Fruges

Fruges, petite ville et chef-lieu de canton du Pas-de-Calais, à égale distance d’Arras et de Boulogne, est d’un aspect agréable et vraiment pittoresque.

Description

Statistique

Fruges, petite ville et chef-lieu de canton du Pas-de-Calais, à égale distance d’Arras et de Boulogne, est d’un aspect agréable et vraiment pittoresque.

La Traxène, rivière qui prend sa source à l’une de ses extrémités, et se jette dans la Lys à Lugy, la traverse de l’Ouest à l’Est, et devient immédiatement assez considérable pour alimenter trois moulins dans son parcours sur le territoire.

Elle est bâtie en amphithéâtre entre deux chaînes de collines autrefois couvertes de bois, qui semblent s’incliner vers l’église construite au fond de la vallée.

La voie du Septemvium à Saint-Pol traversait son territoire.

Aujourd’hui quatre routes la divisent d’une manière régulière et la mettent en communication facile avec toutes les villes du département. Sa place, trop vaste peut-être, est couronnée par l’Hôtel de Ville et ceinte de maisons qui se renouvellent. et s’embellissent chaque jour.

Ses rues s’améliorent et rendent les courses moins pénibles que par le passé. Fruges a plusieurs hameaux, Le Marais, Le Fort- Duriez, Le Barleu, Herbecques, Lœillette et Gourgueson.

Les habitants, au nombre d’environ trois mille, vivent la plupart de leur industrie; mais si l’on n’y voit pas de grandes fortunes, on n’y rencontre aussi que très-peu de pauvres, parce que tous aiment le travail et s’ingénient à trouver les ressources nécessaires à la vie avec une merveilleuse activité.

Fruges avait autrefois une maladrerie pour les pauvres du Marais. On en réunit les revenus à ceux de l’hôpital de Fauquembergues, à la condition que deux lits seraient destinés aux pauvres du Marais. L’hôpital de Fauquembergues fut à son tour supprimé.

Il y avait à Fruges, il y a soixante ans, un commerce de laine fort prospère ; ses serges étaient les plus estimées du pays ; il occupait un bon nombre de fileuses dans son enceinte et au- dehors ; toutes les rues et même les villages des alentours retentissaient du bruit des métiers à bas, tandis qu’on voyait dans plusieurs maisons des ateliers de peigneurs. Les nouveaux engins ont fait disparaître ces moyens si lents de fabrication, et en même temps le genre d’industrie qui enrichissait la localité.

Fruges avait aussi de nombreux ateliers de chaussures qui jouissaient d’une certaine réputation, et s’ouvraient des débouchés à l’étranger; mais le centre principal de cette autre industrie est aujourd’hui déplacé, bien qu’il en reste de précieux vestiges qui ne sont pas sans importance pour le pays.

Il possédait encore plusieurs tanneries qui, pendant bien des années, ont donné d’excellents produits, mais qui sont maintenant presque entièrement abandonnées.

Cette petite ville cependant est toujours très-commerçante : on y trouve une savonnerie, une teinturerie, une manufacture de pipes qui emploie une centaine d’ouvriers, une fabrique d’instruments aratoires qui furent primés dans plusieurs concours, de riches magasins de vins et de liqueurs, de draperies, de rouenneries, de nouveautés, d’épiceries et de ferronneries.

Ses deux foires sont très-renommées dans le département et les départements voisins pour le nombre et la qualité des bestiaux qu’on y amène.

Fruges eut une poste aux lettres à l’origine des établissements de ce genre. Il a, depuis un an, un bureau télégraphique ; il avait eu autrefois une poste aux chevaux.

Au moment de la Révolution française, la population fut saisie d’un mouvement belliqueux ; beaucoup déjeunes gens embrassèrent la carrière militaire et parvinrent à des grades honorables.

On vit parmi eux des officiers distingués, des capitaines, des chefs de bataillon et même un général de division, qui mourut sous la Restauration, gouverneur de Lille. C’était le fils du bailly Dufour.

