Montreuil sur Mer

L’origine de la bourgade de Brayum, située sur la rive gauche de la Canche, se perd dans la nuit des temps. C’était une de ces Bayes occupées par les Gaulois dont le nom celtique rappelle l’existence d’un marais traversé par des eaux courantes.

Description

L’origine de la bourgade de Brayum, située sur la rive gauche de la Canche, se perd dans la nuit des temps. C’était une de ces Bayes occupées par les Gaulois dont le nom celtique rappelle l’existence d’un marais traversé par des eaux courantes. Tous les auteurs reconnaissent cette étymologie, sauf Adrien de Valois qui fait dériver Bragum ou Bracum du germain Bracchen. Or, Bracchen signifierait une espèce de chiens que l’on employait pour la chasse. Si nous reproduisons cette opinion, nous ne pouvons dissimuler que nous sommes étonnés de rencontrer de pareilles rêveries sous la plume d’un géographe justement célèbre. Les habitants de Brayum, perdus au milieu des bois, vécurent ignorés jusqu’au jour ou saint Sauve consacra sa fortune à l’érection d’un petit monastère, dont la tradition fixe l’emplacement sur la colline où s’éleva plus tard la ville de Montreuil. Après que Sauve fut devenu le successeur de saint Hunoré et le huitième évêque d’Amiens, dans les premières années du VIIè siècle, ses nombreux disciples continuèrent à occuper le Monasteriolum qu’il avait fondé.

L’étymologie du mot Montreuil n’est pas discutable : ce nom est indifféremment écrit Monasteriolum, Monsteriolum, Mosterolium, MonsLerola castrum, Monstrolium, Monsteriolum, Monsterolum, Monstroel, Monstereuil, Monstreuil : formes variées qui rappellent toujours le souvenir de l’établissement de saint Sauve.

Les autres explications que l’on a données, ou bien appartiennent a la légende, celle notamment qui place en ce lieu le repaire d’un monstre cyclopéen ; ou bien elles ne sont pas rationnelles, comme le Mons-rueil (mont au bord de la rivière ?) proposé par M. Lefils; comme aussi le Mons-regius (mont royal) que mentionne André Duchesne.

Helgaud II, parent de Charlemagne, fils d’Othès suivant les uns, de Rodolphe et même de Nithard selon les autres, gouvernait le Boulonnais et la majeure partie du Ponthieu à l’époque où les Normands menaçaient d’occuper définitivement nos malheureuses contrées. Voyant la nécessité de protéger le cours de la Canche, il augmenta les fortifications du château qui existait déjà près du monastère de Saint-Sauve, le débarrassa des forêts qui en gênaient l’accès et traça une enceinte de remparts.

Les populations du voisinage vinrent aussitôt s’y réfugier. Helgaud les dota de sages institutions et leur accorda la jouissance du franc marais en 850. Montreuil devint l’une des plus fortes places du royaume ; c’est alors que furent déposées dans l’église de l’abbaye les précieuses reliques des saints Walloy, Maclou, Etbin, Kilien, Corentin, Conocain, Wulphy et d’autres encore que l’on voulait soustraire à la fureur des Normands.

Helgaud laissa trois fils : Herluin qui lui succéda, Evrard et Lambert. Le comte de Flandre, Arnould, jaloux de la puissance d’Herluin, recourut à la trahison pour s’emparer de ses domaines.

Ayant gagné le gardien d’une des tours de la forteresse de Montreuil, il y pénétra sans obstacle à la faveur de la nuit. Herluin s’enfuit déguisé, laissant sa femme et ses enfants au pouvoir de l’ennemi, qui les envoya au roi d’Angleterre Aldestan.

Le comte de Flandre ordonna d’augmenter les fortifications et d’agrandir la ville de l’espace qui comprend actuellement la place du Grand-Marché et la place Saint-Jacques, les rues de Heuchin, du Pot-d’Étain, du Wicquet, de la Pie, du Raincheval, du Clape-en-Haut, des Galices (en partie), des Étuves, des brebiettes ou des Clochettes à Brebis, des Turlupins (les Turlupins étaient une secte de Vaudois) et de la Poterne. Toutefois la première enceinte construite par Helgaud subsista jusqu’au siège de 1537 : la forteresse de la Porte, qui occupait l’emplacement de l’hôtel de France, entre le grand Cocquempot et le Thorin, en défendait l’accès. La rue du Wicquet mettait l’ancien quartier en communication avec les nouveaux.

Herluin implora vainement le secours de Hugues-le-Grand et du roi Louis d’Outre-Mer. Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie, se laissa enfin toucher par les larmes de cet infortuné plus triste de l’absence de sa famille retenue captive que de la perte de ses États ; il lui envoya une armée qui s’empara de Montreuil en 929 et le rétablit dans ses domaines.

Arnould, furieux de n’avoir pas connu à temps la marche des troupes normandes, mais n’osant pas attaquer la place qu’il avait lui-même rendue si redoutable, ordonna à ses soldats de piller, brûler et saccager le pays de la façon la plus cruelle. Herluin les dispersa. Guerrier infatigable, il combattait toujours soit pour défendre ses droits, soit pour les revendiquer. Son ardeur l’entraîna même dans une expédition contre le fils de son bienfaiteur, le duc de Normandie, et il périt les armes à la main.

Les successeurs d’Herluin ont souvent pris le titre de comtes de Montreuil, bien que l’existence d’un comté de Montreuil distinct de celui de Ponthieu soit controversée.

Roger ou Rotgaire triompha une première fois des attaques du comte de Flandre et du roi de France, ligués pour le renverser (945), mais abandonné par Hugues-le-Grand et réduit à se défendre seul, il perdit Montreuil et mourut sans y être rentré. La lutte continua sous Guillaume Ier (965), et Hilduin ou Gilduin la reprit à la mort de Guillaume. Ainsi, pendant plus d’un siècle, la principale ville du Ponthieu fut constamment ravagée par la guerre, tantôt enlevée par les Flamands, tantôt rendue à ses comtes qui pouvaient à peine jouir de leur victoire. Enfin, Hugues Ier , fils d’Hilduin, ayant soutenu les prétentions de Hugues Capet à la couronne de France, obtint comme récompense la main de Giselle, sa troisième fille, et transporta à Abbeville, le siège du comté de Ponthieu.

C’est alors que Montreuil fut réuni au domaine royal, à l’ex­ ception du château, qui fut habité dans la suite par les sires de Montreuil-Maintenay. Ce château, vulgairement appelé la Cour li cuens, s’élevait contre l’église Saint-Firmin. Il était construit de grès et de silex taillés et couvert de larges tuiles à la façon gallo- romaine. Les murs, qui avaient huit pieds d’épaisseur, étaient percés de fenêtres hautes et étroites. Des sculptures et des peintures remarquables décoraient les appartements.

Hugues Capet fit bâtir la citadelle de Montreuil et y établit un atelier monétaire d’où sortirent des deniers attribués aux rois Philippe Ier , Philippe II, Louis VI. Ces deniers portent généralement un temple tétrastyle avec la légende Monsterolum.

Les successeurs de Hugues Ier s’intitulaient encore comtes de Montreuil. Guy Ier , le même qui retint Harold prisonnier dans la tour de Beaurain, gouvernait le Ponthieu, lorsque Philippe Ier répudia Berthe de Hollande, afin d’épouser Bertrade de Montfort. Ce monarque avait trouvé des généalogistes assez complaisants pour forger des titres de parenté et des prélats assez faibles pour déclarer nulle une union contractée depuis vingt années. La malheureuse princessse fut reléguée au château de Montreuil, qui faisait partie de son douaire et qui lui servit de prison. Elle y mourut de chagrin et de misère en 1095. Tant d’infortune excitait naturellement la compassion des habitants de Montreuil et des environs et l’on voyait les enfants quêter pour procurer quelque soulagement à la reine captive. Aujourd’hui encore il existe un souvenir de cet acte de charité : dans la ville et dans les campagnes de l’arrondissement de Montreuil, les enfants pauvres tendent la main les dimanches de carême en chantant des couplets qui rappellent l’histoire de la reine Berthe. On montre encore à la citadelle la tour delà reine Berthe.

Les guerres féodales ensanglantèrent le XIè siècle et le XIIè . Ce n’étaient pas seulement les grands vassaux qui guerroyaient entre eux : on se battait de château à château, on brûlait les villages, et si l’histoire n’a pas enregistré le détail de ces luttes qui désolèrent trop souvent le Ponthieu, nous savons néanmoins que le pays de Montreuil eut aussi beaucoup à souffrir. Les seigneurs de Montcavrel, de Beaurain, de Bernieules, de Brimeu, de Courteville, de Dourier, de Maintenay, nous citons les plus illustres, ne déposaient jamais les armes, lorsque soudain se manifesta le mouvement universel et spontané qui entraîna la noblesse française sur les pas de Pierre l’Ermite.

Les annales monastiques nous apprennent que les chevaliers de notre contrée ne résistèrent pas à ce pieux élan des croisades, qui se continua pendant deux siècles et qui survécut à tous les désastres. Les mentionner tous est chose impossible. Nous ne saurions omettre cependant le nom à jamais légendaire de Raoul de Créqui.

Les excès de la féodalité hâtèrent sa ruine en provoquant l’émancipation des communes : plusieurs n’attendirent pas qu’on leur accordât les franchises municipales, mais s’en emparèrent violemment. D’autres, Montreuil par exemple, s’administraient sous l’autorité des châtelains avant même d’avoir obtenu la sanction du pouvoir. Ainsi lisons-nous au cartulaire de Valloires que le mayeur Enguerran et son argentier Eustache étaient en charge en 1144. Un titre de 1173 parle de la maison commune de Montreuil et cite également les noms du mayeur et des échevins.

En 1188 Philippe-Auguste consacra les privilèges et les coutumes de cette ville ; la charte qu’il donna alors existe dans les archives municipales, mais nous ignorons quels sont les griefs que le monarque consentit alors à pardonner en ces termes : vetera forisfacta condonamus ; peut-être est-ce le fait d’avoir devancé l’autorisation royale.

L’institution de la commune créa une juridiction rivale de la juridiction de l’abbaye de Saint-Sauve, qui régnait en maîtresse dans la ville et la banlieue. Les magistrats et les moines se trouvant dès lors en conflit permanent ; les uns et les autres, jaloux à l’excès de leurs droits, ne laissent échapper aucune occasion de les affirmer et choisissent des arbitres qui décident sans appel.

Ces arbitres étaient le plus souvent d’anciens échevins ou des prêtres séculiers, également hostiles aux privilèges exagérés de l’abbaye. Le cartulaire de Montreuil offre beaucoup d’exemples de ces arbitrages dans le chapitre intitulé : Titres que la mile a contre les religieux de Saint-Sauve.

En 1209, le comte de Ponthieu Guillaume III règle l’exploitation, à frais communs avec la ville, des marais qui lui appartiennent près de Montreuil et détermine les bornes de la banlieue. La banlieue s’étendait depuis la croix plantée entre Calloterie et Monthuis et l’épine placée entre Sorrus et Bogneselve, jusqu’à la fosse de treize sols, entre les deux Campigneules ; et de là, à l’épine située entre Écuires et la Haye-Fournier. Une troisième épine servait de limite entre Beaumerie et Tanfol. {Arch. municipales.)

