Labroye

Au château de Labroye se rattache le souvenir de la fatale journée de Crécy.

Description

1114. Arborea, 1226. Arbroia, 1239. L’Arbroie, 1252. Arborea, 1301, Larbroie, 1337. La Broyé, 1346. La Broie, 1689. La Broyé.

Au château de Labroye se rattache le souvenir de la fatale journée de Crécy.

Lorsque la fortune trahissant la valeur de la noblesse française eut inscrit dans nos annales l’un des plus grands désastres que nos armes aient jamais essuyés, Philippe de Valois s’éloigna désespéré du champ de bataille, vers le soir et il se dirigea du côté de l’Authie. Cinq chevaliers l’accompagnaient : Les sires de Haynaut, de Montmorency, de Beaujeu, d’Aubigny et de Monsaut.

« Ils chevauchèrent tout lamentant et complaindant jusquesau Chastiel de la Broie, écrit Froissart, dont nous aimons à emprunter le langage, « quand li rois vint à le porte, il le trouva fresmée et le pont levet, car il estoit tout nuis et faisoit moult brun et moult espès. Adonc fist li rois appeler apriès le Ghastellain, car il voloit entrer dedens. Si fu appellés et vint avant sus les garites (créneaux) et demanda tout en hault qui c’estoit qui buschoit (frappait) à ceste heure. Li rois Phelippes, qui entendit le vois, respondi et dist : Ouvres, Ouvres, chastellain çest li infortunés roi de France !

« Li chastellàin salli (sauta) tantost avant, qui recogneut la parolle dou roy et qui bien savoit ja (déjà) que li leur estoient” (les Français) desconfit, par aucuns (quelques) fuians qui estoient passet dessous le chastiel ; Si abaissa le pont et ouvri le porte.

Lors entra li rois dedens et toute se route (suite) qui nestoit mies (pas) trop grande.

Sy feurent là jusques à mienuit et n’eut mies (pas) lirois conseil que il demorast la dedens ; si but un cop et ossi fissent cil (eux) qui avœch lui estoient et puis s’en partirent et issirent (sortirent) dou chastiel et montèrent as chevaus, et prisent gides (guides) pour yeus mener, qui cognissoient le pays. »(FROISSART, Ed. de la société de l’hist. de France, t. III, p. 184).

Le roi ne s’arrêta qu’à Amiens où il attendit des nouvelles de son armée.

Plusieurs historiens prêtent des paroles plus fières et plus chevaleresques à Philippe de Valois.

« Ouvrez, se serait-il écrié, c’est la fortune de la France ! »

Mais aucun des manuscrits de Froissart ne reproduit ces mots, qui restent dès lors dans le domaine de la légende.

A peine découvre-t-on aujourd’hui les traces de ce chastel qui eut l’honneur d’abriter le roi de France. Monstrelet dit « qu’il n’estoit point gramment fort ne de grande valeur. »

Il échappa aux coups des vainqueurs de Crécy, mais les soldats de sir Thomas Kyriel l’incendièrent et le détruisirent de fond en comble, en 1436.

Aléaume d’Amiens, descendant des vidâmes, sires de Picquigny, se qualifiait au XII e siècle seigneur de Labroye, de Flexicourt et de Wignacourt. En 1194, Pierre d’Amiens accorde aux habitants de Labroye une charte de commune entièrement conforme à celle d’Abbeville et il leur impose l’obligation de clore et de fortifier le bourg avec du bois pris dans la forêt.

La Morlière donne la généalogie des successeurs d’Aléaume d’Amiens, jusqu’à Jeanne, épouse de Jean de Varennes, chevalier.

Leur fils, Jean, et Elisabeth de Bruyères, sa femme, fondèrent le 1er Mai 1343 la chapelle castrale de Saint-Nicolas et la dotèrent de deux muids de blé, mesure de Labroye, et de huit livres de rente, en se réservant le droit de présentation pour eux et pour leurs descendants. Le revenu de cette chapelle, qui fut dans la suite réunie à la cure, était en 1730 de 110 livres 16 sols, à charge de vingt-quatre messes.

Jeanne de Varennes, dame de Labroye, s’allia à messire Jean de Raineval, comte de Fauquembergues, qui remplit les fonctions de grand panetier à la cour et qui servit aveu de Labroye le 25 octobre 1380.

Jean et Aubert de Raineval périrent à Azincourt et leur sœur Jeanne transmit le domaine de Labroye à son mari, Baudouin d’Ailly. baron de Picquigny. Six générations des d’Ailly l’ont possédé (1415-1620) depuis Baudouin jusqu’à Charlotte épouse de messire Honoré d’Albert, duc de Chaulnes, maréchal de France et gouverneur de Picardie.

Au commencement du dix-huitième siècle, le duc de Chaulnes, Charles Honoré, vendit Labroye à son beau frère, Alexandre Albert François duc de Bournonville. Philippe Alexandre, son fils, mourut sans enfants, et sa sœur Angélique Victoire de Bournonville, épousa Jean-Baptiste de Durfort, duc de Duras, dont les descendants vendirent la forêt de Labroye à M. Desjardin-Soyez, en 1840.

Pendant le siège d’Hesdin par La Meilleraye, le roi fit rassembler un grand nombre de paysans du Ponthieu et du Boulonnais, auxquels il ordonna de raser cette forêt, parce que les Espagnols s’y embusquaient et rendaient ainsi la route d’Abbeville impraticable.

L’Authie sépare le village de Labroye (Pas-de-Calais) de celui du Boisle (Somme). Les habitants de ces communes que l’on dé­ signait autrefois sous les noms de Broy’e-Artois et de Broye-Pon- thieu diffèrent beaucoup de mœurs, de caractère et même de langage.

Labroye était avant 1693 l’un des huit doyennés de l’archidiaconé de Ponthieu. Ce doyenné,qui comprenait 74 cures, secours ou bénéfices, a été démembré lorsque l’on forma celui d’Auxi-le-Château.

Lieu-dit

La Justice, Le Bois de l’Hospice, Les Portes, La verrerie.

Archéologie

L’église appartient à trois époques ; le clocher bâti à l’entrée du chœur est roman. La flèche qui le surmontait a été démolie il y a peu d’années. Le chœur est du XV e siècle, mais les fenêtres et les contreforts autrefois ornés de clochetons sculptés, ont été mutilés. La nef date du XVIè siècle.

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