Frévent

Une voie gauloise rattachait Frévent à Arras passant par Estrées, Beaufort, Avesnes, Hauteville, Warlus et Dainville. (Terninck, Atrébatie). Ce même auteur signale un tumulus gaulois sur le territoire dé cette bourgade.

Description

Une voie gauloise rattachait Frévent à Arras passant par Estrées, Beaufort, Avesnes, Hauteville, Warlus et Dainville. (Terninck, Atrébatie). Ce même auteur signale un tumulus gaulois sur le territoire dé cette bourgade.

Une médaille romaine, moyen bronze de l’époque de Vespasien, a été trouvée près de la grande route de Paris à Dunkerque ; enfouie à une certaine profondeur dans la terre. C’est une preuve déjà probante, selon nous, de l’existence de Frévent avant le XVIIè siècle. Mais nous en trouvons une autre d’une valeur incontestable, dans l’introduction à l’histoire générale de la province de Picardie, par Dom Grenier.

Nous y lisons, page 490, édition de 1856; au chapitre CC LIV où il parle des voies romaines : Vingt-troisième branche de la voie militaire.

La cinquième chaussée qui se détache de son tronc à Amiens, est dirigée sur Poulainville, où, suivant un dénombrement fourni en 1300 à l’abbaye de Corbie, par le seigneur de Picquigny, était une pierre levée, c’est-à-dire une colonne militaire.

On y avait bâti une censé à la place; là elle se trouvait avec le titre de Viapublica, dans la forêt de Vicogne à Beauval, comme porte la charte de fondation de l’abbaye de Corbie, de l’année 660 ou 661. Elle passe dans la gauche de Talmas; il y avait en cet endroit un temple dédié à Mars ; sur la droite de Vicogne ; à Beauval, où elle s’éloignait tant soit peu du chemin actuel de Doullens pour s’approcher de Bagneux, lieu destiné à des bains, comme nous l’avons déjà dit, et pour traverser la rivière d’Authie, vis-à-vis la citadelle de Doullens.

Malbrancq dans sa carte du pays des Morins l’a fait passer plus bas, savoir : entre Remesnil et Outrebois. Au reste elle allait gagner de là à Frévent, dont l’église est sous l’invocation de Saint-Vaast, passait à peu de distance du lieu dit Mont-Joie et arrivait à la capitale du pays Ternois De Saint-Pol, elle va à Hestrus, (Stratum) ; à Febvin; à Estrée-Blanche, où elle joint la chaussée de Saint-Quentin à Thérouanne. Malbraucq, (de Morinis page 596), lui fait traverser deux fois la rivière de Laquette et l’éloigné par conséquent de la chaussée qui se trouve tracée dans la grande carte de France… »

Cette branche de la voie militaire est encore visible en divers endroits et il est facile d’en suivre le tracé dans la traversée de Frévent et aux alentours. Les voies romaines étaient essentiellement droites et dédaignaient les détours; les romains n’ont fait qu’un certain nombre de grandes routes militaires ou stratégigues. Pour les autres communications, ils empruntaient les chemins qui existaient avant eux, les rectifiaient, les amélioraient au besoin, mais ce n’est pas le cas ici, car les restes accusent une largeur et une solidité qui ont résisté aux dégradations des riverains, dans quelques endroits et donnent bien l’idée de ce que devaient être ces travaux remarquables. A trois kilomètres .de Frévent, près du hameau de Beauvoir, dépendant de la commune de Bonnières, on voit encore un chemin gazonné, d’une largeur d’au moins 8 mètres qui se maintient en assez bon état pendant quelques hectomètres. En avançant sur Frévent, ce chemin a été entamé, rétréci en beaucoup d’endroits, de manière à perdre sa physionomie primitive. Il arrive à Frévent par une cavée large, en partie comblée et boisée à présent, qui servit pendant longtemps d’amorce au chemin dit de Bonnières à l’extrémité sud de la rue de Doullens.

Cette rue d’une longueur inusitée doit être la continuation de la voie romaine qui traversait la Canche,au pont de Saint-Vaast, et se dirigeait à travers la place et la rue des Lombards vers les communes de Séricourt et de Sibiville, en suivant la vallée de la petite rivière des Airs, qui se jette dans la Canche près de ce pont, laissant le village de Sibiville à droite, vers Saint-Pol, en passant à l’endroit qui a conservé le nom de Mont-Joie,(Mons Jovis), où se trouve encore une ferme de quelqu’importance. Il y a une trentaine d’années, nous avons constaté au milieu d’une pâture de cette ferme, l’endroit où la voie romaine avait existé; il était remarquable à cause de la stérilité relative du sol dont se plaignait alors le fermier, sans en soupçonner la cause.

C’est le long de cette voie qu’étaient bâties la plupart des habitations de Frévent, vers Séricourt. La partie la plus populeuse de la ville occupait une bande de terre dans le fond de cette petite vallée, jusqu’à mi-chemin de Séricourt. L’église de Saint-Hilaire, qui se trouve maintenant à l’extrémité du pays, était au centre de la paroisse qui a été ravagée et détruite à plusieurs reprises par les espagnols, notamment pendant la guerre sanglante entre François Ier et Charles-Quint, et par les anglais qui la traversèrent aussi plusieurs fois. (Histoire manuscrite de Frévent par M. Liane).

Frévent est plus important que plusieurs petites villes de l’Artois; Turpin lui donne même le titre d’oppiclulum, en 1280. Il est situé dans une vallée sur la Canche, rivière qui prend sa source à Magnicourt, à deux lieues de Frévent, passe à Hesdin, à Montreuil et va se jeter dans l’océan près d’Etaples. Ce bourg devint au XIIè siècle, une des sept châtellenies du comté de Saint-Pol. Il était dès lors partagé en deux paroisses, Saint-Hilaire et Saint-Vaast. L’autel de la première fut attribué au prieuré-de Ligny, en 1182, par Jean évoque de Thérouanne (1). Le comté Roger accorda l’autel de la seconde, (cum terra comitis), à l’église collégiale de Saint-Sauveur de Saint-Pol, en 1050.

Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Pol et Élisabeth deCampdavaine, son épouse, voulant confirmer les privilèges accordés par leurs prédécesseurs, accordèrent aux bourgeois de Frévent une charte de commune (mars 1218).

