Douriez

Suivant une vieille tradition, saint Riquier aurait séjourné sur les bords de l’Authie à l’endroit où fut bâti le village de Dourier, dont le nom viendrait de Bomus Richarii. Danville place à Dourier le Duroicoregum de la table Théodosienne, que d’autres auteurs ont cherché à. Donqueur, à Doullens et même à Rue.

Description

Suivant une vieille tradition, saint Riquier aurait séjourné sur les bords de l’Authie à l’endroit où fut bâti le village de Dourier, dont le nom viendrait de Bomus Richarii. Danville place à Dourier le Duroicoregum de la table Théodosienne, que d’autres auteurs ont cherché à. Donqueur, à Doullens et même à Rue.

Dès le XIIè siècle la seigneurie appartenait à une famille illustre issue de Jacques Kiéret, vaillant champion du tournois d’Anchin en 1096, dont le petit-fils, Adam Kiéret, bienfaiteur de l’abbaye de Saint-Josse-au-Bois, contribua aussi de tout son pouvoir à l’établissement de l’abbaye de Valloires.

Le P. Anselme donne une généalogie des Kiéret, complétée par M. René de Belleval dans la brochure intitulée : Gauvain Kiéret et sa famille.

Ils avalent leur sépulture à Dommartin, où l’on trouva, en 1869, sous .les décombres de l’église, le tombeau de Henri III Kiéret seigneur de Fransu, et de Catherine de Monstrelet, orné de la représentation des défunts, avec l’écu à trois fleurs de lys au pied nourri…

L’histoire raconte le miracle éclatant qui fut accordé aux prières de la châtelaine de Dourier, Egueline ou Aquiline, épouse de Hugues I Kiéret : Ayant mis au monde un petit monstre à peine viable, elle recourut, dans son désespoir, à l’intercession de saint Thomas de Cantorbéry, honoré, comme on le sait, d’un culte particulier à Dommartin.

Une de ses suivantes et la nourrice portèrent le malheureux enfant à l’autel du martyr et, tandis qu’elles étaient prosternées en oraison, il commença à prendre forme humaine et « veinst tost après parfait de tous ses membres.»

L’héritière de la seigneurie de Dourier au XIIIè siècle, Milessende Kiéret, mariée d’abord à Arnould de Cayeu, sire de Longvilliers, ensuite à Baudouin de Fiennes, leur conféra successivement les prérogatives de châtelain de Dourier.

Isabeau de Fiennes épousa, en 1349, messire Robert de Wawrin.

Leur fils servit aveu de ses fiefs, le 7 juillet 1360. lolande de Mortagne était dame de Dourier en 1382 ; à quel titre ? Alliée à Mre Gossuin du Quesnoy, seigneur d’Audenarde, elle en eut une fille, Marie du Quesnoy, femme de Jehan Blondel, seigneur de Dourier.

Blondel mourut prisonnier des Anglais.

Ceux-ci s’étant emparés de la forteresse de Dourier « assise et située en très fort lieu », Jacques d’Harcourt, gouverneur du Crotoy, survient à l’improviste certain jour de juillet 1421, sous les murs du château dont Lancelot et Pierre Blondel avaient la garde en l’absence de leur maître. La population s’y était réfugiée, mais les armes manquaient et on ne pouvait songer à la résistance ; d’Harcourt le savait et après avoir pillé et incendié la majeure partie du village, il s’approche des remparts et somme le capitaine de les lui livrer sur le champ ; il lui fera, sinon, « trancher la teste et à tous autres qui la estoient avant qu’il fut vespres. »

Ces menaces produisirent le résultat attendu :

« les bonnes gens du château parlèrent ensemble » et dans l’impossibilité de se défendre, ils résolurent d’envoyer Lancelot et Blondel par devers Jacques d’Harcourt pour solliciter une capitulation honorable. Le gouverneur du Crotoy les déclare ses prisonniers et exige plus impérieusement encore une soumission immédiate ; Pierre Loys, receveur de la seigneurie, se rend alors auprès de d’Harcourt et, n’étant pas mieux accueilli, il est contraint de.livrer les clefs de la forteresse.

Repris, à quelques temps de là, parles Anglais, Dourier fut définitivement rendu à la France par le brave Poton de Xaintrailles.

Oudart Blondel vendit son domaine à Raoulquin de Créqui, seigneur de Villers-au-Bocage (1437). Son neveu, François de Créqui lui succéda ; il jouissait d’une énorme fortune et son mariage avec Marguerite Blondel, dame de Longvilliers, l’augmenta encore. Les églises de Huby-Saint-Leu, de Recques, de Dourier, de Longvilliers, attestent leur munificence. Après, eux la terre de Dourier demeura longtemps dans la maison de Créqui. Charlotte, fille du baron de Frohem, la porta en dot à messire Louis Aymar, marquis de Sailly, vivant en 1709. Le marquis de Souvré l’ayant héritée de sa femme, dame Félicité de Sailly, la vendit le 17 mars 1764, moyennant 193,000 livres, à messire Hippolyte- Joseph-Ignace de Liot qui l’aliéna lui-même, le 14 octobre 1766, au profit de la comtesse de Lameth, née de Broglie.

