Gouy-en-Ternois

Parmi les dépendances principales de l’abbaye du Mont-Saint-Eloy, Gouy-en-Ternois tient un rang assez élevé. Si petite que soit une localité, ses annales ne laissent pas que d’offrir un certain intérêt, lorsqu’elles se rattachent à l’histoire d’un puissant et célèbre monastère.

Description

Parmi les dépendances principales de l’abbaye du Mont-Saint-Eloy, Gouy-en-Ternois tient un rang assez élevé. Si petite que soit une localité, ses annales ne laissent pas que d’offrir un certain intérêt, lorsqu’elles se rattachent à l’histoire d’un puissant et célèbre monastère.

Gouy-en-Ternois, Goy ad Thenam, était ainsi surnommé, parce que la rivière de la Ternoise avait jadis une source en. ce lieu. Ce village dépendait du diocèse de Boulogne, du Parlement de Paris, de l’intendance d’Amiens, baillage et recette de Saint-Pol. On comptait 175 habitants vers le milieu du XVIIè siècle.

En décembre 1229, Hugues de Châtillon, comte de Saint-Pol, donne à ses sujets de Goy-en-Ternois la loi et la coutume de Saint-Paul, à la condition de lui payer, tous les ans, un muid d’avoine.

On voit dans la chronique de l’abbaye du Mont-Saint-Eloy, rédigée, en 1607, par le religieux André le Vaillant, que le châtelain Wantier donna à ce monastère des biens situés à Gouy-Ternas, vers Saint-Pol, 1068-1108.

Nous trouvons dans le cartulaire du prieuré d’Aubigny, déposé aux archives départementales, la charte de commune de Gouy-en-Ternois; cette pièce inédite n’est pas sans intérêt :

« C’est li lois de Goy-en-Ternois. Jou Hues de Casteillon, quens de Saint-Pol, à tous chaus y ceste présente cartre esgarderons. Ke jou tous les homes de Goy ai quitté de toute corwée sauf men droit et me justice permanaulement. Jou ai octroyé aussi as devant dis homes en le devant dite ville avoir eskievins à le loy et à le coustume de Sainct-Pol. Lesquels mes droits feelement warderont. Et les fourfais de celé ville à le loy et à le coustume de Sainct-Pol rentreront a mi et a mes hoirs. Pour les devant dites loy et coustumes les devant dis homes paieront à mi à mes hoirs cascun an au nouvel un mui d’avoine à la grand-mesure de Sainct-Pol. Sauve toutes mes rentes et sauf men droit et toute me justice sauve. Et pour chou ke toutes ces coses permaignent fermes, jou ai donné cestre cartre enfortie du warnissement démon scel. Ce fu fais à l’an de l’incarnacion Nostre Seigneur mil deux cens et vint wit, au mois de décembre. »

Ce village fit partie de la dot de Jeanne de Châtillon en 1376.

En décembre 1540, le duc de Bourgogne accorda des franchises à la commune de Gouy-Ternas.

L’abbaye du Mont-Saint-Eloy avait à Gouy un prieuré fondé au XIIIè siècle. Malgré nos investigations les plus minutieuses, nous n’avons pu retrouver l’origine de cette fondation. Une inscription existant encore de nos jours, et posée dans l’église par les soins du prieur Nicolas Debray, constitue les seuls documents qui nous ont permis de rétablir la suite, maintes fois interrompue, des religieux qui ont administré cette maison.

Sire Maximilien de Mazinghem était pasteur de Gouy en l597 ; il fut fait prisonnier par les troupes du maréchal de Biron, et remplacé par Victor-Alexandre Lereutre, natif d’Arras et économe au Mont-Saint-Eloy. Ce dernier mourut, en 1623, à l’âge de 57 ans.

Vindicien de Carion lui succéda; ce prieur se fit remarquer par une grande érudition, et mourut le 23 mai 1635. S. Dambrine, 1699. S. Lecesne, 1702. S. Aubert W o r m s , 1717. S. Etienne Beils, 1718.

S. Gaspard Delewarde, originaire de Tournay, fut maître des novices à l’abbaye du Mont-Saint-Eloy ; ses vertus et sa piété le firent placer à la tète du prieuré de Gouy. Il y décéda le 12 septembre 1733. S. Jean-Baptiste Hémart, 1735. S. A. Chauvin, 1741. S. Eloi Macquart, bénéficier de Caumont, 1749. S. M. Picavet, 1771. S. Ambroise Chebeaud, 1789. S. Antoine Legentil termine la liste des prieurs de Gouy-en-Ternois. Nous avons retrouvé dans le cimetière communal, contre la porte de l’église, la sépulture de ces deux derniers religieux. Celle de S. Chebeaud est surmontée d’une modeste croix de bois portant l’inscription suivante :

« M. Ambroise Chebeaud, chanoine^ régulier du Mont-Saint-Eloi, prieur et curé de Gouy, mort le 30 mai 1799. »

On lit sur celle de M. Legentil les vers suivants :

« D’un oncle qui m’aimait autant que je l’aimais,

Repose en cet endroit la dépouille mortelle.

Il n’est plus ! mais son cœur, sa vertu, ses bienfaits,

Rendront chez son neveu sa mémoire éternelle.

Puisse ce monument consacrer à jamais,

Et ma reconnaissance et mes justes regrets. »

En 1793, le prieuré fut vendu à M. Lefrançois, maître de poste à Arras, et racheté, plus tard, par S. Legentil, qui en fit don à M. Legrand, curé de Longpré et ancien religieux. Les héritiers Legentil dépossédés, intentèrent en vain un procès à ce dernier.

Par la suite, les bâtiments furent vendus à M. Willerval de Séricourt, qui les a fait démolir.

M. Legentil, qui portait une grande affection aux habitants de Gouy, enrichit l’église d’un morceau de la- vraie Croix. Cet édifice ne fut pas vendu nationalement : il n’offre, du reste, rien de remarquable sous le rapport de son architecture et de ses ornements extérieurs.

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