Hucqueliers

M. Harbaville pense trouver dans Hucqueliers une altération des mots latins Oscha Elerii, enclos d’Hélier ou d’Hilaire, et il raconte comment saint Hilaire, ermite, qui vivait à Fruges, vers le milieu du VIIè siècle, vint en cet endroit, et y bâtit une chapelle, qui conserva le nom du solitaire et qui devint le principe du village.

Description

M. Harbaville pense trouver dans Hucqueliers une altération des mots latins Oscha Elerii, enclos d’Hélier ou d’Hilaire, et il raconte comment saint Hilaire, ermite, qui vivait à Fruges, vers le milieu du VIIè siècle, vint en cet endroit, et y bâtit une chapelle, qui conserva le nom du solitaire et qui devint le principe du village. Le besoin de tout expliquer a inspiré à l’auteur du Mémorial historique cette étymologie légendaire qui ne repose sur aucun titre sérieux ; L’Oscha Elerii restera donc dans le domaine de la haute fantaisie, comme la plupart des étymologies proposées dans son ouvrage.

La forteresse construite en 1231 par le comte de Boulogne, Philippe Hurepel, fut la véritable cause du développement d’Hucqueliers. Une charmante habitation gothique, récemment élevée par M. Moitier, maire d’Hucqueliers, succède à l’antique château fort qui concourait à la défense du Boulonnais, avec ceux de Belle, de Fiennes, de Longvilliers et de Tingry. C’était un vaste massif de maçonnerie, flanqué de quatre tours en saillie à chacun des angles, protégé à l’Est par des bois considérables, et à l’Ouest par l’escarpement qui aboutissait au marais qui forme maintenant la place. La principale porte ouvrait sur le chemin qui conduit au hameau du Catelet ; c’est la Rue du château.

L’histoire Hucqueliers est intimement liée à celle de Tingry, dont les châtelains ont acquis un grand renom, depuis Guillaume Ier de Fiennes, époux de Sybille de Tingry. Leur fils, Guillaume II, osa prétendre au comté de Boulogne et leurs descendants occupèrent des charges importantes. Robert, l’un d’eux, créé connétable en 1356 laissa les terres de Fiennes, Hucqueliers et Tingry à son neveu Waleran de Luxembourg.

La maison de Luxembourg est une des plus illustres de l’Europe. Elle a produit cinq empereurs et la France du XIVè siècle était fière de compter des Luxembourg parmi ses plus zélés champions dans la guerre contre les anglais. Un seul fit défection, c’est précisément le châtelain d’Hucqueliers, Louis de Luxembourg, tour à tour évêque de Thérouanne et archevêque de Rouen. Nous ne raconterons pas les intrigues et les efforts de ce malheureux prélat dévoué au monarque anglais, pour renverser le trône que ses ancêtres avaient constamment appuyé de leur vaillante épée ; il nous faudrait dérouler la plus triste page de nos annales et il suffit de dire que sa trahison entraîna la confiscation des biens de Tingry.et Hucqueliers, qui furent plus tard rendus au comte de Saint-Pol, Louis de Luxembourg.

Ce comte de Saint-Pol était l’ami du duc de Bourgogne, dont les troupes tenaient souvent garnison à Hucqueliers. Un jour, cinquante de ses archers, commandés par le bâtard de Renty, s’y tenaient embusqués, pour arrêter le sire de Roncq qui avait massacré un de ses compagnons d’armes après lui avoir ravi sa maîtresse. Ces archers, surpris par un détachement de la garnison anglaise de Calais, furent passés au fil de l’épée. 1458. (Mémoires de Jacques du Clerc, liv. III.)

Louis XI aimait beaucoup le comte de Saint-Pol, mais, ce prince astucieux et méfiant qui l’éleva aux plus hautes dignités, le précipita, par un caprice, au banc des accusés et trouva des juges complaisants pour le déclarer coupable d’intelligences secrètes avec les ennemis du royaume. Il eut la tête tranchée, le 19 décembre 1475.

Charles Roussel, écuyer, seigneur de Bresme, était alors gouverneur du château d’Hucqueliers.

A la suite d’un long procès entre les deux branches de la maison de Luxembourg, ce château fut attribué au comte de Brienne : son fils obtint l’érection de la terre de Tingry en principauté.