Le puissant patronage sous lequel vécurent les habitants de Dourier ne leur épargna malheureusement pas les horreurs de la guerre. Aux désastres du XVè siècle succédèrent, à l’époque de Françoiser et de Charles-Quint, de nouvelles ruines et en septembre 1554, les impériaux y allumèrent un incendie qui dévora une grande partie du village.

Plus tard encore, l’animosité entre Français et Espagnols allant toujours croissant, le marquis de Saint-Bris et Jean de Rambures, lieutenants du roi Louis XIII, vinrent déloger l’ennemi qui occupait Dourier; les maisons furent pillées et brûlées ; la magnifique collégiale s’abîma dans les flammes et la terreur fut si grande que les habitants s’enfuirent et n’osèrent rentrer, .dans .leurs foyers que quatre années après le 5 février 1640, ils commencèrent à revenir et, « ne trouvant aucun lieu habitable pour se cacher des injures-de l’air, on s’est retiré, lisons-nous, en tête du .registre de paroisse, dans un coin de l’église et n’y ayant aucun lieu purifié pour dire la sainte messe, ny aucun prestre résidant, est on allé festes et dimanches en le messe à l’abbaye de-Dommartin, jusques au retour de maistre François Tiret, qui fust le jœudy saint enssuivant, le cinquièsme apvril, lequel purifia la chapelle de Saint-François et dict la messe le jour de Pâques qui fust la première après la destruction de l’église. »

La terre de Dourier était tenu en cinq fiefs : le premier, relevant du châtelain de Labroye, comprenait le .château, le donjon, les moulins, etc. ; le second relevait du roi, à.cause du château d’Hesdin ; le troisième, du roi, à cause du comté de Ponthieu ; le quatrième, de là seigneurie de Maintenay ; et le cinquième, de la seigneurie de Ponches.

Du second fief .dépendaient les arrière-fiefs : de la chapelle en Querriëu, de Blacourt, de Canteraine, du Quint,. des Champs, d’Hébecourt.

Chapitre de Dourier

Au mois de janvier 1505, Messire François de Créqui, seigneur de Dourier et dame Marguerite Blondel, son épouse, fondèrent le chapitre pour six chanoines, un doyen, 5 clercs et-6 enfants de chœur ; la dotation’ primitive comprenait les fiefs de la Chapelle, de Carnoye et de Querrieu, et l’intention des fondateurs fut de s’assurer à perpétuité le secours de prières récitées dans l’église où ils avaient choisi le lieu de leur sépulture. L’abbé de -Saint- Josse-sur-Mer exerçait de temps immémorial les prérogatives de patron de Dourier.

Le 15 mai 1509, il consentit à les céder au doyen du chapitre et obtint en échange de ses droits la colla­ tion d’un canonicat. Monseigneur de Halluin, évoque d’Amiens, approuva les statuts, à la requête de messire Charles de Créqui, héritier et exécuteur testamentaire des fondateurs.

Lieu-dit

Le bois du Chapitre. Le bois Saint-Josse. La chapelle de Saint-Riquier. Le marais du Haut-Pont. Le pré Mal-Acquis. La vallée Bosquilon. La vallée Renaut.

Archéologie

Description de l’église et du cloître de Dourier au XVIè siècle, écrite par un contemporain de la fondation.

« Pour embellir la fondation qu’ils firent, les sieurs de Créqui ont fait édifier un temple à Dieu, d’une très-belle structure et selon le beau dessin qu’il avaient rapporté d’Angleterre, ayant fait un chœur de douze piliers qui servoient de châssis à douze grandes vitres dépeintes de belles figures ; et aux douze, entre deux des vitres, douze niches où estoient placées les figures des douze apôtres en bois doré. La voûte estoit en cul-de-lampe et garnie de plusieurs enroullements de cordons de saint François taillés sur la pierre, représentant la dévotion que François de Créqui avoit à son patron.

La table d’autel estoit composée de belles figures de la passion de Nostre-Seigneur; au milieu estoit l’arbre de là croix qui portoit pour fruit de la vie éternelle le saint sacrement suspendu.

Au côté de l’épître estoit la chapelle du seigneur fondateur, du titre de St-François ; à côté de l’Évangile son sépulchre avec une petite voûte comme celle du chœur, avec son tombeau et celui de son épouse, tous deux en bosse sur un grand marbre noir. Au milieu un trône contenant l’image de Notre-Dame de Boulogne.

