Frencq

Les Romains séjournèrent, longtemps au village de Frencq ; l’existence d’une voie romaine, conduisant d’Etaples à Boulogne par Frencq, est affirmée par Dom Grenier.

Description

Les Romains séjournèrent, longtemps au village de Frencq ; l’existence d’une voie romaine, conduisant d’Etaples à Boulogne par Frencq, est affirmée par Dom Grenier.

Malbrancq mentionne une haute borne que les maîtres du monde avaient établie sur le territoire de cette commune ; Luto parle d’un temple qu’on y éleva avant leur arrivée dans les Gaules ; temple dédié aux divi­ nités païennes, situé au milieu des bois et rendez-vous des populations d’alentour pour la célébration des mystères.

Dès le VIè siècle, l’abbaye de Saint-Bertin étendait jusque là ses vastes possessions ; une charte de Clotaire III le prouve.

L’établissement des Templiers contribua à développer l’importance de Frencq, devenu plus tard le chef-lieu de l’un des doyennés du diocèse de Boulogne; dix-sept paroisses en dépendaient, savoir :

Aix en Issart et Marant, Attin et Beutin, Beussent, Bernieules, Brimeux et Lépinoy : Cormont et Hubersent, Etréelles. Etaples, Inxent, Frencq et Halinghem, Longvilliers et Maresville, Marenla et Saint-Denœux, Maries, Neuville et Estrée, Sempy, Tubersent et Brexent.

Il renfermait : le prieuré de Beussent, le personat d’Enocq et les chapelles :

1° de la Madeleine, à Frencq,

2° d’Engoudsent, à Beussent,

3° de Saint-Vincent, à Cormont,

4° de Sainte-Luce, à Sempy,

5° de Notre-Dame, à Aix en Issart,

6° de Samt-Louis à Bri­meux,

7° des Carmes, à Bernieules,

8° des Chartreux, à Neuville.

Frencq a donné son nom à la famille noble à laquelle appartenait Jehan de Frencq, écuyer, époux de Blanche de Saint-Ernoul, qui vivait en 1416 ; leur lignée s’éteignit, vers 1540, en la personne de Jacqueline, dame deMonthuis, mariée à Jacques Melchior, seigneur de Batinghem. (voir canton de Montrewil, art. Caloterie.)

Le domaine et le château de Frencq étaient au XIIIè siècle, la propriété de la maison de Hodicq ; Mahaut de Hodicq, fille de Huon, épousa Wales ou Walon d’Eudin, bailli de Fienne ; ils habitaient au mois de juin 1313 le château de Frencq ; c’estlà que naquit le célèbre Enguerran d’Eudin, dont le nom se trouve écrit : d’Œdin, d’Eudin l’Edin, Duedin et qui joua un rôle considérable dans les affaires de son temps.

Tour à tour conseiller et chambellan de Charles VI, capitaine et châtelain de Loches, gouverneur du Ponthieu, puis du Dauphiné, il se montra toujours à la hauteur de ces diverses positions ; ses services lui méritèrent l’affection du roi. Sa grande piété lui inspira de nombreuses fondations charitables. Les pauvres malades de l’hôpital de Frencq participèrent à ses bienfaits, et les religieux Célestins d’Amiens le considéraient comme leur fondateur.

On raconte que voyageant un jour aux environs d’Abbeville, comme il était dévoré par la soif, il sollicita quelque rafraîchissement des religieuses de Moreaucourt; celles-ci lui offrent un verre d’eau ; étonné de tant de simplicité, et apprenant que la modicité de leurs ressources ne permet pas d’autre boisson, il leur donne sur le champ l’autorisation de prendre à perpétuité deux cent quarante septiers-d’avoine sur la terre d’Ergnies, afin qu’elles puissent dorénavant faire de la bière.

Enguerran d’Eudin mourut en 1391 et son corps, rapporté au lieu de sa naissance, fut inhumé dans la chapelle de Sainte-Madeleine, sous le riche tombeau, dont les fragments se voient dans l’église de Frencq.

Les Célestins d’Amiens réclamèrent l’honneur de posséder son cœur, qu’ils déposèrent devant le maître autel de la chapelle, où il se retrouva encore frais et vermeil deux cent trente-sept années après. La Morlière (antiq. d’Amiens, f” 97) et Pages (loc. cit.) d’accord avec le manuscrit de Prévôt (Biblioth. Richelieu, n° 11066, f” 170), rapportent le fait de la translation de ce cœur dans la nouvelle chapelle des Célestins. Toutefois, nous devons ajouter que l’on découvrit, au mois de janvier 1844, en démolissant un vieil autel de l’église de Frencq, un cœur embaumé, renfermé dans une boîte de plomb, que les archives de la paroisse assurent être celui d’Enguerran d’Eudin.

Jehanne d’Eudin, dame de Frencq, s’allia à messire Louis d’Abbeville, sire de Boubers et de Donvast, qui vivait en 1399. La seigneurie de Frencq, possédée par leur fils, passa ensuite aux Melun, après le mariage de Jean de Melun, sire d’Antoing, avec Jehanne d’Abbeville, dame de Frencq, 1420 ; à François de Saveuse, lieutenant-général du comté de Saint-Pol, 1588 ; à André de Saint-Blimond, baron d’Ardre, à cause de son union avec Marguerite de Saveuse, dame de Frencq, et enfin aux Gouffier qui se qualifiaient comtes de Rosamel.

La nuit du 8 au 9 mars 1708, Jacques III Stuart, héritier présomptif de la couronne d’Angleterre, coucha dans le « chétif village de Frencq » chez Simon Porquet, maître de postes ; le prince allait s’embarquer à Dunkerque ; il laissa au curé deux louis d’or, afin qu’il célébra des messes à son intention.

