Ligny-sur-Canche

La première commune, en quittant Frévent par Rollepot, qui se trouve sur la route d’Hesdin, l’une des plus agréables et des plus jolies du département, où tour-à-tour se succèdent des villages, des prairies, des plaines, des marais, des vergers.

Description

La première commune, en quittant Frévent par Rollepot, qui se trouve sur la route d’Hesdin, l’une des plus agréables et des plus jolies du département, où tour-à-tour se succèdent des villages, des prairies, des plaines, des marais, des vergers, des villages, qui, par leur enchaînement continuel, présentent le tableau le plus varié et le plus enchanteur que l’on puisse imaginer ; la première commune, disons-nous, qui se trouve sur cette route, c’est Ligny, dont l’étymologie, vient du mot latin ligitum, bois. Cette dénomination est parfaitement en harmonie avec cet endroit, s’il est permis d’en juger par les bois immenses qui ont disparu dans ses environs, et par ceux qui, naguère encore, couvraient une partie du sol de ce territoire, et qui ont été, après plusieurs ventes successives, adjugés le 5 août 1828, à la société Alaux, Fauchon, etc, avec faculté de pouvoir les défricher. Ligny existait sous Charles-le-Chauve. Il est fait mention de Ligny dans un accord passé en 1221 entre l’église et Robert de Rebreuve et que confirma Elisabeth de Châtillon, comtesse de Saint-Pol.

Au XVè siècle, les Bourbon-Vendôme étaient seigneurs de Ligny-sur-Canche : l’un d’eux, Claude, était gouverneur de Doullens, et mourut en 1495. Il avait épousé- Antoinette de Bours, dame de Saint-Michel et vicomtesse de Lambercourt.

L’un de ses descendants, Antoine de Bourbon-Vendôme, vicomte de Lambercourt, était gouverneur de Doullens en 1570. Il fut tué en duel en 1594.

Une ordonnance rendue en 1717 par le conseil d’Artois, désigne le baron de Bernieulle et le comte d’Humbecq comme acquéreurs de Ligny-snr-Canche, Fortel, etc. (Arch. cons. d’Artois, sec. B 96). En 1748, cette seigneurie était passée au comte de Raches.

Ligny dépendait en partie de la régale d’Amiens. Sa coutume locale fut rédigée en 1507.

Le 1er janviar 1871, un mobilisé fut massacré par les Prussiens pour avoir tué un cuirassier blanc chez M. Lemaire, débitant.

Dans cette commune existait un prieuré, fondé vers la fin du XIè siècle. Turpin présume que les fondateurs ou les bienfaiteurs de cette maison étaient quelques membres de la famille de Brimeux, et la raison qu’il en donne c’est que, dans le chœur de l’église, on voyait encore, au commencement du XVIIè siècle, le tombeau de Jean de Brimeux, seigneur de Ligny et de Grigny, chevalier, déjà Toison d’Or. Ce tombeau était en marbre, et assez élevé, mais, « quelque peu offensé par les injures du temps et de guerre », dit Locre. Le prieuré était simple, de l’ordre de saint-Benoit, et sous l’invocation de saint Vit et de saint Modeste. Il fut fondé par Jean de Grigny, dans l’église paroissiale que donna l’évêque saint Geoffroy à l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs, le 11 des Kal. de mars, 20 février 1104.

Godefroy, évêque d’Amiens, donna. ce prieure à l’abbaye de saint-Martin-des-Champs, de Paris.

Dom Ambroise Deshaye était prieur de Ligny en 1641. Cette maison était tombée en commande en. 1689 et était administrée alors par Jacque Hérieux.

En 1789, nous trouvons dans une procuration faite au sujet de l’assemblée des états provinciaux dArtois, du 20 Avril, le nom de l’abbé d’Audrezelles, vicaire-général du diocèse de Bordeaux, comme prieur commendataire du prieuré de Ligni-sur-Canche (Arch. gouv. d’Arras, Série B 217 et 886).

Les revenus du monastère étaient de 4000 livres.

Les églises dépendantes de ce prieuré étaient :

1° la cure paroissiale du lieu, sous l’invocation de saint Vite, saint Modeste et sainte Crescence ;

2° la cure de St-Martin de Vis (Picardie) ;

3° la cure de St-Hilaire de Frévent. Cette dernière cure fut donnée à ce prieuré, l’an 1212, par Jean, évêque de Thérouanne.

