Saint-Josse

Saint Josse, fils de Judicaël, roi de Bretagne, naquit en 593. Il quitta, jeune encore, le palais de son père afin de se vouer à la solitude et à la prière. Il arriva sur les bords de l’Authie, où le duc Haymon, qui gouvernait alors la contrée, lui offrit une bienveillante hospitalité à laquelle il renonça, pour se retirer au milieu des bois.

Description

Saint Josse, fils de Judicaël, roi de Bretagne, naquit en 593. Il quitta, jeune encore, le palais de son père afin de se vouer à la solitude et à la prière. Il arriva sur les bords de l’Authie, où le duc Haymon, qui gouvernait alors la contrée, lui offrit une bienveillante hospitalité à laquelle il renonça, pour se retirer au milieu des bois. La réputation des vertus du pieux anachorète attirant de nombreux visiteurs, il ne pouvait satisfaire son amour du recueillement et il crut devoir s’éloigner encore.

Haymon le conduisit dans une vaste forêt située non loin de la mer. Tandis que Josse cherchait un endroit convenable pour établir son ermitage, le duc se livrait au plaisir de la chasse et il ne tarda pas à être dévoré d’une soif ardente ; alors le saint, nouveau Moïse, planta son bâton en terre et l’on vit jaillir une source d’eau vive. Afin que les chiens ne troublassent pas la limpidité de cette eau, Josse fit jaillir une seconde fontaine (la Fontaine aux Chiens) à peu de distance de la première qui s’appela la Fontaine aux Chrétiens. M. Poultier, le propriétaire actuel du château de Saint-Josse, a fait construire une fort jolie chapelle près de cette fontaine.

Quelque temps après, Josse entreprit le voyage de Rome. A son retour, il guérit miraculeusement la jeune aveugle Juliula.

Haymon avait profité de son absence pour faire construire une église qu’il fut heureux de lui offrir. Un jour que le saint y célébrait la messe en présence du duc, on vit apparaître au moment de la consécration une main lumineuse qui bénissait l’oblation et on entendit une voix céleste qui lui promettait une félicité éternelle dans le Ciel, en échange des richesses et des honneurs auxquels il avait si généreusement renoncé sur la terre.

Saint Josse mourut le 13 décembre de l’an 669.

« Le lieu où il estoit, dit un de ses historiens, fut rempli d’une lumière extraordinaire et parfumé d’une odeur toute céleste qui remplit l’assistance d’admiration et lui donna sujet de penser que l’une et l’autre avoient été causées par l’arrivée de quelques esprits célestes qui estoient venus en ce lieu pour recevoir l’âme bienheureuse de ce saint au sortir de son corps et l’accompagner, comme en triomphe., dans le séjour de la gloire. »

La précieuse dépouille de saint Josse fut déposée dans l’oratoire de son ermitage, où elle se conserva parfaitement intacte durant l’espace de quarante ans. Deux de ses neveux, Winoc et Arnac, vinrent se fixer dans cet ermitage. Quelques chrétiens fervents l’habitèrent après eux, jusqu’au jour où Charlemagne fonda un hospice destiné aux nombreux pèlerins qui venaient vénérer les reliques du prince breton, hospice qu’il dota de biens considérables et dont il confia l’administration au savant Alcuin.

ABBAYE DE SAINT-JOSSE-SUR-MER, ORDRE DE SAINT-BENOIT.

Louis le Débonnaire affilia la celle maritime de Saint-Josse à celle de Ferrières. Charles-le-Chauve l’ayant à son tour donnée au comte de Ponthieu Olulphe, Loup, qui était abbé de Ferrières, protesta énergiquemdent et rentra en possession de son bénéfice, après avoir adressé au roi une série de lettres très-remarquables qui ont été publiées par Baluze. Les successeurs de Loup renoncèrent à leurs droits, peut-être à l’époque de l’invasion des Normands qui détruisirent le monastère de fond en comble.

Sigebrand le gouvernait en 977. Après lui viennent les abbés Herbold, Josué, Guy, Florent qui vivait en 1015, Héribert, Warin et enfin Gaultier de Lalaing, qui reçut du comte de Ponthieu la seigneurie de tout le pays situé entre le rivage de la mer et Monthuis, depuis le milieu de la Canche jusqu’au delà de Saint-Aubin. Ce sont les limites du comté de Saint-Josse. Les moines étaient tenus d’armer à leurs frais les vassaux de cette contrée et de les mettre à la disposition du comte de Ponthieu.

Les papes, les rois de France et d’Angleterre honorèrent Pâbbayë de Saint-Josse de leur protection et lui accordèrent des privilèges considérables. Les plus grands seigneurs du pays se plaisaient à l’enrichir, ainsi nous lisons au cartulaire les noms des comtes de Boulogne et de Ponthieu, des Montreuil-Maintenay, des Montcavrel, des Cayeu-Longvilliers, des Beaurain, etc.