« Moi Gaucher de Châtillon, comte de Saint-Paul, fais sçavoir aux présents et à venir, que, de l’aveu et consentement de mon épouse Elisabeth de Campdavesne, comtesse, et, de mes enfants Guy et Hugues, chevalier, j’ai donné et accordé à perpétuité à touts mes vasseaux de Frévench, les mesmes franchises, lois et coustumes qu’à la communaulté de Saint-Paul, ainsi qu’il est coûtenu plus amplement dans la charte que je lui ai donnée, de sorte que dans toutes mes forests appartenant au bourg de Frévench, les habitants de la communauté pourront arracher l’herbe de la main seulement, sans autre instrument, sauf à moi et à mes hoirs la justice que j’avais auparavant dans ces forests.

Quant aux fours et moulins, lesdits vasseaux n’en pourront construire.

Et moi ou autre seigneur ou dasme du milieu, nous ne pourrons prendre conte, sinon de l’aveu du mayeur et eschevins ou de leur envoyés. Mais, autant de fois que je profiterai de la conte, je m’oblige de payer un denier pour chaque nuit.

Les eskevins toutefois ne pourront refuser ce droit à mes envoyés qui le demanderont de la manière susdite. Et pour celui qui viendra loger aux hostelleries, on n’exigera pas plus d’un denier pour la conte de chaque nuit.

Cependant, personne ne pourra demander ce droit de mes vassaux de la manière susdite, sinon de l’aveu de Mayeur et eschevins, sauf le seigneur ou la dame de ce présent bourg.

Pour jouir de ces franchises et coustumes (ainsi qu’il est écrit), mes dits vassaux seront obligés de payer à moi ou à mes hoirs, chaque année, le lendemain de la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, quatre boisseaux d’avoine, à la grande mesure de Saint-Paul, sauf les revenus qui m’étoient dûs avant que d’accorder ces lettres d’octroye, sçavoir en argent, chapons et avoine, sauf encore les revenus sur les étrangers, qui, dans la suite, viendront demeurer dans le bourg de Frévenck ; sçavoir en argent, chapons et avoine. Sauf aussi le droit de lever des troupes et de la cavalerie, que je me suis réservé et à mes héritiers.

Quant à moi, Gaucher de Châtillon, et mon successeur héritier, je ne pourrai mener les vassaux du mesme bourg, en troupe ou cavalerie, sinon pour mes propres •affaires.

Et nous vassaux du bourg -de Frévenck avons juré d’observer de bonne foi, en tout et partont les droits du seigneur et de la comtesse, son épouse, et de mes héritiers.

Et moi Gaucher de Châtillon comte, et la-comtesse, mon épouse, et Guy et Hugues, mes fils, chevaliers, avons juré sur les évangiles d’observer de bonne foi et à toujours le contenu de la présente charte, et pour donner plus grande autorité aux présentes lettres, nous y avons apposé nos sceaux.

Fait, l’an de l’incarnation de N.-S. mil deux cent dix-huit, au J mois de-mars ».

La copie de cette charte reposait dans les archives de Frévent, elle avait été collationnée sur l’original, le 14 mars 1597, .par A. Carpentier et J. Lempereur, notaires d’Artois, à la résidence de Frévent. D’après la lettre qui précède, il paraîtrait que déjà la commune de Frévent existait avant 1218 ; néanmoins, selon Duchesne, dans son ouvrage ayant pour titre, preuves de Châtillon, ce serait à Guy II de Châtillon que l’échevinage de ce bourg devrait son établissement.

Cette charte, une des moins libérales que l’on connaisse, octroyée selon les us de Saint-Pol, et moyennant un cens annuel de quatre boisseaux d’avoine par feu, fut jurée par les bourgeois.

Le comte se réserve la banalité; il consent à payer le droit de gîte, loger et défrayer le roi, ou le comte et sa suite, selon l’avis du mayeur. Les habitants ne pourront être menés à la guerre que pour la défense du comté. Le droit d’herbage à la main dans les forêts du comté leur est conservé. L’échevinage se composait du mayeur et de six échevins: il fut maintenu en 1690 dans tous les droits vicomtiers, lesquels consistaient dans la police des rues, flégards et chemins, l’afforage des liquides, la surveillance des poids et mesures, etc.

Un siècle plus tard, la ville de Frévent ne put se refuser aux désirs d’agrandissement manifestés par ses seigneurs et leur céda une partie de son patrimoine, par l’acte dont voici le texte :

« Nous, mayeur et échevins, toute la communauté de la ville de Frévenck et habitans, à tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, salut. Comme nostre très-chere et amée Dame Madame Marie, comtesse de Saint-Pol, et nos chers et amez, sire Jehan de Châtillon, ses fils, comtes de Saint-Pol, eussent volonté d’acheter les prez que nous avions entre Frévenck et Ligni sur Canche aboutans et près la Dame de Rolepot, etc. Pour la nécessité de leur chaste de Frévenck, lequel pré fut prisé et évalué à dix-neuf livres parisis chascun an, etc. etc. Ce fut fait l’an 1317, le dimanche-devant le jour Saint-Luc, évangéliste. (Turpin. Ann. hist.)

La maison de ville qu’on voit aujourd’hui, date du siècle dernier. C’est une -maison particulière qui a été achetée pour remplacer celle communale, détruite à plusieurs reprises pendant les guerres. Celle-ci occupait le couchant de la place et était contiguë à l’établissement des sœurs de la sainte famille. (Liane, ouvrage précité).

Les maieur et échevins avaient la police de la commune; ils exerçaient ce droit à l’exclusion de tous seigneurs vicomtiers, ce qui leur fut confirmé contre les prétentions du sieur deThibauville, qui avait un fief vicomtier dans Frévent, relevant de la baronie de Rollencourt, par arrêt du conseil supérieur d’Artois, du 8 mai 1690, par lequel : « lesdits mayeur et eschevins furent maintenus dans la possession de visiter les flots et flégards ès-metz de Peschevinage de Frévent et ceux de Thibauville, et afforer et mettre le prix aux boissons qui se vendent audit eschevinage et tènement de la seigneurie deThibauvilie, et prendre à cet effet, égard aux poids, pots et mesures, de marquer et calenger d’amende les deffaillants. Condamnant ledit détendeur en la réparation du trouble à liquider par devant le conseiller Lefebvre, rapporteur, en l’amende de soixante sous parisis, et à tous dépens du procès. (Puits artésien, N. Lambert).

