Loison

La ferveur pour les pèlerinages en Palestine fut la passion do­minante du XIè siècle. Ces pieuses entreprises.offrant mille dan­gers, quelques chevaliers, émus du péril qui menaçait les voyageurs dans ces contrées lointaines et animés du désir de mener une vie plus parfaite, se consacrèrent spécialement à la défense du pèlerin, se soumettant à la règle austère des chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Description

La ferveur pour les pèlerinages en Palestine fut la passion do­minante du XIè siècle. Ces pieuses entreprises.offrant mille dan­gers, quelques chevaliers, émus du péril qui menaçait les voyageurs dans ces contrées lointaines et animés du désir de mener une vie plus parfaite, se consacrèrent spécialement à la défense du pèlerin, se soumettant à la règle austère des chanoines réguliers de Saint-Augustin.

C’est l’origine des Templiers :

Hugues de Payen et Geoffroy de Saint-Omer en furent les fondateurs, 1118. Sur les vastes possessions de l’ordre, généreuses offrandes des fidèles, il se forma un grand nombre de maisons, où la noblesse se retirait volontiers et d’où partaient chaque année de nouveaux secours pour les Saints-Lieux.

Ces maisons étaient priorales, conventuelles ou simples commanderies ; celles-ci étaient confiées à quelques frères servants d’armes, avec un aumônier prêtre chargé de les instruire et de leur administrer les sacrements, dans une chapelle indépendante.

La richesse proverbiale des Templiers, leur a fait attribuer beaucoup de domaines qui ne leur ont jamais appartenu. Tout donjon antique, tout clocher du Moyen-Age aurait été construit par eux ; toujours est-il qu’ils possédaient au XIIè siècle, la commanderie de Loison, déjà mentionnée en 1189, sous la grande maîtrise de Gérard de Riderfort.

La tradition veut qu’ils aient existé également dès cette époque à Hautavesne, mais des titres parfaitement authentiques prouvent que Hautavesne appartenait alors aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

L’établissement des Templiers sur les bords de la Créquoise, est certainement dû à la générosité des châtelains de Saint-Omer.

Guillaume de Saint-Omer, parent de Geoffroy, le digne émule de Hugues de Payen, voulut attirer, dans le voisinage de son château de Beaurain, une colonie des religieux militaires dont l’institution demeurera l’une des gloires de sa famille.

Les archives de Saint-André-au-Bois nous révèlent les noms de deux commandeurs de Loison : Olivier de la Roche en 1225 et Warin en 1278.

L’abbaye d’Auchy percevait la dîme à Loison, en 1112, les nouveaux venus durent acquitter envers elle une redevance de cinq muids de blé et cinq muids d’avoine, qui fut convertie plus tard en une rente de 43 livres parisis, payable à Pâques.

L’ordre des Templiers grandit et s’illustra jusqu’au jour où Philippe VI les fit arrêter dans toute la France, et jeter sous les verroux.

Tandis que s’instruisait le procès célèbre terminé par le supplice de leurs chefs (1314) ; le Concile de Vienne attribua les biens de l’ordre aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, à condition de payer au roi des sommes si considérables qu’ils n’en retirèrent que bien peu d’avantage.

Le 27 novembre 1356, intervint un arrêt du bailli d’Amiens, maintenant les prérogatives des chevaliers de Saint-Jean, malgré le seigneur de Beaurain, Jean de Lorris, dont les officiers avaient « emprisonné plusieurs personnes cueillant esteuils dans les champs, terres, fonds et domaines des Hospitaliers avant la publication des bans du mois d’août, qui devait estre faite par leur commandement »

Jean de Verrigne et Jean de Courchon, chargés de dresser l’état des réparations utiles aux bâtiments et à la chapelle, vinrent à Loison. Un commandeur prêtre deux frères prêtres, un frère servant d’armes et un frère donné y résidaient.

Au siècle suivant, Emery d’Amboise, titulaire de Loison, et en même temps grand prieur de France, afferma le chef-lieu de son bénéfice moyennant 800 livres tournois, à Jean de Buleux. (Bail du 20 juin 1483, passé devant Prêtre et Liénard, notaires au Châtelet de Paris). Jean de Buleux fit rédiger le cueilloir ou dénombrement des dépendances de la commanderie, manuscrit de 38 feuillets, certifié véritable, le ler février 1497, par Guillaume d’Ostrel, licencié-ès-lois, bailli des seigneuries de l’hôpital de Loison.

Le domaine de Loison a été plusieurs fois ruiné et incendié par les gens de guerre : De 1595 à 1598, les fermiers durent s’expatrier, les terres demeurèrent en friche ; le commandeur Jean du Caurel fut même contraint de quitter sa résidence. Antoine de la Cocquelle, chevalier, colonel d’infanterie Walonne, gouverneur et grand bailli d’Hesdin, atteste publiquement ces faits, ajoutant que « la plupart des maisons des habitants desdit lieux ont été saccagées et bruslées ». (Certificat du 30 décembre 1600, ratifié par les mayeur et eschevins de la ville d’Hesdin, le 2 Janvier 1601, signé : Cocquel et de Launoy.)

Nouveaux désastres en 1635 : Le commandeur de Vienne-Crèvecœur « sans s’être aucunement ingéré de prendre les armes ni embrasser aucun party » se vit arrêter à Lépinoy, par les troupes espagnoles et emmener prisonnier à Hesdin.

F. Joseph de Montigny, agent général des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en Flandre, obtint du cardinal de Tolède sa mise en liberté, avec une sauvegarde spéciale pour les biens et revenus de Tordre aux Pays-Bas, ces biens ayant été donnés à Dieu et destinés au service commun de la chrétienté.