Il y a dans la commune des éléments de succès pour l’instruction primaire. Outre les religieuses de la Providence de Rouen qui dirigent l’école communale des filles et un pensionnat de jeunes demoiselles, une école laïque reçoit également des pensionnaires et des externes. L’école communale des garçons est tenue par quatre ou cinq Frères de Marie, et près d’elle se trouve un établissement présidé par un père de famille recommandable à tous égards.

Origines de Fruges

Les origines de Fruges comme celles d’une foule de localités plus ou moins importantes, ne reposent sur aucune donnée historique certaine.

Selon Surius, Bollandus et l’intéressant Fouillé du diocèse de Boulogne cette ville se nommait autrefois Frugœ.

D’après Malbrancq la nomme Frugœ ou Frugas.

On lit dans le même auteur que Fruges existait, en 639 et qu’à cette époque reculée, saint Elerius, Breton, s’y retira dans un ermitage, et y bâtit un oratoire. Surius, dans la vie de sainte Wénéfride, dit que ce saint effrayé de voir une foule de monde assiéger sa solitude, quitta cette retraite pour aller en Angleterre chercher un lieu plus désert.

Si l’on admet cette tradition recueillie par Malbrancq et par Surius, on peut penser que déjà l’Évangile était prêché dans cette contrée et que les habitants, en partie du moins, avaient embrassé le christianisme, puisque non-seulement ils toléraient les prédications, mais permettaient aux prédicateurs eux-mêmes de se fixer au milieu d’eux, et d’y construire un lieu de prières.

Cette situation religieuse du pays prouve que Fruges existait depuis longtemps déjà.

Cette conjecture devient plus vraisemblable, lorsqu’on considère que l’apostolat de Saint Bertulphe, à Fruges, est un fait appuyé sur des monuments dignes d’un véritable intérêt.

Bertoul ou Berthoul (Bertulphe) naquit en Allemagne, sous le règne de Sigeberg, roi de France, vers l’an 645, selon le savant hagiographe Surius qui vivait il y a plus de trois siècles, et qui écrivait sur des manuscrits très-anciens qu’il croit contemporains du glorieux apôtre dont il retrace la vie.

Le berceau de Bertulphe fut placé au sein du paganisme; mais poussé par un mouvement intérieur de la grâce, il quitta sa famille et son pays natal et ne s’arrêta qu’à l’extrémité de la Gaule-Belgique, sur un des points du diocèse de Thérouanne dont saint Orner était alors évêque.

L’Esprit-Saint qui dirigeait ses pas, le conduisit sur le territoire de Renty, où il entra en rapport avec le comte “Wambert, homme aussi distingué par sa foi que par ses richesses. Ce seigneur, découvrant bientôt le mérite de cet étranger, lui confia l’administration de ses biens et mit en lui toute sa confiance.

De son côté, Bertulphe, touché des hautes vertus du comte et de l’angélique piété de son auguste épouse, voulut embrasser la religion chrétienne, et reçut le baptême avec un sentiment d’inexprimable bonheur.

Devenu possesseur d’un vaste domaine que le comte Wambert et son épouse lui avaient légué, Bertulphe y fit construire un monastère où il s’enferma avec quelques religieux auxquels il avait inspiré le mépris du monde et le désir de la perfection chrétienne. Saint Orner informé de sa sainteté voulut qu’il fit partie de son clergé et lui conféra la prêtrise.

Notre saint trouva dans cette dignité le moyen d’étendre au-delà des limites du monastère son zèle pour le salut des âmes. Des traditions anciennes aussi bien que l’auteur de sa vie, le signalent comme l’apôtre des localités voisines de Renty et de Fruges en particulier.

Cette opinion était celle des enfants de saint Bertulphe qui, dans les temps les plus reculés, vinrent sur les traces de leur bienheureux fondateur, évangéliser ces populations qu’il avait gagnées à Jésus-Christ.