Le mayeur se servait ordinairement d’un sceau de forme ronde qui représentait un cavalier armé de toutes pièces avec la légende : Sigillum majoris communie monsterolii. Le contre-sceau portait une fleur de lys cantonnée de quatre plus petites et la légende : Sigiillum secreti mosterolii (Arch. nationales, J. 236, n° 83 et J. 385, n° 3. N” s 5780 et 5781 de la collection publiée par M. Douet d’Arcq.)

Guillaume III eut une fille mariée au comte Simon de Dammartin, qui fut banni et dépouillé de ses domaines pour avoir combattu à Bouvines dans les rangs des ennemis. Louis IX daigna lui accorder sa grâce, mais à la condition que Guillaume de Maisnières, sire de Maintenay, lui céderait le château de Montreuil.

La vente eut lieu à Paris, moyennant 200 livres parisis, au mois de juin 1244 (Arch. nationales, J. 231.)

La ville formait dès lors une enclave dans le comté de Ponthieu. Aussi Philippe-le-Bel s’opposa-t-il formellement, en 1286, à ce que le roi d’Angleterre Edouard II y exerçât la justice qui n’appartenait qu’à lui seul. Ce prince s’était concilié l’affection des bourgeois de Montreuil par l’octroi de nouveaux privilèges : ceux- ci s’empressèrent d’adhérer à l’appel interjeté contre le pape Boniface VIII en même temps que leurs délégués, Jean de la Vakerie et Robert Cointeriau, approuvaient la mise en accusation des Templiers qui fut décidée aux États-généraux tenus à Tours en 1308 (Arch. nationales. J. 807.—J. 485 n° 295 et J. 415 n°33.

Dans l’excès de leur zèle, le mayeur et les échevins refusèrent de prêter serment à Edouard II, lorsqu’il fit sa première entrée dans la ville. Le roi, à qui le monarque anglais s’en plaignit, écrivit à son bailli de contraindre les Montreuillois à jurer fidélité au comte de Ponthieu. Ce prince, bien qu’étranger, pouvait exiger l’accomplissement d’une formalité qui avait été toujours observée à l’égard de ses prédécesseurs. Les lettres qui furent délivrées à cette occasion sont datées de Pontoise, le 15 juin 1313. (Ibidem. J. 237, n° 100.)

MONTREUIL SOUS LES VALOIS.

Le nom d’Edouard III réveille le souvenir d’une longue suite de guerres dont la Picardie a été le principal théâtre. L’orgueilleux anglais fier de ses prétendus droits à la couronne de France, refusa l’hommage qu’il devait à Philippe de Valois. Il prétexta que le fils d’un roi ne pouvait s’humilier devant le fils d’un comte ; réponse insolente qui entraîna la saisie immédiate des revenus du Ponthieu, et qui en aurait amené la confiscation si le vassal rebelle ne se fût soumis, le 6 juin 1329, dans la cathédrale d’Amiens. Il s’y rendit avec un fastueux appareil, escorté des grands seigneurs français qui étaient venus à sa rencontre jusqu’à Montreuil; la pompe que Philippe déploya en cette cérémonie, mit la rage au cœur d’Edouard qui jura à partir de ce jour une haine implacable à son rival.

L’occasion de lui faire sentir tout le poids de sa vengeance ne tarda pas à se présenter. Le désastre de Crécy, la première étape de nos armes malheureuses, signala le début des hostilités et répandit une consternation générale. Plusieurs historiens disent que le roi Edouard ordonna d’inhumer une partie des victimes de ce grand combat au monastère de Montreuil ; d’autres racontent que ce fut à l’abbaye de Maintenay.

Le prieuré de Maintenay et l’abbaye de Vàlloires ont pu recevoir un certain nombre des morts de Crécy; nous ne sommes pas en mesure de vérifier le fait en ce qui concerne Montreuil. On a trouvé, il est vrai, lors de la construction du presbytère actuel, un ossuaire considérable qui provenait certainement d’une fosse commune creusée et remplie après un désastre semblable à celui de Crécy, mais ces ossements ne proviendraient-ils pas du massacre qui accompagna la prise de Montreuil en 1537 ?

Le vainqueur de Crécy hésita à s’engager dans le cœur du pays.

Voulant s’assurer d’abord la possession d’un port qui lui donnât libre accès dans le royaume, il se dirigea vers Calais, sans oser attaquer le comte de Savoie qui s’était enfermé dans Montreuil avec quelques fuyards, débris des milices picardes. Ses lieutenants incendièrent les faubourgs et les villages de Sorrus, de Saint-Josse et de Waben.

Le 3 septembre 1346, neuf jours après sa victoire, Edouard campait sous les murs de Calais, qui fut obligé de se rendre après onze mois de siège , malgré le courage à jamais célèbre de ses habitants.

Vainqueurs et vaincus, également épuisés, conclurent alors une trêve pendant laquelle on se prépara de part et d’autre à la lutte formidable qui aboutit à la funeste journée de Poitiers et au traité de Brétigny. En vertu de ce traité, Jean Ghandos, lieutenant général du roi d’Angleterre, vint prendre possession de Montreuil au nom du nouveau souverain et institua des magistrats chargés de faire respecter son autorité (21 janvier 1361).

Le sentiment national se manifesta aussitôt ; une révolte éclata contre la garnison anglaise qui fut obligée de quitter la citadelle.

Ni le duc de Lancastre en 1369, ni Robert Knolle en 1372, ne purent rentrer dans cette place, que la perfidie du duc de Bourgogne devait bientôt rendre à l’ennemi.

Il semble que les maux de l’invasion aient atteint sous le roi Jean la dernière limite et qu’il n’y ait rien au delà de l’ignominie et de la misère infligées au royaume par la paix de Brétigny. Cependant les règnes de Charles V et de Charles VI ajouteront encore à ces calamités, et la rivalité des factions d’Orléans et de Bourgogne achèvera de ruiner la France. Rien ne peut égaler la misère qui affligea le Ponthieu à cette époque. Les terres étaient incultes, la famine et la peste décimaient le peuple, et tandis que la fleur de la chevalerie périssait à Azincourt, Jean-sans-Peur osait employer les plus noires intrigues pour renverser le trône.

Trois de ses émissaires se rendirent en Picardie. Le manifeste dont ils étaient porteurs alléguait des illégalités commises par le roi de France, assurait le respect des lois et des libertés, promettait la diminution des impôts, etc. Montreuil donna le funeste exemple de la défection. Se déclarer favorable au duc de Bourgogne, c’était, hélas, accepter la domination des Anglais, ses perfides alliés.

Henri V s’arrêta dans cette ville en 1421 ; à la vue de son armée de 30,000 hommes, on put craindre l’anéantissement de la monarchie française. Peu de mois après, il succombait à Vincennes et le cortège qui reconduisait sa dépouille mortelle en Angleterre faisait halte à Montreuil, où un service funèbre fut célébré dans l’église de Saint-Sauve. (Monstrelet.)

Les habitants de Montreuil et les Picards, devenus sujets bourguignons, rougissaient de se trouver par là soumis à la domination anglaise. Aussi, lorsque le patriotisme se réveilla à la voix de Jeanne d’Arc, surtout lorsque le supplice de l’héroïne fut connu, un cri unanime s’éleva-t-il dans toutes les terres du duc Philippe-le-Bon pour demander la paix avec la France. Le duc, mécontent de ses alliés, céda volontiers, et le traité d’Arras sauva la monarchie (21 septembre 1435). Le roi abandonnait au duc les villes situées sur les deux rives de la Somme, mais il s’en réservait la souveraineté et stipulait pour lui et pour ses successeurs la faculté de les racheter moyennant 400,000 écus d’or, environ 4,730,000 francs de notre monnaie.

La guerre de cent ans porta une grave atteinte au commerce de Montreuil. La fabrication des draps et des serges, la sellerie, la pelleterie, la parcheminerie ; le trafic des laines et du blé ; la vente du poisson de mer, des anguilles ou des truites de la Canche, étaient les principales branches de l’industrie montreuilloise au moyen-âge. Les marchands suivaient les foires les plus renommées de la Champagne, de là Normandie et de la Brie. La foire de Saint-Maclou, qui se tenait sur la place Saint-Sauve et dans les halles de l’abbaye, attirait aussi à Montreuil une foule de marchands étrangers. Les halles de Saint-Sauve étaient de magnifiques caves voûtées dont quelques parties subsistent encore; elles s’étendaient sans interruption entre les rues des Juifs et des Procureurs et la place de Notre-Dame.

La franchise du port d’Étaples facilitait les transactions, mais le défaut d’argent les entravait, si bien que les mayeurs durent autoriser et encourager l’usure. Les Lombards, qui exercèrent longtemps cette industrie près de l’église Saint-Wulphy, furent remplacés par des Juifs ; ceux-ci la cédèrent ensuite à des chrétiens qui s’installèrent dans la rue du Change.

Sous Louis XI, les Montreuillois .se trouvaient constamment harcelés par des bandes de malfaiteurs et de gens sans aveu qui parcouraient les campagnes, détroussaient les voyageurs et rançonnaient même les bourgeois. Le roi permit de repousser leurs attaques’ à main armée. Le prince s’émut aussi du déplorable état des finances, que l’échevinage dilapidait à plaisir. La ville était endettée, le commerce à demi ruiné ; on avait constitué des rentes bien supérieures aux ressources municipales, qui ne dépassaient pas 5,040 livres, produit de l’impôt sur les marchandises et les boissons. Il fallait des mesures énergiques ; le premier président du Parlement, ainsi que Jean de Reilhac, vinrent examiner les causes du déficit. Ils reconnurent que l’administration était au pouvoir de gens incapables et de bas étage. En conséquence ils proposèrent au roi la réduction des rentes et la création de quelques impôts ; afin de prévenir de nouveaux abus, on nomma d’office les mayeurs, les échevins et les conseillers pour trois années à partir de la saint Simon et saint Jude (1464). Les trois mayeurs furent MM. Gilbert Dausque, Jean Lebain et Porus de Hodicq. (Arch. nat., J. reg. 199, n° 420.)

Les classes élevées accueillirent favorablement ces mesures rigoureuses, mais le peuple s’en irrita et se jeta, à la première occasion, dans le parti de Charles le Téméraire. L’évoque d’Amiens, Ferry de Beauvoir, vint alors se réfugier à Montreuil pour se soustraire au mauvais vouloir de Louis XI : il consacra ses loisirs à la révision des statuts de l’Hôtel-Dieu et mourut dans cet établissement charitable le 28 février 1473.

La fin prématurée du duc de Bourgogne (1477) entraîna la soumission de la Picardie. Jean d’Estouteville reçut le serment de fidélité des habitants de Montreuil.

Le 16 juin 1493, Charles VIII s’arrêta à Montreuil. Il revenait de Boulogne, où il avait offert à la Sainte Vierge un superbe cœur d’or pour l’hommage du comté. Le gouverneur, le clergé régulier et le clergé séculier, la noblesse, l’échevinage et les cinquantaines des archers et des arbalétriers, allèrent à sa rencontre jusqu’à la limite du Boulonnais.

