Campagne les Hesdin

L’origine de l’église de Campagne, sous le vocable de saint Martin, demeure incertaine ; elle s’éleva, primitivement, au centre de quelques métairies bâties sur l’emplacement de la vaste forêt qui recouvrait la contrée

Description

L’origine de l’église de Campagne, sous le vocable de saint Martin, demeure incertaine ; elle s’éleva, primitivement, au centre de quelques métairies bâties sur l’emplacement de la vaste forêt qui recouvrait la contrée ; toutefois, le savant historien de Saint-Riquier, M. le chanoine Hénocque, ne veut pas y reconnaître, avec M. Harbaville, les possessions données par le roi Dagobert à cette abbaye :

« territorium quoddam in pagoPontivi quod dicitur Campanias. »

Campagne a longtemps été annexe de la paroisse, aujourd’hui démembrée, de Ricquebourg vers le milieu du dernier siècle, les habitants demandèrent à en être séparés, mais ils rencontrèrent une vive opposition de la part du curé de Ricquebourg, M. Viollette, et surtout de la part du prieur de Beaurain, qui voyait dans cette prétention une grave atteinte à ses droits de patron et de collateur. Il y eut échange de factums et de mémoires fort curieux; l’abbé de Saint-André-au-Bois ne resta point étranger aux débats du procès qui suivit, non plus que messire Testait, écuyer, seigneur de Campagne. Enfin le 15 mai 1777, intervint, en faveur de Campagne, la décision de l’évêché d’Amiens, décision confirmée, au mois de mars 1778, par lettres-patentes du roi enregistrées le 21 février 1780. Les motifs du décret portent que, le village se composant de 700 communiants, il est impossible au curé de Ricquebourg de leur prodiguer les secours spirituels, à cause de l’éloignement et de la difficulté des communications.

La nouvelle paroisse grandit et prospéra, tandis que, par un contraste bizarre, l’ancienne disparaissait complètement. Lors, de l’organisation de la France en départements, Campagne dut à sa position centrale entre les vallées de la Canche et de l’Authie, d’être désigné comme chef-lieu de l’un des cantons du district de Montreuil (22 décembre 1789). Ce canton comprit d’abord quinze, puis vingt-quatre communes.

L’abbaye de Saint-André avait de vastes domaines dans les limites actuelles de Campagne : le Fay, donation de Vaultier Tyrel et d’Enguerran de Mortlay, (1167); le Robertburth, donation d’Eustache Colet, (1165); le Tàlonville, donation de Robert d’Argoules, (1163) ; le Valivon et Brunchautpré. Elle jouissait en outre de certains droits : le moutonnage, lui attribuait la dîme des bêtes à laine; le travers, se percevait sur les voyageurs et les marchandises qui traversaient le village.

Les pauvres de Campagne ne pouvaient donc pas être oubliés dans les abondantes aumônes que distribuaient les moines et la chronique de Crépin nous apprend qu’ils recevaient, chaque semaine, trente-quatre pains de trois livres et demi.

Campagne a été plusieurs incendié et pillé par les Français ou par les Espagnols; en 1696, notamment, les Croates de la garnison d’Hesdin y commettent mille horreurs.

A l’époque de la révolution, MM. Pruvot et Cornu remplissant les fonctions de curé et de vicaire à Campagne, prêtèrent le serment constitutionnel, mais, ayant eu honte de leur faiblesse, ils se rétractèrent publiquement. Obligés de s’éloigner pour échapper à la persécution, ils se retirèrent à Bruxelles, tandis que le citoyen Debove, ancien marchand de vaches, ordonné prêtre par l’évêque intrus de Saint-Omer, exerçait en leur place un ministère impie. L’église fut transformée en temple de la Déesse Raison ; chaque soir les patriotes venaient y chanter les hymnes révolutionnaires, en dansant autour du maître-autel placé sous l’abside et surmonté d’une statue de sainte représentant la Liberté !

Cependant, aux plus mauvais jours de la terreur, deux ex-moines de Saint-André, les pères Lebrun et Detève, demeurèrent cachés dans le village, continuant à catéchiser les enfants et célébrant la sainte Messe dans les granges.

Lieu-dit et hameaux

Brunehautpré

L’orthographe de Brunehautpré devrait être ainsi modifiée : Burneaupré ou Burnelpré, ou bien encore : Brunelpré. Dans aucun titre ancien il ne se trouve écrit Brunehautpré ; le voisinage de la chaussée, dite Brunehaut, lui a fait attribuer à tort l’origine d’une dénomination dont on n’avait jamais tenu compte jusqu’à nos jours. La prononciation picarde en fit au XVè siècle Buignaulpré, et maintenant encore le paysan l’appelle Bignopré.