Jusqu’au moment de la Révolution, ces religieux donnaient à la paroisse une mission chaque année. Ils la desservaient même, lorsque la cure était vacante par la mort ou la maladie du titulaire. Ce fait, à l’abri de tout doute, constate les liens qui unissaient Fruges à l’abbaye de Renty.

Aussi cette ville a toujours honoré saint Bertulphe comme son patron et célébré sa fête avec une grande solennité. A cette occasion plusieurs de ses notables habitants, en souvenir de la charité du saint abbé, font une quête dans toutes les maisons de la paroisse et distribuent du pain aux pauvres. Cet usage immémorial s’est conservé jusqu’à nos jours, et c’est peut-être la seule localité où il existe encore, à l’exception de Renty.

On sait que sa mémoire chérie, dit M. de Laplane, avait consacré chez les seigneurs du pays l’usage de distribuer chaque année un millier de pains aux pauvres de la paroisse de Saint- Vaast à Renty.

Il existait à Fruges, il y a peu d’années encore, une fontaine qui a toujours porté le nom de saint Bertulphe, parce que d’après une très-ancienne tradition, cet apôtre avait coutume d’y puiser de l’eau, lorsqu’il venait prêcher l’Évangile.

On voit dans Malbrancq qu’un riche et puissant habitant de la-ville fit construire une église en l’honneur et sous le patronage du saint, immédiatement après sa mort, arrivée l’an 705.

Enfin, voici ce qu’on lit dans le Pouillé de Boulogne dont il a été question plus haut :

« Saint Berthoult est aussi patron de quelques églises paroissiales de ce diocèse, particulièrement de celle de Fruges, d’où Bollandus dit avoir tiré un fort ancien légendaire de sa vie »

Cet ancien manuscrit conservé à Fruges, et dans lequel Bollandus a trouvé les faits relatifs à la vie de saint Bertulphe est un nouveau témoignage en faveur du sentiment qui donne à Fruges une haute antiquité.

Depuis le commencement du VIIIè siècle jusqu’au XIIè, c’est-à-dire pendant une période de 450 ans, le nom de cette ville ne se rencontre dans aucun chroniqueur du pays, ni dans l’histoire générale. Deux ecclésiastiques nés à Fruges figu­ rent dans le grand cart. de Dommartin f° 71-338 et 391. On y lit :

« Adam de Fruges, chanoine de Dommartin, témoin de Chartes de 1156 à 1170; et Hugues II, neuvième abbé de Dommartin, de 1243 à 1254 naquit à Fruges.  »

En 1254 Willaume de Fruges, Écuyer, fit partie d’un détachement de l’armée de Marguerite, comtesse de.Flandre, qui sous les ordres du sire de Lisque, réduisit en cendre le bourg d’Oisy.

Ce détachement, dit M. Harbaville, était composé de 136 hommes d’armes dont 25 chevaliers et 111 écuyers. Le nom de ces guerriers est conservé dans un manuscrit qui appartenait à M. le baron de Hauteclocque et qui en a permis la reproduction dans le Puits artésien (tom. II).

Philippe de Valois, en allant au secours de Calais, en 1347, traversa Fruges et signa, dans le château, une ordonnance qui intéresse la commune d’Abbeville.

Ce château, situé dans un vaste enclos, le long de la Traxène, fut plusieurs fois détruit dans les guerres qui ont ruiné le pays, et il n’en reste aucun vestige.

L’endroit qu’il occupait porte encore aujourd’hui le nom de jardin du château.

En 1355, les Anglais vinrent camper à Blangy, ils y attendirent dix jours le roi Jean qui n’y vint pas, parce que ses chevaliers n’étaient pas réunis. En se retirant, ils pillèrent et brûlèrent Fruges, puis Fauquembergues, etc., et rentrèrent dans Calais.

Le roi Jean vint à Saint-Omer, et fâché d’avoir manqué l’occasion de combattre, il envoya à Calais, Boucicault, Arnoul d’Audinghem et Enguerrand de Parenty provoquer Edouard à combattre où il lui semblerait.

