Fressin

Ce village est une des localités les plus anciennes et les plus connues de la contrée. Tous les chroniqueurs en ont parlé depuis plusieurs siècles, à cause de ses illustres et puissants seigneurs qui, sous le nom de Créquy, ont élevé bien haut la gloire de leur famille.

Description

Ce village est une des localités les plus anciennes et les plus connues de la contrée.

Tous les chroniqueurs en ont parlé depuis plusieurs siècles, à cause de ses illustres et puissants seigneurs qui, sous le nom de Créquy, ont élevé bien haut la gloire de leur famille.

Le regretté M. Henri de Laplane, secrétaire général de la Société des Antiquaires de la Morinie, a fait imprimer en 1873, quelque temps avant sa mort, une brochure de 30 pages, intitulée : Fressin, Créquy et leurs seigneurs.

C’est une étude sérieuse qui jette la lumière sur plusieurs points de leur intéressante histoire, et qu’on me permettra de consulter, en écrivant les notices de Fressin et de Créquy.

L’origine de Fressin remonte au VIè siècle au plus tard ; on lit son nom dans un acte de 673, du temps du roi Thierry Ier .

Le 10 juin 788, la XXè année du règne de Charlemagne, Hardrad, abbé de Sithiu, acheta cent sols la terre de Fressin d’une noble dame appelée Sigeberte. Dans cet acte Fressin s’écrit Fressingahem, Fressighem ou Fressinghem.

On le retrouve encore dans un diplôme de la XXXIIè année du même règne.

On pense généralement que l’antique château-fort de ce village fut bâti par le IIè comte de Flandre Arnoul-le-Vieux, le Grand ou le Barbu, dans la première moitié du Xè siècle.

Mais de temps immémorial la terre de Fressin appartenait à cette noble famille qui plus tard, à la renaissance des noms patronymiques, au XIIè siècle, prit le nom de Créquy (Keski ou Kriski) dont la source vient, croit-on, du prunier sauvage, dit Créquier, arbre qui croissait en abondance dans les bois de cette localité, Cresequium nemorosum, où le long des ruisseaux qui, selon le Pouillé de Boulogne arrosaient le village de Créquy et de Fressin.

Cette puissante famille qui, pendant tant de siècles, y fit sa résidence ordinaire, avait de nombreuses terres à clochers dans le pays et dans les contrées environnantes, entre autres Créquy, Sains-les-Créquy, Planques, Coupelle-Neuve, Avondances, Ruisseauville, Blangy, Torcy, Royon, Rimboval, Contes, Hesmond, Cavron, Wacquinghem, Bernieulles, Offin, Bléquin, Cléty, Souverain-Moulin, Langles, Frohans, Bouverelle, Canaples, Pont-Dormy ou Pont-Rémy, etc.

On doit conclure de ce que je viens de dire que Fressin, comme château-fort et comme résidence seigneuriale, a précédé Créquy, de plus d’un siècle, et qu’il a été la souche de ces illustres seigneurs qui, sous le nom de Créquy, ont joué pendant plus de sept cents ans un si grand rôle dans la France entière et jusqu’en Orient.

Le château de Fressin, comme on en peut juger par les ruines imposantes qui existent encore, mais qui disparaissent de jour en jour, avait d’immenses proportions.

Quatre énormes tours aux angles, et plusieurs tourelles épaisses dont les murailles étaient flanquées,le défendaient contre les assauts de l’ennemi.

Plusieurs de ces tours avaient 50 pieds de diamètre et 120 de hauteur ; la plus spacieuse servait de chapelle.

Un cercle de mâchicoulis établi en encorbellement ceignait leur partie supérieure; elles étaient surmontées d’une flèche en bois. On voit encore l’emplacement de ces tours dont une est en partie conservée, ainsi que quelques murs d’enceinte. Il y avait un pont-levis très-étroit et de larges et profonds fossés que les eaux de la Planquette, retenues par un barrage, remplissaient à volonté.

Reconstruit en 1450, il fut incendié par le comte de Rœux, lieutenant de Charles-Quint en 1552. Restauré de nouveau par ses anciens maîtres, il fut paisiblement habité par eux pendant un siècle environ, puis enfin démantelé, croit-on, par le capitaine Fargues, qui s’était emparé d’Hesdin, pendant la révolte du prince de Condé.

Plusieurs ont dit qu’un souterrain unissait les châteaux de Fressin et de Créquy ; mais il n’y en a aucune trace.

On sait avec quelle valeur les seigneurs de- Créquy combattirent dans les différents sièges qu’ils eurent à soutenir.

La gloire dont ils se couvrirent, et plus encore peut-être les bienfaits qu’ils répandirent autour d’eux ne permettent pas de laisser périr les derniers vestiges de leur antique manoir.

Parmi les plus anciens seigneurs de Fressin et de Créquy on peut citer Gérard qui accompagna Godefroy de Bouillon à la première croisade ; Ramelin qui se croisa, de son côté, et fonda, de concert avec la pieuse Alix, son épouse, l’abbaye de Ruisseauville ; Raoul qui partagea la captivité de saint Louis, après la funeste bataille de la Massoure en 1250, et qui vraisemblablement prit le premier le nom et les armes de Créquy, c’est-à-dire le blason d’or au Créquier de gueules.

