Créquy

Créquy, appelé dans les anciennes Chartes Cresequium nemorosum, à cause des grands bois dont il était environné, a donné son nom à cette illustre et puissante famille des Créquy (Kreski,

Description

Créquy, appelé dans les anciennes Chartes Cresequium nemorosum, à cause des grands bois dont il était environné, a donné son nom à cette illustre et puissante famille des Créquy (Kreski, ou Krequi, ou, selon une autre version Kriski) qui a tenu le pre­ mier rang dans la noblesse du pays et rempli la France de la renommée de ses belles actions. On lit dans le Pouillé de Boulogne :

« Malbrancq tire l’origine du nom et des armes de cette grande famille des petits arbres Créquiers qui croissaient en nombre le long des ruisseaux qui arrosent les villages de Créquy et de Fressin.

Fressin est la couche des seigneurs de Créquy. Ils n’ont pris ce nom qu’au XIè siècle, d’après les chroniques les plus autorisées.  »

L’histoire et les traditions ne nous donnent rien de certain sur les origines de la terre de Créquy.

Le château existait néanmoins avant le XIè siècle, puisque c’est dans cette demeure seigneuriale que Raoul de Créquy avait donné son cœur et sa main à une noble dame qui, depuis peu d’années partageait son existence, lorsqu’il suivit saint Louis dans sa croisade contre les Sarrazins.

C’est le lieu de redire en peu de mots la légende si connue de cet illustre chevalier.

Avant de quitter la demeure de ses pères, il avait brisé, selon l’usage du temps, son anneau nuptial dont chacun des époux conserva une partie comme souvenir et gage du lien qui les unissait. Plusieurs années s’écoulèrent sans qu’on pût recevoir de nouvelles des Croisés. Raoul était retenu captif en Palestine avec son roi. On le crut mort dans la funeste bataille de la Massonre, et le bruit s’en répandit dans le pays.

Sa veuve, longtemps inconsolable, mais persuadée de la mort de celui qu’elle pleurait, pensait à contracter une seconde union avec le sire de Renty. Les noces devaient se célébrer le jour même où Raoul, après des souffrances incroyables, arrivait à Créquy, dans un état de misère et de maigreur” qui le rendait méconnaissable.

Il apprend la fatale nouvelle, et sans perdre un instant, il pénètre dans le château et se fait reconnaître au moyen de son anneau brisé. Il retrouva son épouse avec laquelle, selon M. Harbaville, il vécut encore vingt ans.

Tel est dans sa naïveté le récit qui nous a été transmis par les historiens, dit M. de Laplane; rien n’y dépasse les limites du naturel ni des mœurs en usage au temps de la chevalerie française. Si ce récit n’est pas vrai, il est du moins vraisemblable.

M. de Laplane ajoute que si cette légende est vraie, le fait a dû se passer non à Créquy, mais à Fressin, résidence ordinaire des seigneurs de cette Maison.

Cette opinion paraît très-contestable, parce que la tradition admet que ces seigneurs résidaient quelquefois au château de Créquy, et qu’on peut le croire d’autant plus de Raoul, que selon M. de Laplane lui-même, il est le premier des seigneurs de Fressin qui ait pris le nom et les armes de Créquy.

Créquy était la troisième pairie du comté de Saint-Pol.

Plus de quatre-vingt fiefs en relevaient ; mais par suite de partages successifs, cette pairie était réduite en 1720 aux terres de Créquy, Fressin, Sains-les-Fressin et Wambricourt que Mme Marie-Armande de la Trémouille, héritière de Marguerite dame de Créquy, sa mère, porta dans la maison des ducs de Bouillon, qui la possédaient encore en 1789.

La famille des Créquy a formé plus de quinze branches que plusieurs chroniqueurs croient éteintes ; cependant la revendication du titre de Créquy par la famille des de Contes des Granges de Planques parait appuyée sur des fondements solides! La terre de Créquy, conjointement avec celle de Fressin et leurs dépendances, a été érigée en duché-pairie en 1553 pour Charles de Créquy, prince de Poix, chevalier des ordres du roi et premier gentilhomme de la chambre, dont la fille unique, Madeleine de Créquy, a épousé en 1675 Charles de la Trémouille, prince de Tarente et de Talmond, duc de Thouars.

Créquy porte d’or au créquier de gueules. On pense généralement que le château de Créquy fut détruit dans les guerres du XVIè siècle, comme tant d’autres forteresses du pays. L’emplacement qu’il occupait est encore très-bien marqué par de larges et profonds fossés qui l’enserrent de toutes parts. L’église actuelle, chétive construction du dernier siècle, est comprise en partie dans cet espace qui mesure au moins trois hectares, au milieu desquels se trouve la belle ferme de M. Dufournil.

En parcourant ces lieux pleins de souvenirs, on rencontre, à des distances assez rapprochées, des fondations épaisses, des pans de murs, au milieu de broussailles, et près desquels jaillit une source abondante qui alimentait le château et pouvait, d’après la tradition, inonder les fossés.

Ce village du doyenné de Fauquembergues, avant 1789, a pour patron saint Pierre. Il avait de temps immémorial le titre de paroisse et deux vicaires dont l’un résidait à Torcy, annexe de Créquy.

Cette cure était à la nomination de l’abbé du monastère de Sainte-Marie-au-bois de Ruisseauville, fondé par les premiers seigneurs de Fressin et de Créquy. Cette abbaye avait la dîme sur tout le territoire de la paroisse, mais à la condition d’entretenir le chœur de l’église et de payer la pension du curé.

On lit dans le Pouillé de Boulogne que Jean de Maubailly, du village d’Azincourt, qui devint abbé du monastère de Sainte Marie-au-bois de Ruisseauville, et s’y fit remarquer par ses vertus et son mérite, avait été curé de Créquy. Ce pieux abbé mourut dans son couvent en 1506.

On cite un fait qui eut un grand retentissement dans le pays, et qui est demeuré dans la mémoire des habitants de la paroisse.

Pendant une tournée épiscopale de Mgr de Pressy, évêque de Boulogne, son vicaire général, M. de Montgazin, frappa d’excommunication ceux des paroissiens qui n’avaient pas rempli leur devoir pascal. Le curé que cette mesure sévère et insolite avait profondément contristé, se permit de faire des observations, en présence des fidèles et de l’évêque lui-même. Le prélat péniblement impressionné de cet incident, fit comprendre à M. le curé de Créquy qu’il oubliait ses devoirs de soumission,et qu’il devait réparer publiquement la faute qu’il venait de commettre ; le curé obéit à son évêque.

Le village de Créquy est au fond d’une vallée encore environnée de bois, à 8 kilomètres de Fruges ; il compte 1,300 habitants et possède une école de filles dirigée par une institutrice laïque.

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