Monchel

Malbrancq donne à ce village une origine antérieure à 560.

Description

Malbrancq donne à ce village une origine antérieure à 560.

Le martyr de saint Juste et de saint Artémie, qui eut Heu vers

le VIIIè siècle, lui a valu une certaine célébrité.

Deux frères, Justus et Artémius, fuyant la persécution d’un parent qui voulait les faire renoncer à leur foi, se retirèrent en Morinie en 784. Ils construisirent une cellule au milieu d’un petit bois, voisin du village, appelé le Bois des Vignes, où leurs assassins les trouvèrent occupés à des travaux champêtres.

On prétend aussi que Juste, en cherchant à s’échapper de leurs mains, fut poursuivi, atteint et massacré sur le tertre où l’on montre encore un arbre, dit l’arbre saint Juste,à droite du chemin qui conduit à Fiers. Leurs corps furent inhumés à l’endroit où fut depuis bâtie l’église de Monchel, qui a toujours reconnu les deux saints pour patrons. Le lieu où ils subirent le martyre, prit le nom de Morts cœli, Monehiel. On célèbre leur fête le 18 octobre. Longtemps le pèlerin visita leur tombeau.

Une charte de Théobald, évêque d’Amiens, règle la propriété des religieux d’Auchy-les-Moines,sur quelques portions de dîme à Monchel. Ce titre est du mois de février 1197 (Çart. d’Auchy)

Le sire Gérard de Moncels est un des témoins de la charte d’Estrée-Wamin, en 1201.

Le 29 mars 1372, la comtesse d’Artois reçut, à cause de sa châtellenie d’Hesdin, l’avers et le dénombrement de sa terre de Monchel tenue par Adam de Conchy, écuyer, sire de Monchel. (Trésor, ch. d’Artois. Série A, 96.)

Les coutumes locales de la terre et seigneurie de Monchel, baillage d’Hesdin, appartenant à Mademoiselle Isabeau de Monchy, veuve de feu Mgr Jacques de Foucquesolles, ayant le bail d’Ysabeau de Foucquesolles, fille mineure, furent rédigées en 1507 (A. Bouthors, cout.du baill. d’Amiens., t. n, p. 241).

Avant 1789, la terre de Monçhel appartenait à M. de Gargan, seigneur de Rollepot-lez-Frévent. (Puits artésien.)

Les religieux d’Auchy possédaient un petit fief à Monchel, produisant par an environ 18 livres de revenu et une dimé louée 500 fr. au sieur Henquenet, curé de la paroisse. Ce dernier eut de longs démêlés avec l’abbaye, de 1774 à 1785; il fut .condamné par jugement du conseil d’Artois à se désister des terres et droits de dîme appartenant à sa cure, et à payer à l’abbaye d’Auchy, par forme de fermage, la somme de 200 livres pour chaque année de jouissance des dits biens. (Arch. dép., cons. d’Art.,.série B, 729).

Il y a quelques années, en labourant la terre, on a trouvé plusieurs pièces de monnaie, les unes en argent, à l’effigie de Philippe, roi d’Espagne, de Henri IV et de Louis XIV ; les autres, en cuivre, parmi lesquels se trouvait un liard du temps de Henri III. M. Legrand, maire de Monchel, possesseur de ces pièces, en a fait don, en partie, au musée de Saint-Pol.

L’ancienne église de cette commune fut vendue et démolie pendant la tempête révolutionnaire, et avec elle, a disparu un marbre antique d’un mètre et demi de hauteur, sur lequel,était gravée la relation du martyre des deux saints. Ce monument archéologique, longtemps délaissé au milieu d’un monceau de pierres, fut enfin vendu pour la modique somme de deux francs.

On en voit encore à peu près la moitié,incrustée dans la muraille extérieure du chœur de l’église de Conchy, offrant, sur la face opposée, l’épitaphe d’un individu de cette commune.

La dîme appartenait à l’abbé d’Auchy-les-Moines. (Pouillé de l’Archid.)

Au mois de février 1207, l’abbé d’Auchy racheta de plusieurs vavasseurs des dîmes à Monchel-sur-Canche (Apud Conchiam), lesquelles relevaient du fief de Oylard Haignères, selon charte scellée de Thibaut, évêque d’Amiens, sur le témoignage de Pierre, doyen de Labroye et autres.

Les reliques de saint Juste et de saint Arthémis sont conservées en cette église. (Décourt, loc. cit. 1, 374. M. Harbaville, Mém. hist. du Pas-de-Calais, 11, 288).

Cette cure était comprise dans la donation de 1099 et dans les confirmations des comtes de Hesdin et de Flandre. Le droit de patronnage fut reconnu à l’abbaye par l’évêque d’Amiens, au mois de juillet 1255. (Cartul.d’Auchy, p. 181.)

Par un titre de l’an 1255, le 23 juin, l’abbaye d’Auchy institua un curé dans l’église de Monchel, au diocèse d’Amiens, dont elle avait le patronage et lui assigna l’autel, toutes les oblations, les legs, menues dîmes, dîmes de laines et d’agneaux, avec 14 journaux environ de terre, nommés La vallée. (Cartul. d’Auchy, p. 66 et 182. Darsy, Bénéf. du dioc. d’Amiens).

On reconstruisit l’église actuelle en 1828 et la nef, en 1840, ainsi que le clocher. La voûte du chœur est plate, celle de la nef est cintrée, le tout est en plafond. Le clocher, placé à l’extrémité de la nef, consiste en une tour carrée surmontée d’une flèche recouverte d’ardoises.

