Vacquerie-le-Boucq

Harbaville explique ainsi l’étymologie de ce nom. Vacaria, jachère, terre inculte.

Description

Harbaville explique ainsi l’étymologie de ce nom. Vacaria, jachère, terre inculte. Le mot Boucq est tiré du Teuton, Busch d’où le bas latin, boscus, bois. Les noms de Bouquehaut et de Bouquemaison ont la même origine.

La découverte d’une hache celtique et autres armes en silex au lieu dit le Veau-gras, sur le territoire, dénote une haute antiquité.

Ingelram de Vacquerie, donna en 1137, à l’abbaye de Cercamp récemment fondée, tout ce qu’il possédait sur le territoire du dit, lieu de Cercamp.

Odo de Vacherie est témoin de la donation faite à l’abbaye de Saint Josse-au-Bois par Auscher de Saint Riquier (Petit cart. de Dommartin, f» 62)

Le droit de patronage de la cure fut reconnu à l’abbaye d’Auchy par l’évêque d’Amiens, au mois de juillet 1255. (Darsy,, bénéf. du diocèse d’Amiens).

Le sire Hues de Vakerie assiste comme pair aux plaids du comte d’Artois, le 24 juillet 1286 (Godefroy, Iiv.chron).

La grosse dîme se percevoit entre l’abbé d’Auchy, le prieur de Ligny et le curé. Il semble, d’après une charte du mois de septembre 1291, que l’abbaye avait 2/3 de la dîme des courtils et jardins (cart. d’Auchy) Il est fait mention dans ce titre, de Mathieu, seigneur de Vacquerie, homme d’armes.

Le 29 mars 1572 est la date d’un aveu et dénombrement du fief de la Vacquerie, tenu par Jehan de Sains, écuyer de la comtesse d’Artois, à cause de son château d’Hesdin (Chartes d’Artois, série A, 98)

Nous trouvons le nom de Mathieu de la Vacquerie, prévot de Montreuil, dans une lettre du bailli d’Hesdin, en date du 16 février 1377. (lbid. A 100.)

Les français mirent le village à feu et à sang en septembre 1472, Vacquerie eut sa coutume locale en 1507 (Harbaville).

Cette terre était alors tenue du comte d’Artois, à cause de son chastel de Hesdin, appartenant à haut et puissant seigneur monseigneur Jacques de Bourbon, bastard de Vendosme, seigneur de Bonneval, de Ligny-sur-Conche, le Fortel, mari et bail de Madame Jenanne de Rubempré, dame des dits lieux baillistre de mademoiselle Loyse de Crèvecoeur, fille mineure d’ans de deffunet monseigneur Franchois de Crèvecoeur. en son vivant chevalier seigneur du dit lieu. (A Bouthors.Cout.loc. du bailli d’Amiens, tome 2 page 159).

Une sentence fut rendue le 7 septembre 1613 par 1’élection d’Artois au préjudice de Henri Heuze allié à Anne Dupont, dame de Vacquerie le Boucq (Rég. élect. 1613 à 1619, f° 30. Notes Godin)

En 1749, les religieux d’Auchy avaient à Vacquerie un fief qui relevait de la seigneurie principale du lieu, appartenant à cette époque à Antoine Joseph de Boulongue, écuyer, seigneur de Beaurepaire, Lauwin-Planque,et autres lieux (Dénomb.4 novembre, cart. D’Auchy). Ce fief portait le nom des Hestroys et des Houpperell ou terres Oudart.

L’inventaire des archives de l’Intendance de Flandre et d’Artois nous Signale Mr Dubois de Fosseux comme seigneur vicomtier de Vacquerie-le-Boucq, en 1777 ; la haute justice de cette terre appartenait au roi.

Quand on va de Frévent à Auxi-le-Château par la route départementale, en arrivant à Vacquérie-le-Boucq, on remarque sur la gauche, en dehors des haies du village, sur l’accotement d’un chemin vert, dit de Doullens à Hesdin, une sorte decalvaire en grès qui n’est abrité par aucune plantation, qu’aucune grille n’entoure, et qui semble avoir été simplement élevé sur un petit tertre construit de main d’homme et garni modestement d’un gazon aujourd’hui mal entretenu ; derrière lui, au Nord-Ouest, existe une route abandonnée, appelée le chemin de guerre, qui va dans là direction de Boubers-sur-Canche ; presqu’en face débouche une rue de la commune de Vacquerie.

Ce petit monument; que sa situation topographique caractérise déjà, a trois mètres cinquante quatre centimètres au-dessus de la faible motte qui lui serf de base. Il se compose :

1° d’un sou­ bassement formé par cinq grès rectangulaires juxtaposés et non cimentés ;

2° d’un fut en grès assez grossièrement travaillé, d’une seule pièce, de deux mètres sept centimètres de hauteur ;.

3° d’une sorte de polyèdre octogonal de trente centimètres d’élèvation, à trois facettes de bas en haut sur chacun de ses pans ; cette pièce est un peu mieux piquée ;

4° d’une croix de soixante trois centimètres de hauteur dans sa partie perpendiculaire, et de cinquante deux centimètres dans sa partie transversale, de l’extrémité d’une branche à l’autre ; c’est la portion du monument qui a été le mieux soignée.

