Savy-Berlette

Savy-Berlette possède les traces d’un castrum ou forteresse gallo-romaine sur la motte qui porte l’église.

Description

Savy-Berlette possède les traces d’un castrum ou forteresse gallo-romaine sur la motte qui porte l’église. Du côté du village, les tracés des fossés et même de la motte sont très peu visibles peut-être parce qu’on les a nivelés mais, du côté des prairies, on les distingue parfaitement, quoiqu’à plusieurs reprises, des travaux de remblai et de nivellement y aient été exécutés. Le sol de cette éminence contient, en outre, beaucoup de débris antiques. On a trouvé, en perçant une cave des grands bronzes d’empereurs romains, des gardes d’épées, un casque en bronze et des vases en terre. Le casque, en forme de cloche surmontée d’une tige brisée, était entouré de pierres et recouvrait des ossements demi-calcinés et une cruche en terre jaune évidemment gallo-romaine.

Le mot Berlette semble dériver du mot celtique Ber, Bel forteresse, étymologie qui se trouve confirmée par les • découvertes que nous venons de citer. (A. Terninck, Étude sur l’Atrébatie.)

L’autel de Savy appartenait en 1182, au prieuré d’Aubigny ; plus tard l’abbaye du Mont-St Eloy ; contruisit une ferme près de l’église.

Messire Adam de Savye paraît comme homme de fief aux plaids du comte d’Artois en mars 1286 (Godefroy, tom 1).

La fontaine Bourbon, au haut de laquelle s’élevait le château du même nom; la fontaine Reine, et le pré Madame rappellent par leur dénomination le séjour qu’une branche-de la famille des Bourbons fit dans cette contrée.

Des documents authentiques résultant d’an procès intenté pour la jouissance des droits honorifiques, ont fait connaître que la maison de Saveuse est la plus ancienne connue pour avoir possédé la terre de Savy-Berlette. On voyait encore en 1711 ses armoiries au-dessus de la table du grand autel. Elles durent y être placées au XIVèsiècle par des titres établissant qu’en 1534 la seigneurie de Savy appartenait à la maison de Rouault.

Jean de Briois, membre du conseil d’Artois, a acheté la terre de Savy en 1608.

Une inscription sur les cloches de Savy, rapporte qu’en 1621 Marie Françoise de Bouchefat, veuve de Messire Nicolas de Mailly-Fallar, sieur de Saint-Étienne et autres lieux, était dame de Savy ; Pierre Cavrois en était curé depuis 36 ans, Jean Grisart, lieutenant, Adrien Duquesnoy, abbé du Mont-Saint-Eloy, et sir Abel Cornet, prieur d’Aubigny.

Nous voyons en 1683, Guillaume de Boucherat et sa femme s’opposer en-qualité de seigneurs de Savy, à ce que ceux de Berlette jouissent des droits honorifiques dans l’église. Le comte d’Array, gentilhomme Picard, leur héritier par sa femme,vendit par contrat en date des 2 et 24 août 1697, la terre de Savy à Maximilien de Beaurain, membre du conseil provincial d’Artois.

Le village de Savy fut pillé et brûlé le 3 août 1711 par les troupes alliées, sous les ordres du comte de Tilly, général Hollandais.

Maximilien Denis de Beaurains n’eut point d’enfant de sa femme Marie Françoise Scolastique Duquesnoy ; à leur mort survenue les 19 août et 16 septembre 1723, un procès s’éleva entre leurs héritiers au sujet du partage de la terre de Savy. Par sentence du conseil d’Artois de l’année 1751, la moitié fut attribuée au sieur Philippe Albert Cristophe de Beaurains, chanoine d’Arras, archidiacre d’Ostrevent, frère de Maximilien : l’autre partie échut au sieur de Fromentin, neveu de Marie-Claire du Quesnoy, sœur de sa femme. Le sieur d’Oye, écuyer, seigneur de Gouves et beau-frère du chanoine de Beaurains, en hérita la terre de Savy enl735.