Le majeur lui offrit les clefs de la ville déposées sur un coussin de velours rouge. Le roi prit place sous un dais magnifique et fut conduit à l’abbaye de Saint-Sauve au son des cloches du beffroi et de toutes les paroisses et communautés. On lui servit l’hypocras et il daigna accepter deux bœufs aux cornes dorées et la pièce de drap que la gueulde marchande offrait d’ordinaire aux souverains.

Charles VIII parcourut à cheval les rues de la ville, et visita avec beaucoup d’intérêt l’abbaye de Sainte-Austreberte, l’Hôtel- Dieu, le château et les remparts. Il renouvela pour plusieurs années l’exemption de la taille, dont le produit devait être employé à l’entretien des fortifications, et il se dirigea le lendemain vers Abbeville, escorté comme la veille, jusqu’à la rivière d’Authie. Montreuil avait alors des gouverneurs qui prenaient le titre de capitaines de la ville. Ils étaient reçus à leur première entrée par les magistrats de la cité et le clergé, qui les accompagnaient d’abord à l’échevinage, puis à Saint-Sauve et à la citadelle. Les milices communales, divisées en huit gueuldes, gardaient la ville. Si les fortifications avaient besoin de réparations, elles étaient faites à corvée ; les ecclésiastiques eux-mêmes devaient y travailler.

Toutes les tours du rempart communiquaient par un souterrain, et portaient un nom de saint. En cas de guerre, les rues étaient interceptées par des chaînes. Vingt-cinq chaînes barraient également la rivière de Canche : huit depuis l’extrémité de la banlieue jusqu’au bac d’Attin, sept depuis ce bac jusqu’au pied de la forteresse, et dix depuis l’écluse Saint-Martin jusqu’au mont Tanfol à Brimeux.

Le règne de Louis XII rétablit dans le pays une prospérité inconnue depuis deux siècles. Malgré la guerre avec l’Angleterre et avec Maximilien, malgré la journée des Éperons et la prise de Thérouanne, les impôts étaient modérés, les vivres n’étaient pas chers, et l’on se réjouissait des bienfaits d’une administration toute paternelle. Mais voici venir François Ier , le monarque chevaleresque, auquel les expéditions lointaines font négliger la frontière du Nord. A dater de cette époque, Montreuil prend une grande importance : c’est le centre des approvisionnements destinés à ravitailler la place de Thérouanne. Le capitaine de Lorges y commandait lorsque les Impériaux l’attaquèrent une première fois, le 23 mars 1524. Leur entreprise ayant échoué, ils promirent de revenir bientôt avec des forces supérieures. Montreuil manquait de tout ; l’argent faisait absolument défaut. L’échevinage s’adressa alors au roi. Sur la réponse que les caisses de l’État étaient vides, il s’adressa à la municipalité de Paris, qui crut se montrer très généreuse en prêtant douze arquebuses à crocs. Enfin, la détresse était telle que le président du parlement de Rouen, de passage en cette ville, dut avancer 500 livres pour payer quinze jours de solde à la garnison.

Fort heureusement, l’ennemi ne profita pas de cette déplorable situation. La position ne se trouvait guère meilleure quand le comte de Bures, Floris d’Egmont, lieutenant général de Charles- Quint, vint assiéger Montreuil en 1537. Son armée comptait 24,000 lansquenets, 6,000 Wallons et 800 chevaux. Philippe de Créqui, seigneur de Canaples, n’avait que mille hommes d’infanterie et 200 chevaux.

L’attaque commença de trois côtés à la fois. Une nombreuse artillerie placée sur les hauteurs de Sorrus, de Beaumerie et de Neuville, dirige un feu incessant contre les remparts et ne tarde pas à ouvrir une brèche. Les Impériaux tentent alors un assaut qui est victorieusement repoussé. Çréqui, Canaples et les assiégés font des prodiges de valeur; ils parviennent même à opérer une sortie très meurtrière, mais Norfolk étant venu renforcer le comte de Bures, la résistance est désormais impossible ; la ville épuisée, sollicite et obtient une capitulation honorable. La convention ne tarda pas à être indignement violée : à peine la place est-elle évacuée que le vainqueur l’abandonne au pillage et la fait ensuite incendier (24 juin 1537). Les monuments, les églises, y compris celle de Saint-Sauve, deviennent la proie des flammes et la population s’enfuit éperdue, cherchant un asile soit à Boulogne, soit à Abbeville, soit même à Amiens.

Après ce désastre, le découragement s’empara de la plupart des habitants. Quelques-uns s’installèrent dans les villes voisines, d’autres allèrent chercher fortune au Canada : ceux qui demeurèrent sur les ruines de leurs maisons se virent réduits à la plus triste nécessité. Un religieux de Saint-Sauve raconte qu’ils vivaient de pain d’avoine et de glands.

On attribue généralement la cruauté du comte de Bures à la vengeance que le comte de Rœux voulait exercer contre la ville de Montreuil, comme représailles pour des violences dont sa mère avait été victime dans le château de Beaurain. La trêve de Bomy obligea les Impériaux à se retirer. Sur le champ François Ier fit relever les fortifications de Montreuil ; quatre mille ouvriers y travaillaient en 1542.

La ville se repeupla à la longue, et la prospérité commençait à renaître, quand la malheureuse cité se vit exposée aux horreurs d’un nouveau siège, le troisième en moins de vingt années.

Cette fois ce sont les Anglais du duc de Norfolk qui la tiennent bloquée pendant trois mois, afin d’empêcher le ravitaillement de Boulogne, qu’Henri VIII assiégeait en personne. Le maréchal du Biez, secondé par les capitaines de la Guiche et de Genlis et par les officiers napolitains, comtes Berangieri et Chiaramonti, opposa une résistance si prolongée que Norfolk, privé du concours des Impériaux, dut lever le siège à la suite de la paix de Crépy.

Dans cette grande lutte où les armées françaises eurent à combattre tour à tour les Anglais, maîtres de Boulogne, et les Impériaux, maîtres d’Hesdin (1544-1554), Montreuil était journellement en but aux incursions, aux déprédations et à toutes les inquiétudes que fait naître le voisinage de l’ennemi.

Les gouverneurs René de Mailly et Jean de Monchy s’efforçaient de maintenir la ville en bon état de défense. Henri II ordonna d’élever le bastion de la grande fenêtre ; il fit raser le faubourg Saint-Justin et construire le mur de ronde et les ouvrages à corne de la ville basse.

Au mois d’août 1561, Marie Stuart, qui retournait en Écosse accompagnée des princes de Lorraine, s’arrêta à Montreuil. Elle paraissait profondément triste. Le mayeur et les échevins lui offrirent quatre paons : le seigneur de Glenleu en avait fourni deux et les deux autres provenaient de la Chartreuse. {Comptes municipaux.)

La ligue, qui prit naissance en Picardie, gagna rapidement les principaux centres de la province. Le gouverneur de Montreuil, Charles des Essarts de Maigneulx, n’y vit d’abord qu’un moyen de satisfaire son ambition. Jean de Poilly, épicier enrichi, exerçait les fonctions de mayeur. L’un et l’autre travaillaient de concert en faveur des Guise sans oser le faire ouvertement, quand l’assassinat de Blois fournit un prétexte à la révolte. (23 septembre 1588.)

L’évêque de Boulogne, Claude Dormy, résidait à Montreuil depuis quelque temps. Obligé de quitter sa ville épiscopale, où ne flotta jamais le drapeau de l’Union, il s’occupait activement de la ligue et assistait aux délibérations de l’échevinage : son influence, jointe à celle de l’évêque et du mayeur d’Amiens, contribua à exciter le peuple contre Henri III. Vainement ce prince essaya-t-il de justifier le crime de Blois. Presque toute la Ville assista à un service célébré dans l’église de Saint-Sauve pour les deux victimes, et l’on entendit le Carme qui prononça l’oraison funèbre, appeler la vengeance divine sur la tête du roi, nouvel Achab et le « dévouer aux chiens qui déchirèrent jadis les membres palpitants de Jézabel. » (Arch. de Saint Sauve.)

Les royalistes se trouvaient réduits au silence depuis que l’on avait emprisonné leur chef, l’ex-mayeur de Hesghes. Leurs rivaux régnaient en despotes ; tout individu suspect expiait immédiatement sous les verrous le dévouement à son souverain.

Aucun fait militaire important ne se passa aux environs de Montreuil. Les gentilshommes du pays combattaient dans les armées du duc d’Aumale, la plupart sous les ordres des sires de Saveuse et de Forceville, quand la mort d’Henri III changea tout à coup la face des choses. Bientôt l’estime qu’inspirait le caractère loyal de Henri de Béarn aussi bien que la haine des Espagnols amenèrent de nombreuses défections au camp des ligueurs.

Il se forma, comme par enchantement, un parti réactionnaire qui se crut assez fort pour exiger de Maigneulx la liberté des prisonniers royalistes : le gouverneur, prévoyant un revirement complet dans les esprits et craignant de perdre le reste de son crédit par une rigueur intempestive, n’osa pas la refuser. Maigneulx et de Poilly se rapprochèrent également du vainqueur et furent assez habiles, celui-ci pour conserver son poste, celui-là pour obtenir des lettres de noblesse.

De grandes réjouissances signalèrent l’arrivée de Henri IV à Montreuil, mais elles eurent un bien triste lendemain. La peste qui n’avait cessé de sévir pendant les troubles de la Ligue, reparut plus terrible que jamais au printemps de 1596 : pas un prêtre, pas un médecin n’échappa au fléau, qui moissonna les trois cinquièmes de la population évaluée à 16,000 âmes, et dépeupla le quartier marchand, aujourd’hui la garenne, habité alors par les fabricants de drap et par leurs ouvriers, au point qu’un seul individu, nommé Martin Becquelin, y fut épargné. On dut supprimer les paroisses Saint-Jacques et Saint-Wulphy, devenues désertes.

Celle de Saint-Jean-en-Austreberte ne contenait plus que douze maisons. Le commerce de Montreuil ne se releva jamais de ce désastre et la population alla toujours en diminuant.

MONTREUIL MODERNE

Henri IV, maître de la Picardie, savait ce qu’il pouvait redouter d’un voisin jaloux qui, dans l’espoir de s’agrandir, avait protégé la ligue et fomenté la guerre civile. Pour prévenir les entreprises des Impériaux qui occupaient Hesdin, il ordonna de compléter les défenses de Montreuil. L’ingénieur Evrard fit élever un bastion qui fut nommé le Bouillon, à cause du duc de Bouillon, et il traça les fortifications qui furent achevées sous Louis XIII par le chevalier de Ville. Le rempart qui sépara pour toujours le terrain maudit de la Garenne où personne n’osait habiter depuis la peste, date de cette époque.

Henri IV honora Montreuil de sa présence ; c’est de Montreuil qu’il écrivait à sa mère :

« Vous ne m’accuserez pas de paresse, mon cœur, car tous les jours je vous mande de mes nouvelles.

De celles d’Ostende il n’y a rien de nouveau. Je m’en vais disner à Boulogne et je seray demain à mesme heure à Calais. Je commence bien à m’ennuyer destre sans vous ; croyés que je hasteray mon retour tant que je pourray. Bon jour m’amye, je te baise cent mille fois. Ce dernier daoust, de Montreuil. » {Recueil des lettres, IV, p. 457.)