L’abbaye n’échappa naturellement point aux désastres des guerres qui ont ensanglanté le XIIIè siècle et le XIVè .

Plus tard, les Espagnols se liguèrent aussi contre ce saint asile de la prière, qui aurait infailliblement disparu sans l’énergie et l’habileté des prélats qui le gouvernèrent. Nous citerons parmi les plus illustres : Guarin de Croy, Adrien du Biez et Mathieu de la Varônne qui fut le dernier abbé régulier et mourut en 1529.

La commende se généralisa en France sous le règne de François Ier . Ce prince donna l’abbaye de Saint-Josse à un de ses favoris, nommé Gilbert de la Fayette, fils du seigneur de Pontgibaut. Eudes d’Averhoult lui succéda et laissa les biens de la communauté à la merci de receveurs incapables ou fripons, qui les dilapidèrent indignement et ne rougirent pas de supprimer les titres qui gênaient leur administration coupable. Guillaume Martel, conseiller et aumônier de Charles IX, abbé commendataire en 1569, ajouta encore à la misère des religieux.

Privés dé direction spirituelle, à peine pourvus du nécessaire, ils gémissaient de la situation qui leur était faite, lorsque François des Essarts obtint le bénéfice de Martel, que celui-ci avait abandonné à un certain Gratien Chenu dont les mœurs dissolues scandalisaient tout le voisinage.

Chenu s’était installé à Saint-Josse et n’en voulut point sortir.

Le frère de François des Essarts, qui était alors gouverneur de Montreuil, vint le déloger à main armée. Cet acte de violence fut le signal d’une véritable guerre. On vit Martel diriger à son tour contre l’abbaye une expédition militaire. On le vit assiéger ce pieux asile transformé en citadelle, et occupé par la garnison de Montreuil ; chasser son compétiteur, enfin rétablir dans l’abbatiale son neveu, Henri Martel, qui l’habita avec femme et enfants (1600-1610).

Le roi Louis XIII prit en pitié les moines de Saint-Josse, obligea Martel à se retirer et nomma Etienne Moreau. Etienne Moreau, le 5è abbé commendataire et le 54è depuis la fondation, voulut rendre à l’église et aux cloîtres une splendeur qu’ils ne connaissaient plus ; il transcrivit tous les titres de sa main et fit recouvrer une partie des biens perdus par l’incurie de ses prédécesseurs. Cinquante années d’une habile administration contribuèrent à relever l’antique celle de Saint-Josse, qui ne tarda pas à rentrer dans l’obscurité sous messires Jean de Watteville, Jean comte de Blankenheim, archevêque de Prague, et Michel de Garrière-Castelnau de Saint-Côme, qui furent les derniers abbés commendataires.

L’abbaye de Saint-Josse ayant été supprimée quelque temps avant la Révolution, les revenus, qui s’élevaient à la somme de 20,230 livres, furent réunis à l’abbaye de Saint-Sauve, et la châsse qui contenait le corps du saint ermite fut transportée dans l’église paroissiale du village de Saint-Josse.

Quelques pieux fidèles sauvèrent les reliques de saint Josse en 1793, et les rendirent en 1805 ; Mgr l’évêque d’Arras en reconnut alors l’authenticité. Le nombre des pèlerins qui viennent vénérer ces précieuses reliques augmente chaque année. Les matelots de Boulogne, d’Etaples, de Berck et de Saint-Valery sollicitent la protection du saint contre la fureur des flots et les habitants de tout l’arrondissement de Montreuil attribuent aux eaux de la fontaine une vertu miraculeuse dont la puissance est infaillible.

On célèbre quatre fêtes principales en l’honneur de saint Josse. Le mercredi de la Pentecôte a lieu la procession de Bavemont ; celle de la Croix-Coupée se fait le dimanche dé la Trinité au milieu d’un immense concours de pèlerins. Le 11 juin, on célèbre l’apparition de la main miraculeuse qui bénit un jour le saint pendant qu’il célébrait la messe ; cette fête est appelée la Saint-Barnabe à cause de la coïncidence avec la fête du saint apôtre.

Le 13 décembre est l’anniversaire de la mort du bienheureux.

Près de l’abbaye s’élevait au moyen-âge une forteresse habitée par la famille de chevalerie dont l’auteur est Guermon de Saint-Josse qui vivait en 1144. Le fils de Guermon, Hugues de Saint-Josse, était vassal du sire de Maintenay. Après lui vient Gaultier, puis Éloi, bienfaiteur de l’abbaye, qui eut trois enfants : Robert, Éloi et Ide, femme de Guillaume de Roussent. Tous les trois souscrivirent une charte au mois d’avril 1254 et la descendance, de Guermon s’éteignit avec eux. [0. (Le Saint-Josse, f° 69 et G. de Vàttoires, ? 56, 57, 122, 126.)