Fruges fut ravagé par l’armée anglaise en 1415, après la funeste bataille d’Azincourt, dont il n’est éloigné que de cinq kilomètres. Cette armée devait le traverser pour regagner la mer.

Le 8 du mois d’août 1554, disent les historiens, au départ de Frévent et de Cercamp, le lieutenant du roi traversa le comté de Saint-Pol, laissant à gauche Hesdin, à droite Thérouanne et vint le lendemain camper à Fruges, d’où le jour même il somma Renty de se rendre. Cette ville eut beaucoup à souffrir pendant le mémorable siège de ce château ; et plus tard, en 1595, elle fut en partie détruite par l’armée française.

Un fait rapporté par le P. Ignace, dans ses mémoires, à la date de 1628 mérite d’être signalé. Le vicomte de Fruges, dont il ne dit pas le nom, mais qui, selon lui, était entré dans l’ordre des Capucins, qu’il dut quitter par suite de sa mauvaise conduite, fut enfermé, à la demande de ses parents, dans la forteresse de Calais où se trouvait un jeune homme nommé le Parc, fils du capitaine du port de cette ville.

Le Parc, jeune libertin d’un caractère inquiet et ardent, avait formé le projet de livrer Calais aux Anglais. Croyant avoir rencontré dans le vicomte de Fruges un homme capable de le seconder, il s’ouvrit à lui et lui fit part de son plan. Le vicomte, malgré sa vie de désordres, eut horreur d’une pareille trahison.

Non-seulement il refusa d’entrer dans le complot,, mais il le découvrit au gouverneur de la ville qui prit les moyens de s’assurer de la vérité de la révélation,et en avertit immédiatement la cour.

On envoya à Calais le duc d’Elbeuf qui, après avoir acquis la certitude complète de la culpabilité de le Parc, le fit rompre vif. Le chroniqueur ajoute qu’on ne sait pas si le vicomte fut récompensé de sa belle action. On ignore également ce qu’il devint depuis.

Ces quelques faits sont les seuls que l’histoire ait conservés dans le cours des siècles.

Archéologie

Il y a quelques années, en creusant les fondations d’une maison située en face de l’église, on découvrit plu­ sieurs tombeaux gallo-romains en pierre blanche du pays qu’on n’a pas conservés. Cette trouvaille s’explique facilement, Fruges étant placé sur la voie romaine de Maninghem à Saint-Pol.

Vers 1830, on signala dans une maison de la rue de Saint- Omer une source d’eau minérale et ferrugineuse dont l’analyse fut confiée d’abord aux médecins et aux pharmaciens de la localité ; puis, on les soumit à l’examen d’hommes spéciaux de Paris ; mais on ne connut jamais les résultats de ces dernières études.

Plusieurs personnes prétendent avoir obtenu d’heureux effets de l’usage des eaux de cette source qui continue de couler en certain temps de l’année.

Fruges était du diocèse de Thérouanne qui s’étendait jusqu’au delà de la Canche, selon Halbrancq. Après la destruction de cette ville par Charles-Quint, en 1553, et le rétablissement de l’évêché de Boulogne en 1559, il fit partie de ce dernier jusqu’au concordat de 1801, qui réunit les sièges de Boulogne et de Saint- Omer à celui d’Arras.

La nomination à la cure de Fruges appartenait autrefois aux Dames de l’abbaye d’Etrun qui y possédaient une maison seigneuriale, portant le nom de seigneurie des Dames d’Etrun.

Cette maison existe encore, mais elle a subi plusieurs transformations.

Elle avait une ferme, trois mesures de pâtures en enclos, vingt- cinq mesures de terre et un droit de dîme. L’évoque de Boulogne et le chapitre avaient aussi des seigneuries dans ce bourg.

A ce titre de seigneurie étaient attachés certains privilèges dont les Dames jouissaient par leur bailli qui avait une place d’honneur à l’église. D’un autre côté, ce titre leur imposait des obligations qu’elles remplissaient, assure-t-on, avec un pieux empressement, en se montrant généreuses envers l’église.