Sous le règne de Louis XIII, des scènes scandaleuses et vraiment inexplicables amenèrent les rigueurs d’un interdit. Les habitants de Rue, qui désiraient depuis longtemps avoir une relique de saint Wulphy, leur glorieux patron, s’adressèrent à l’évêque d’Amiens et celui-ci promit de la leur accorder. Le prélat, c’était Mgr Lefebvre de Caumartin, arrivé à Montreuil le 7 juin 1634 pour donner la confirmation, consulta les moines de Saint-Sauve sur l’opportunité de cette requête, et les trouva pleinement disposés à favoriser la gloire de Dieu par l’extension du culte d’un de ses saints.

Il pénétra donc dans la chapelle des corps saints, accompagné de toute la communauté, de plusieurs chanoines d’Amiens, des doyens de Rue, d’Abbeville et d’un nombreux clergé, et retira de la châsse de saint Wulphy la mâchoire inférieure et deux parcelles des ossements de la jambe pour les remettre au mayeur de Rue. La cérémonie terminée, tandis que l’évoque administre le sacrement de confirmation à près de deux mille personnes, la nouvelle du pieux larcin qu’il vient d’accomplir soulève une véritable tempête parmi les Montreuillois, exaspérés de la mutilation de leurs chères reliques. L’attitude de la population, qui s’est assemblée sur la place, est si menaçante que le mayeur Enlart et le procureur courent en avertir Mgr de Gaumartin. A peine sont-ils arrivés à la sacristie que la multitude envahit l’église de Saint- Sauve et profère d’horribles blasphèmes.

Essayer de la calmer, lui expliquer que l’évêque peut disposer à son gré des reliques dans les limites du diocèse, serait peine perdue. Déjà l’on se dispose à lui donner satisfaction en réintégrant les reliques, lorsque les chefs de l’émeute se précipitent dans le chœur, accablent le pontife d’outrages et le frappent violemment. Il parvient à grand-peine à se retirer dans le couvent, où cinquante forcenés le suivent, enfonçant les portes, brisant les vitres. Le tumulte est à son comble. Entraîné hors de l’abbaye encore revêtu des ornements sacerdotaux, l’infortuné prélat aurait infailliblement succombé sans le courage du commandant de la citadelle, M. de Saint-Maurice, et d’un sergent nommé Mitton, qui parvinrent au péril de leur vie à conduire l’évêque à la citadelle, en lui faisant un rempart de leur corps.

Les prêtres qui accompagnaient Mgr de Caumartin n’eurent pas un meilleur sort. Plusieurs furent grièvement blessés. Celui qui portait le vase du saint-chrême se le vit arracher des mains ; les nouveaux confirmés n’échappèrent pas davantage à la fureur de la populace en délire.

La nuit seule put mettre un terme à une scène qui dura de longues heures, pendant lesquelles le tocsin ne cessa de sonner.

Comme elle menaçait de se renouveler le lendemain, le prélat s’esquiva par une poterne, à la faveur d’un déguisement.

Mgr de Caumartin comprit qu’à un scandale inouï dans l’histoire du diocèse il fallait infliger un châtiment exemplaire. De l’avis du chapitre il lança un interdit contre les habitants de Montreuil (25 juin), ordonnant de fermer toutes les églises et chapelles de la ville et de la banlieue, défendant, sous les peines les plus sévères, la célébration des offices, la sonnerie des cloches, l’inhumation en terre sainte, l’administration des sacrements, à l’exception du baptême pour les nouveaux-nés et de la pénitence pour les mourants.

M. de Saint-Maurice et Mitton, dont le dévouement avait été si remarquable, ne furent pas compris, non plus que leurs familles, dans l’interdit. Ils purent entendre la messe dans l’église de Saint-Sauve à condition qu’elle serait fermée et le cimetière de Saint-Pierre fut affecté à leur sépulture. Accueillies avec indifférence par les meneurs, les censures ecclésiastiques consternèrent la population, d’ordinaire si paisible et si chrétienne : mais l’orgueil de quelques bourgeois influents retarda la réparation publique que l’évêque exigeait. L’affaire eut un immense retentissement.

Le pape Urbain VIII fut consulté et Louis XIII chargea M. de Miromesnil et le procureur du présidial d’Abbeville d’instruire le procès et de juger les principaux coupables. Enfin, Richelieu modifia l’ancienne loi municipale, supprima le premier et le deuxième mayeurs et réduisit le nombre des échevins.

Deux camps partageaient la ville : les repentants voulaient soumission et satisfaction immédiates les rebelles moins nombreux ; mais plus audacieux, demeuraient sourds à la voix de l’évêque.

Cependant les échevins Hurtrel et Desprez d’abord, Antoine de Lumbres, seigneur d’Herbinghem et Jean Moullart ensuite, le supplièrent de suspendre pendant six mois à dater du 26 juillet les rigueurs de l’interdit. Non-seulement le prélat y consentit, mais, oubliant les injures sanglantes dont il avait été abreuvé, il daigna solliciter l’indulgence du Synode qui était réuni à Paris et implora auprès du roi le pardon des coupables.

Le 28 septembre 1635, Mgr Victor le Bouthillier, ancien évêque de Boulogne, coadjuteur de l’archevêque de Tours, et Mgr Gabriel de Beauvau, évêque de Nantes, délégués de l’assemblée générale du clergé, vinrent recevoir la soumission des Montreuillois. Le chapelain de Mgr de Caumartin enleva de la châsse de saint Wulphy les ossements destinés à l’église de Rue et à la cathédrale d’Amiens. On les porta processionnellement à Notre-Dame où il fut donné lecture de la sentence de grâce, après quoi Mgr le Bouthillier prononça un discours remarquable qui impressionna vivement les assistants. Les notables, le clergé et le peuple donnèrent des marques du plus profond repentir. (Voir : Acta Monstrdliensis interdictiad Urbanum VIII, max. pont. Lutetim apvd ant. Vitrai. et l’Interdit, Chron. Montreuilloise, par M. Braquehaye.)

Louis XIII séjourna à Montreuil pendant le siège d’Hesdin.

Louis XIV s’y arrêta le 23 mai 1657 avec la reine mère et le duc d’Anjou. On organisa en son honneur des réjouissances publiques, que la population vit se renouveler l’année suivante, et chaque fois que le grand roi se rendit à Dunkerque pour surveiller les travaux qu’il y faisait exécuter.

La révolte de Fargues à Hesdin et la guerre des Lustucrus à Hucqueliers ne troublèrent pas la paix de notre ville. Lorsque les armées françaises, refoulées par le désastre de Malplaquet, se furent cantonnées entre la Canche et l’Authie, la misère de ce malheureux pays, que désola l’horrible famine de 1709., dépassa tout ce que l’on peut imaginer. Les villages sont déserts, les travaux des champs sont suspendus. A Montreuil, les maisons sont envahies ; habitants et soldats couchent sur la paille et les chevaux attachés autour de la grande place reposent sur des litières enlevées aux toits de chaume. Fort heureusement, le maréchal de Villars releva les courages abattus en organisant des lignes de défense, qui s’étendaient de Montreuil à la Meuse et qui contribuèrent à sauver la France délivrée par le traité d’Utrecht (Juin 1713.)

Les annales de Montreuil au XVIIIè siècle n’enregistrent aucun fait important ; à peine y retrouve-t-on quelques traces de la lutte que Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens, engagea contre le jansénisme.

Lorsque l’Assemblée constituante divisa les départements Hesdin et Montreuil se disputèrent l’honneur d’être chef-lieu de district : Montreuil l’emporta et Hesdin ne conserva que le tribunal. Un chanoine de Saint-Firmin, Jacques Firmin Dubocquet répondit à un factum que la municipalité Hesdinoise crut devoir composera cette occasion.

Le district de Montreuil avait cent-et-un électeurs, la constitution accordant un électeur pour cent citoyens actifs. Il comprenait 11 cantons : Montreuil, Hesdin, Fruges, Auxi-le-Château, Wail, Fressin, Campagne, Capelle, Waben et Saint-Josse.

Au lendemain de cette organisation, la commune de Montreuil tomba au pouvoir d’une municipalité qui se montra empressée d’exécuter les lois et les décrets de l’Assemblée. Elle ordonne le 24 septembre 1791 que toutes les églises soient fermées à l’exception de Saint-Sauve. Elle interdit les cimetières de Notre-Dame, de Saint-Firmin, de Saint-Walloy, de Saint-Jacques, de Saint- Pierre et de l’Hôtel-Dieu, et décide qu’il y aura désormais un seul et unique cimetière près de la fortification du Bouillon.

Le 24 octobre 1791, les municipaux proclament en grande pompe la constitution civile du clergé, qui séduisit bien peu de prêtres du diocèse ; plus tard ils font disparaître des maisons et des monuments ce qu’ils appellent les hochets de la féodalité, de l’inégalité et du despotisme (Délibération du 13 septembre 1792.)

Ces administrateurs zélés défendent de sonner à midi les douze coups du roi, parce que cet usage rappelle « l’adulation de nos pères pour le pouvoir » et ils décident « que la cloche sonnera dorénavant et à perpétuité dix coups de suite en mémoire de la journée du 10 août, qui a déjoué les conspirations des despotes et fait connaître à l’univers leur coalition pour remettre les peuples sous le joug de l’esclavage ! » (Délib. du 20 novembre 1792.)

Enfin, on alla jusqu’à changer le nom dix fois séculaire de la cité et Montreuil devint Montagne-sur-Mer ! Pour justifier cette étrange substitution, on apporte ce considérant : « L’origine de

Montreuil, en latin Monasteriolum, est une origine monacale et superstitieuse ; la dénomination nouvelle convient mieux à la ville qui se trouve placée sur une éminence ! » (Délib. du 21 octo­bre 1793.)

Les villes de Picardie, Montreuil surtout, suivaient de loin et n’imitaient qu’à regret le fanatisme révolutionnaire dont Paris donnait l’exemple. Afin d’élever ces villes à la hauteur de la capitale, on y envoya des commissaires qui poursuivirent et emprisonnèrent les citoyens suspects. André Dumont et Joseph Lebon vinrent tour à tour exercer à Montreuil leur redoutable mission.

L’ancienne abbaye de Sainte-Austreberte, convertie en maison de détention, reçut les prisonniers, que l’on menait ensuite à la citadelle de Doullens. L’église servit aux séances du club populaire : les sociétaires occupaient les stalles des religieuses et les orateurs montaient dans la chaire placée près d’une fenêtre. Un jour qu’il y pérorait, Lebon reçut des pierres lancées du dehors et sortit furieux, jurant de ne rentrer à Montreuil que suivi de la guillotine. Le 9 thermidor ne lui permit pas d’accomplir ce projet sanguinaire.

Le 30 septembre 1793, André Dumont remplaça plusieurs membres de la commune soupçonnés de modérantisme, et afin de ranimer leur patriotisme il organisa une fête pour renverser les statues du portail de Saint-Sauve : deux seulement résistèrent aux efforts des énergumènes chargés de cette exécution. Puis, il réunit sur la place d’armes toutes les reliques qui provenaient des églises et des chapelles, une prodigieuse quantité de statues, de tableaux, de livres, de parchemins, et une religieuse de l’Hôtel-Dieu, attachée au bras d’un prêtre constitutionnel, fut contrainte de mettre le feu à ce monceau d’objets précieux, témoignage de la dévotion de tant de siècles.