L’influence de l’abbé de Saint-Josse portait ombrage au comte de Ponthieu qui, tout en se déclarant le protecteur des moines, n’était pas fâché de créer un pouvoir rival du leur. L’institution de la commune de Saint-Josse en 1203 n’eut pas d’autre but. La charte que Guillaume octroya en cette occasion est une sorte de traité de paix entre lui et l’abbé Florent.

L’abbé, y est-il dit, juge les crimes qui sont commis dans les limites de son fief. Il possède les dunes situées entre Saint-Josse et la mer et il peut s’attribuer les truites et les esturgeons péchés sur la côte de Cucq. Les amendes ainsi que les impôts perçus dans le fief se partagent, à l’exception toutefois des cent livres qui sont dues au comte lorsqu’il marie sa fille, lorsqu’il arme son fils chevalier ou lorsqu’il doit payer sa rançon. Le comte se réserve le droit de chasse, il punit sévèrement le braconnage, et en cas de guerre avec le comte de Boulogne, il a le droit de retenir pendant quarante jours à sa solde les vassaux de l’abbaye.

Deux années à peine après. cette convention surgirent de nouvelles difficultés. L’abbé voulut bien ratifier la charte de commune qui avait été accordée malgré lui, mais ces difficultés menaçant de se reproduire à tous moments, les parties intéressées confièrent le soin de régler leurs querelles au doyen de Saint-Firmin de Montreuil et à Guillaume de Maisnières, chevalier, seigneur de Maintenay. Ceux-ci ne purent s’entendre et on réclama l’intervention d’un troisième arbitre qui fut Robert, avoué de Béthune. La sentence qu’ils rendirent se rattache principalement aux questions de droit féodal; on y trouve cependant quelques dispositions relatives à la commune. Elle stipule, écrit M. Louandre auquel nous empruntons textuellement ces détails, qu’on n’admettra pas plus de dix vassaux de l’abbaye dans la commune ; que l’abbé ne pourra faire aucun affranchissement ni recevoir aucun individu dans la bourgeoisie de Saint-Josse sans le consentement du comte et du maïeur ; que les difficultés qui s’élèveront entre la commune et l’échevinage seront portées devant les magistrats municipaux d’Abbeville; que les jugements rendus par ces magistrats seront exécutés, pourvu qu’ils ne soient pas contraires aux droits de l’abbaye. (0. deSaint- Josse, f° 18 v°.)

Cette fois encore la paix ne devait pas être définitive et de nouveaux débats se produisirent à la fin du XIIè siècle et dans les premières années du XIVè . Une enquête du bailli de Senlis, qui fut ordonnée par le roi en 1344 pour régler les droits respectifs des religieux de Saint-Josse-sur-Mer et du comte de Ponthieu, constate qu’à cette époque l’échevinage de Saint-Josse n’existait plus que de nom, car la commune « avait cessé une pièce de temps. »

L’enquête reconnaît en même temps les droits et les privilèges que les habitants ne tardèrent pas à réclamer. Huit ans plus tard, en 1352, la commune fut rétablie par l’abbé Nicaise et le comte de Ponthieu Jacques de Bourbon, qui octroyèrent aux habitants de Saint-Josse et de la banlieue, la charte dont M. Louandre résume les principales dispositions : Les habitants des lieux compris dans le territoire de Saint-Josse seront taillables et justiciables du maire et des échevins, ainsi que les héritages tenus en censive. Les terres fieffées et les hommes du comte et de l’abbé resteront indépendants de la commune, à moins qu’ils ne tiennent en cotterie ou en chancel. Il y aura un maire et onze échevins élus par les bourgeois le jour de quasimodo. Ces magistrats pourront faire construire une maison pour leur échevinage, mais seulement sur l’emplacement où l’ancienne était située ; ils y tiendront leurs plaids ; ils auront une prison de Hoc, c’est-à-dire construite en pierre ; des carcans et des chaînes, des sceaux, une huche pour mettre leurs archives ; ils pourront passer obligations et contrats et en dresser acte.