La coutume de ce village fut rédigée en 1507. Il existait à Savy divers usages particuliers au sujet des honneurs dus aux seigneurs de la localité. De tout temps, et sans doute jusqu’à la Révolution, on a offert le 4 juillet, fête de Saint-Martin, et pendant la célébration de la messe parossiale, au seigneur, à son bailly ou lieutenant, un chapeau de fleurs et un gigot, représenté par trois deniers. Et au moment.de la fête communale, ou du casse, qui avait lieu le dimanche après la Saint-Martin, des tenanciers ou vasseaux, présentaient comme hommage au seigneur et à la dame de Savy ou à leur lieutenant, deux éteufs, un peigne et un miroir, objets que le seigneur abandonnait ensuite à la jeunesse comme pour l’engager à se livrer décemment quoiqu’avec ardeur à ses divertissements.Le don des éteufs était significatif. Il indiquait le jeu auquel on devait donner la préférence. Et comme ce jeu exige un exercice tel que la chevelure peut facilement en être dérangée, au moyen du miroir, on voyait à l’instant en quoi consistait ce dérangement, que le troisième objet dont nous ne répétons plus le nom, servait à faire disparaître.

Nous voyons encore que le 28 janvier 1569, le lieutenant de Savy reçut.publiquement au portail de l’église, le serment des hommes de fief, pour faire le cahier du centième imposé par Philippe (II. B. Caffin, Ann. 1847).

Avant la révolution, le curé- de Savy prélevait la dîme sur les territoires de Villers-Brulin et de Béthonsart et son église était décorée du titre de mère, parce que ces deux localités lui appartenaient avant 1282. C’était peut être parce que la dîme était si considérable, qu’aucune dotation n’était attachée à cette cure.

En 1554, année qui suivit celle de la destruction de Thérouanne l’église de Savy ainsi que bien d’autres, fut eutièrement pillée, ravagée et brûlée par Jean de Touteville, seigneur de Villebon, général au service de Charles-Quint. Elle ne fut rétablie qu’en 1571, date qu’on lit encore sur celle qui existe maintenant.

Le 3 août 1711, le comte de Tilly, général des Hollandais, fit mettre le feu à cette église et à la tour. (B Caffin-, Ann-. 18iT, p, 68).

Le clocher de Savy de forme pyramidale, en-pierre de taille, se distingue par son élégance. Il avait été bâti en 1640 ; après le siège d’Arras. Depuis les événements de 1711, il a été. bien rétabli, ainsi que l’église qui fut voûtée- en 1730, et: payée l’année suivante, par les soins du curé de l’endroit, nommé Dufresne (Ibid).

Le hameau de Berlette, Berleta, XIIè siècle, Bertelette, 1269, dépend de Savy. Hugues de Berlette était grand prévôt de Çambrai, en 1206. Un de ses successeurs, Thomas était, trésorier du duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, en 1463. La coutume de ce village fut rédigée en 1507. (Harbaville).

Cet endroit avait ses pâturages distincts de ceux de Savy, ainsi que ses impositions, tels que centièmes, tailles personnat, etc. Savy était, au bailliage d’Aubigny-la-Marche. Berlette se divisait en grand et petit. Le grand Berlette dépendait d’Aubigny-la-Marche et le petit, d’Aubigny-le-Comte.

Les divers procès, pou droits honorifiques, dont nous avons déjà parlé, permettent de rétablir la suite des.seigneurs, de Berlette.

Les villages de Savie et de Berlette, situés en Artois, n’ont que la même église paroissiale, située au milieu du village de Savy. En 1559, les seigneurs de Savy et ceux de Berlette demeuraient sous différentes dominations ; les premiers sous celle de France, les seconds sous la domination d’Espagne. A cette époque, les trois cloches de l’église de Savie furent fondues. On mit sur la plus grosse l’inscription suivante :

« Martine par baptême suis nommée.ce nom m’ont donné noble dame madame Jacqueline de Berlette, veuve de M. Claude d’Oignies, chevalier, seigneur d’Estrées, dame propriéteresse dudit Berlette, fondatrice de l’église, sire Guillaume de la Ruelle, abbé du Mont-Saint-Eloy, sire Robert Huclier, prieur d’Aubigny, l’an 1559. »

En 1621, les seigneurs de Savy et Berlette, demeuraient encore sous ces différentes dominations : les trois cloches furent alors refondues et sur la plus grosse qui existe encore aujourd’hui, se lit cette inscription :