D’autres scènes du même genre, non moins grotesques que sacrilèges, se reproduisirent à Montreuil durant cette triste période. Le conseil du district se préoccupait aussi de fournir des approvisionnements aux armées qui combattaient à la frontière.

Le 25 pluviôse an II, il adressait aux municipalités des instructions pour la fabrication du salpêtre. On organisait en même temps des ateliers où le citoyen Bourdette faisait confectionner des cartouches et fondre des balles avec le plomb enlevé au toit de l’église Notre-Dame. Afin d’activer la construction des affûts et des caissons, le commissaire de l’artillerie ordonna de prendre une quantité considérable de chênes et de frênes dans les bois de Dommartin, de Saint-André-au-Bois et du marquis de Salperwick, à Étruval. Ajoutons que le conseil expédia à Lille, en germinal an II, une énorme caisse qui contenait 2292 marcs d’objets d’or ou d’argent et 707 marcs de galons d’or ou d’argent provenant des églises du district. (Arcli. du Pas-de-Calais, liasses du district de Montagne-sur-Mer.)

La constitution de l’an III partagea l’arrondissement en douze cantons. Celle de l’an VIII établit la division actuelle.

Le rôle de l’historien est terminé. Les annales de Montreuil n’enregistrent dès lors aucun fait bien important. Napoléon Ier y séjourna à l’époque du camp de Boulogne et la duchesse de Berry s’y arrêta le 24 août 1825. Cette même année 1825 eut lieu l’inauguration du nouveau palais de justice dans les bâtiments du couvent des Carmes, et de la sous-préfecture dans l’hôtel de Longviïliers.

L’établissement de la ligne de Boulogne à Amiens nuisit beaucoup au commerce et à la prospérité de la ville de Montreuil, mais les municipalités qui se sont succédé depuis vingt ans n’ont rien négligé de ce qui devait augmenter le bien-être des habitants.

Nous les avons vues multipliant leurs démarches afin de hâter l’exécution des travaux du chemin de fer d’Arras à Étaples, et après que la place de Montreuil eut été déclassée par le décret du 26 juin 1867, luttant de tout leur pouvoir contre les prétentions injustes de l’administration des domaines pour obtenir la cession de la totalité des terrains militaires.

La démolition de l’enceinte est commencée : la porte de France a disparu ; la porte de Boulogne aura bientôt le même sort. Saluons donc une dernière fois les guerriers illustres qui ont fait édifier ces murailles imposantes : le comte Helgaud et le comte Arnould de Flandre, les rois Henri II et Louis XIII, sans oublier Henri IV, qui ordonna de graver sur un des bastions cette inscription à jamais glorieuse pour les habitants de Montreuil :

« Fidelissima Picardorum natio. »

Abbayes et communautés

Saint Sauve, qui mourut évêque d’Amiens, avait bâti au septième siècle une cellule et une chapelle en l’honneur de la Sainte Vierge sur l’emplacement actuel de Montreuil. Comme la réputation de ses vertus s’étendait au loin, de nombreux disciples attirés par ses exemples ne tardèrent pas à former une communauté, à laquelle il donna les règles de saint Benoît. Telle fut l’origine de l’abbaye de Saint-Sauve : telle fut aussi l’origine de la ville.

Le comte Helgaud reconstruisit le monastère après qu’il eut été ruiné par les Normands. Son église s’enrichit alors des reliques de saint Sauve et de saint Ingaud. Alors aussi des moines et des laïques bretons, qui avaient apporté les reliques de saint Walloy et de plusieurs autres saints, se fixèrent dans cette abbaye, qui prit momentanément le nom de saint Walloy. Helgaud leur donna la terre de Cavron. Les comtes de Ponthieu et les comtes d’Hesdin, Raméric et Bernard surtout, se constituèrent les défenseurs de l’abbaye, que les papes et les rois se plurent à combler de. faveurs.

Elle dominait en maîtresse absolue à Montreuil, et toutes les paroisses, excepté Saint-Firmin, relevaient de son autorité.

L’institution de la commune créa un pouvoir rival et jaloux qui fit aux moines une guerre de plusieurs siècles. L’échevinage entrava l’action de leur justice, qui était souveraine jusque là, contesta leurs privilèges, mutila leurs franchises et finit par se débarrasser entièrement de leur influence.

Le livre de la fourme, qui fut rédigé en 1452, prouve que les religieux se trouvaient alors mêlés aux principaux événements.

Ainsi, après les élections de l’échevinage, ils recevaient à l’hôtel de-ville le serment du nouveau mayeur. Ce jour-là les nouveaux échevins et les anciens assistaient aux vêpres de Saint-Sauve et, à l’issue de l’office, l’abbé leur recommandait « l’état de son église, qu’ils s’engageaient à aider et conforter ».

Après la suppression de l’abbaye de Saint-Josse sur Mer et du prieuré de Beussent, les biens de ces maisons furent attribués à celle de Saint-Sauve, qui jouissait de 46,947 livres de revenu en 1789.

M. l’abbé Parenty a publié en 1840, dans la Gazette de Flandre et d’Artois, une histoire abrégée de l’Abbaye de Saint-Sauve.

Abbaye de ste Autreberte

Badefroid, comte d’Hesdin, et sainte Framechilde, père et mère de sainte Austreberte, fondèrent vers l’an 660 un monastère de bénédictines à Marconne. Les incursions des Normands obligèrent les religieuses à se retirer à Montreuil sous le règne de Henri Ier. La dotation primitive de l’abbaye de Sainte-Austreberte se composait des seigneuries de Marant, Marenla, Aix-en-Issart, Humbert, Boubers-les-Hesmpe, Saint-Denœux et Sainte-Austreberte, auxquelles s’ajouta plus tard celle de Roussent. Les rois Philippe II, Charles V, Charles VI, Louis XI, François I, Henri II, Louis XIII et Louis XIV confirmèrent les possessions de la communauté et la déclarèrent de fondation royale.

L’église, dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, fut ruinée en 1537, puis restaurée : détruite de nouveau par un violent incendie le 22 octobre 1733, elle fut rebâtie de 1756 à 1759. Elle était en forme de marteau. Le chœur des dames est actuellement la salle d’étude du collège ; la partie autrefois réservée au public sert de chapelle. Les séances de la société populaire en 1793 se tenaient en cette église. On affecta alors une partie des constructions au casernement des troupes. L’autre partie devint un magasin de vivres, puis une prison.

Les habitants de Montreuil et des campagnes environnantes professaient une grande vénération pour les reliques de sainte Austreberte, de sainte Framechilde et de sainte Julienne, abbesse de Pavilly, que l’on conservait dans la chapelle de l’abbaye.

Quand la ville était frappée d’une calamité ou lorsque le mauvais temps menaçait de faire périr les fruits de la terre, on portait les trois châsses en procession : c’est ce qui arriva en 1764, en 1765 et en 1771. Pendant les pestes de 1596 et de 1750, toutes les paroisses vinrent successivement les vénérer.

Les abbesses de Sainte-Austreberte appartenaient généralement à la noblesse de la province. Nous citerons parmi les noms les plus connus :

Marguerite de Créqui, élue en 1443.

Jehanne de Hardenthun, 1473.

Jacqueline] de Pardieu, 1489.

Marguerite de Wailly, 1497.

Françoise de Boufflers, 1503.

Marguerite de Gourlay. 1551.

Claude de Monchy, 1558.

Claire Blondel, 1583.

Madeleine de Monchy, 1620.

Ch. Cécile de Monchy, 1628.

Madeleine-Angélique de Gouffier, 1648.

Marguerite Boucher d’Orsay, 1702.

Madeleine-Agathe-Alexandrine de la Motte, 1734.

Anne-Renée-Marie de Jouanne d’Esgrigny, 1756.

Anne Lamoureulx de la Javelière, 1760.

(Voir Hist. de l’abbaye de Sainte-Austréberthe par l’abbé Parenty. Gallia X na , t. X. Hagiographie du diocèse d’Amiens, 1.1, vie de sainte Austréberte.)

Les Capucins

La fondation du couvent des Capucins se rattache à un fait historique. Le 23 juin 1621, l’assemblée générale des Trois-États de la ville se réunit afin d’entendre la lecture d’une lettre par laquelle le roi Louis XIII, alors occupé au siège de Saint-Jean-d’Angely, demandait aux habitants des prières pour le succès de ses armes. L’assemblée, obéissant aux vœux du prince, venait d’ordonner des processions générales, lorsque le gouverneur se leva et proposa la fondation d’un couvent de Capucins comme étant le moyen le plus efficace d’attirer les bénédictions du ciel. L’idée fut immédiatement prise en considération et l’on chargea le père Polycarpe, capucin d’Abbeville qui avait prêché avec beaucoup de succès l’octave du Saint-Sacrement, de faire les démarches nécessaires. Le comte de Lannoy acheta le terrain vague appelé le Grand-Sermon et construisit à ses frais le monastère où les Capucins s’installèrent l’année suivante, 1622. Le Père Ignace, le savant historien de l’Artois, fut gardien des Capucins de Montreuil avant de résider au couvent d’Arras. En 1792, les bâtiments, convertis en caserne puis en magasin de salpêtre, furent incendiés à la suite d’expériences que l’on pratiquait pour la fabrication de la poudre. Le puits des Capucins existe encore sur le rempart.

Les Carmes

Des lettres du prieur de l’ordre nous apprennent que les frères du Mont-Carmel s’établirent à Montreuil en 1294 dans un terrain situé rue du Pan. La communauté prospéra, grâce au concours bienveillant de l’échevinage et malgré les difficultés que suscitèrent les abbayes de Saint-Sauve et de Sainte-Austreberte. Les Carmes s’engagèrent, en témoignage de leur reconnaissance, à célébrer annuellement deux cents messes enl’honneur de la Sainte Vierge pour attirer les bénédictions du ciel sur les délibérations de la municipalité. (C. de Montreuil, 49.)

Le couvent des Carmes ayant été entièrement démoli pendant le siège de 1537, on accorda à ces religieux un asile provisoire dans l’hôpital Notre-Dame, mais comme ils ne se hâtaient pas de relever leurs cloîtres, le mayeur dut les y obliger en 1598. Ils s’installèrent alors contre l’église Saint-Wulphy sur remplacement de l’ancien hôtel des sires de Montcavrel.

Les Pères Carmes tenaient une école et enseignaient le latin.

Ils avaient la franchise des droits sur les boissons qu’ils vendaient au détail. La maison du concierge du tribunal est l’ancienne cantine des Carmes. Les magistrats, les riches bourgeois, ceux à qui leur position ne permettait pas l’entrée des cafés, et on était à cette époque fort sévère sur l’étiquette, allaient y boire la bouteille de vin. Les religieux prenaient place a côté du consommateur et la régularité souffrait beaucoup de ces habitudes funestes.

