Tortefontaine

A peu de distance du monastère de Saint-Josse-au-Bois, se trouvait, au XII 0 siècle, le fief de Soibertmez qui comprenait une grande partie du territoire actuel de Tortefontaine, et dont le nom disparait à la mort d’Oilard, d’Eustache et de Robert de Soibertmez.

Description

A peu de distance du monastère de Saint-Josse-au-Bois, se trouvait, au XII 0 siècle, le fief de Soibertmez qui comprenait une grande partie du territoire actuel de Tortefontaine, et dont le nom disparait à la mort d’Oilard, d’Eustache et de Robert de Soibertmez.

Un titre de 1139 établit la parenté de Oilard avec Rorgon, le premier seigneur connu de Tortefontaine. Hugues de Tortefontaine, qui vient ensuite, est mentionné à chaque page des Annales de Saint-Josse ou de Bomnartin. Voisin de l’abbaye, il vivait en parfaite intelligence avec les moines, et ceux-ci lui demandaient de sanctionner par sa présence la plupart des actes importants qui signalèrent les débuts de leur établissement. Lorsque le roi Louis IX fit publier la guerre Sainte dans toutes les églises de France, son appel fut entendu jusque sur les bords de l’Authie et, dans cette foule de chevaliers entraînés par l’exemple du monarque plus encore que par l’éloquence des orateurs sacrés, nous aimons à distinguer Jehan, seigneur de Tortefontaine.

En quittant ses domaines, ce vaillant croisé donne en arrentement une partie du bois de Corbesseau et il autorise le pâturage des bestiaux de l’abbaye dans tout le territoire de Tortefontaine. Juillet 1249.

Jehan périt victime de sa foi, car nous voyons presque aussitôt sa fille Marie, épouse de Hugues d’Ailly, chevalier, recueillir son héritage et contester à l’abbaye la jouissance des biens que son père avait octroyés. Elle dut réparer publiquement ses torts, au mois de décembre 1256.

On ne saurait s’étendre bien longuement sur les anciens seigneurs de Tortefontaine : leur influence disparaissait devant celle des abbés de Dommartin et nous nous bornerons donc à citer les familles de Gouy, de Licques et de Soyecourt, qui succédèrent aux d’Ailly.

A la fin du XVIIè siècle, Tortefontaine appartenait à André- Joseph Ousselin et composa la dot de sa fille, Gatherine-Josèphe, quand elle épousa, le 29 janvier 1741, messire Jules César de Locher, chevalier.

Le 23 décembre 1789 intervint une transaction au sujet des droits honorifiques dans l’église de Tortefontaine, entre l’abbé Oblin et M. de Locher.

Il fut décidé que celui-ci et ses héritiers pourraient avoir un banc seigneurial, faire graver leurs armoiries du côté de l’évangile, recevoir l’eau bénite et l’encens ; qu’ils pourraient, en cas de décès de l’un d’eux, ceindre l’intérieur et l’extérieur de l’église d’une litre et ordonner la sonnerie des cloches durant six semaines.

L’abbé ayant été reconnu patron et collateur de la cure, obtint seulement le droit de litre intérieure et la sonnerie des cloches.

Les registres de catholicité de Tortefontaine remontent à l’année 1626. On y trouve la nomenclature, non interrompue de 1646 à 1791, des moines de Dommartin qui ont administré la paroisse. En 1793, l’église fut convertie en temple de la Déesse Raison. On grava au-dessus de la porte la fameuse profession de foi :

« La nation reconnaît l’être suprême et l’immortalité de l’âme. »

Le mobilier fut aliéné à l’exception de l’orgue, de la chaire et de l’autel. L’orgue devait accompagner les chants patriotiques, la chaire servirait à proclamer les décrets, et la Déesse monterait sur l’autel pendant les cérémonies.

Le 21 vendémiaire an VIII, cette église fut vendue à démolir, mais le maire ayant exigé que l’acquéreur la payât avant de la détruire, celui-ci ne put jamais remplir les conditions et elle fut épargnée. Le revenu était de 670 livres y compris le prix de la location de trente-quatre mesures de terre. La dîme rapportait 1,100 livres.

Hameaux

Le Bout de Bas. Corbesseaii. Abbaye de Dommartin. Fermes de Saint-Josse-au-Bois. Le Moulinet.