Cette cure, comme on le voit dans le Pouillé du diocèse de Boulogne, était du doyenné de Bomy, au moment de la révolution du siècle dernier ; elle avait de temps immémorial deux vicaires dont l’un portait le nom de vicaire de Coupelle-Neuve, petit village à deux kilomètres de Fruges, et l’autre desservait en particulier la chapelle du hameau d’Herbecques.

Coupelle-Neuve fut érigé en succursale à la suite du concordat de 1801, et la chapelle d’Herbecques a disparu du sol. Aussi, il n’y a plus qu’un vicaire à Fruges depuis la réouverture des églises.

Il serait difficile de déterminer d’une manière précise l’époque de la construction de l’ancienne église de cette paroisse. Une date formée par les clefs en fer d’une charpente de la tour ne saurait nous renseigner à cet égard, puisqu’elle lui donnait à peine deux cents ans. L’état dans lequel elle se trouvait ne permet pas de la croire d’une origine aussi moderne. Les contreforts et même les murs de la tour et de la nef avaient nécessité des restaurations considérables. Les ornements sculptés en plein bloc au grand et au petit portail, ainsi qu’aux pinacles des contreforts étaient tellement frustes qu’on n’en apercevait plus les dessins. Les pierres des tympans étaient rongées aux côtés Sud et Sud-Ouest du mur de la tour et de la nef; les moulures avaient en grande partie disparu. On ne peut admettre que de pareils ravages soient l’œuvre de moins de deux cents ans, à moins que la pierre n’ait été de très-mauvaise qualité. On devrait plutôt assigner à cette construction le milieu, si non le commencement du XVIè siècle.

La tour, comme presque toutes celles de cette époque, était établie sur un carré mesurant plus de sept mètres de côté, et surmontée d’une flèche en bois très-élevée. Il n’y avait qu’une seule nef dont les immenses fenêtres ogivales n’avaient pas de parallélisme, ni les mêmes dimensions.

La voûte en planches affectait la forme d’une anse de panier ; le chœur qui avait des fenêtres en plein cintre, était une chétive construction dont les basses murailles et le toit posé sur deux fermes accusaient plutôt une grange qu’une église. Ajoutez au point de jonction de la nef et du chœur deux chapelles, l’une en briques servant de sacristie, l’autre en briques et pierres, dite de la confrérie du Saint-Sacrement, et vous avez l’idée de l’ancienne église de Fruges.

On lit dans un manuscrit de la bibliothèque de M. le marquis d’Havrincourt :

« En 1616, à la maîtresse verrière du chœur, était peint un seigneur et une dame, vestu de cotte et manteau d’armes de la maison de Dubois, de Fiennes et de Longueval. En bas, on voyait les écussons des familles de Fiennes et de Longueval. »

La tradition constate que, dès 1600, il y avait trois cloches dans la tour. Ces trois cloches, par suite de causes que les anciens registres ne mentionnent pas furent refondues en 1691 et en 1730. L’une d’elles était destinée à la chapelle d’Herbecques. On lit dans ces registres qu’en 1733 eut lieu la bénédiction de la petite cloche de Fruges, et le 23 juillet 1747, la bénédiction de la grosse cloche, à laquelle on donna le nom de Bertulphine- Robertine. On voit dans le choix du nom de la cloche principale la vénération des habitants pour leur patron saint Bertulphe.

Cette cloche est la seule qui reste, les deux autres ayant été brisées en 1791. Elle pèse 2,700 livres et son timbre est à la fois solennel et agréable. Il y a plusieurs années, le battant lui fit une brèche qui nécessita le changement du balancement. Cette opération n’altéra pas sa sonorité.

On trouve dans les archives un fait que M. Evrard, alors curé de Fruges, rapporte en ces termes :

« Le 2 avril 1742, jour de Pâques, le tonnerre tomba sur l’église de Fruges pendant la Sainte Messe, le Saint Sacrement étant exposé ; le peuple eut tant de confiance en Notre-Seigneur, qu’il préserva tout le monde, et que pas un ne fut offensé, quoique la foudre tombât au milieu de la foule, pendant la communion du prêtre. »

En dehors de l’église que nous venons de décrire, il y avait dans la paroisse deux chapelles dans lesquelles on célébrait la Sainte Messe ; celle d’Herbecques qui est détruite et celle du Saint-Esprit qui existe encore.