Aux deux côtés du trône, 32 quartiers d’armoiries des alliances tant de sa part que de son épouse avec sa devise : Quand sera-ce ? Quand Dieu voudra.

Au frontispice, les noms de Créqui, enrichis des ordres de la Toison d’or et de la chevalerie du Saint-Esprit, avec une description de la terre de Créqui abondante eu tous biens, par les figures des visiteurs de la terre promise, chargés de grappes de raisin qu’ils portaient avec un chainon et tenant chacun un bout sur l’épaule.

Au dessus de ce sépulchre, à la troisième pierre de taille, un peu enfoncé, à l’appui qui divise le sanctuaire d’avec les formes (stalles) des chanoines, est une cave où sont les ossements desdits fondateurs et de plusieurs de leurs parents, entr’autres de puissant seigneur et vénérable personne messire Charles de Créqui, protonotaire, bienfaiteur du chapitre par les biens du pays de Vimeu. Au-dessous dudit appui, entre le sanctuaire et les formes, du côté de l’épître, est la sacristie sur laquelle estoit la chapelle de Sainte Marguerite, patrone de Madame la fondatrice ; où elle se plaçoit pour entendre la messe par les écoutes, comme une religieuse, affin de ne point entrer ni emblayer au chœur. Au côté de l’épître, l’épitaphe de deffunt seigneur et vénérable homme, messire Charles de Créqui, protonotaire.

Au-dessous, aux deux côtés, estoient les formes des chanoines, hautes.et basses, finissant par haut de dôme et chapiteaux, sculpture de menuiserie, ornés de feuillages et de plusieurs figures.

Au milieu des formes, un beau lutrin de sculpture, semé de fleurs de lys, avec des beaux placets pour choristes. A la fin du chœur, une balustrade de menuiserie qui en fermoit l’entrée. Au- dessous du chœur un petit dôme de voûte soutenu par quatre piliers ayant à ses deux côtés deux chapelles avec voûtes en écailles.

Du dôme s’étendoit la nef impérialement relevée au-dessus des deux cavolles jointes à ses côtés, de deux chapelles compagnes du dôme. Sur ce dôme estoit une tour de pierre finissant en galerie, qui portoit une flèche, de bois, moitié couverte de plomb, moitié d’ardoises et à la fin du plomb, une galerie de plomb ou d’autre métal.

Le cloître des chanoines estoit au-dessus de l’église en longueur; chacun ayant son appartement : en bas une salle et une cuisine et un garde-manger ; en haut, une grande chambre avec chambrette sur la cuisine pour les hôtes et cabinet à livre sur le garde-manger. Des greniers sur le tout. Chacun sa cave ; chacun son puits, sa cour et jardin ; le tout fait de briques et couvert de tuiles ; les sept maisons de suite, avec leur porte-cochère et la route pour leur entrée.

Aujourd’hui, l’église de Dourier victime du vandalisme des gens de guerre en 1638, et dépouillée à la Révolution, est bien déchue de sa splendeur primitive. Un seul toit en tuiles a remplacé ceux qui couronnaient chacune des trois nefs, et à la tour en pierre a succédé un clocher dont les dimensions ne répondent plus à l’importance de l’édifice.

Le tombeau des Créqui a été mutilé et privé de -ses somptueux ornements ; l’ancienne chapelle Sainte-Marguerite sert de grenier au-dessus .de la sacristie ; enfin, les boiseries du chœur, don de la marquise de Lameth, ouvrage du dernier siècle, ne sont plus dans le style de l’église. Le seul vitrail qui subsista après le désastre de 1638 a été dessiné dans la généalogie de la famille de Créqui conservée au château de Frohem : on y voit les fondateurs du chapitre dévotement agenouillés, revêtus de riches vêtements armoriés et accompagnés de leur saint patron.

Deux blasons ornaient cette verrière :

Le premier : écartelé au 1 et 4.; d’or au créquier de gueules qui est de Créqui. au 2 et 3 contr’écartelé : au 1 et 4 : semé de France, à la tour d’argent qui est de la Tour. au 2 et 3 : d’or du gonfanon de gueules, qui est d’Auvergne.

Sur le tout : d’or a trois tourteaux de gueules, qui est de Boulogne.

Le second : parti : au premier,.de gueules à l’aigle éployée d’argent becquée et membrée d’or, qui est

Blondel. au second, écartelé comme ci-dessus qui est Créquy-la-Tour.

Monsieur Paillât, maire de Dourier .dont la famille habite l’ancien château des Créqui, vient d’entreprendre la restauration de l’église, sous la direction de Monsieur Massenot, architecte du diocèse d’Amiens.

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