Le sceau de Frévent représentait une tour, du moins telle est l’empreinte que nous avons vue sur de vieux actes .émanés de l’échevinage de cette ville.

Quoiqu’il en soit, c’étaient les bourgeois qui nommaient les magistrats municipaux, au nombre de sept, savoir : un Maïeur et six échevins, lesquels avaient, comme à cette époque, dans toutes les communes du Ternois, droit de rendre la justice. L’appel de leurs jugements était porté devant les officiers de la châtellenie.

La châtellenie de Frévent est celle qui demeura la dernière en propriété aux comtes de Saint-Pol; ce qu’on voit par le jugement rendu, le 8 mai 1690, par le conseil d’Artois, dans le procès survenu à ce sujet entre le comte CharlesParis d’Orléans et le sieur de Thibauvilie.

En 1620, les revenus de la châtellenie de Frévent consistaient en plusieurs rentes et droits seigneuriaux, etc., et se divisaient d’après Turpin, ainsi qu’il suit :

1° En censives, lesquelles montent environ à la somme de 400 liv.

2° La prévôté du bourg, affermée avec quelques menues parties.

3° Les près Le Comte audit Frévent 65 liv.

4° Les avoines, gaves, et droits d’ouverture d’huis et fenêtres 200 liv.

5° Le moulin au drap, affermé 316 liv.

6° Le moulin au blé, affermé à sept septiers de blé par semaine, porte à l’avenant de ceux de Saint-Pol par an 1830 liv.

7° vingt-deux mesures de bois à coupe par an au bois la haye-le-Comte, valant cent livres la mesure, annuellement la somme de 2200 liv.

8° Les bois de la Garenne, Grand et petit Hayon, pouvant valoir par an 100 liv.

9° Les droits seigneuriaux des fiefs seulement étaient affermés à. 1300 liv.

Total : 6411 livres.

En ce non compris les droits de rotures, reliefs, amendes, confiscations et autres casuels qui rapportaient encore une somme, qui s’élevait quelquefois à plus de trois mille livres.

De 1704 à 1727, un registre contient les actes de foi et hommage dus à la duchesse de Nemours, à cause de la châtellenie de Frévent.

En 1757, M. le prince de Soubise était propriétaire de la châtellenie de Frévent, consistant en une maison seigneuriale, dite le château Bis et en bois d’un revenu de 3513 livres (rôles de 100 es).

Frévent avait une maladrerie dont les revenus furent annexés à l’Hôtel-Dieu de Doullens, par suite de l’arrêt du Conseil d’État du 13 juillet 1695 et des lettres patentes de Louis XIV en date du mois de janvier suivant. Il y avait dans ce bourg marché chaque vendredi de la semaine, franc-marché le premier vendredi de chaque mois, et des foires franches d’un jour, le 3 juillet et le 3 novembre.

La mairie de Frévent conserve encore actuellement dans ses archives une copie collationnée des lettres du mois de juin 1493, par laquelle le roi Charles VIII concéda à cette ville le droit de deux foires par an.

« Charles par la grâce de Dieu, roy de France, savoir faisons a tous présens et à venir, nous avoir reçu l’humble supplicacion de-nos bien-amez les manans et habitans de la ville de » Frévench, au comté de Saint-Pol, contenant que la dite ville est assise sur la rivière de Canche, en bon pays et fertil, entre bonnes villes corne Doullens, Saint-Paul et Hesdin, bien habitées; et, en icelle, a chastel et chastellenie, bailly, deux églises paroichiales et un hostel-Dieu, pour recueillir les pauvres; mais au moyen des guerres et divisions qui, par chy devant, ont longtemps régné et en cours au pays, la dite ville est tombée en ruyne et grant décadence, et les dits manans et habitants ont souffert et supporté de grandes pertes et dommaiges, tellement qu’ilz ne s’en pourroient bonnement de longtemps relever ne remettre sus, sans participation de quelque fruict yssant de notre grâce et autorité, et a ceste cause ont advisé ques ilz avoient deux foires l’an en ladite ville, quelles leur seroient et à toute la chose publique d’icelle et du pays, moult et prouffitables, se nostre plaisir estoit les leur octroier humblement requérant icelles. Pourquoi, ce. considéré, désirant subvenir auxdits manans et habitants de ladite ville de Frévench, et incliner à leur humble supplicacion et requeste, afin qu’ilz se puissent relever des inconvéniens qui, par fortune des dites guerres, leur sont avenu ; pour ces causes et aultres considéracions, à ce nous mouvans, avons créé, érigé, institué, establi et ordonné, et par la teneur de ces présentes de notre grâce espéciale, plein puissance et autorité roïale, créons, érigeons, instituons, établissons et ordonnons deux foires en ladite ville de Frévench, aux jours qui s’ensuivent, savoir est, l’une et la première au jour de la Saint-Bertin d’esté, quatriesme jour du mois de juillet, et l’autre le lendemain du jour et feste des Trépassés, tiers jour du mois de novembre, pour y estre doresnavent tenues auxdits jours et, en icelles estre vendues, achetées, changées, trocquées et’délivrées toutes manières de denrées et marchandises licites et permises, selon droit, privilèges, franchises et libertés que a aultres foires semblables du pays d’environ, pourveu que à quatre lieues à la ronde n’y ait autres foires establies auxdits jours dessus nommés, auxquelles ces présentes pourroient préjudicier. Si donnons mandement au bailly d’Amiens et à tous nos autres justiciers et officiers ou à leurs lieutenans présens et a venir, à chascun d’eux comme il lui appartiendra, etc.

Donné à Paris au mois de juin d’an de graco mil CCCC. quatre-vingt treize, de notre règne le dixième. (Scellé en cire verte sur queue de fil de soie vert et cramoisi).

La dernière seule de ces deux foires subsiste encore et est très fréquentée ; l’autre, celle du mois de juillet, est tombée en désuétude depuis une quarantaine d’années, à cause de sa coïncidence avec la moisson, dont elle gênait beaucoup les travaux.