Ils auront le jugement de leurs bourgeois et des étrangers ; les amendes de 10 sols et au-dessous seront à leur profit et celles au-dessus au profit de l’abbaye. Les individus accusés de vol ou d’autres méfaits appartenant à Viconte, c’est-à-dire de méfaits du ressort de la justice vicomtière, seront jugés par le maire et les échevins, lorsqu’ils n’auront pas été arrêtés en flagrant délit, l’exécution des jugements appartiendra à l’abbé ainsi que les confiscations. Le comte et l’abbé exerceront la haute justice dans leurs terres, de même que la justice vicomtière quand le flagrant délit sera constaté. Le bourgeois qui injuriera ou qui frappera un autre bourgeois sera puni de 10 sols pour les injures et de 20 sols pour les voies de fait. Celui qui injuriera le mayeur à l’occasion de ses fonctions sera passible de 60 sols d’amende ; s’il le frappe, il sera condamné à perdre le membre qui aura frappé, mais il pourra se racheter de la mutilation, moyennant 30 livres dont 10 livres au profit de la commune, 100 sols au maire et 15 livres au seigneur. Les bourgeois qui injurient les échevins ou portent la main sur eux sont également soumis au jugement de l’échevinage. Les coseigneurs, leurs officiers, leurs sergents ou leurs domestiques ne sont pas sujets à la juridiction de la commune.

Les magistrats municipaux pourront lever des tailles sur les bourgeois ; chaque année ils rendront leurs comptes, et s’il s’élève des contestations relativement à ces comptes, le jugement en appartiendra aux coseigneurs.

Les magistrats municipaux promulgueront telles ordonnances qu’ils jugeront convenable sur les marchandises, les vivres et les métiers ; ils pourront créer deux sergents pour le service de la commune et deux autres pour la police rurale. Les appels de leurs jugements seront portés devant la haute justice du comte et des religieux, et en dernier ressort devant le bailli d’Amiens ». (Recueil des mon. inéd. du Tiers-État, t. IV, p. 633)

L’ancienne ville de Quentowic détruite par les Normands était-elle située sur la rive gauche de la Canche ? M. l’abbé Laurent et M. l’abbé Robert qui ont approfondi ce problème historique répondent affirmativement. Ils reconnaissent au pied de la colline de Saint-Josse nommée le Mont de Berck, les vestiges incontestables du port de Quentowic que MM. Trallé et Boucher de Perthes n’hésitent pas à placer à cet endroit.

Ils invoquent l’autorité de Lequien, de Luto, du chroniqueur Fontenelle, de de Vallois, de Piganiol de la Force, de l’abbé Fleury, de Wiart, de Louandre, etc., etc.

La légende des monnaies qui furent frappées à Quentowic ; plusieurs passages des lettres d’Alcuin et de Loup de Ferrières, leur fournissent de précieux arguments ainsi que les dénominations données à certaines parties des territoires de Saint-Josse et de Calotterie, où l’on a souvent trouvé des débris antiques et des monnaies.

Nous avons résumé, en écrivant l’histoire d’Étaples les raisons que leurs adversaires font valoir en faveur de cette ville.

Les dispositions du partage entre les enfants de Louis le Débonnaire sont favorables à Etaples : il suffit de jeter les yeux sur la carte pour comprendre la pensée qui inspira cette division.

Le Ponthieu, donné à Pépin, occupait jusqu’à la mer toute la rive gauche de la Canche. De ce côté se trouvent Saint-Josse et Calotterie. Le Boulonnais, au contraire, attribué, au prince Louis de Bavière, s’étendait sur la rive droite ; Quentowic en faisait partie, et il est inadmissible que ce port ait été isolé dans le Ponthieu, formant ainsi une enclave dans le domaine de Pépin. A ce langage des partisans de l’opinion qui place Quentowic à Étaples, ne peut-on pas répondre avec M. Henneguier, que l’existence de cette enclave est précisément une preuve en faveur de Saint-Josse, car la châtellenie de Beaurain, qui comprenait tout le territoire situé entre Beaurain et la mer, n’a pas eu autre origine. Cette châtellenie, qui dépendait du comté de Saint-Pol, ancien pays de Thérouanne, et par conséquent ancien royaume de Louis de Bavière, forma plus tard le bailliage de Waben. (Voir l’art. Étaples.)

La constitution de l’an III avait désigné Saint-Josse pour être le chef-lieu de l’un des douze cantons du district de Montreuil.

Hameaux

Cavelle. Longpré. Moulinel. Le Mont-Pourri, en partie avec Saint-Aubin. L’Oblat. Le Tertre. Valencendre, en partie avec Calotterie. Villiers. Ces différents hameaux relevaient de l’abbaye de Saint-Josse.

Archéologie

Le chœur de l’église de Saint-Josse est du quinzième siècle. Il date de la prélature de l’abbé Jean de

Croy. Les riches offrandes que font les pèlerins ont permis à M. l’abbé Boisjelot, actuellement curé de Saint-Josse, de déployer beaucoup de luxe dans la décoration de l’église. Parmi les nombreuses statues qui s’y trouvent, celles de saint Pierre et de saint Josse sont surtout remarquables.

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