La Révolution transforma le couvent en caserne, et la chapelle devint un magasin d’artillerie. Le tribunal, la gendarmerie et les prisons y furent installés en 1824, et la rue Lambin traversa dès lors le jardin.

Les sœurs grises

Les béguines de Montreuil existaient encore en 1440. Elles soignaient les malades, ensevelissaient les morts, pratiquaient la médecine et la chirurgie. Ces occupations charitables leur valurent le surnom de bonnes femmes, d’où est venu, parait-il, le dicton remède de bonne femme. Une peste ayant exercé de grands ravages, peu de temps après la suppression des béguines, l’échevinage fit venir pour les remplacer au chevet des malades des sœurs du tiers-ordre de saint François.

L’avocat Jean de Boves leur donna une maison et elles obtinrent l’autorisation de quêter, à la condition qu’elles exerceraient toutes les œuvres de miséricorde. (Délibération du 2 mai 1459.)

Les sœurs-grises achetèrent le 11 octobre 1633 l’hôtel des Rats qui permit d’agrandir le couvent, mais le nombre des novices devint si considérable que Louis XIV défendit le 11 mai 1702 d’en admettre de nouvelles. Comme cette interdiction subsistait encore en 1784, il ne restait plus à cette époque que quatre sœurs, dont la moins âgée avait 76 ans. Le baron de Torcy, maire de Montreuil, proposa alors de donner leur maison aux Frères de la doctrine chrétienne. Le projet fut approuvé par le roi, mais il rencontra une vive opposition de la part de l’évêque d’Amiens, si bien que la Révolution arriva sans que l’on eût pourvu au remplacement des sœurs-grises. La dernière fut la sœur de Mailly. (Archives municipales)

ÉTABLISSEMENTS ET INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE

L’hôtel-dieu Gaultier, seigneur de Maintenay, fonda l’Hôtel-Dieu de Montreuil, au début du XIIIè siècle, et le dota de revenus considérables. Les bâtiments s’élevaient sur l’emplacement du Maillus publiais ; on appelait ainsi l’endroit où les hommes libres se réunissaient, avant la formation de la commune, pour traiter les affaires de la ville sous la présidence du comte ou de son délégué.

Les principaux bienfaiteurs furent après Gaultier : Guillaume de Montreuil-Maintenay, son fils ; les sires de la Porte et de Heuchin ; Jean de Sains, veuf de Marie de Frotnessent ; Jean de Lannoy, Aélis de Brimeir, Jean Maigret, Hues Aubaut, Laurent Hallot, Thomas Boucquedebois, Pierre Darras, Guillaume Delattre et d’autres habitants de Montreuil.

Le personnel chargé de la garde des malades se composait d’un maître ou gouverneur spirituel et temporel qui était prêtre, d’un clerc, de quatre religieuses et de cinq frères laïques. L’évêque d’Amiens Gérard de Conchy leur donna des statuts conformes à la règle de Saint-Augustin qui furent approuvés au mois de mai 1250 par le pape Innocent IV. Mgr Ferry de Beauvoir les compléta en 1472 et porta à six le nombre des religieuses.

Guillaume Poullain, étant devenu maître de l’hôpital vers 1470, augmenta beaucoup les bâtiments. Il établit un ordre parfait dans la comptabilité et fit rédiger par le Père Jacques Hénin, chartreux de Neuville, le magnifique cueilloir écrit sur vélin et orné de vignettes qui est conservé dans les archives. Ce cueilloir fut commencé en 1477 et non pas en 1475 comme nous l’avons indiqué par méprise dans le cours de ce volume. La ravissante chapelle qui vient d’être restaurée sous l’habile direction de M. Glovis Normand, date de cette époque.

La prospérité de l’hôpital était grande au XVè siècle. Il ne mourait pas un riche bourgeois qui ne lui fît un legs considérable. Les papes, les rois de France, les ducs de Bourgogne confirmaient ses privilèges. Les revenus atteignaient le chiffre de vingt mille livres lorsque le siège de 1537 détruisit les bâtiments de fond en comble à l’exception de la chapelle.

La communauté dut se retirer à Abbeville. Jean Dumont, qui était alors gouverneur, s’empressa de relever les ruines ; mais les travaux de réparation furent encore entravés par le siège de 1544. Les sœurs durent quêter dans les environs de Montreuil et faire placer dans toutes les églises etchapelles de la ville des troncs destinés à recevoir les offrandes des fidèles. C’est alors qu’à la voûte en pierre qui existait dans la chapelle fut substituée la voûte en bois qui vient d’être remplacée. M. Auguste Braquehaye publie actuellement dans la revue la Picardie une étude historique et descriptive très intéressante sur la chapelle de l’Hôtel-Dieu. Cette étude révèle des détails curieux et encore inédits concernant ce monument qui est sans contredit l’un des plus jolis spécimens de l’architecture du XVè siècle que l’on puisse rencontrer dans le Nord de la France.

A l’époque de la Révolution, les revenus ne dépassaient pas 18000 livres, y compris le produit, soit des biens de l’Hôtel-Dieu de Clenleu légués en 1576 par Madeleine d’Ostove, soit des biens de la maladrerie du Val et de l’hôpital Notre-Dame, qui avaient été réunis en vertu d’un arrêt du 13 juillet 1695. Les revenus s’élèvent maintenant (année 1874) à la somme de 60,532 francs.

Le 6 décembre 1857 eut lieu l’inauguration du nouvel hospice, vaste construction en briques beaucoup trop importante pour les besoins de la ville.

Une plaque en marbre noir, scellée dans le mur de la galerie d’entrée, est destinée à perpétuer le souvenir de la cérémonie; on y trouve mentionné le nom du fondateur de l’établissement.

M. Occis, curé-doyen de Montreuil, fit la bénédiction ; la commission des administrateurs se composait alors de M. Delhomel, maire, président, et de MM. Gosyn, Maugenest, Moleux, Lecomte et Hibon de la Fresnoye.

Les religieuses gardes-malades appartiennent à la congrégation des augustines d’Arras. Pendant l’année 1874, 34 malades et 30 vieillards furent admis à l’hospice.

L’hospice possède aussi la maison de Saint-Augustin où sont logées gratuitement des femmes et des filles âgées qui peuvent encore travailler pour vivre.

HÔPITAL NOTRE-DAME

Cet hôpital fut fondé par l’échevinage vers le milieu du XIVè siècle pour servir de refuge aux vieillards de la ville et aux pèlerins qui la traversaient. Il occupait l’emplacement de l’ancien Hôtel-de-Ville. C’est maintenant l’école des sœurs de la Providence. Le mayeur et les échevins qui en avaient la direction, luttèrent pendant trente ans afin de retarder l’exécution d’un arrêt de Louis XIV, du 13 juillet 1695, qui en attribuait les revenus à l’Hôtel-Dieu. Des lettres patentes du 26 février 1721, qui furent enregistrées en 1724, rendirent irrévocable la suppression de l’hôpital Notre-Dame.

Dès le XVè siècle les orphelins étaient entretenus aux frais de la ville par des femmes que l’on appelait les mères aleresses. En 1640, les échevins décidèrent la création d’une maison spéciale et affectèrent à sa dotation les fermes de la Basse-Flaque et de la Rèderie. Pour en faciliter l’établissement, le. comte de Lannoy, gouverneur de Montreuil, donna la plus grande partie du terrain que l’hôpital occupe aujourd’hui, ainsi que le revenu du moulin de la Basse-Ville et des avenages de Groffliers, de Saint-Aubin et de Saint-Josse.

M. Benoit Loppin, doyen de Saint-Firmin qui mourut en 1776, avait fait reconstruire la chapelle et le bâtiment principal.

L’Orphelinat, qui était administré autrefois par un père syndic et six notables, est maintenant dirigé par des sœurs de l’Immaculée-Conception de Nogent-le-Rotrou. L’administration des hospices met gratuitement les bâtiments à leur disposition et leur donne une somme de 9,000 francs pour l’entretien et l’éducation de vingt-quatre jeunes filles. Les sœurs sont au nombre de vingt ; elles soignent les malades à domicile et deux d’entre elles sont chargées de la Salle d’asile que fréquentent environ 150 enfants.

Voici lesressources de la salle d’asile que surveillent trente dames patronnesses :

Subvention de la ville : 1,050 fr. ; subvention de l’administration des hospices : 500 fr. ; rentes fondées par MM. François Hacot, Dacquin, Mac-Egan : 400 fr.

BUREAU DE BIENFAISANCE

Revenu moyen : 10,000 francs, y compris environ 4,000 francs qui proviennent de dons et de quêtes. 170 familles sont secourues.

CAISSE D’ÉPARGNE

La Caisse d’épargne a été créée par ordonnance du 22 février 1843. En 1874, le nombre des déposants a été de 754 et le nombre des remboursés de 315.

Montreuil compte aujourd’hui plusieurs sociétés de bienfaisance : nous citerons : l’Œuvre de Marie, la Société de Saint-Vincent-de-Paul, l’Œuvre des églises pauvres, le Patronage des jeunes ouvriers.

ÉTABLISSEMENTS D’ÉDUCATION

Les religieux de Saint-Sauve et les chanoines de Saint-Firmin eurent pendant longtemps le monopole de l’éducation à Montreuil. Ils choisissaient les professeurs, et les écoliers payaient un droit de siège fixé à 5 sols pour ceux qui apprenaient le latin, et à 4 sols pour ceux qui se bornaient à savoir lire. Plus tard, en 1721, l’échevinage racheta le droit de siège et prit la direction des grandes et des petites écoles à la condition que les novices de l’abbaye et les enfants de chœur du chapitre y seraient instruits gratuitement. {G. de Montreuil, f° 135.)

Les Carmes enseignaient le latin et la rhétorique. La fondation de l’école des sœurs de la Providence date du 12 août 1738 : Louis Boudou, procureur du roi, versa à la communauté de Rouen une somme de 3,500 francs pour l’entretien d’une sœur qui fut chargée d’instruire gratuitement les jeunes filles. Une seconde sœur lui fut adjointe quelques années après.

L’État ayant autorisé la ville en 1829 à ouvrir un collège dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Sainte-Austreberle, M. l’abbé Delwaule en fut nommé le supérieur ; la prospérité de cet établissement ne s’est jamais démentie pendant près d’un demi-siècle qu’il en conserva la direction. M. l’abbé Macquet lui a succédé en 1873.

Mademoiselle Mailly dirige avec non moins de succès un pensionnat de jeunes filles.

L’école chrétienne des Frères fut ouverte le 18 novembre 1824, et celle des sœurs de la Providence, le 28 avril 1817. L’école communale date de l’année 1812.

LES PAROISSES ANCIENNES ET MODERNES

A l’époque de la Révolution, il y avait encore cinq paroisses à Montreuil.

ÉGLISE NOTRE-DAME EN DARNETAL

Une bulle du pape Innocent II, de 1143, mentionne cette paroisse parmi les possessions de l’abbaye de Saint-Sauve. Elle comptait, à l’époque de la Révolution, autant de communiants que toutes les autres ensemble, et avait deux curés, dont les droits étaient absolument égaux.

La double cure provenait de ce que deux titres avaient été réunis par la suppression de l’église Saint-Michel, qu’une ruelle fort étroite séparait de l’église Notre-Dame. On ignore quand cette église avait été construite et quand elle fut démolie, mais on en a retrouvé les traces sur la place de la Poissonnerie.

