Cavron Saint-Martin

Peu de temps après la fondation de la ville de Montreuil, des moines et des laïques bretons, qui fuyaient l’invasion des Normands sous la conduite d’un évêque nommé Clément, vinrent demander l’hospitalité au comte Helgaud. Celui-ci les reçut très courtoisement et leur donna la terre de Cavron.

Description

1000. Caveronis, 1143. Sanctus-Martinus-de-Caveron, 1148. Villa Cawronis, 1263. Gaveronium, 1307. Caveron, 1312. Kaveron, 1587. Caveron, 1656. Caveron, 1779. Cavron-Saint-Martin.

Peu de temps après la fondation de la ville de Montreuil, des moines et des laïques bretons, qui fuyaient l’invasion des Normands sous la conduite d’un évêque nommé Clément, vinrent demander l’hospitalité au comte Helgaud. Celui-ci les reçut très courtoisement et leur donna la terre de Cavron, en toute franchise, afin que les religieux vécussent des revenus et que les laïques pussent y habiter. Cavron est donc, au moins en partie, une colonie de Bretons.

L’abbaye de Saint-Sauve ne jouit pas toujours en paix du domaine de Cavron.

Les nobles ses voisins et les habitants de la localité lui suscitant mille tracasseries, l’abbé Rameric réclama la protection du comte Alulfe d’Hesdin, le plus grand seigneur de la contrée. Il le constitua l’avoué, c’est-à-dire le défenseur de son monastère, et une charte de l’an 1000 nous apprend à quelles conditions :

En retour de la protection qu’il accorde aux religieux, le comte peut exiger, chaque année au mois de mars, douze journées de corvée à Hesdin de tout propriétaire de manoir, les hommes de fief et les meuniers de l’abbaye exceptés.

De plus, il lui est dû : 5 deniers, une mine d’avoine et une poule. Celui qui possède seulement la moitié d’un manoir devra six journées, 5 oboles, une quarte d’avoine et une poule. Les cottiers sont tenus à trois journées et tous sont passibles de 3 sols d’amende pour l’omission d’une corvée. Enfin, ils fourniront en cas de guerre quatre écuyers à la solde du comte. La charte de Rameric était sur parchemin fort, avec sceau de cire blanche représentant Alulfe à cheval, équipé de pied en cap. Les Bénédictins de Montreuil l’ont communiquée à l’historien Henné bert et aux auteurs du Gallia Christiana qui l’ont publiée.

Au siècle suivant, le comte d’Hesdin, Bernard,, ratifia solennellement les engagements souscrits par son aïeul.

L’abbé Eustache promit de respecter toujours et partout les droits que les ancêtres du comte exerçaient à Cavron. La confirmation de ces privilèges, ratifiée par la comtesse Mathilde et par son fils, eut lieu en présence de l’évêque de Thérouanne et des abbés d’Anchin, d’Auchy, de Blangy, du prieur de Saint -Georges ; plusieurs religieux de Saint-Sauve et les vassaux de Gavron y assistèrent.

Le fils de Bernard ne paraît pas lui avoir succédé et, bien qu’il soit question, dans plusieurs auteurs, d’un Evrard, dernier comte d’Hesdin, les comtes de Flandre s’emparèrent alors de ce domaine.

Ils se plurent à imiter la protection que leurs prédécesseurs avaient constamment accordée aux vassaux de Cavron. Ils les exemptèrent du droit d’étalage au marché d’Hesdin et les affranchirent du tonlieu.

Le 10 septembre 1470, messire Jean de Lannoy, seigneur d’Amereaucourt, lieutenant général de la châtellenie d’Hesdin, permit de couper, tous les huit ans, la haie de Vaux; ce que Philippe le Bon avait plusieurs fois refusé, car cette haie était nécessaire à la conservation des « bêtes rouges qui peuplaient la forêt. ».

L’abbé de Saint-Sauve nomma d’abord à la cure de Cavron.

Mais par suite d’une transaction avec Colart de Sains, seigneur de Cavron en partie, le droit de présentation appartint alternativement à l’un et à l’autre.

Colart de Sains avait une part considérable de la seigneurie.

Jean de Sains, dit l’Aigle, époux de Jeanne de Belleforière, eut une fille, Jeanne., mariée, par contrat du 3 novembre 1497, à Jacques de Bueil, chevalier, comte de Sancerre et échanson du roi Charles VIII. Le Père Anselme ajoute que Bonne de Sains, dame de Cavron, s’allia à Nicolas de Bossut, seigneur de Longueval, et que cette terre forma la dot de leur fille Madeleine, lors de son mariage avec Jacques de Monchy, seigneur d’Inxent.

Robert de Monchy, capitaine de cinquante hommes d’armes-, en servit aveu le 18juin l604.

M. Lion a publié un extrait du terrier de la baronnie de Cavron qui fût dressé en 1778 et en 1779 par Jacques François Devis, arpenteur juré de la province.

Ce terrier comprend 2,002 articles. On y lit le détail des possessions de l’abbaye. L’article 167 porte que les religieux ont « un château avec cour et bâtiment contenant sept verges tenant en tous sens au crocq Saint- Valois ». Le crocq Saint- Valois rappelle l’origine du village primitivement habité par les Bretons qui ont apporté à Montreuil les précieuses reliques de ce saint abbé de Landeveneuck.

Deux fiefs nobles relevaient directement de la baronnie de Cavron : le fief de la Mairie tenu par 60 sols parisis de relief et le tiers de chambellage ; celui de Hureuville, par 30 sols parisis de relief, 15 sols de chambellage, avec service de plaids en la cour de Cavron.

Ils appartenaient à M r ” Jean-Baptiste Joseph de Hanon, écuyer, seigneur de la Buscaille et autres lieux, du chef de sa mère, dame Marie-Thérèse de Cornaille, dont la famille les possédait depuis

longtemps.

Le chef-lieu du fief de la Mairie aboutit à la ruelle qui va d’Aubin à Fressin. Le seigneur de la Buscaille y exerce la justice vicomtière. Il a le droit de constituer bailli, lieutenant et sergent pour maintenir ses droits et il perçoit les amendes de 60 sols parisis et au-dessous. Il a four, colombier « tor et verard » etc., et les tenanciers de Saint-Sauve lui doivent un lot sur chaque tonneau de bière ou de vin qu’ils débitent dans le village.

Le fief de Hurenvïlle entraîne les. mêmes prérogatives que celui de la Mairie, excepté, toutefois, le droit perçu sur les boissons.

La coutume particulière de Cavron, rédigée le 21 août 1507, contient 8 articles écrits sur 3 pages en parchemin par Nicolas de. Bours, lieutenant-ès-lois, seigneur de Ivregny et de Montfelon, bailli de l’abbaye de Saint-Sauve : on paiera 4 deniers pour emmener un cheval hors de la commune et 2 deniers pour emmener une jument (art. 4 et 5).

Les marayeurs, qui vendent ou étalent du poisson, doivent un denier « pour çhascune chevallée » et une obole pour « chascun fais à teste » (art. 6).

Le relief dû aux religieux de Saint-Sauve est fixé au double du fermage ou de la rente.

Hameau. Saint-Martin.

L’église, qui date du XVème siècle, a été bâtie en forme de croix latine, avec des matériaux qui proviennent d’une construction plus ancienne. Le chœur et les chapelles latérales sont voûtées. Un petit clocher avec flèches en charpente à huit pans a été ajouté en 1700. Parmi les statues anciennes qui ornent le sanctuaire, on remarque une Vierge à la chaise du XIVème siècle.

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