La population a toujours témoigné un vif empressement à aller adorer le Saint-Esprit dans ce petit oratoire. La foule s’y porte pendant la neuvaine de la Pentecôte où la messe y est célébrée chaque jour.

Il y avait à Fruges, avant la révolution, deux presbytères appelés l’un majeur, destiné au curé, l’autre mineur, ou résidait le vicaire. La maison vicariale fut reconstruite, il y a deux ans, l’état de dégradation de celle du curé en exige la reconstruction.

M. l’abbé du Tertre, de la noble famille des du Tertre du Boulonnais, en était curé en 1789. Ce digne ecclésiastique, préférant l’exil à l’apostasie, quitta sa cure et la France, le 23 juin 1791, et mourut en pays étranger.

L’un de ses deux vicaires ne suivit pas ce bel exemple ; il fit serment à la constitution civile du clergé, et fut nommé curé de la paroisse le 4 juillet, dix jours après le départ du titulaire. On lui donna pour vicaires deux prêtres assermentés; mais tous trois disparurent bientôt, sans qu’on ait su ce qu’ils devinrent.

L’autre vicaire de M. du Tertre, s’appelait Régnier. Il n’émigra pas; estimé des habitants qu’il édifiait depuis neuf ans par ses vertus sacerdotales, il voulut demeurer au milieu d’eux pour leur procurer les secours de la religion, au péril même de sa vie. Il rendit sous ce rapport des services signalés dans le pays, conjointement avec MM. Vilain, Défasque et Planchon, curé de Villeman, si connu par ses traits de courage.

Lorsque le curé et les deux vicaires intrus quittèrent la paroisse, l’église fut abandonnée et l’on put en emporter tout ce qu’on voulut ; aussi, le mobilier disparut, à l’exception des tables d’autel et d’un Christ placé au-dessus de l’arcade qui séparait la nef du chœur. On y établit une fabrique de salpêtre ; en même temps elle servit de club, et la chaire de vérité devint une tribune d’où partaient les blasphèmes les plus atroces contre Dieu.

Au jour de la fête de la Raison, une jeune fille fut placée sur le maître-autel ; puis montée sur un char de triomphe, elle parcourut les rues de la cité au milieu des applaudissements frénétiques des révolutionnaires.

En 1795, un prêtre assermenté, nommé Jorre, vint prendre possession de la cure. Comme il était agréable aux patriotes, parce qu’il avait fait le serment, on rapporta les objets qu’on avait enlevés de l’église, et l’intrus put célébrer les offices auxquels les révolutionnaires seuls assistaient. Cet état de choses dura jusqu’à 1801.

Pour compléter la monographie de Fruges, avant 1789, disons que ce vicomte relevait du château de St-Pol, que cette terre fut longtemps possédée par l’illustre maison de Fiennes, puis par M. le chevaillier de Béthune, maréchal des camps et armées du roi, et par le comte de Sandelin.

En 1780, elle devint la propriété de M. le Sergeant, seigneur de Radinghem, Mencas et Vincly.

A la réorganisation des paroisses en 1802, Mgr de la Tour d’Auvergne, évêque d’Arras, forcé par le gouvernement de nommer aux cures de canton un tiers au moins de titulaires assermentés, maintint M. Jorre dans la sienne, après avoir reçu sa rétractation.

Sa position devenait par là régulière et canonique ; cependant sa conduite passée n’était pas oubliée de ceux qui avaient le schisme en horreur, et qui, le voyant avec répugnance, ne fréquentaient pas l’église. Une division profonde régnait parmi les habitants, et le mal ne pouvait être réparé que par l’éloignement de celui qui en était la source.

L’administration diocésaine et le gouvernement le comprirent.