Les confrères de Saint-Michel entreprenaient chaque année le pèlerinage du Mont-Saint-Michel. Ils partaient avec un laissez-passer du mayeur, chargés de coquilles, portant le bourdon et la panetière et vivaient d’aumônes pendant le voyage. Lorsqu’ils revenaient, les paroissiens de Notre-Dame, précédés du curé de Saint-Michel, allaient à leur rencontre hors des portes de la ville.

Le 24 septembre 1791, la municipalité fit fermer les églises et obligea les marguilliers à dresser l’inventaire des meubles, des vases sacrés et des ornements. Une pétition couverte de signatures protesta contre la suppression de.l’église Notre-Dame, mais le directoire du département la rejeta pour satisfaire le caprice d’un homme influent qui voulait substituer une place publique au vénérable monument, sous le prétexte qu’il gênait la vue de sa demeure. Ce monument, le plus remarquable de la ville, qui avait été restauré au XVè siècle, en 1540 et en 1702, offrait encore

quelques vestiges de l’architecture romane.

La table des pauvres, que l’on établit au commencement du XVIè siècle afin de soulager la misère de la population, consistait dans le produit des quêtes à domicile. Elle fut transformée en bureau de bienfaisance en 1768.

ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-FIRMIN

Hugues 1er, comte de Ponthieu, avait donné à l’abbaye de Saint-Josse-sur-Mer l’église Saint-Firmin-le-Majeur, ancienne chapelle castrale de ses ancêtres. Quelques prêtres obtinrent l’autorisation d’y mener la vie canoniale et la chapelle devint leur propriété, moyennant la modique rente de six livres qu’ils s’engagèrent à payer aux moines. Douze prébendes étaient à la nomination de l’évêque d’Amiens, la treizième appartenait à l’abbé ; plus tard les chanoines furent réduits à sept, puis à six.

L’église collégiale de Saint-Firmin ne relevait pas de Saint-Sauve ; lorsque les chanoines consentirent à ce qu’elle devint paroissiale, en 1663, la fabrique prit à sa charge l’entretien et même la reconstruction, au cas échéant, de la nef et des bas-côtés, ainsi que la moitié des dépenses du chœur.

Revenu du chapitre en 1789 :1,982 liv., 2 sols, 4 deniers, plus 64 septiers de blé et d’avoine.

Église St-Jacques La paroisse Saint-Jacques, qui contenait à peine vingt maisons en 1791, s’étendait jadis sur la moitié du quartier de la Garenne. Les testaments du XVè siècle et du XVè sont remplis de legs,en faveur d’une confrérie de Saint-Jacques qui existait dans cette église. Les membres de l’association avaient fondé l’hôpital Saint-Jacques-du-Martroy, destiné à loger les étrangers qui se rendaient en Espagne, à Saint-Jacques de Compostelle. Ils le desservaient eux-mêmes et ils y entretinrent un aumônier jusqu’au jour où les revenus de cet établissement furent réunis à la fabrique.

ÉGLISE SAINT-PIERRE

M. le chanoine Poultier et M. Henneguier pensaient que la Hayette, hameau de la Madeleine, était

l’antique métairie de Saint-Pierre citée au livre des miracles de Saint-Wandrille. La chapelle où avaient été d’abord déposées les reliques de ce saint fut transférée sur la colline par le .comte Helgaud, et devint plus tard la paroisse de Saint-Pierre qui comprenait une partie de la Madeleine dans son ressort. C’était la paroisse de la citadelle : on y voyait le tombeau de plusieurs officiers de distinction, ainsi qu’une armure entière nommée la boite d’armes de Forceville qui avait appartenu à quelque brave chevalier de cette famille.

La confrérie du Saint-Rosaire fut établie en 1652.

ÉGLISE SAINT-WALLOY

D’après le manuscrit de Saint-Firmin, l’église Saint-Walloy aurait été bâtie par le comte Helgaud et destinée à recevoir les reliques de ce saint abbé; mais il est plus probable que les moines l’érigèrent pour s’affranchir de l’obligation de recevoir les fidèles à leurs offices. La paroisse Saint-Walloy s’augmenta par suite du démembrement de Saint-Wulphy et de Saint-Martin. L’un des curés, M. Jean Bermon, fonda en 1687 un séminaire qui occupait une partie du jardin de l’hôtel Longvilliers. Bermon mourut avant que son œuvre fût terminée, mais le roi l’avait autorisée par lettres-patentes du mois de février 1702.

L’église fut presque détruite en 1475, détruite de nouveau en 1537 et deux fois restaurée. On peut voir dans le jardin de M. de Longvilliers des débris de sculpture qui proviennent de ce monument démoli à la Révolution.

Le curé de Saint-Walloy prêta serment à la constitution civile du clergé, le 30 janvier 1791, en présence du maire et des notables. Le procès-verbal de la cérémonie a été imprimé.

La confrérie de Saint-Roch, organisée en 1638 dans l’église Saint-Walloy, était continuellement en lutte avec celle de la Charité, les deux sociétés avaient le même but, et elles avaient les mômes ressources.

Plus anciennement Montreuil comptait encore quatre autres paroisses, savoir :

ÉGLISE SAINT-JEAN-EN-SAINTE-AUSTREBERTE

Elle fut réunie en 1663 à celle de Saint-Firmin. Elle s’appelait simplement Sainte-Austreberte avant le siège de 1537 ; les religieuses l’avaient fait construire pour que leur chapelle ne fût pas publique.

Cette église, située hors les murs de la ville, vers le milieu- du bastion Varennes, était desservie par le curé d’Écuires lorsque le roi la fit démolir en 1630 à cause des travaux des fortifications. Sa juridiction s’étendait sur l’extrémité Sud du grand marché et sur le faubourg Saint-Justin.

Un compte d’argentier de 1547 nous apprend qu’à cette époque trois processions générales présidées par l’abbé de Saint-Sauve et auxquelles assistaient le mayeur et les échevins, sortaient de l’église Saint-Justin et faisaient le tour de la ville. La première avait lieu le 22 avril ; la seconde, le mardi de la Pentecôte ; la troisième, dite la procession de la vieiserie, le 15 juillet.

ÉGLISE SAINT-JUSTIN

Saint-Martin d’Esquincourt, qui fait actuellement partie du territoire de Beaumerie, est une ancienne

cure de la ville qui fut réunie à Saint-Walloy en 1703. L’église avait été démolie en 1662 à l’exception du chœur, et le service divin se célébrait dans la chapelle castrale.

ÉGLISE SAINT-MARTIN

Église Saint-Wulphy. Avant d’être placées dans le trésor de l’abbaye de Saint-Sauve, les reliques de saint Wulphy, apportées de Rue, furent exposées à la vénération des fidèles dans une maison sur l’emplacement de laquelle s’éleva la chapelle Saint-Wulphy, chapelle qui devint paroissiale et qui subsista jusqu’à la fin du seizième siècle. La peste de 1596 la rendit inutile.

Les mézeaux ou lépreux habitaient un quartier de la Garenne et avaient à Saint-Wulphy une porte et une place séparées. Le clerc leur donnait l’eau bénite au bout d’un bâton et ils ne participaient pas au pain bénit. Ils recevaient la paix avec la croix de bois. Mgr de Beauvoir, évoque d’Amiens, un jour qu’il officiait à Saint-Wulphy voulut entrer et sortir par la porte réservée aux mézeaux et afin d’affaiblir le sentiment de crainte qui empêchait d’y passer, il ordonna de graver ces paroles : « Absit gloriari nisi in Cruce Domini ! »

Actuellement la ville de Montreuil n’a que deux paroisses : celle de Saint-Sauve et celle de Saint-Josse-au-Val pour la basse-ville.

Cette église, qui devint paroissiale le 24 septembre 1791 après la suppression de toutes les autres, fut bâtie par le comte Helgaud, restaurée à la fin du XVè siècle par l’abbé dom Lobain, et presque entièrement ruinée au moment du siège de 1537. Le chevet, la chapelle latérale, la claire-voie n’ont pas été rétablis et la voûte fut baissée alors de sept mètres. Une muraille élevée à l’extrémité du transsept ferma l’église du côté de l’ancien chœur. On distingue à leurs groupes d’animaux grotesques et de monstres entrelacés les chapiteaux romans échappés au désastre.

M. Henneguier a publié dans le premier volume de la statistique monumentale du Pas-de-Calais une description de l’église de Saint-Sauve accompagnée d’une vue du triforium dessinée et gravée par Gaucherel.

La chapelle de la Vierge fut enrichie par les arbalétriers qui assistaient le 15 août dans cette chapelle à un office solennel. On voit encore des arbalètes entremêlées aux sculptures avec la devise amour, qui était celle de la corporation. Les fenêtres ont été récemment décorées de riches vitraux. Le tableau de l’autel représente sainte Austreberte recevant le voile des mains de saint Orner et non pas, comme l’a écrit M. Lefils, la consécration de la Sainte Vierge. Ce tableau provient de l’abbaye de-Sainte-Austreberte.

Un des tombeaux placés sous les orgues est celui d’un abbé de Saint-Sauve. L’autre est orné de la statue d’un chevalier armé de toutes pièces qui tient un écu chargé de trois tours : ce chevalier, généralement désigné sous le nom du comte Ergaut, n’est pas Helgaud II, le fondateur de l’église, mais bien un membre de l’illustre famille de la Porte, famille très-connue à Montreuil au XIIIè siècle dont les armoiries étaient : d’argent à trois tours de sable au clief de gueules.

Lorsqu’on ouvrit en 1834 le passage qui conduit du chœur à la sacristie à travers la chapelle des corps saints, on trouva derrière les stalles le tombeau de l’abbé Guillaume de la Pasture.

Une croix surmontée de la couronne d’épines en est le principal ornement : au pied de la croix gisent en désordre des livres et des ossements. A droite et à gauche sont sculptés des groupés de personnages parmi lesquels on reconnaît saint Walloy agitant la clochette qui attire les poissons hors de l’eau. Voici l’inscription :

QUI GUILLELMUS ERAT JACET HIC P A S T U R I U S ABBAS

INTUS TER SEPTEM PASTOR BENE REXERAT ANNIS.

CESS1T PRJE MORBO QU.E SUMPSIT APRILIS IN ANNO

DOMINI MILLESIMO QUINQUAGESIMO PUTA QUARTO.

Une plaque de cuivre, qui est maintenant déposée dans la sa­cristie, rappelle que les cendres de l’abbé de la Pasture furent transportées en cet endroit sous la prélature de dom François Benoise, en 1707.

Enfin, un quatrième tombeau existe derrière le maître-autel, sous le lambris : dans une niche à plein-cintre se trouve une statue de femme et d’après une tradition maintenant perdue, mais dont M. Braquehaye avait connaissance, ce serait la sépulture de la malheureuse reine Berthe.