Le jour de sa tenue avait été un peu reculée, car dans les derniers temps, elle avait lieu le quatrième dimanche de juillet qui coïncidait avec la fête de Cercamp.

Frévent possédait jadis un Hôtel-Dieu où les pauvres étaient recueillis, ainsi qu’on le voit par les lettres du roi Charles VIII.

Rien ne nous a indiqué son emplacement, son importance, l’époque de sa fondation ni celle de sa destruction. (Liane, ouvrage précité).

Les comtés de Saint-Pol comprirent l’avantage de commander la réunion des routes qui traversent Frévent, et d’avoir près de Doullens, Lucheux et Auxi-le-Château sur lesquels ils étendaient leur autorité, un point fortifié d’où ils pouvaient les surveiller sans cesse. Ils firent construire un château-fort dont on voit encore parfaitement les dispositions, mais dont le reste des démolitions précédentes a été complètement détruit pendant la tourmente révolutionnaire. Hugues II, dit de Camp-davesnes, y fit de nombreuses constructions qui le rendirent important. L’entrée de la cour d’honneur était sur la route de Paris à Dunkerque, rue de Saint-Pol actuelle. Cette cour occupait l’espace servant aujourd’hui de marché aux porcs. Les bâtiments affectaient la forme d’un parallélogramme bordé au Sud par la rivière des Airs, dont nous avons parlé plus haut, et par des fossés profonds; il était de niveau avec le sol qui s’élève par une pente douce jusqu’à Nuncq, mais il dominait complètement la ville bâtie à ses pieds. Plusieurs tours flanquaient le château de Frévent, qui éprouva bien des vicissitudes.

Philippe-Auguste confirma un traité conclu entre Elisabeth, par lequel, entre autres conventions, ils s’engagent à la laisser jouir du château de Frévent, avec un revenu de 600 livres parisis et des droits de chasse et de pêche à Lucheux. (B. 1, Chartes provenant de Colbert).

Après avoir fait décapiter le comte de Luxembourg, comte de Saint-Pol, Louis XI fit démanteler les châteaux qui lui avaient appartenu ; celui de Frévent le fut en 1487. Plus tard, pendant la guerre qui désola le Nord de la France, de 1635 à 1640, il fut presque complètement démoli ; une partie en ruine et le donjon qui servait de prison, restèrent jusqu’en 1793 et furent alors rasés entièrement. (Liane, ouvrage précité).

Au moment de sa prospérité, Frévent possédait trois seigneuries, savoir :

1° Les comtes de Saint-Pol, qui furent pendant longtemps les plus puissants seigneurs du royaume, parmi lesquels on remarque les Campdavène, les Chatillon, les Luxembourg, les Rohan-Guémenée, avaient le droit de haute et basse justice, châtellenie, etc., et possédaient le château-fort.

2° Les abbés de Cercamp dont les propriétés considérables s’étendaient au-delà de Doullens, jusqu’à Meillard, sur le ver­sant sud de l’Authie , possédaient de nombreux immeubles dans la vallée de la Canche.

3° La seigneurie de Rollepot et de Thibauville.

Frévent renfermait aussi trois paroisses : Saint-Vaast, Saint-Hilaire et Cercamp. La paroisse de Saint-Hilaire dépendait du diocèse de Boulogne ; celles de Saint-Vaast et de Cercamp de celui d’Amiens. La Canche, qu’on appelait au moyen-âge Quantia ou Quanta, servait de limite aux deux paroisses. Les deux églises existent encore aujourd’hui, et ne forment qu’une cure de laquelle dépend en outre l’annexe de Bouret. Chaque paroisse avait un cimetière particulier, situé autour de l’église. Depuis l’invasion du choléra, en 1832, ils furent, pour cause de salubrité publique, transférés hors de l’enceinte de la commune.

Frévent fut témoin de nombreux faits de guerre et servit d’étape à des personnages considérables, à des troupes, à des armées même ; il n’est donc pas sans intérêt d’en signaler quelques-uns.

Les comtes de Saint-Pol étendaient leur autorité sur la ville de Doullens et sur celle de Lucheux. Ils s’y rendaient fréquemment pour les besoins de leur administration et pour surveiller les seigneurs voisins qui les jalousaient. Ils passaient donc à Frévent et y séjournaient ; ils entretenaient dans leur château un personnel nombreux et une garnison prête à parer à toutes les éventualités qui pourraient surgir. Ils y recevaient les visites de leurs pairs et de leurs subordonnés, les députations des communes soumises à leur juridiction qui venaient leur adresser des suppliques.

En octobre 1415, Frévent reçut la visite de l’armée anglaise, la veille de la bataille d’Azincourt. Suivant Monstrelet, l’avant-garde de cette armée y aurait même séjourné, éclairant la route dans cette direction, l’avant-veille de la bataille.

En 1417, Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, et Henri V, roi d’Angleterre, qui venaient de Doullens et se dirigeaient vers le Nord, passèrent à Frévent.

Un autre visite royale honora Frévent en 1537. François Ier, guerroyant en Artois prit Hesdin, Lillers, Saint-Venant, Montreuil, Thérouanne et fit fortifier Saint-Pol qui résista aux troupes de l’empereur Charles-le-Quint. Il vint à Frévent et descendit à l’abbaye de Cercamp.

En 1542, lors de la reprise des hostilités entre Charles-Quint et François 1er, le duc de Vendôme installa ses troupes à Frévent et aux environs.

Le coup le plus terrible que Frévent eut à souffrir, lui fut porté par la guerre qui désola l’Artois de 1635 à 1640, et pendant laquelle les Espagnols ravagèrent si cruellement le pays. Les églises de Frévent furent incendiées : celle de Saint-Hilaire fut la moins éprouvée, car le gros-œuvre put être conservé et restauré ; mais celle de Saint-Vaast fut détruite entièrement et dût être rebâtie. Des chapelles furent aussi ruinées, l’Hôtel Dieu anéanti, et toute la partie de la ville située au-delà de l’église de Saint-Hilaire, dans la direction de Séricourt disparut entièrement; il ne resta plus que des ruines qui ne furent jamais relevées. Rien depuis lors ne parait avoir éprouvé de nouveau cette cité dont la physionomie change chaque jour, et qui deviendra, dans un avenir prochain, un des centres les plus industrieux-du Pas-de-Calais. (Liane, ouvrage précité).