En février 1805 M. Jorre fut nommé curé d’Etaples, et M. Ballin, ancien vicaire de Boulogne, sous Mgr dePressy, prêtre d’un grand mérite, alors curé d’Etaples, devint son successeur à Fruges, et fut accueilli avec bonheur par tous les vrais fidèles.

A son arrivée, M. Ballin s’occupa de la restauration de l’intérieur de l’église où le vandalisme révolutionnaire avait laissé des traces de son passage. Quant à l’extérieur, il fallait se contenter de réparer autant que possible les ravages du temps, jusqu’à ce que les circonstances permissent de construire une nouvelle église.

Aujourd’hui l’ancienne église est remplacée par un magnifique sanctuaire de style ogival du XIIIè siècle, œuvre de l’immortel architecte d’Arras, M. Alexandre Grigny, qui mourut après la construction du chœur et du transept, laissant à M. Normand, architecte à Hesdin, le soin d’en continuer les travaux.

La tour n’est pas achevée, on se propose de la terminer l’année prochaine.

Cette église, longue de soixante-trois mètres et large de dix- sept, a trois nefs, un transsept, un déambulatoire et une chapelle de la Vierge au chevet. Le chœur, à lui seul, a 33 mètres de longueur sur 22 mètres de largeur à la croix. La chapelle de la Sainte-Vierge, dont les compartiments s’ouvrent sur le déambulatoire par trois grandes arches séparées par des colonnes de marbres monolithes, forment trois chapelles rayonnantes qu’on aperçoit de tous les points de l’édifice. Le bel agencement des nervures de sa voûte, se reliant avec un art admirable à celles de l’ingénieuse voussure du pourtour et des deux autels collatéraux établis en quinconce, offre un coup d’œil charmant, et prouve avec quelle facilité M. Grigny savait vaincre les difficultés les plus sérieuses.

Cette partie de l’église se fait remarquer par son élévation, son arcature légère, ses colonnes ornées de chapiteaux variés dans leurs formes et d’une riche ciselure, par ses groupes de nervures reposant sur la tête des colonnes ou sur des culs-de-lampe habilement travaillés, par quinze petites rosaces à meneaux gracieux qui les enserrent dans leur partie supérieure avec les deux grandes rosaces placées au tympan des pignons du bras de croix, enfin par sa voûte aussi hardie qu’élégante.

Les trois nefs simples et grandioses à la fois offrent d’harmonieuses proportions, et sont heureusement terminées par la tribune de l’orgue et les deux chapelles qui accompagnent la tour.

Toutes les fenêtres sont ornées de verrières à personnages, sauf les rosaces des bas-côtés où l’on voit d’agréables grisailles; ces verrières dont le velouté jette dans toute la construction une teinte mystérieuse qui porte au recueillement, sont assez diaphanes pour tamiser les rayons de la lumière à travers leurs brillantes couleurs, et donnent à l’ensemble du monument son cachet artistique et religieux.

L’ameublement est conforme au style de l’église. Le maître- autel, avec pyramide et retable, l’autel du chevet, ceux de la Vierge-Mère et de saint Joseph, sont en pierre de Creil et sortent des ateliers de M. Bouchez d’Arras, ainsi que la table de communion qui est vraiment monumentale.

La chaire de vérité et les stalles sont l’œuvre de M. Buisine,de Lille.

Le 2 août 1869, M. le doyen de Fruges bénissait le chœur de cette église, l’une des plus belles du diocèse, et le 4 mai 1874, Mgr Lequette, évêque d’Arras, la consacrait.

Si l’on demande à l’aide de quelles ressources on élève ce beau monument qui vient de provoquer de consolantes démonstrations, on répondra que la ville s’est imposé de grands sacrifices, que l’État n’a pas voulu demeurer étranger à cette œuvre d’art et de religion ; mais que les cotisations volontaires et les dons inconnus ont fait une partie considérable de la dépense qui déjà sans doute atteint le chiffre de cent soixante-quinze mille francs.

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