Après Henri de Luxembourg, Hucqueliers et Tingry passaient aux Clermont et, le 17 mars 1661, François-Henri de Montmorency devenait duc de Luxembourg et prince de Tingry, par son mariage avec Madeleine-Gharlotte-Bonne-Thérôse de Clermont. Au lendemain.de cette alliance, il se produisit dans le Boulonnais une révolte occasionnée par l’augmentation considérable des impôts: le sire de Glivet, gentilhomme au caractère bouillant, à l’esprit aventureux, se mit à la tête des mécontents et s’enferma dans le château d’Hucqueliers, dont il refusa d’ouvrir les portes au lieutenant du gouverneur de Picardie, le marquis de Montpezat. Ce château était délabré, écrit le savant historien du Boulonnais, M. Hector de Rosny ; du Clivet et son lieutenant savaient cependant qu’ils avaient à combattre des forces beaucoup supérieures en nombre. Leurs soldats s’armèrent de tout ce qui leur tomba sous la main : fusils bons ou mauvais, vieilles épées, hallebardes, lances que rongeait la rouille, fourches et bâtons. Seulement, dans leur exaltation, ils ne songèrent pas suffisamment aux vivres et aux munitions. Ils se mettent donc en défense, et quand Montpezat leur fait demander pourquoi ils résistent et à qui ils font la guerre :

« A personne répondent-ils. »

« Déposez donc les armes, reprend le marquis, et ouvrez la place aux troupes de Sa Majesté à qui elle appartient. »

La liberté de sortir leur fut assurée, s’ils obtempéraient à cette sommation, avec promesse que nul d’entre eux ne pourrait être recherché pour sa conduite passée, mais ils refusèrent de se soumettre. Alors le lieutenant général, voyant qu’il devait employer la force, ordonna de pointer les canons contre les murailles minées par le temps. Elles s’écroulèrent aux premières volées, et les défenseurs, passant subitement de l’exaltation la plus irréfléchie à un découragement absolu, cherchèrent leur salut dans une fuite précipitée. Les troupes du roi pénétrèrent dans la place, et firent quatre cents prisonniers que l’on garda à vue dans l’église. Quelques-uns obtinrent la liberté au prix de cent écus par tête, mais quatre des plus mutins, condamnés à être pendus, subirent le dernier supplice sur la place d’Hucqueliers, ils se nommaient Lefebvre., du village d’Ergny; Masset, de Preures ; Comballot, d’Hucqueliers et Lambert. Comme il ne se trouvait pas d’exécuteurs, le sort désigna celui des quatre qui aurait le triste privilège d’être le bourreau et d’obtenir ainsi sa grâce ; Lambert eut le courage d’accrocher ses infortunés camarades aux branches d’un arbre.

Aux Montmorency, seigneurs d’Hucqueliers, succèdent les Noailles, ducs d’Ayen; puis les Grammont, qui ont aliéné et démembré ce vaste domaine.

Autrefois annexe de Preures, Hucqueliers est devenu paroisse et chef-lieu du décanat à l’époque du Concordat. Pendant la Révolution, trois prêtres y exercèrent constamment les fonctions de leur ministère ; ce sont MM. Danel, plus tard curé de Pihem, Gaignard, curé de Maninghem, et Cocatrix, curé d’Herly.

Le premier doyen fut M. Miroir, ancien curé d’Alette, qui mourut au mois d’août 1821. La confrérie de Saint-Pierre, qui fut établie en 1690 et autorisée par le pape Alexandre VIII, sur la demande de l’évêque de Boulogne, avait pour but de prodiguer des soins aux malades, d’assister aux convois funèbres et de pratiquer en général les œuvres de miséricorde. Les marchés qui se tiennent le lundi à Hucqueliers furent inaugurés après la destruction du village d’Émy où ils avaient lieu avant les guerres de la Ligue. Celui du premier lundi de décembre était, au siècle dernier, l’une des cinq grandes foires à poulains du Boulonnais.

Lieu-dit

La Briqueterie. Le Bois Notre-Dame. La Longeville. Fief noble, tenu de Hucqueliers, ayant appartenu et ayant donné son nom à la famille Lefebvre de Longeville, qui compte encore des représentants. Le champ de bataille situé en face de l’église. La solitude.

Archéologie

L’église, dédiée à saint André, a trois nefs, mais le plafond qui a été substitué aux voûtes en pierre lui enlève le caractère architectural qu’elle pouvait avoir autrefois. La chapelle castrale fut transférée dans l’église après la destruction du château ; son revenu moyen était de 150 livres, à charge de deux messes par semaine.

Inscription de la cloche :

DEO OPTIMO MAXIMO.

J’AI ÉTÉ FONDUE POR L’ÉGLISE DE SAINT-ANDRÉ

PATRON DU BOURG DE HUCQUELIER AUX FRAIS

DE LADITE ÉGLISE ET DES PROPRIÉTAIRES, ET BÉNITE

PAR Mre JACQUES GARRE CURÉ DUDIT LIEU,

L’AN 1682. FAIT PAR NICOLAS DE LA PAIX.

Inscription tumulaire relevée à gauche du portail :

CI DEVANT REPOSE LE CORPS DE M. LOUIS

LEFEBVRE DE LONGEVILLE, ANCIEN PORTE ÉTENDARD

DES GARDES DU CORPS DU ROY, CHEVALIER DE

L’ORDRE ROYAL ET MILITAIRE DE SAINT LOUIS,

DÉCÉDÉ LE 3 MAI 1772, ÂGÉ DE 7 5 ANS.

PRIEZ DIEU POUR SON AME

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