Le 1er janvier 1871, vers midi, une soixantaine de fantassins allemands, appartenant au 69è de ligne, et 90 cuirassiers, précédés de 3 éclaireurs à cheval, parurent sur le- territoire de Frévent. Les éclaireurs se rendirent directement à l’Hôtel-de-Ville. Après avoir annoncé la troupe et fixé le nombre de rations, deux d’entr’eux, se choisirent un pied-à-terre, tandis que le troisième resté seul, se mit, la craie traditionnelle en main, à indiquer les logements sur la porte des maisons.A peine avait- il commencé sa besogne, qu’un homme très-robuste vint le saisir par derrière et le désarmer. Le prussien, plus que surpris, veut fuir ; mais son adversaire le tenant comme dans un étau, le transperce deux fois avec son propre sabre et le jette dans la rivière. Ces faits se sont passés en un clin d’œil, et ils étaient accomplis, quand la troupe annoncée arriva.

Le secret fut scrupuleusement gardé ; l’absence du cavalier prussien n’éveilla les soupçons du colonel qu’au moment du départ.

« Trois hommes de mon escadron sont entrés ici de matin, deux seulement répondent à l’appel, dit alors le chef de là bande, en s’adressant au Maire et à la foule. Je vous donne une demi-heure pour retrouver le troisième; s’il n’est pas rendu dans ce délai, attendez-vous aux plus terribles représailles.

Le Maire (M. de Fourment), bien résolu à ne pas livrer le courageux meurtrier, qu’il croyait du reste en fuite, feignit de se livrer à une enquête.

Il revint ensuite trouver le commandant prussien, et lui dit qu’il venait d’être informé par la rumeur publique, que le cavalier absent avait été tué et jeté à la rivière ; que, vu l’heure avancée, les recherches, pour découvrir le cadavre, étaient impossibles et que l’on ignorait le nom du meurtrier.

Le commandant répondit que ces explications ne changeaient rien à ses exigences.

«Un des nôtres a été tué, continua-t-il, il nous faut son cadavre et la personne du meurtrier, sinon j’incendie la ville et j’emmène en otages le Maire et les principaux notables de la cité. Vous avez une nouvelle demi-heure pour procéder aux recherches nécessaires. »

M. de Fourment, feignit encore d’exécuter les ordres du chef prussien.

Après ce nouveau simulacre, le Maire venait de se livrer à la merci de l’oppresseur, en lui demandant d’épargner la ville et les habitants, lorsque le meurtrier qu’on croyait bien loin, hors du danger, montra à cette troupe de forcenés un courage dont cette race maudite ne compte, sans doute, pas d’exemple.

A la nouvelle de ce qui se passait, Fleury Edmond, dit Romain, tel est le nom du héros, se déclara hautement l’auteur de la mort du cavalier prussien.

« J’ai commis l’acte ,dit-il,j’entends en subir les conséquences. »

Le commandant fit Romain prisonnier, et avant le départ de ses soldats, il exigea du maire le versement de la somme de dix mille francs. La fin de ce drame est connu. Une dépêche du sous-préfet de Saint-Pol, annonça que le pauvre Romain avait été fusillé le lendemain, après une longue torture physique et morale, et que sa maison avait été incendiée (invasion allemande dans le Pas-de-Calais).

En 1790, lors de l’organisation administrative de la France, Frévent devint un chef-lieu de canton du district de Saint-Pol ; mais les communes qui en ressortissaient, furent, d’après l’arrêté des consuls du 9 brumaire an X, incorporées au canton d’Auxi-le-Château, d’Avesnes-le-Comte et de Saint-Pol. Les habitants de Frévent ont plusieurs fois adressé des requêtes aux divers pouvoirs qui se sont succédé, pour obtenir une justice de paix ; ils crurent un instant voir se réaliser leur espérance, en 1835, lors du passage de la duchesse de Berry. Une députation des notables de l’endroit, réunis sous un bel arc de triomphe, avait, à cet effet, présenté une supplique à la princesse, qui promit de l’appuyer ; mais le gouvernement d’alors ajourna leur réclamation, et il n’en fut plus jamais question.

Frévent est traversé par plusieurs routes et desservi par une station sur le chemin de fer de Béthune à Abbeville et de Saint-Pol à Doullens ; vivifiée par des usines de la plus haute importance, cette petite ville est depuis quelques années en voie de prospérité. Sa population de 2,300 habitants,en l,800,s’est élevée à 3,698 en 1861 t à 4,137 d’après le recensement de 1876.

Frévent à donné le jour à quelques hommes célèbres :

1° Le grammairien, Joseph Vallart, auteur de plusieurs ouvrages estimés, d’une érudition remarquable, que certains auteurs font naître à Hesdin. Il est né à Frévent. Il s’était fait abbé, mais n’exerça guère son ministère.

2° Adrien Lamourette, 1er évêque constitutionnel de Lyon, député à l’Assemblée nationale, décapité le 22 nivôse an II. Il est né rue de l’Eglise-Saint-Hilaire, dans la maison portant le numéro 24, vers l’année 1742, selon Dezobry.

3° Le général baron Vichery,commandeur de la légion-d’honneur, né à Frévent le 23 septembre 1767, mort à Paris le 22 février 1841 ; nommé général de division le 30 mai 1813, retraité une première fois le 9 septembre 1815, rappelé à l’activité le 13 août 1830, retraité une dernière fois en 1833.

4° Le conventionnel Ph. Lebas, compatriote et ami de Robespierre, né en 1766. Il fut commissaire de la Convention aux armées de Sambre-et-Meuse. Il défendit Robespierre au 9 thermidor, et se suicida, lorsqu’il vit sa cause perdue. (Liane, ouvrage précité)

5° Christophe-Léon Féroux, né en 1730, prêtre, Barnabite, docteur en Sorbonne et auteur de deux ouvrages intitulés, l’un : Vers d’un solitaire patriote ; l’autre : Une nouvelle institution nationale. Féroux est mort à Paris* le 30 mars 1803.