Pendant la Révolution le prieuré de Ligny a été vendu ; il était

situé près de l’église succursale de cette commune, et occupait jadis remplacement de deux fermes, dont l’une appartenait à M. Deslaviers, décédé au commencement de l’année 1838, maire de cette commune et membre du conseil d’arrondissement. (Puits Artésien). Plusieurs des bâtiments du prieuré existent encore aujourd’hui ; on trouve aussi sur les bords de la Canche des ruines, derniers vestiges d’un ancien château-fort.

La paroisse de Ligny était dans la nef de l’église du prieuré.

Sur la muraille, près du grand autel, ou lisait autrefois cette inscription en bouts rimes :

« L’an mil quatre cent trente cinq,

Tout ainsi que l’année vingt,

Fit faire tout neuf ce pilier,

En Théologie licentier,

Le prieur Thomas dit Sussanne.

Prié-à Dieu qu’il en ait l’âme. »

Il existe une chapelle qui porte le nom de Notre-Dame de Montaigu, pèlerinage très fréquenté en faveur des petits enfants.

Nous citerons encore, à l’entrée du cimetière, l’endroit nommé le pilori, et qui rappelle l’exercice de la haute et basse justice dans cette commune, le lieu dit le Grand Hangar, auquel la tradition locale rattache le souvenir d’une bataille; le bois Jean et le bois

haut. L’ancienne chapelle des larrons a été détruite en 1793. Depuis la rédaction de notre travail sur Ligny-sur-Canche, nous avons reçu quelques notes intéressantes qui compléteront cet article.

Le château-fort de Ligny-sur-Canche, situé sur les bords de la rivière, n’existe plus depuis longtemps : on en voit encore la butte entourée de fossés profonds dans lesquels on mettait l’eau à volonté. Aucune trace de maçonnerie n’est parvenue jusqu’à nous. Néanmoins, le monument que les sires de Ligny ont élevé à Dieu pour obtenir sa miséricorde, existe encore en partie, je veux parler du prieuré. Fondé en 1104 par les sires de Brimeux et de Grigny, il fut accordé à l’abbaye de Saint-Martin des Champs de Paris, par saint Godefroy, évêque d’Amiens, vers le milieu du XIIè siècle.

Il fut alors habité par quatre religieux. Au XVè siècle, il fut reconstruit en partie et au XVIè siècle, les religieux rebâtirent l’église qui menaçait ruine. On peut encore aujourd’hui établir l’époque de ces différentes reconstructions. Les caves du prieuré ainsi que les débris des cloîtres, et une partie du chœur de l’église, y compris la partie sud de l’ancien transept, sont du XIIè siècle. Le prieuré fut élevé d’un étage à la fin du xXVè siècle ; et au XVIè siècle,l’église fut rebâtie. Elle est voûtée en pierre,avec nervures, arcs doubleaux, etc. Elle n’a que deux nefs séparées par des colonnes sur lesquelles on a remarqué à l’époque où M. l’abbé Delétoille en était curé, et en la-restaurant, des traces de peinture polychrome. Le bâtiment principal, ou logement du prieur communiquait avec l’église au moyen d’un cloître qui y aboutissait entre l’avant chœur et la chaire, près de l’autel de la Sainte Vierge. Les vestiges de ce cloître qui sont du XIIè siècle, formaient avec l’église et les bâtiments claustraux une cour intérieure au prieuré.

Cette église, qui au point de vue archéologique fut une des plus belles du pays, a pour patrons saint Modeste et ses compagnons martyrs, possède une belle petite cloche du xXVIè siècle dont je donne ici l’inscription et la description: Elle a trois pieds de hauteur sur deux et demie de largeur (à l’endroit ou frappe le battant). Elle porte l’inscription suivante en caractères gothiques flamboyants :

« Jacqueline suis nommée che nous par de Béthune des Plancques escuier seigneur de Hesdignal.

et Jacqueline le Hibert sa femme en l’an XVCLX. Régnier Blondel. »

Et en dessous les médaillons avec effigie de Philippe Roy d’Espagne âgé de XXVIII ans et de sa femme Ursule Lopes âgée de XVII ans. Sur les côtés de cette cloche on trouve les armes des parrain et marraine.

Avant la Révolution de 1793, on trouvait; à droite en sortant de ce village, sur la route de Nuncq, la chapelle du Bon Larron.

Le moulin de Ligny, qui touche à l’ancien château, possède encore un mur du XVè siècle.

(Visite faite à Ligny-sur-Canche, le 11 novembre 1879.)

G. CAPPE DE BÂILLON.

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