Gouy St André

Dès le onzième siècle, l’abbaye de Saint-Josse-sur-Mer percevait à Gouy une dîme qu’elle abandonna plus tard aux moines de Saint-André.

Description

Dès le onzième siècle, l’abbaye de Saint-Josse-sur-Mer percevait à Gouy une dîme qu’elle abandonna plus tard aux moines de Saint-André.

Ceux-ci comptent les premiers sires de Gouy au nombre de leurs bienfaiteurs, notamment : Hugues, époux de Sara et Eustache, époux d’Avechin, chevaliers, qui contribuèrent à la fondation de la chapelle de Sainle-Madelaine, affectée dans l’église de Saint-André, à la sépulture de leur famille. Après eux nous trouvons Vaultier de Camberon, chevalier (1255) ; ,Wistace et Jehan son fils, aussi chevaliers (1304) ; Colais, dit Jeton, fils de Guillaume (1364), tous qualifiés seigneurs de Gouy dans les archives de l’abbaye.

Il faut ensuite franchir un siècle et demi pour renouer la chaîne, interrompue de leurs successeurs et arriver à dame Claude de Gouy, épouse de Jehan de Soyecourt ; après elle le domaine de Gouy appartint aux familles de Licques, de la Houssoye, Carpentier, Delhomel et de Fresnoye, qui le tenaient en fief noble de la châtellenie de Beaurain (Lédé Chron. de saint André).

Le voisinage de l’abbaye devint une source de prospérité pour les habitants de Gouy ; les premiers, ils recueillirent les bienfaits de la civilisation chrétienne introduite par les enfants de saint Norbert dans ces contrées jadis recouvertes d’épaisses forêts ; les premiers aussi ils profitèrent de leurs exemples de vertu et participèrent à leurs abondantes aumônes, mais il fut des jours malheureux où ce voisinage attira sur la paroisse de Gouy des désastres inouïs et le pillage, l’incendie l’affligèrent à plusieurs reprises pendant les guerres incessantes qui ont désolé l’Artois et la Picardie.

En 1596, les habitants de Gouy, harcelés par la garnison de Montreuil, se retirent, avec femmes et enfants, dans les cloîtres ; ils s’y fortifient, et, sous la direction de deux soldats Espagnols, ils entravent l’action « des coureurs français qui ne pouvoient guère passer vers Hesdin sans estre ou découverts ou achoppes (attaqués) en quelque endroit ».

Leur résistance dura plusieurs mois ; le maréchal d’Humières vint alors les attaquer avec 5000 hommes, mais, après un jour et une nuit de siège en règle, la petite armée de braves paysans épuisée et manquant de munitions fut obligée de se rendre et obtint une capitulation honorable : bel exemple d’un courage héroïque trop rare de nos jours !

A l’époque de la révolution, l’abbé Foconnier était curé de Gouy ; son prédécesseur, M. Delhomel a laissé une réputation de sainteté qui n’est pas encore effacée dans la paroisse.

Abbaye de Saint André au bois, ordre de Prémonté

Les religieux de l’abbaye, qui avait été fondée à Maresquel vers 1130, par Enguerran de Beaurain, obtinrent de Hugues, son fils, le bois de Grémécourt, près de Gouy : là, ils commencèrent, en 1153, les bâtiments d’un monastère qui, empruntant sa dénomination aux bois qui l’environnaient alors, fut appelé Saint-André- au-Bois. Les principaux bienfaiteurs de cet établissement sont, avec les seigneurs et les châtelains de Beaurain, les sires de Brimeu, de Gouy, de Jumetz, de Maihtenay, de Maresquel, de Thiembronne, etc.

Trente-huit abbés le gouvernèrent successivement ; ces abbés, nommés à l’élection, relevaient directement de Rome, mais ils n’obtinrent le droit de porter la mitre qu’en 1665.

Le revenu de l’abbaye se composait du produit de la dîme perçue dans plusieurs paroisses et du fermage des censés de Bloville, Brunehautpré, le Valivon, le Valrestaud-les-Thiembronne et Saint-André ; il s’élevait en 1749, à la somme de 13,500 livres, net. Les moines partageaient ces ressources avec les pauvres de la contrée.

Lors du rigoureux hiver de 1767, une foule de malheureux se pressaient à la porte du couvent : dès le mois d’octobre, quatre à cinq cents recevaient chaque semain’ un pain de trois quarts de livres ; leur nombre augmenta tellement que, le mardi de la Semaine-Sainte, on en’ compta 1,5-00 et 3,500 le Jeudi-Saint !