Il existe dans le pays une tradition assez répandue qui attribue à l’existence d’un puits situé à l’extrémité du territoire de Frévent, vers Ligny sur-Canche, une ancienne maison de Templiers. Aucun document ne confirme l’existence de cette maison, qui n’est cependant pas invraisemblable. En effet, nous voyons dans l’histoire de Doullens qu’en 1323, les Templiers avaient une maison dans cette ville, et qu’elle était située dans la rue des Maiseaux. Il n’y aurait rien d’extraordinaire à admettre l’existence de celle de Frévent, qui pouvait être une annexé ou un poste avancé de celle de Doullens.

Les dépendances de Frévent sont Cercamp, Rollepot, Thibauville, le nouveau quartier dit de So férino et les fermes de la Haie-le-Comte.

CERCAMP

A un quart de lieue de Frévent,dans une fraîche et riante vallée arrosée par la Canche, se trouve Cercamp : riche abbaye de l’Ordre de Çiteaux, qui fut fondée en 1137, par Hugues de Campdavesnes, dans le pays même où le farouche comte de Saint-Pol portait jadis la désolation et la terreur. Son empressement à exécuter la sentence prononcée contre lui par les évêques qui composaient la commission d’enquête, nommée au concile de Reims par le Souverain-Pontife, Innocent II, fut telle que les bâtiments étaient terminés en 1141 et que les moines de Pontigny purent s’y installer.

Toutefois, l’église de l’abbaye de Cercamp ne fut commencée que vers 1150, sous la prélature de Hugues Ier , 2è abbé. Les travaux, un moment interrompus, furent repris avec une grande activité par l’abbé Robert Ier, vers l’année 1205, et furent enfin terminés par Williart, 16è abbé. La dédicace eut lieu en 1262 et la consécration fut faite par les évêques d’Arras et de Thérouanne, en présence de Robert, comte de Flandre et de Guilbert, abbé de Saint-Bertin.

En 1250, la misère fut si grande, et les ressources du monastère se trouvèrent tellement épuisées, que les religieux furent obligés de se séparer pendant quelques mois et de se disperser dans les monastères des Dunes, de Clairmarais et de Longvillers.

L’église de Cercamp était à peine terminée, que l’abbé Gérard l’enrichit de nombreuses reliques qu’il renferma dans de précieuses châsses. En 1415, le passage de l’armée anglaise fut fatale au monastère ; il fut complètement ravagé et eut à subir de nombreuses détériorations.

Soit faute de ressources, soit par suite des maux continuels de la guerre, l’église de l’abbaye n’avait point de clocher qui fut en rapport avec l’importance de cet édifice. Le 32è abbé, Jean IX, en fit construire un très-élevé dont la flèche aiguë, de forme gothique, était découpée avec une admirable délicatesse. Toutes les pierres étaient sculptées et, suivant la chronique du monastère, dans le style de la renaissance. La foudre frappa ce monument et endommagea le toit de l’église en 1558.

Les premiers moines de Cercamp, uniquement occupés de la prière et de là culture de la terre, ne craignaient pas de remuer la bêche et le hoyau de leurs mains sanctifiées. Grâce à leurs travaux, cette partie de la province de Picardie avait dépouillé sa stérilité.

Sous l’administration de Jean X, le sanctuaire s’enrichit d’un magnifique sépulcre et une grande croix fut élevée au-dessus de l’entrée principale. Son successeur, Pierre de Bachimont, doit être considéré à juste titre, comme l’un des principaux restaurateurs de l’église et de l’abbaye de Cercamp. Un des religieux de ce monastère a rappelé dans des vers du style de l’époque, les œuvres de ce prélat qui consacra toute son administration à embellir, restaurer et agrandir la maison à la tète de laquelle il avait été placé.

Toutes ces magnificences et le grand confortable que réunissait cette habitation, devaient la faire choisir, en 1558; pour le lieu de réunion des conférences qui précédèrent la paix du Gateau-Cambraisis.

La rivalité entre la France et l’Espagne ramena le théâtre de la guerre dans les provinces d’Artois et de Picardie : de 1635 à 1637, l’abbaye de Cercamp et ses environs devinrent le théâtre continuel du combat. En 1638, les Français établirent leur camp dans le monastère. Les religieux durent prendre la fuite et se réfugier dans leur maison d’Arras. En 1640, le désastre était à son comble; tour à tour au pouvoir des Français et des Espagnols, l’abbaye avait eu plusieurs sièges à soutenir. C’est à peine si l’on pouvait retrouver quelques vestiges des bâtiments et de l’église. Les cloîtres, le chapitre, le réfectoire étaient transformés en écuries; les cloîtres étaient un hôpital abandonné où 120 lits avaient été entassés. Toutes les cloisons en planches avoient disparu : les boiseries du chapitre, celles du réfectoire enlevées, avaient servi de bois de chauffage; le plomb des toitures était arraché, les tonneaux enfouis dans les caves, les fenêtres brisées. Les fourrages et les grains avaient servi à la nourriture de l’ennemi.

A la suite de tous ces désastres, l’exil des religieux se prolongea jusqu’en 1663. Les abbés, Antoine Géry et Louis le Lièvre, résidèrent à Clairmarais, autre fille de l’ordre de Citeaux. Les visites annuelles et les chapitres généraux furent suspendus et les moines, dispersés dans les villes et les châteaux, oublièrent la règle, et tombèrent dans le plus coupable relâchement.

En 1661, on dressa l’état des pertes occasionnées aux bâtiments et le montant des sommes dues par le monastère ; mais le décès du cardinal Mazarin, alors abbé commendataire, survint avant qu’on ait pu faire les réparations nécessaires et acquitter les dettes.

Les moines de Cercamp avaient quitté leur refuge .d’Arras pour rentrer au monastère. A peine étaient-ils de retour, que l’intendant, Jean Dechasteau, requit les religieux de se rendre à Frévent, pour assister à l’adjudication des travaux de reconstruction de leur abbaye, qui devait avoir lieu le 31 mars à une heure de l’après-dîner. Des affiches avaient été préalablement distribuées dans les villes d’Amiens, Abbeville, Arras, Saint-Pol, Hesdin, Frévent et Doullens, etc.