La partie carrée de ce fût porte sur celle de ses faces qui regarde la route départementale et qui est terminée par une sorte d’arcade en plein-cintre, une inscription en lettres saillantes, formée de caractères modernes.

Les deux dates différentes sont en chiffres arabes, séparées du texte, la plus ancienne, qui est au-dessous de l’inscription, par une barre en saillie, la plus récente qui se trouve au-dessus, par l’arcade dont nous avons parlé ; elle se compose de quatre chiffres également en relief, écrits le premier et le dernier, chacun sur un pan dé l’octogone, les deux du milieu sur un pan intermédiaire.

Cette inscription est évidemment commémorative. Elle se rapporterait, suivant une tradition confuse, demeurée sans détail dans la mémoire des plus anciens habitants de la paroisse, à un événement tragique, assassinat où bataille, dont un sieur Lardet et peut-être d’autres avec lui, auraient été victimes. Quatre lignes sont indéchiffrables et inintelligibles.

Le ciseleur de cette inscription pouvait être un piqueur habile, mais il n’était à coup sur ni artiste ni lettré. Il ne s’est occupé que de figurer les lettres qui composent les mots sans en comprendre le sens, car elles offrent un très bizarre assemblage entr’elles, avec des rejets extravagants d’une ligne à l’autre, circonstance qu’on a d’ailleurs plus d’une fois rencontrée dans des monuments de ce genre.

Que signifient les deux dates ? Il est manifeste que le millésime 1678 se référe à l’événement, et que celui de 1628 indique l’année de l’érection de la croix. Le caractère moderne de l’écriture et des chiffres ne laisse aucun doute à cet égard.

La croix proprement dite est la partie la plus ouvragée, la plus ornementée de ce petit monument du XVIIè siècle. La face principale représente Jésus crucifié. Mais l’image du Christ est très grossièrement sculptée. Rien ne révèle ici un travail d’art, tout y est disproportionné. La tête est énorme; les bras démesurément longs se terminent par une digitation incomplète (4 doigts) : les jambes ont le même cachet, le corps étriqué n’a aucun modelé. Au-dessus de la tête droite et rigide du Dieu du calvaire, se trouve figurée, au lieu d’une couronne d’épines, une petite croix à quatre branches égales, méplate et peu saillante.

Sur un fond uni, lui-même en relief, avec une petite bande en retraite au-dessus et au-dessous, se détache le monogramme INRI. Les extrémités des branches transversales sont ornementées d’une espèce de moulure plate, perpendiculairement ciselée. Sous les pieds du Christ se trouve un bandeau saillant qui ne se continue pas sur les retours.

A l’avers se voit dans une sorte de niche creusée peu profondément et arrondie à son extrémité supérieure, l’image de la mère du Sauveur, figurée debout, sans auréole, affublée d’une faille et portant les bras, l’un fléchi,la main sur le cœur, l’autre également plié, appuyé sur le ventre. Trois rosaces, une au-dessus.de la niche, les deux autres de chaque côté, décorent les bras de la croix et lui donnent une apparence assez élégante et gracieuse. Au-dessus de la tète de la madone, sur un bandeau, sont écrits ces mots en relief : Ave Maria.

Sur la section carrée des branches de la croix existent, des deux côtés, des saillies que la mousse ne permet pas de bien dé­ terminer et qui semblent avoir dû être taillées en pointes de diamants.

Telle est la description, aussi complète que possible, de la croix de grès de Vacquerie.

A la Révolution de 93, la pièce qui porte la figure du Christ et de Marie a été soustraite à la mutilation. Elle fut enfouie dans une prairie et ainsi cachée à tous les yeux. Quand les temps furent devenus plus calmes et que le culte de Dieu et le culte des souvenirs purent, s’exercer librement et sans danger, la croix a été exhumée et replacée sur son piédestal. Dans l’origine, elle avait été plantée, le Christ tourné vers le couchant, exposé au salut respectueux de ceux qui passaient sur la route de Ligny à Auxi-le-Château, dont elle n’est éloignée que de 60 à 70 pas.

Depuis quelques années, pour les besoins de la procession du Saint-Sacrement, on a tourné la face principale de la croix vis-à- vis du village, presqu’en regard d’une rue de Vacquerie, ce qui donne au monument un air étrange, l’inscription se trouvant ainsi sur le côté et le bénitier sur une autre face. (Docteur Danvin. Bull, de la Commiss. des Antiq. départ., 1862 p. 93).

Pierre Leprestre, né à Vacquerie-le-Boucq, en 1418 commença ses études à Auxi-le-Château, et y reçut la tonsure à six ans, des mains de Jean de Harcourt, évêque d’Amiens. Après avoir été successivement à Hesdin et à Paris, perfectionner son instruction, il embrassa la vie religieuse à Saint-Riquier, et fut promu abbé de ce monastère en 1457.

Contraint de quitter son cloître pour échapper aux violences des hommes de guerre qui ravageaient alors le Ponthieu, il se rendit à Saint-Omer, et y fit retranscrire sa chronique et autres livres pour passer le temps qui estoit bien divers.

Le manuscrit de cet abbé renferme 317 feuillets, écri­ture du XVIIè siècle. Il est relié en bois, bissettes de cuivre, et provient de l’abbaye de Saint-Riquier. (Lambert, Puits artésien).

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