Du mois de février au mois d’août, de mille à quinze cents indigents obtinrent la même aumône tous les mardis ; on distribuait en outre à cinquante-six ménages des villages voisins quatre-vingt pains de trois livres.

La mendicité ayant été interdite en 1769, les moines cessèrent de donner à la porte du couvent et sur le rapport du curé, ils envoyèrent désormais :

A Gouy : 32 pains de 3 livres I/2, par semaine ; à Campagne 34 pains ; à Aubin et Bouin, 24 ; à Ricquebourg et Maresquel, 20; à Contes, 10 ; à Ecquemicourt, 6 ; à Brimeu et Lépinoy, 22 ; à Buires, 10 ; à Beàurain et Jumel, 10.

Total : 166 pains, soit 581 livres de pain par semaine !

Ils soulageaient en outre la misère morale aussi bien que la misère physique avec cette bienveillance, cette sympathie qui doublent le prix de l’aumône.

On lira dans le volume que nous avons consacré à l’histoire de l’abbaye de Saint-André le récit parfois émouvant, toujours intéressant des vicissitudes de cet établissement situé sur la frontière longtemps disputée de la Picardie et de l’Artois. On y lira la confiscation du revenu des moines, leur exil forcé, les lourdes impositions de guerre qu’ils durent acquitter, les pillages, les incendies qui auraient entraîné la ruine de la communauté sans la haute intelligence et l’excessive prudence de ses administrateurs.

Trois abbés de Saint-André ont écrit des chroniques du plus haut intérêt pour l’histoire du pays.

Nicolas Lédé a laissé trois volumes dont un seul est parvenu. jusqu’à nous ; il embrasse la période de 1498 à 1632.

Antoine Boubert a raconté les origines de Saint-André et s’arrête à 1733.

Ignace Crépin, le continuateur de Boubert, termine en 1770.

M. Foconnier, de Dommartin, l’heureux possesseur de ces chroniques, les a reçues d’un ex-moine de Saint-André, son parent, M. Bocquet qui mourut curé de Nempont-Saint-Martin ; qu’il me permette de le remercier, en passant, de la bienveillance avec laquelle il me les a communiquées.

Les bâtiments réguliers formaient le carré. Un seul côté subsiste, c’est le quartier abbatial, bâti, en 1690, sous la prélature d’André Thomas ; l’escalier remarquable est l’œuvre de Fr. Adrien de Canlers, architecte habile ; il coûta 2500 livres environ.

La magnifique basse-cour que l’on admire encore aujourd’hui a été construite, de 1752 à 1758, sous la direction de MM. Claude et Charles Brunion, architectes à Hesdin.

L’église, démolie à l’époque de la révolution, avait été élevée sur les plans de M. Merville, architecte à Arras, et consacrée le 12 septembre 1762 par les évoques d’Amiens et de Saint-Omer pour remplacer l’ancienne chapelle qui menaçait de s’écrouler. Le chœur de cette chapelle datait du-XIIè siècle. La nef remontant à 1534, avait été prolongée en 1695 ; la tour ruinée en 1595, rebâtie en pierres en 1614, renversée par le vent le 25 septembre 1713, réparée, puis foudroyée en 1739 avait été rasée en 1741.

Armoiries de l’abbaye

De sinople, au sautoir d’or accompagné en chef d’une étoile de même, à dextre d’un cerf, à senestre, d’un sanglier et en pointe, d’un lévrier passant à senestre, ces trois animaux au naturel.

Le chœur de l’église de Gouy est éclairé de cinq fenêtres ogivales ; deux sont ornées de vitraux représentant saint Martin, saint Joseph, saint André, saint Josse.

Les voûtes de la nef, nouvellement restaurée, portent le blason de l’abbaye de Saint-Josse-sur-Mer et celui de M. le comte de Riencourt, propriétaire de la ferme de Saint-André, bienfaiteur de l’église. On y voit une statue en grès, dite la Vierge au raisin, travail espagnol provenant de l’abbaye, ainsi que le Christ en bois sculpté, œuvre d’art justement appréciée.

Une pierre tombale rappelle la mémoire de Charles Delhomel, curé de Gouy, mort le 13 novembre 1774 et de son frère Jehan Delhomel, époux de dame Françoise de la Houssoye, dame de Gouy, décédé le 22 décembre 1765.

On trouva en 1861 dans la propriété de M. Déplanque qui a construit, à Gouy, une jolie habitation, une meule romaine, espèce de cône aplati, mosaïque formée de petits galets reliés par du ciment, mesurant un mètre vingt centimètres sur vingt-six de hauteur et percée d’outre en outre par le milieu.

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