Déjà les travaux de démolition avaient été entrepris. L’ancien chœur de l’église ayant été abattu en 1678, les tombeaux des comtes de Saint-Pol furent mis à découvert. Informée de ce fait, la duchesse de Longueville, au nom de son jeune fils, héritier des seigneurs de cette puissante maison, porta plainte au conseil d’Artois, le 21 janvier de cette année. Sa requête ayant été prise en considération, le conseil somma les religieux et les officiers de Frévent d’assister à l’ouverture de ces tombeaux; puis il fut décidé que les restes des illustres fondateurs de l’abbaye de Cercamp seraient renfermés dans de nouveaux cercueils de plomb que l’on déposerait dans un caveau, construit dans une chapelle latérale, et au-dessus duquel on élèverait un mausolée (30 juin 1684).

Lors de l’occupation du monastère, en 1710, par l’armée impériale, et ensuite par les troupes françaises commandées par le maréchal d’Harcourt, l’abbaye éprouva de grands dégâts ; les religieux durent prendre la fuite et naturellement les travaux furent de nouveau interrompus. En 1714, ils furent repris sous l’administration du prieur Finet de Brianville, qui fit amasser un grand nombre de matériaux dans le but de l’achèvement de la reconstruction. Ce religieux, jaloux des intérêts de sa maison, fit, en 1717, un accord avec l’abbé de Lyonne au sujet de la réédification du clocher qui avait été victime d’un nouvel incendie. Les premiers jours de 1137 avaient vu naître Cercamp et six cent cinquante sept ans s’étaient écoulés. Maintes fois renversée, tant par le fer et le feu des armées que par la foudre et l’inclé­mence du temps, toujours réédifiée, grâce aux libéralités des donateurs, l’abbaye de Cercamp venait enfin d’être nouvellement reconstruite dans des proportions magnifiques, lorsque le 11 prairial an III, (30 mai 1795), les bâtiments du monastère furent vendus avec toutes les dépendances immédiates, d’une contenance environ de 32 arpens.

Nous allons essayer de retracer cet ensemble de constructions pour lesquelles on avait enfoui tant de trésors et accumulé tant de patients travaux

Une magnifique avenue, qui existe encore de nos jours, donnait accès de la route d’Arras à Frévent à la porte d’entrée principale du monastère. Avant de pénétrer dans la demeure des religieux, le visiteur était attiré par une autre construction qui se trouvait sur la droite, dans un terrain élevé et non loin des murs qui longeaient la route d’Arras; c’était le quartier abbatial.

Reconstruit, comme nous l’avons dit plus haut, en 1741, ce bâtiment tout en briques, se composait d’un vaste rez-de-chaussée surmonté de mansardes destinées au logement des domestiques ; le faite de l’édifice se terminait en pavillon dit à la Française.

Situé entre cour et jardin, il était entouré de murs. De chaque côté de la porte, s’élevaient deux pavillons où se trouvaient les remises et les écuries. Le prélat n’avait qu’une place à traverser pour aller à l’église.

La grande porte d’entrée principale du monastère, avec fronton double et pilastres d’ordre dorique, était encadrée de deux bâtiments à étage, disposés en fer à cheval. Au fond d’une vaste cour qui n’avait pas moins de 92 pieds de large, s’élevait un magnifique corps-de-logis de 19 arcades, surmonté d’un étage avec trois frontispices de trois arcades superposées ; tous les arcs reposaient sur des pilastres doriques. A l’intérieur se trouvait un cloître d’ordre Ionique : c’était le quartier des étrangers. Trois autres corps de bâtiments semblables et formant le parallélogramme, se déroulaient autour d une cour intérieure, au milieu de laquelle jaillissait une fontaine, qui de nos jours a été recouverte d’une voûte et procure une eau fraîche et limpide aux habitants du château. Le côté Nord donnant sur la basse-cour et le bâtiment parallèle au quartier des étrangers et donnant sur le jardin, étaient réservés aux religieux. On compléta toutes ces constructions en 1775, en achevant le quatrième côté du cloître au-dessus duquel on établit le noviciat, en ménageant une communication du cloître à l’église; on ferma ainsi le côte du parallélogramme vers le midi. A gauche, en entrant dans la grande cour, et par conséquent vers le Nord, on arrivait aux bâtiments de ferme, dont la dimension était en rapport avec l’exploitation des religieux.

L’église de l’abbaye de Cercamp n’avait qu’une seule nef, mais elle était parfaitement orientée ; elle avait 585 pieds de long et 33 de large, formant une croix latine dont les bras avaient chacun non compris la nef, 24 pieds ; sous élévation sous la clef de voûte était de 66 pieds. De chaque côté de la nef, se trouvaient deux chapelles; la porte d’entrée était placée non loin du quartier des étrangers.

Les moines n’avaient rien épargné pour embellir leur délicieux séjour. Les eaux de la Canche, qui baignaient au Nord les murs du monastère, furent, au moyen d’un canal percé de main d’homme, amenées dans le jardin de l’abbaye. Après avoir coulé parallèlement aux bâtiments faisant face au Levant, le canal allait, par une ligne courbe, joindre la partie du monastère située au Sud; mais, en cet endroit, l’eau était stagnante, -n’ayant pas d’issue, en sorte que le jardin se trouvait dans une sorte de presqu’île. En outre, chaque moine avait son jardin particulier dans lequel se trouvait un cabinet. Ils avaient été construits par l’abbé Pierre de Bachimont.

L’église abbatiale tomba la première sous le marteau des démolisseurs, Ce n’était plus qu’un amas de ruines en 1837, il ne restait à cette époque que la partie inférieure du portail. Sur le grès du milieu du cintre de là porte, apparaissait en relief la date 1766. La forme du vaisseau était très bien conservée par la gresserie, s’élevant de trois à quatre pieds au-dessus du sol.

Dans l’intérieur, on voyait de distance en distance, et de deux côtés, les bases des colonnes en saillies adossées contre la muraille. Les ruines étaient en partie couvertes de mousse et de gazon. En face du portail, étaient les débris des murailles du quartier de l’abbé.

Le silence des tombeaux ne fut même pas respecté. Nous aurions voulu retrouver quelques restes de ces vénérables abbés, et surtout quelques débris des sépultures des hauts et puissants comtes de Saint-Pol. La tourmente révolutionnaire a arraché, emporté, détruit ces tombes de marbre et de bronze, couvertes

de statues et d’insignes féodaux et ornées de titres pompeux. Des mains profanes ont tout anéanti, et un gazon touffu a remplacé les dalles du temple. C’est à peine si deux pilastres en ruines nous indiquent l’ancienne entrée du tabernacle du Très-Haut.