Trois clefs confiées au gouverneur de la ville, au mayeur et à l’abbé de Saint-Sauve, fermaient la trésorerie ou la chapelle des corps saints. Un inventaire du 17 mai 1713 constata la présence des reliques dont voici l’énumération : les corps de saint Sauve, de saint Ingaud, de saint Walloy, de saint Maclou, de saint Justin, de saint Corentin, de saint Conoken, de saint Etbin, de saint Kilien, de saint Wulphy. Le chef de saint Sauve était dans un vase. d’argent doré, celui de saint Maclou dans un buste d’évêque en argent, celui de saint Ingaud, dans un coffret de chêne. Il y avait aussi des reliques de saint Léger et de saint Leu, de sainte Apolline et de sainte Barbe ; on conservait la chape et la clochette de saint Walloy. La plupart de ces reliques furent brûlées sur la place Saint Sauve le 9 vendémiaire an II, en présence d’André Dumont. L’église de Saint-Sauve possède aujourd’hui des reliques insignes de saint Sauve, de saint Ingaud, de saint Maclou, de saint Sulpice, de saint Walloy et de sainte Austreberte.

Le tableau du maître autel, peint par Jouvenet, représente la vision de saint Dominique.

La grosse tour de l’église est la propriété de la ville. A ce propos nous rappellerons que le premier beffroi autorisé par Philippe-Auguste en 1214, était situé en face du portail de l’église Notre-Dame. Il s’écroula vers le milieu du XIVè siècle : l’abbé de Saint-Sauve permit alors à l’échevinage d’installer ses cloches et son horloge dans la tourelle qui sert maintenant d’escalier pour monter au beffroi (1377). Cet état de choses dura jusqu’au mois d’octobre 1642. La ville ayant acheté au grand-maître de l’artillerie les Trois cloches de Saint-Liévin, les religieux lui cédèrent pour toujours la grosse tour de l’abbaye, à la condition qu’ils seraient désormais exempts des logements militaires, du guet et des gardes. La municipalité y plaça les cloches et l’horloge : elle y entretenait en permanence des guetteurs qui correspondaient par des signaux avec ceux qui veillaient dans les clochers de Saint-Josse et de Berck. Les moines firent alors construire au milieu de la nef un petit clocher pour leur usage.

SAINT-JOSSE-AU-VAL

L’église de Saint-Josse-au-Val occupe l’emplacement d’un ermitage de saint Josse. C’était une construction gothique à trois nefs qui s’écroula au XVè siècle à cause de la nature marécageuse du sol. On la releva et elle fut de nouveau détruite le 13 avril 1771.

De 1808 à 1852, il n’y eut pas de curé à la ville-basse. Les habitants obtinrent alors l’érection en succursale de l’église qui avait été rendue par M. Havet et restaurée aux frais de M. le chanoine Mailly ; elle fut bénite le 15 janvier 1852 et M. Braquehaye, doyen d’Hesdin, l’enrichit d’une relique de saint Josse. Saint-Gengoult (Gendulphe ou Gandouffe) était jadis honoré dans une chapelle située près du bureau actuel de l’octroi. Le chapitre de saint Gengoult, de Toul, avait donné en 1672 un .os de la nuque de son patron ; cette relique ayant disparu à la Révolution il consentit à en accorder une autre à la demande de M. l’abbé Drollez, qui la déposa le 10 mai 1856 dans l’église paroissiale de Saint-Josse, où elle est l’objet d’une grande vénération de la part des fidèles, principalement à l’époque de la neuvaine de saint Gengoult.

LES PERSONNAGES CÉLÈBRES

Acary (Henri-Dominique d’), maréchal des camps et armées du roi, né à Montreuille 27 janvier 1745., mort au château d’Écuires le 22 janvier 1829.

BÂILLON (Louis-Antoine-François-Emmanuel), naturaliste, né le 23 janvier 1778. Buffon estimait beaucoup ses travaux et le cite souvent dans ses ouvrages. On a de lui : Observations sur les sables mouvants qui couvrent les côtes du Pas-de-Calais et le moyen de s’opposer à leur invasion, 1791, in-4. Quelles sont les causes du dépérissement des bois? Quels sont les moyens d’y remédier ? 1791, in-4.

BAR (Alexandre), paysagiste, né à Montreuil le 14 juillet 1821. Il a peint une vue des bords de l’Isère et une vue des côtes de Sardaigne. Son meilleur ouvrage est la série d’estampes dans lesquelles il a interprété le Lac de Lamartine.

BOURS (Nicolas de), lieutenant général du bailliage d’Amiens. Il a composé un commentaire sur la coutume de Montreuil imprimé à Hesdin par Bauldrain Dacquin en 1512.

BRAQUEHAYE (Michel), né le 28 octobre 1786, mort le 2 janvier 1862. Son goût pour l’étude le mit en relation avec M. Hédouin, l’auteur des Souvenirs historiques du Pas-de-Calais. La plupart de ses écrits ont paru dans les journaux de Montreuil et de Boulogne et dans le Courrier du Pas-de-Calais. Interdit lui valut les félicitations de Balzac.

CAUX DE BLAQUETOT (Jean-Baptiste de), général du génie, né le 24 mai 1723, mort en 1793. Il combattit à Fontenoy et se distingua aux sièges de Tournay, de Munster, de Diefembourg et de Gassel. Il devint inspecteur des fortifications.

COQUEREL (Nicolas de), est le fondateur du collège dé Goquerel qui existait au XVè siècle dans la cour basse de l’hôtel de Bourgogne.

FOUGEROUX DE CAMPIGNEULLES, Conseiller à la Cour de Douai, né à Montreuil le 3 ventôse an IV, mort à Douai le 14 mai 1836.

M. Quenson lui a consacré un article fort élogieux dans les Mémoires de la Société d’agriculture de cette ville. (1835-1836, pp. 293 à 403.) Il a écrit l’Histoire des duels anciens et modernes, 2 vol, in-8.

GOURDIN (Michel), religieux bénédictin et prédicateur célèbre, fils d’un chirurgien de Montreuil, naquit en 1641 et mourut dans l’abbaye de Saint-Remy de Reims le 27 septembre 1708. On a de lui : Illustrissimi principis Guillelmi Egonis Landgravii Furstem bergii serenissimi archiepiscopi, electoris coloniensis legati, violenta abductio et injusta detentio, Antverpiœ, 1674, in-12. Oraison funèbre de Marguerite de Beaujeu, abbesse de l’abbaye royale de Fervacques, de Saint-Quentin, prononcée le 28 juillet 1701, in-4.

HENNEGUIER (Charles), bibliophile, né à Montreuil le 28 octobre 1811, mort à Hazebrouck le 22 octobre 1872 et inhumé dans cette ville. Il se consacra de bonne heure à l’étude de l’histoire. Homme d’esprit, de savoir et de goût, M. Henneguier eut, dès sa plus tendre jeunesse, la passion des livres et parvint à former la plus riche bibliothèque du Nord de la France. L’histoire de la province avait pour lui un attrait spécial et il put réunir une collection que nous croyons sans rivale concernant l’Artois, la Picardie et principalement la ville de Montreuil. M. Henneguier était aussi modeste que savant ; il est regrettable qu’il n’ait pas mis à profit la richesse de son style et les trésors de son érudition et de sa bibliothèque. Ces trésors, il se bornait à les communiquer avec une bienveillance qui en doublait le prix. Les publications de M. Henneguier sont donc fort rares; nous citerons une notice sur l’Hôtel-Dieu de Montreuil, une description de l’église Saint-Sauve et le charmant opuscule imprimé dans les Annales Boulonnaises et intitulé : Les Jeux de l’enfance, origines . et traditions.

HURTREL D’ARBOVAL (Louis-Henri-Joseph), écrivain vétérinaire, né à Montreuil le 7 juillet 1777, mort dans cette ville le 20 juillet 1839. Ses principales publications sont : Notice sur les mala­dies qui peuvent se développer parmi les lestiaux, soit durant les sécheresses et les chaleurs de l’été, soit dans le cours des automnes pluvieux et froids. 1819, in-4. Instruction sommaire sur l’épizootie contagieuse qui vient de se déclarer dans le département du Pas-de-Calais. 1827,in-8,2° édition. Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaires. Paris, 1826 et années suivantes, 4 vol. in-4, avec atlas par Leblanc et Trousseau, in-f° de 30 planches. Traité de la clavelée, de la vaccination et clavelisation dans les Mes à laine. Paris, 1823, in-8.

LAMBIN (Denis), philologue, né vers 1516 à Montreuil, mort en 1572. Il enseigna au collège d’Amiens, visita l’Italie et fut professeur de grec au Collège de France en 1561. Parce qu’il travaillait lentement, son nom devint synonyme de lenteur. Il a laissé des traductions de Démosthène et d’Eschine, de la politique et de la morale d’Aristote ; des éditions de Lucrèce, de Cicéron, à Horace, de Démosthène, de Plante et de Cornélius Vepos.

MERLE (Pierre-Hugues-Victor), lieutenant-général, né à Montreuil le 22 août 1766, mort à Marseille le 5 décembre 1830. Il fit avec honneur toutes les campagnes de l’empire ; M. Thiers le cite souvent.

MONTREUIL (Claude de), habile imprimeur. Il a édité les œuvres de Jean de Boissières, de Montferrand, et le style et protocole de la chancellerie, conjointement avec Jean Richer.

MONTREUIL (Gilbert de), auteur du roman de la Violette et du roman de la Panthère, manuscrits du XIIIè siècle conservés à Saint-Pétersbourg.

MONTREUIL (Jean de), secrétaire de Charles VI, écrivit vers l’an 1410, et peut-être par ordre du roi, une longue lettre aux princes du sang et à la noblesse de France pour ranimer leur courage par le souvenir de l’antique valeur. Cette lettre se trouve insérée, ainsi que d’autres travaux de Jean de Montreuil, dans les chroniques de Saint-Denis.

MOULLART (Pierre), géographe célèbre, né à Montreuil, y mourut le 30 juin 1730. Il était fils de Pierre Moullart, écuyer, seigneur de Vilmarest et de Françoise Sanson, fille du géographe de ce nom. Il publia un recueil intitulé : Catalogue, des livres et traités de géographie des sieurs Nicolas Sanson, géographe du roi, Nicolas, Guillaume et Adrien /Sanson, ses fils. Paris, 1702, in-12. Il avait hérité des manuscrits de son aïeul et il les transmit à son neveu, Robert de Vaugondy.

POULTIER (François-Martin), ‘ homme de lettres et publiciste, naquit à Montreuil le 31 décembre 1753, mourut à Tournai -le 26 février 1826.

SALÉ (Claude), religieux prémontré, né à Montreuil le 2 juin 1599. Il s’occupa de l’histoire de l’abbaye de Saint-André-au-Bois et publia le Recueil chronologique des choses les fois remarquables de l’abbaye de Saint-André-au-Bois, ordre de Prémontré,.contenant l’ordre et la suite des abbés dudit lieu, Puis le nombre alphabétique des religieux sur la fin du livre, Ensemble la descente de nostre fondateur Hugue de Beaurain. Saint-Omer, 1651, in-8.

THOREL DE CAMPIGNEULLES (Charles-Claude-Florent), trésorier de la généralité de Lyon, membre des académies de Lyon, Villefranche, Angers, Caen, des Arcades de Rome, etc.. Il naquit à Montreuil le 5 octobre 1737, et composa plusieurs morceaux de littérature qui sont cités dans les notes biographiques de Dufaitelle.

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