Les habitants de Mouriez, du Moulinel et de Saint-Josse étaient tenus de faire moudre leurs grains au moulin du Moulinel qui appartenait à l’abbaye et qui donna son nom à ce hameau ainsi désigné dans les titres du XIIIè siècle : Molendinellum.

Le bois du Moulinel est l’ancien bois d’Ecorchebœuf.

Archéologie

Église du XVIIè siècle. C’est une simple nef terminée par un chœur à chevet rond, auquel on a ajouté deux chapelles latérales en 1869. Le clocher s’élève sur les arcades d’un ancien campanille roman. On trouve dans cette église des débris échappés à la ruine de Dommartin et entre autres, trois statues remarquables qui ont fait partie du groupe de l’adoration des Mages. On y voit encore la pierre tombale romane trouvée dans les manoirs de la ferme de Saint-Josse et deux reliquaires en bois; l’un d’eux renfermait le rochet de• saint Thomas de Cantorbéry.

Abbaye de Saint Josse au Bois ou Dommartin

Ordre de Prémontré

Des forêts inaccessibles environnaient l’Ermitage de saint Josse et recouvraient, au septième siècle-, les plaines fertiles qui composent actuellement les territoires de Mouriez et de Tortefontaine. Autour de la modeste chapelle qui fut plus tard dédiée à sa mémoire, ne tardèrent pas à se grouper les cellules des disciples du pieux solitaire.

Ces disciples, soumis à la règle de saint Augustin, se recrutèrent et se perpétuèrent jusqu’au jour où Milon, l’un des premiers adeptes de saint Norbert, leur rapporta les statuts de l’ordre de Prémontré. 1121.

Ils s’enrôlèrent volontiers dans la nouvelle congrégation’ et le monastère de Saint-Josse-au-Bois prit dès lors une importance considérable. Oilard de Soibertmez l’enrichit de tout le fief compris entre la chapelle primitive, la seigneurie de Douriez et le chemin de Beaurain. L’évoque d’Amiens et l’archevêque de: Reims favorisèrent cet établissement, dont les chevaliers Enguerran de Montreuil-Maintenay, Hermanfroid de Cugny, Rorgon, de. Tortefontaine, Hugues de Ponches, Dreux de Selincourt, Wiart d’Argoules sont les premiers bienfaiteurs.

L’installation des Prémontrés à Saint-Josse datait de quinze ans à peine, quand le successeur de Milon reçut de messire Eustache Colet et de sa mère Agnès le vaste domaine de Dommartin, comprenant des prairies, des bois, des marais, un étang et des moulins.

L’abbaye de Marmoutiers-les-Tours exerçait les droits curiaux dans ce domaine où l’on voyait une église dédiée à saint Martin.

Elle les échangea volontiers, et les Prémontrés commencèrent immédiatement les constructions de l’abbaye qu’ils vinrent occuper le 31 décembre 1161, sous la direction du vénérable Adam, leur second abbé.

Deux ans après, l’évêque d’Amiens consacra l’église sous l’invocation de la Sainte-Vierge et de Saint-Josse, mais les pèlerins qui venaient invoquer Termite à jamais populaire se rendirent toujours plus volontiers à l’oratoire primitif. Chaque année, à la fête de la Trinité, la communauté allait processionnellement vénérer dans la chapelle de Saint-Josse-au-Bois les reliques, qui étaient renfermées dans un buste d’argent, produit de l’offrande des fidèles.

Le buste, enlevé en 1791 par ordre du district de Montreuil, a disparu et la chapelle fut démolie. Mais, si l’impiété renversa le sanctuaire, remplacement où il s’élevait n’en demeura pas moins l’objet de la vénération publique jusqu’au jour où M. Verlingue le fit rebâtir. M. Braquehaye, curé-doyen d’Hesdin l’a bénit le 3 juin 1860, en présence de plus de quatre mille personnes accourues pour saluer avec bonheur le rétablissement du pèlerinage traditionnel au Bon Saint Josse.

La protection des grands ne manqua pas à l’abbaye de Dommartin. Les papes et les rois confirmèrent ses privilèges, et l’on peut lire dans les cartulaires déposés aux archives du département un grand nombre de lettres empreintes des sentiments de la plus haute bienveillance et signées des évêques qui ont occupé le siège d’Amiens ou celui de Thérouanne.

Les comtes de Ponthieu, de Flandre, de Boulogne, rivalisaient de générosité avec les sires de Beaurain, de Caumont, de Dompierre, de Douriez, de Montcavrel, de Nempont, de Ponches, de Bollencourt, etc., etc.