Vendue, en 1822, au baron de Fourment, l’ancienne abbaye de Cercamp fut convertie en manufacture. Le futur membre du Sénat, trouva cette ancienne et splendide maison dans le plus grand état de délabrement. Voici le tableau qu’en fait M. Labour dans sa brochure intitulée : La Bête Canteraine.

« La Révolution de 1793 y avait porté la dévastation ; l’église était complètement détruite, il n’en restait plus que les ruines qui se voient encore aujourd’hui : le seul des trois grands bâtiments formant l’habitation qui restait debout, était aussi presqu’en ruines ; les appartements qui sont d’admirables pièces d’un aspect vraiment grandiose, servaient de granges, d’écuries ou d’étables ; les parquets étaient partout défoncés, les croisées démolies, et les oiseaux de proie s’étaient installés dans les greniers.

M. de Fourmeut eut bientôt transformé la situation de cette belle habitation et rendu le mouvement et l’activité là où il n’y avait plus que silence et désolation. Utilisant les eaux de la Canche qui prend sa source à quelques lieues de Cercamp et passe à ses pieds, il établit une filature de laines peignées, en y installant ses métiers dans les pièces principales de l’ancienne abbaye; mais peu d’années après, de 1828 à 1830, pour donner à son établissement une extension réclamée par le succès, il fit construire sur les fondations de l’ancienne grange de l’abbaye, dont les murs n’avaient pas moins de cinq pieds d’épaisseur, un immense bâtiment à quatre étages, d’une longueur de cent mètres, où il concentra sa filature. A partir de cette époque, le bâtiment principal de Cercamp fut rendu à sa première destination, c’est-à-dire qu’il fut restauré de manière à être exclusivement consacré à l’habitation de son nouveau propriétaire. »

L’incendie qui dévora la filature dans les premiers jours de janvier 1871, a respecté l’habitation de M. deFourment. Placé au fond d’une vaste cour, en face de la principale entrée, ce corps-de-logis, qui a conservé sa désignation de Quartier des étrangers, présente un aspect majestueux : nous en avons décrit plus haut le style d’architecture. Nous nous contenterons de dire que c’est avec un sentiment de muette admiration que nous avons parcouru ces vastes appartements, ornés de superbes lambris.de chêne, ces galeries, anciens cloîtres carrelés en marbre noir et blanc, ces caves artistement voûtées et enfin ces immenses jardins, tracés par des célébrités de notre époque,et qui font de. Cercamp la plus vaste et la plus belle résidence des environs de Saint-Pol.

En terminant, nous signalerons les bienfaits immenses de l’établissement de Cercamp, dont le propriétaire, M. le baron Auguste de Fourment, grâce à sa généreuse et infatigable activité, a ramené l’aisance et le bien-être dans une région où la misère exerçait ses funestes ravages, depuis la destruction de l’abbaye.

ROLLEPOT

Dom Grenier fait mention d’un Rondelins de Rolepot, chevalier.

En 1221, Mathieu de Rollepot, écuyer, vendit sa terre à Gauthier de Châtillon, comte de St-Paul (Ann. Turpin). Jehan dit Sarrazin, sire de Bétencourt et de Rollepot chevalier, mande à Robert de Marœuil, receveur du Bailliage d’Avesnes et d’Aubigny, de faire fortifier et de réparer le château d’Avesnes, de la part de la comtesse d’Artois, 6 février 1378 (Invent, chartes. d’Artois, A. n° 100).

La Seigneurie de Rollepot appartenait au XVè siècle à la famille de Gargan. En 1420, on trouve un seigneur de Gargan, écuyer, sieur de Rollepot; Julien de Gargan seigneur d’Authieulles et de Rollepot, était prévôt-royal de Doullens en 1541.

Une sentence de noblesse, rendue le 2 avril 1576, au profit de M. de Gargan, écuyer, nous le signale comme seigneur de Rollepot et d’Authieulle (Arch. dép. reg. élect. 1571 à 1587).

La possession de la terre de Rollepot donnait à la famille de Gargan l’entrée au conseil d’Artois ; Philippe de Gargan fut nommé député des États, en 1749.

M. Harbaville dit « qu’une filature remplace l’antique château de Rollepot. » C’est une erreur. Lafilature de lin du Comptoir de l’industrie linière, connue dans le pays sous le nom de Filature de Rollepot, et la maison de gérant qui y est annexée, n’ont aucun rapport avec le château rebâti sur l’emplacement de l’ancien, et occupé actuellement par le pensionnat de M. Bouchendhomme.

Le dernier membre de la famille de Gargan qui ait habité le château actuel avec deux de ses sœurs et sur le sort desquelles on n’a aucun renseignement, fut arrêté comme suspect en 1793 et enfermé dans la citadelle de. Doullens ; il n’en sortit que pour être conduit à Cambrai, où il périt sur l’échafaud.

Le château qu’on voit aujourd’hui, remonte à peine à la fin du XVIIè siècle. Il a été construit sur l’emplacement de l’ancien qui a subi le même sort que la forteresse des comtes de St-Pol, située à 500 mètres de là. Il serait difficile de dire si le château actuel a la même importance que l’ancien, car il règne une obscurité presque complète sur le passé de cette seigneurie. Cependant il est facile de voir que les communs n’ont pas été relevés, car il n’existe plus rien des écuries, remises, etc. (Liane, ouvrage précité.)

Le 13 octobre 1828, un incendie éclata dans le château de Rollepot, appartenant alors à M. Decroix, qui y avait installé une fabrique de sucre, et détruisit tout l’intérieur et la toiture.

Depuis lors, il a été restauré et a servi d’habitation à plusieurs familles. Il est maintenant occupé par le pensionnat Bouchendhomme, comme nous l’avons dit plus haut.

Les habitants de Rollepot jouissaient d’un privilège tout spécial ; ils étaient exempts de tout impôt sur les bières, vins, eaux-de-vie, cidre et autres boissons en général qui se consommaient dans-la localité (Arch. du Cous. d’Artois).

Nous citerons encore comme dépendant du territoire de Frévent, les bois de la Bouillère, de Cercamp, de la Garenne, et la fontaine St-Laurent.

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