Un orage épouvantable submerge la commune; les militaires du camp sauvent plusieurs habitants qui se noyaient ; la 3è compagnie du 2è bataillon du 25è de ligne est citée à l’ordre du jour pour ce fait.

Commanderie

Les Templiers existaient à Frencq au XIIè siècle.

Leurs biens ayant été confisqués au profit de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, en 1314, la commanderie de Frencq, jugée trop modeste pour subsister isolément, fut réunie à celle de Loison, 1479.

La tradition attribue aux Templiers la construction de l’ancienne tour de l’église ; la fontaine du Temple, la rivière du Temple qui ne s’appelle le Huitrepin que depuis la révolution, consacrent aussi leur souvenir.

Maladrerie

La maladrerie, devenue l’hôpital de Frencq, était située sur l’ancienne route de Montreuil à Boulogne.

Fondé au XIIè siècle et enrichi

par les seigneurs de Frencq, de Leturne, d’Hubersent, de Longvilliers et de Widehem, cet établissement subsista jusqu’au jour où l’ordonnance royale du 14 août 1696, en attribua le revenu à l’hôpital de Boulogne-sur-Mer.

Hameaux

Le Marais. Le Moulin de la Motte. Le comte Philippe de Boulogne fit donation des droits qu’il percevait sur ce moulin, à un nommé Arnould de la Motte, chevalier ; ses descendants les ont transmis aux Rocquigny du Fayel.

La Mothe.Fief noble, tenu de Courteville, ayant appartenu à Guillaume de la Motte, fils de Charles et de Jacqueline de la Crœuze qui le vendit le 10 février 1481, à Guilbert d’Ostrel.

Un siècle plus tard, François d’Ostrel, licencié ès lois, lieutenant particulier au bailliage d’Amiens, l’aliène au profit de Adrien Flahaut, échevin d’Etaples, obligé qu’il est de se créer des ressources, à cause « des guerres qui ont eu cours en ce païs depuis douze à quatorze ans et qu’il ne poeult joyr de son bien ny en faire son proffict et que la plupart a esté mys en ruyne durant lesdictes guerres. » Jehan de Courteville de Hodicq, usant alors du droit de retrait féodal, rembourse l’acquéreur Flahaut et devient. seigneur de la Motte. Ce fief fut ensuite aux du Campe de Rosamel, après le mariage de Louis du Campe écuyer avec demoiselle Catherine de Lespaignerie, fille d’Antoine et de Catherine de Hodicq, dame de la Motte.

Rosamel. La .terre de Rosamel entra dans la maison de Gouffier, vers 1580, par l’alliance de Charles Maximilien de Gouffier avec Marguerite de Hodicq, dame de Rosamel.

En 1700, Joséphine de Gouffier, veuve du marquis d’Ailly, la vendit à Louis du Campe, écuyer, seigneur de Tardinghem. Ses descendants portent le nom de Rosamel ; l’un d’eux Claude Marie du Campe de Rosamel, maréchal de camp, entreprit en 1770, la construction du remarquable château dont Gérard Sannier a été l’architecte. Son fils, Claude-Charles-Marie, né le 25 juin 1774, fut successivement contre-amiral en 1823, préfet maritime de Toulon en 1831, vice- amiral en 1833, puis ministre de la marine et pair de France. Il mourut en 1848, laissant pour héritier M. Louis-Charles-Marie du Campe de Rosamel, qui, sorti le premier de l’école navale en 1822, parcourut rapidement les différents grades de la marine et devint contre-amiral le 31 décembre 1862.

A l’extrémité du parc de Rosamel se trouve le Mont-de-Justice où s’élevait le gibet seigneurial; une des allées porte encore le nom de Cliemin-des-Morts.

Le Fort-Mahon

Le Turne. Fief noble ayant appartenu aux familles de Couvelaire, Régnier d’Esquincourt et de Rocquigny.

L’ancien château est la propriété du comte de Lannoy.

Le Val. Warne.

Archéologie

L’église de Frencq se compose d’une seule nef, qui date de la construction primitive, et d’un transept, qui fut ajouté à la fin du XIVè siècle ; les caractères de l’architecture romane se retrouvent dans la petite porte latérale actuellement murée ; ils se retrouvaient surtout dans la haute tour de pierres blanches qui fut démolie en 1871 et que l’on rétablit d’après les anciens plans.

Lourde et massive à la base, cette tour, placée sur le côté de la nef et contre le chœur, affectait la forme octogonale à l’étage supérieur ; chacune des façades de cet étage était éclairée par une fenêtre géminée à plein cintre ; l’ornementation très-remarquable de ces fenêtres représentait des figures bizarres, des dents de scie et les autres sculptures en usagé au XIIè siècle. Le sommet de la tour était couronné par une corniche que soutenaient des corbeaux et des modillons non moins curieux. Enfin, une flèche de 10 mètres d’élévation dominait ce monument, l’un des plus beaux spécimens de l’art roman dans le Boulonnais.

Des fresques représentant les douze apôtres ornaient le transept ; elles ont été découvertes, il y a peu d’années, sous le badigeon, mais deux seulement ont pu être restaurées, ainsi que la grossière peinture murale rappelant messire Enguerran d’Eudin et son épouse.

La chapelle de sainte Madeleine, fondée par Enguerran d’Eudin et qui « du passé estoit une des belles pièces du diocèse, » lisons-nous dans un manuscrit du XVIè siècle conservé à Frencq, était à demi ruinée à cette époque ; l’évêque de Boulogne permit, le 12 juin l728 de transférer cette chapelle, au château de Rosamel à la condition d’augmenter de cinq livres, le revenu du chapelain.

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