La richesse de l’abbaye s’étant considérablement augmentée, l’abbé Jehan II fit dresser le polyptyque ou cueilloir des biens qui en dépendaient (1252). Les moines possédaient alors environ 9870 journaux de terre et 1372 journaux de bois; ils avaient plusieurs moulins et recevaient beaucoup de rentes en argent ou en nature.

Ils avaient leur provision de sel aux salines de Rue et de Verton.

Ces propriétés, situées à Dommartin,à Bamières,à Saint Josse-au-Bois, à Lambus, à Tigny, à Prouville en Picardie, à Monchy- les-Montcavrel et autres lieux, étaient elles-mêmes grevées de redevances considérables en nature qui absorbaient une partie du revenu. Aussi, plus tard, l’obligation de racheter ces redevances devenues très-onéreuses à cause de l’augmentation des denrées, et les calamités de la guerre diminuèrent le patrimoine de Dommartin au point qu’en 1790, il ne rapportait guères plus de 28,000 livres, plus les bois.

La vie édifiante du cloître et l’esprit de foi qui distingue le moyen-âge expliquent l’étonnante prospérité de Dommartin. Un pèlerinage établi en l’honneur de saint Thomas Becket, l’augmenta encore, lorsque l’évêque d’Amiens eut autorisé l’abbé Anscher à exposer à la piété des fidèles le précieux rochet du saint martyr, rapporté d’Angleterre par un moine de l’abbaye (1171).

Dommartin était situé à peu de distance des villes de Montreuil et d’Hesdin. Cette position frontière, sur les limites longtemps contestées de l’Artois et de la Picardie, fut cause de désastres fréquents. Pillée une première fois en 1408, l’abbaye eut beaucoup à souffrir de la guerre contre les Anglais. Plus tard, les Huguenots, commandés par François de Cocqueville, incendient l’église et les bâtiments, dispersent les religieux et martyrisent cruellement le frère Jehan de Hesghes ou de Hecque, ancien curé de Tigny (27 juin 1563).

En 1637, la garnison de Rue, sous les ordres du comte de Montdejeu, se livre à de déplorables excès et les moines s’enfuient, laissant un frère convers au milieu des ruines amoncelées par ces malheureux soldats, qui emportent les meubles, les boiseries et jusqu’aux tuiles des couvertures.

Cependant, l’abbaye se releva toujours, grâce à la haute intelligence et à l’habileté des abbés qui la gouvernaient ; les abbés se préoccupaient de l’administration temporelle qui la rendait riche et prospère, mais plus encore de l’administration spirituelle.

La scrupuleuse observance resta en honneur à Dommartin jusque dans les derniers temps. Monseigneur de la Motte aimait à y venir.

« Dommartin est ma Chartreuse, disait-il, les jours que j’y passe sont les plus heureux de ma vie. » : témoignage précieux recueilli de la bouche d’un saint !

La charité des moines était inépuisable.

Ils faisaient chaque semaine d’abondantes distributions de pain. Le médecin de l’abbaye visitait gratuitement les pauvres malades et leur fournissait des médicaments,du linge, du bouillon et de la viande. S’ils succombaient, là maison se chargeait des frais de la sépulture.

Tant de bienfaits n’ont pas désarmé la Révolution.

Lorsque la Convention décréta la vente des biens du clergé et l’exil des religieux, les populations, oubliant les faveurs dont elles avaient été comblées, accompagnèrent le pillage de Dommartin de scènes scandaleuses dont l’abbé Oblin faillit être la victime et qui ont égalé; sinon surpassé les plus tristes saturnales de la terreur.

L’abbaye, de Dommartin était située au milieu d’un enclos de 15 hectares 45 ares. Nous avons donné dans notre histoire de cette abbaye, la description des bâtiments de ferme qui datent de l’administration de l’abbé Tholiez et que M. Foconnier entretient avec le plus grand soin. Nous avons également décrit l’église. Cette église, construite au XIIè siècle et restaurée au début du XV siècle, était à la fois abbatiale et curiale et l’une des plus vastes du diocèse. Les bâtiments du monastère présentaient une longe façade régulière, mais dépourvue d’architecture. Ils occupaient une surface de 240 pieds carrés, y compris deux cours intérieures entourées de cloîtres.

<< Retour a la liste