Les chevaliers Raoul (1163), Enguerran, (1193) et Eustache (1203), sires de Brimeu, abandonnèrent aux moines de Saint-André-au-Bois les terres et les bois qui formèrent la prévôté ou la censé de Burneaupré. La chapelle d’abord fondée à Bloville y fut transférée en 1227.

Jusqu’en 1314, un maître religieux ou prévôt, assisté de frères convers, faisait valoir les terres pour le compte de la communauté ; à cette époque, Burneaupré ayant été affermé, un religieux continua d’y résider en qualité de prévôt. Les bâtiments d’exploitation devinrent la proie des flammes le jour de la Pentecôte 1621: ils avaient été pillés et incendiés par les Espagnols, en 1511 et 1563.

Les prévôts de Brunehautpré sont : 1516, Antoine de Courteville ; 1561, Jean de Fontaines ; 1593,

Augustin Rogier ; 1572. JeanVasseur ; 1587, Antoine de la Ruelle ; 1605, Philibert deLarse ; 1626, Antoine d’Ostrel ; 1630, Nicolas Lemesre ; 1642, Claude Salé ; 1651, Norbert Sarrazin ; 1682, Arnould Barbier ; 1737, Norbert Peuvrel ; 1741, Gilbert Lanel ; 1749, Emmanuel Lamotte.

Le Fay, (Fagus), lieu planté de hêtres, dépendance de Saint- André-au-Bois.

L’Hôpital, dépendance de la commanderie de Loison, dont la ferme, située au nord du chemin de Campagne à Buires, se composait du Bois de l’hôpital et de 120 journaux de terre. La chapelle, sous le vocable de l’Assomption, était desservie, au dernier siècle, par les Capucins de Montreuil. Elle s’écroula vers 1750 et le commandeur de Beuzeville de la Luzerne la fit reconstruire, mais elle ne fut jamais livrée au culte. Cette chapelle, (de 15 pieds de long sur 12 de large), était en pierres blanches et couverte de chaume.

Dans la cour de la ferme se trouvait la Grange des terrages, où les habitants de Campagne venaient rendre compte des droits de terrage qu’ils devaient ; suivant un accord passé en 1480, ces droits se partageaient entre le Commandeur de Loison, pour les trois huitièmes et le seigneur de Lianne, les religieux de Saint- André, les seigneurs de Buire et de Campagne, pour les cinq autres huitièmes.

Neuvilette ou la Neuville. Fief noble qui donna son nom à la famille des Testartde la Neuville, anciens seigneurs de Campagne.

Ramecourt. Fief noble tenu de Beaurain, appartenant aussi en 1782, à Messire Charles-François Testart delà Neuville.

Talonville, dépendance de l’abbaye de Saint-André-au-Bois.

Le Valivon.

1200. Vallis Hivonis.

1244. Vallis Yvonis.

Le Valivon, dépendance de l’abbaye de Saint-André-au-Bôis qui l’avait reçu, en 1185, de Messire Guillaume de Saint-Omer, châtelain de Beaurain. Les moines y avaient bâti une chapelle dédiée à saint Éloy; elle était l’objet d’un pèlerinage très fréquenté par les laboureurs de la contrée ; ruinée et démolie en 1595, cette chapelle fut rétablie et solennellement bénite le 28 novembre 1664.

A côté de la ferme des religieux s’élevait, au XVIIè siècle, le château des Postel, seigneurs du Valivon. Françoise Postel dame du Valivon, épousa le 14 Novembre 1683 Jean Testart, écuyer, seigneur du Rossinoy et de Saint-Éloy, dont les descendants ont longtemps possédé la terre du Valivon, actuellement habitée par M. Moleux, président du tribunal de Montreuil.

Archéologie

Dans l’ancienne église, construction du XVè siècle, on remarquait un fragment de corniche en bois sculpté, orné de deux écussons : l’un gironné de douze pièces ; l’autre à la face accompagnée de 3 coqs, 2 et 1.

Monseigneur Lequette, évêque d’Arras, a consacré le 22 octobre 1872 la nouvelle église bâtie dans le style du XIIIè siècle, sur les plans de M. Glovis Normand. Elle comprend trois nefs divisées en six travées par deux rangs de colonnes cylindriques de granit. Le clocher en pierre fait avant-corps sur la nef principale. L’église mesure 36 mètres de longueur, 13 mètres 35 de largeur, 7 mètres 40 de hauteur aux bas-côtés, et 14 mètres à la grande nef.

Les habitants de Campagne rivalisèrent de zèle pour contribuer à la décoration : les vitraux, les autels et tout le mobilier s’harmonisent on ne saurait mieux avec les proportions de ce remarquable édifice, construit sous, l’administration municipale de M. Hilaire Moitier, M. Delval étant curé doyen.

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