalmont, par exemple.

La seigneurie de Romont, tenue de Maintenay, passa successivement, par alliance ou acquisition, aux familles de Harchies. Wlart ou Wulart d’Estrée (1580-1770). Le Noir, vicomtes de Montreuil (1770-1830. De Forceville, vicomtes de Merlimont (1830-1861). Vicomtes de Calônne d’Avesne 1861.

Dès le XVIIè siècle, l’église de Romont, desservie par le religieux de l’abbaye de Longvilliers résidant au Bois-Jean, était le centre d’une paroisse composée de l’Aiguille, la Houssoye et Romont.

Les Caurroyes ou les Colroy, l’abbaye de Saint-André y levait la dîme depuis la donation de Hugues Colet, en 1196.

Le Couporel, ainsi désigné dans les titres du XVIIè siècle : la Grande Corporeille (Bois-Colpart), la Petite Corporeille (Bois-Baizieux).

Les Essarts (les Echards), dépendance du prieuré de Maintenay.

La Baie-Colette, dont le nom rappelle les anciens seigneurs de Beaurain.

La Houssoye, fief noble, réuni au domaine de Romont, par le mariage de Marguerite de Joigny, dame de la Houssoye, avec Messire François Wlart d’Estrée, seigneur de Romont. Marguerite de Joigny mourut en 1663 et repose dans l’église de Buires, où son épitaphe se lisait encore en 1863.

Le Houssél.

Longeville, fief noble tenu de Buires, consistant en droits de champart, dans l’étendue de la paroisse. Le 20 octobre 1676, il appartenait à messire Adrien Boucher, seigneur de Longeville, dont les héritiers sont MM. Siriez de Longeville.

Rougeville.

Le chemin des anglais, suivi par les vainqueurs de Crécy, en 1346.

Archéologie

Le chœur de l’église, patron saint Maurice, monument du XVè siècle, a été bâti par les châtelains de Beaurain, de la maison de Croy,dont l’écusson se voit au côté de l’évangile.

Il subit une restauration importante en 1617, aux frais du seigneur de Maintenay, Charles de Montmorency, comme le témoigne l’écusson d’or à la croix de gueules cantonnée de 16 alérions d’azur, qui est sculpté à la voûte.

Le clocher surmonte l’abside; il s’écroula en 1765, les habitants se refusèrent à le reconstruire et la dépense s’élevant à 912 livres 7 sols, leur fut imposée d’office, par ordonnance de l’intendant de Picardie et d’Artois. (21 août 1766.)

Godefroy Nicolas Monsigny en fit la répartition entre tous les propriétaires de Buires, au prorata de leurs revenus. M. de Maintenay dut payer pour la terre de Buires, lui rapportant 300 livres :

14 livres 8 deniers; M. de Romont, pour la terre de Romont rapportant 800 livres : 38 sols 8 deniers ; M. de Bardes, pour la terre de Frémécourt rapportant 700 livres : 33 sols, 12 deniers ; l’abbé de Longvilliers, pour ses fiefs rapportant 900 livres : 43

sols, 4 deniers ; l’abbé de Saint-André, pour ses fiefs rapportant 600 livres : 23 sols 16 deniers etc.

Dans le cimetière et dans la chapelle qui y a été construite en 1842, se trouve la sépulture des comtes de Concourt ; des Le Noir, vicomtes de Montreuil; des Forceville, vicomtes et barons de Merlimont, anciens propriétaires du château de Romont.

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