Ce Raoul est, on le sait, le héros de cette fameuse légende embellie par la poésie, élevée par elle aux honneurs de la scène française, et qui dépouillée des créations fantaisistes de l’époque, offre encore un vif intérêt, et conserve, de plus, un véritable caractère historique. (Voir Créquy.)

On doit citer encore : Regnault et Philippe son fils qui tombèrent avec l’élite de la noblesse française dans les champs funèbres d’Azincourt en 1415 ; Deux chevaliers de la Toison d’or en 1431 et 1458 ;

François de Longyillers (Pouillé de Boulogne), qui était gouverneur et sénéchal du Boulonnais en 1495 ; Jean, seigneur de Créquy, son frère, fut le père de Philippe de Créquy, baron de Bernieulles, gouverneur de Thérouanne, de qui sont descendus les seigneurs d’Hesmond, marquis de Créquy, chefs des armes, demeurant en Boulonnais ; Trois princes de l’église, évêques de Thérouanne : Enguerrand en 1291, François en 1530, Antoine en 1552 et 1553, époque de la destruction de cette capitale de la Morinie par l’empereur Charles-Quint.

Cette maison est tombée, dans celle de Blanchefort, famille du Limousin, par le mariage de Marie de Créquy, fille unique de Jean VIIIè du nom, sire de Créquy et de Canaples, prince de Poix, contracté l’an 1543.

Antoine, leur fils aîné, fat institué héritier des biens de la maison de Créquy par son oncle maternel, Antoine de Créquy, cardinal, évêque d’Amiens, à condition que lui et ses successeurs en porteraient le nom et en prendraient les armes.

La terre de Fressin fut érigée en duché-pairie en 1663, en faveur de Charles de Créquy, prince de Poix, chevalier désordres dû roi.

Elle est restée dans la même famille jusqu’en 1789; à cette époque elle passa dans celle de Civrac qui l’a vendue à M. le baron Sellière, grand louvetier, dont les chasses au sanglier sont très connues dans le pays et ont débarrassé les forêts de Tournehem, d’Eperlecques et de Desvres d’hôtes très-dangereux.

L’église de Fressin, monument de la munificence et de la piété des sires de Créquy, fut construite au XVè siècle dans le style de la dernière période ogivale très-ornementé avec trois belles nefs.

Malgré les ravages causés par l’incendie de 1525, et par le vandalisme de 93, ce sanctuaire conserve les traces de son ancienne grandeur. On voit encore à l’intérieur et à l’extérieur des murs les armes des seigneurs qui l’ont fait construire.

M. l’abbé Bonhomme, curé de la paroisse, y a fait depuis plusieurs années d’intelligentes restaurations. A l’exemple des religieux du Moyen-Age, ce pieux ecclésiastique s’est fait tailleur de pierre et sculpteur ; et ses travaux nombreux rendent à cette belle église son cachet primitif et ses richesses artistiques.

Jean IV, sire de Créquy, de Fressin et de Ganaples, fit bâtir sur le côté gauche du chœur une chapelle funéraire qui est arrivée jusqu’à nous dans un assez bel état de conservation ; c’est un spécimen du style du XVè siècle.

Sur le devant du tombeau se lit l’inscription suivante :

Chi gist Jehan sire de Créquy et de Canaples qui trépassa l’an de grâce M.CCGG et XI,la nuict saint Adrien, pénultième jour de novembre, et chi gist Jehane deRoie sa feme, laquelle fist fonder cheste capelle et cheste sépulture l’an mil CCCCXXV et trépassa l’an mil CGGGXXXIV.

Cette chapelle renferme un autel en pierre sans ornements et sans gradins. A cette époque, on ne mettait sur l’autel que le missel, une croix et deux chandeliers.

Quand on conservait le Saint- Sacrement, on le suspendait dans un ciboire en forme de colombe ou bien on le renfermait dans un tabernacle à côté de l’autel.

L’église de Fressin était paroissiale avant 1789, comme elle l’est aujourd’hui. Elle faisait partie du doyenné de Vieil-Hesdin, bien qu’elle fût à la nomination de l’abbé de Saint-Jean-au-Mont- lez-Thérouanne. On sait que trois seigneurs de Créquy avaient été évêques de ce siège. La dîme appartenait à l’abbaye de Saint-Jean-au-Mont-lez-Thérouanne en 1383. Plus tard elle appartint au curé.

Fressin avait alors deux vicaires, dont un résidait à Planques annexé de temps immémorial à Fressin; elle n’en a plus, depuis l’érection en succursale de cette ancienne annexe.

D’après de vieilles traditions, le village de Fressin avait autrefois une population considérable groupée autour du château et de l’église. Cette opinion semble pleinement justifiée par les nombreux débris de constructions que l’on découvre épars çà et là sur la surface de son territoire qui ne compte plus qu’un millier d’habitants.

Cette commune, résidence ordinaire d’un des quatre notaires du canton, est à 9 kilomètres de Fruges ; elle possède une école de filles dirigée par trois sœurs de la Sainte-Famille d’Amiens, et fondée par M. l’abbé Héame, prêtre plein de zèle et de piété, né dans la paroisse, et mort curé de Bonningues-lez-Ardres qui lui doit aussi l’établissement d’une école de filles,confiée à la même congrégation.

On lit dans les archives déparmentales qu’en 1789 l’église jouissait d’un revenu de 1,500 livres ; qu’autrefois il y avait à Fressin haute justice seigneuriale, un marché, une foire, une raffinerie de sel, avant la destruction du Vieil-Hesdin.

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