Le roi Louis XIII écrivait de son côté, le 27 juin 1636, au gouverneur d’Etaples, marquis de Montcavrel, de respecter toujours et partout les possessions des Hospitaliers.

Il n’était plus permis, hélas ! de s’abuser sur la valeur de ces sauvegardes trop souvent violées, simple satisfaction accordée aux malheureuses victimes de la guerre.

Au lendemain de ces déclarations bienveillantes, les armées de l’Infant d’Espagne se répandaient en Artois, durant les sièges d’Aire et de Béthune, commettant mille dégâts dans les bois et fermes de Loison, n’épargnant pas les églises où les populations épouvantées avaient espéré cacher leurs meubles et leurs provisions, s’oubliant au point de « tuer et emporter les moutons, vaches et autres bestiaux, ainsi que maltraiter et dépouiller les hommes et femmes des villages de la commanderie de leurs vêtements. » (Procès-verbal du 9 décembre 1710.)

Louis XIV ayant ordonné la réquisition de 4,000 fascines dans les bois environnant la ville de Montreuil, pour être employées aux fortifications de cette place, le commandeur de Loison dut en fournir 200 et 5000 piquets, (état de répartition, par l’intendant de Bemage, mai 1711).

Le frère Charles Bernardin Davy d’Anfreville, nommé commandeur de Loison, le 1er mai 1764, fit des améliorations considérables qu’il désira « faire apparaître authentiquement par un procès-verbal bien détaillé pour s’en aider et-prévaloir en ses futures promotions » : les frères Jacques Armand de Rogres de Champignelles, commandeur d’Auxerre et Charles Gabriel Dominique de Cardeyac d’Havriftcourt, commandeur de Sainte-V.aubourg, délégués de la grande maîtrise, arrivent donc à Montreuil le 1er Juillet 1770, à 7 heures du soir et descendent à l’hôtel de la Cour de France.

Le lendemain de grand matin, ils se rendent à Loison et visitent la chapelle « qu’ils trouvent, lisons-nous au procès- verbal, un peu écartée, hors de l’enclos seigneurial, couverte de chaume ; les murailles sont de pierres de taille et cailloux, avec plusieurs piliers de soutènement. Elle est sous le vocable de saint Jehan-Baptiste ; aux deux côtés de l’autel sont des figures de la Sainte-Vierge et de saint Jean-Baptiste ; au dessus, un tableau représentant la naissance de N. S. J.-G.

Le mobilier est modeste : il comprend 4 chandeliers de bois peint, 2 croix et quelques sculptures. On trouve dans la sacristie les objets, servant autrefois au culte dans les chapelles de Campagne et de Waben où la messe ne se disait plus depuis longtemps, et ceux à l’usage du desservant de Loison, savoir : 3 calices d’argent avec patène. 6 burettes et plats d’étain, quelques ornements anciens. Le linge d’Eglise est à peine suffisant. La nef était convertie en grange. »

Cinq terriers, étaient alors conservés à Loison, savoir :

Celui de 1492, actuellement aux Archives départementales du Pas-de- Calais.

Ceux du 7 janvier 1670, et du 14 mars 1695.

Ceux de 1723, et du 15. juin 1750, qui se trouvent aux Archives nationales.

Le commandeur, écrit l’abbé de Vertot, est comptable au commun trésor de l’ordre et amovible, en cas de malversation ou de mauvaise conduite. Les statuts disent formellement que si un chevalier est soupçonné, il doit être aussitôt dépossédé. Mais aussi par le même esprit de justice, le commandeur qui n’a pas causé, de scandale, dont la gestion a été celle d’un bon père de famille, qui a entretenu et réédifié les églises et les bâtiments dépendants de sa commanderie et fait dresser, dans les termes ; prescrits, le terrier de ses fiefs ; celui enfin qui a eu soin des pauvres; est récompensé, et peut espérer après cinq années, d’une pareille administration, être gratifié d’une commanderie plus importante.

Les bâtiments étaient situés au milieu d’un enclos de 10 arpents arrosé par la Créquoise ; une tour assez élevée servait de prison au Moyen-Âge. Derrière l’enclos s’étendait une prairie de quarante mesures d’où l’on apercevait les bois de la commanderie : au midi, le Bois Colet ; au levant, le bois de Govenne ; au couchant, le bois du Mont ; vers le nord, le bois des Carrières ; le tout d’une contenance de plus de 150 mesures.

Lieu-dit

Bois Colet, en souvenir des seigneurs de Beaurain, de la famille Colet vivant aux XIè et XIIè siècles.

Bois Govenne. ; Le Plouy, ferme importante, ancienne propriété delà commanderie.

Le Rougemont.

La Tour. Sur la Créquoise existait une tour, démolie il y a peu d’années, chef-lieu d’un fief dont le dernier propriétaire a été le comte de Sciougeat, seigneur du Grand et du Petit Offin, Ricametz, Ecmicourt, etc. Il le possédait du chef de sa femme, fille de Charles Albert de Valecourt, seigneur de Ricametz et de Thérèse Delarue, héritière elle-même de Louis François Delarue, seigneur de la Tour, qui était aux droits de Hélène de Beaumont ; celle-ci le tenait de Antoinette de Mauvoisin.

Archives de la mairie de Loison. Aveu servi à la commanderie.

Archéologie

L’église, sous le vocable de Saint-Omer est surmontée d’un campanille. On voit dans le chœur des débris de sculpture accusant le XIIIè siècle. Dans cette église fut célébré, le 17 août 1558, le mariage de demoiselle Marie d’Aboval, fille d’Adrien d’Aboval, seigneur de Beaucamp et de la Tour avec messire Antoine de Créqui, neveu du commandeur de Loison, Gabriel de Créqui.

<< Retour a la liste