« Isabelle suis nommée par noble et puissant seigneur Messire Charles Philippe d’Oignies, chevalier, baron de Rolencourt, sieur d’Estrées, Berlette, et madame Eléonore Hypolite d’Oignies sa compagne, fondateurs de cette église, sire Adrien Dùquesnoy, abbé du Mont-Saint-Eloy, sire Abel Cornet, prieur d’Aubigny, 1621. »

Au milieu du 17è siècle, la seigneurie de Savy était possédée par la dame de Mailly-Fallard de Saint-Étienne. Dans le même temps, celle de Berlette appartenait au comte d’Estrées. Ce gentilhomme prétendant être aussi seigneur de Savy, en fit condamner le lieutenant comme étant allé à l’offrande. La dame de Saint-Étienne prit fait et cause pour son représentant. En 1668, le comte d’Estrées, qui avait épousé une dame de Croï, fit peindre ses armes entrelacées de celles de sa femme, sur un vitrage qu’il fit placer à la principale porte de l’église et mourut cette année, laissant beaucoup de dettes. Ses créanciers firent vendre le 10 juin 1683, son fief de Berlette, sous la clause suivante :

« Que les seigneurs de Berlette le. sont aussi de l’église de Savy et qu’ils jouissent à ce titre des droits honorifiques. »

La dame de Saint-Étienne combattit ces prétentions et l’affaire était loin d’être vidée, lorsqu’elle mourut à Amiens, lieu de son domicile.

Cependant une dame Thérèse de Geneviers qui avait acquis la terre de Berlette .des créanciers du comte d’Estrées, suivit les errements de ses prédécesseurs et continua de se faire recommander au prône de l’église de Savy. Les véritables seigneurs de ce lieu absents depuis 125 ans, n’avaient commencé que depuis 18, à faire valoir leurs droits. Mais à l’exemple du comte d’Estrées, la dame de Geneviers fit mettre ses armes à l’une des vitres de Savy, ainsi qu’un prie-Dieu ou accoudoir dans le chœur.

Elle fut même taxée en 1597, à 50 livres, comme dame de Savy.

La même année,Maximilien de Beaurain,conseiller au conseil d’Artois, ayant acheté cette terre, continua le procès intenté par sa devancière. Ayant fait enlever, en 1702, le prie-Dieu, une sentence du conseil d’Artois enjoignit de*le remettre en place.

L’affaire devint bientôt un dédale inextricable. Non seulement M. Lallart devenu en 1703, puis évincé et redevenu en 1706 définitivement propriétaire du fief de Berlette, soutint vigoureusement l’instance introduite par le comte d’Estrée et suivie par la dame de Geneviers; mais outre le conseiller de Beaurain, il rencontra dans sa route de nouveaux adversaires dans la personne de l’abbé de Saint-Eloy et du prieur d’Aubigny, qui prétendaient à la possession des mêmes droits honorifiques.

Enfin, par son arrêt du 14 juin 1715, le parlement de Paris ordonna que le curé de Savy serait tenu de présenter l’eau bénite la paix et l’encens à de Beaurain, à sa femme et à leurs enfants, s’ils en avaient, de la manière suivante : l’eau bénite par présentation du goupillon à chacun d’eux séparément, l’encens par trois fois à Beaurain, ainsi qu’à sa femme, mais chacun une fois à leurs enfants. La paix devait être portée à baiser à eux d’abord dans leur banc, puis à l’abbé de Saint-Eloy et à Joseph Deloeuvacq, prieur d’Aubigny (B. Caffin, ann. 1847).

Nous avons vu qu’on 1706, le seigneur de Berlette était Bon Lallart. Deux ans après, cet opulent et vertueux artésien fut appelé aux États d’Artois, pendant la tenue de l’assemblée générale, à l’effet de prendre des mesures de concert avec l’intendant général de Bernage, pour payer cent mille écus demandés cette année, par les alliés à l’Artois. Bon Lallart se chargea de les leur faire remettre au moyen de lettres de change fournies sur des négociants d’Anvers et autres villes des Pays-Bas et de Hollande. Dans la suite, les états tinrent compte de cette somme à cet honorable citoyen à qui le roi, en récompense de ses services, envoya des lettres de noblesse qu’il ne jugea pas à propos d’accepter, pour ne point cesser ses importantes affaires commerciales. Il mourut en 1735, laissant un fils qui fut échevin de la ville d’Arras et seigneur de Berlette et de Sapignies.

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