Il existe sur le bord du chemin de grande communication de Saint-Pol à Auxi-le-Chàteau, entre Monchel et Fiers, un monticule appelé la tombe Saint-Just, sur lequel est bâtie une chapelle en l’honneur des saints martyrs Juste, Arthémie et Honneste; elle est l’objet d’un pèlerinage très-ancien, supprimé à la Révolution et qui a repris de nos jours une certaine importance.

On rencontre une autre chapelle dédiée à Sainte-Hélène et élevée à la bifurcation du chemin de grande communication d’Hesdin à Frévent et de la route de Conchy à Bouquemaison.

Le village est coupé en deux par une vallée, la partie sud porte le nom de Petit-Monchel. Nous citerons encore comme dépendances de Monchel, le bois Lemoine, le bois des Maux, le bois des Vignes, le bois Richebet et le ravin de Saint-Liéval.

Au moment de l’impression de cet article, nous recevons la communication d’un travail intéressant, concernant la commune de Monchel. Bien qu’il renferme des faits déjà cités, nous avons cru devoir remercier son auteur, en le publiant in extenso.

Ce nom céleste, pour ainsi dire, semble avoir été appliqué à ce petit village après le martyre des saints Justus et Artémius, alors que le ciel faisait éclater sa puissance en couvrant de gloire les lieux de leur martyre et de leur sépulture.

Les saints martyrs qui nous occupent étaient deux frères qui fuyant la persécution du parent qui voulait les faire renoncer à leur foi, vinrent se fixer en Morinie en 784 où ils vécurent tranquilles pendant quelques années, édifiant par leurs vertus ceux qui les approchaient. Découverts par les émissaires de leur persécuteur, (les actes de l’église de Monchel disent leur père,) ils refusèrent de sacrifier aux idoles et eurent la tête tranchée en un lieu nommé le Bois des Vignes qui domine le village qui nous occupe. Nos deux saints, en quittant la maison paternelle, avaient encore emmené avec eux une sœur nommée Constance,qui vint aussi à Monchel. Dans ce village et dans les environs, on l’honore aussi comme sainte, quoiqu’on ignore le lieu et le genre de sa mort.

Dieu voulant honorer et glorifier le chef de ses martyrs, perinit que saint Juste renouvela le prodige de saint Denis raréopagite.

Il ramassa sa tête et remonta la côte jusqu’au lieu qu’il avait choisi pour sa sépulture. Les témoins de ce prodige lui donnèrent, ainsi qu’à son compagnon, saint Artemi, une sépulture honorable sur un chemin qui allait de Centule (Saint-Riquier) à Tervana (Saint-Pol). On éleva un tumulus sur leur sépulture et aujourd’hui on vient d’y construire une chapelle, en avant de laquelle ont été plantées trois grandes croix en mémoire des trois saints martyrs, car on prétend dans le pays que saint Honneste, leur compagnon, souffrit le martyre avec eux. Ce lieu que l’impiété a toujours respecté porte encore le nom de Tombe de Saint-Just.

Après le passage des Normands, les saints corps ayant été tirés de leur sépulture pour les déposer honorablement dans l’église de Monchel, au moment de l’ouverture de leur tombeau, il en sortit une odeur très agréable qui remplit de consolation toutes les personnes présentes. Ce fait miraculeux fut gravé plus tard sur une planche d’ardoise qui existe encore dans la chasse des saints. En voici l’inscription :

« Firmissime credendum est quod in apertione hujus tumuli odor suavissimus erupit qui muhqs consûlavit. »

Avant la Révolution, la relation du martyre de nos saints se trouvait dans l’église du Monchel, ou elle était gravée sur une table de marbre de un mètre et demi. Elle a disparu dans la tourmente révolutionnaire.

Une reconnaissance de ces reliques eut lieu en 1519 et ce fait fut relaté sur une planche en ardoise qui fut déposée dans la chasse des saints du Monchel. Voici cette inscription qui existe encore et que M. le curé de Conchy a bien voulu me communiquer :

« Anno Domini millesimo quingentesimo decimo nono. Septima februarii repositae sunt hee Reliquiae, quas, ut audivimus à patribus, speramus esse de Corporibus sanctorum Justi, Arthemii et Honesli, in presenii à Dui Philippi Cressent, Capellani fratris Joanni Delewarde, priori Caricampi, Domini Joannis Mathieu, Joannis Attagnant et Joannoe Dorion et aliorum presbyterorum Guillemi Lecointre.Walrini Lecointre et Reginaldi Lamiot. »

Une autre reconnaissance eut encore lieu en 1737 par ordre de Monseigneur l’Évêque d’Amiens, de qui relevait l’église de Monchel. Cette reconnaissance fut contresignée par messire de

Gargan de Rollepot, seigneur de Monchel qui y apposa le sceau de ses armes.

Enfin, sauvées miraculeusement par M. Legrand, cultivateur de la paroisse, au moment de la Terreur, elles furent reconnue authentiques par M. Robitaille, grand doyen de Saint-Pol, le 16 décembre 1839, et replacées au-dessus de l’autel de l’église d« Monchel. On célèbre leur fête le 18 décembre, et leur fête solennelle le dimanche de la fête des saintes reliques conservées dans le diocèse.

La tombe de saint Just peut avoir de 4 à 5 mètres de haut sur une dizaine de longueur.

Ce village ne possède aucun souvenir historique, son église est moderne, elle fut détruite pendant la Révolution.

Monchel, qui appartient au diocèse d’Arras depuis 1802 était avant cette époque, une cure du doyenné de chrétienté de Boubers-sur-Canche.

(Notes prises aux archives de l’église de Conchy.)

G. CAPPE DE BÂILLON.

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