Verton

M. Quicherat, en examinant les diverses attributions données par M. Anatole de Barthélémy pour les noms de lieux gravés sur les monnaies mérovingiennes, conteste l’assimilation de Bertuno à Virdunum qui n’a, dit-il, aucune vraisemblance.

Description

M. Quicherat, en examinant les diverses attributions données par M. Anatole de Barthélémy pour les noms de lieux gravés sur les monnaies mérovingiennes, conteste l’assimilation de Bertuno à Virdunum qui n’a, dit-il, aucune vraisemblance. Il faut, suivant l’éminent professeur de l’école des Chartes, traduire Bertuno par Virtunum in comitatu Pontivo, Verton dans le comté de Ponthieu. Nous nous permettrons ,à notre tour de repousser cette explication qui ne repose sur aucun titre et pas même sur la tradition.

Hugues Tyrel, de la noble maison de Selincourt, qui possédait au XIIè siècle des droits considérables à Verton, les abandonna au profit des abbayes de Saint-Josse-sur-Mer, de Valloires et de Selincourt. Gaultier Tyrel voulut revendiquer dans la suite quelques-uns des privilèges octroyés par son aïeul, mais l’évêque d’Amiens lui rappela qu’on ne touchait pas impunément aux biens de l’Église et le menaça de l’excommunication majeure s’il osait troubler à l’avenir la paisible jouissance des moines. Janvier 1218 (C. de /Saint-Josse-sur-Mer, f° 97, et C. de Valloires, f° 128.)

Vers le même temps, Thomas Kiéret renonça en faveur des religieux de Saint-Josse au droit de travers qu’il percevait à Verton sur les voyageurs et les marchandises.

Les comtes de Ponthieu autorisèrent la commune de Verton.

Les habitants de cette commune étaient obligés de faire moudre leurs grains au moulin que l’abbaye de Dommartin possédait à Tigny, à l’exception toutefois des vassaux du seigneur de Maintenay qui avait un moulin particulier à Verton. On lit dans l’aveu de 1311 que l’héritier de Maillart de Senlis tient en fief « le molin de cocane et le molin à yaue de Verton ». Celui-ci appartenait par tiers à la dame châtelaine de Verton, à Pierre du Moulin et à Tassars de Beaumont.

La châtelaine dont il est ici question était de la maison de Créqui. Au mois de juin 1353, Philippe de Créqui, seigneur d’Allonville, de Bouvaincourt et de Verton, transige avec l’abbé de Saint-Sauve relativement aux droits de travers, de forage et de tonlieu qui se payaient à Verton. Le travers servait à l’entretien des chemins ; le forage se prélevait sur la vente du vin en gros ou en détail ; le tonlieu était le droit de place dans les marchés.

Philippe de Créqui eut une fille qui porta la terre de Verton, tenue de la châtellenie de Beaurain-sur-Canche, dans la maison de Soyecourt, par son mariage avec Gilles de Soyecourt, grand-échanson de France. Dix générations de cette famille, l’une des plus illustres de la province, habitèrent successivement le château de Verton depuis la fin du XIVè siècle jusqu’à Charlotte de Soyecourt, fille de François III et de Charlotte de Mailly.

Charlotte de Soyecourt épousa vers 1604 messire François de la Fontaine-Solare, chevalier, seigneur d’Oignon et de Hallencourt.

Les revenus de Verton étaient alors presque nuls à cause des guerres civiles et des maladies contagieuses qui désolaient la contrée depuis vingt années. Un acte de saisie du 11 mai 1604 nous apprend que la moitié des maisons se trouvaient désertes et que la plupart des habitants avaient péri sur les champs de bataille ou en exil. (Arch. du château de Verton.)

L’un des descendants de Jean de la Fontaine-Solare, François de la Fontaine, comte d’Oignon, fut maître des cérémonies sous Louis XIV, et on dit encore, en parlant de choses disposées en bon ordre, qu’elles sont rangées en rang d’Oignon : c’est un souvenir de la symétrie que le comte d’Oignon apportait dans les cérémonies du grand roi.

Le règlement du 26 août 1721 ayant prescrit l’organisation de quatre capitaineries garde-côtes à Calais, à Verton, au Crotoy et à Cayeux. Celle de Verton, qui comprit toutes les paroisses situées entre la Canche et l’Authie, forma deux compagnies. M. le comte de la Fontaine-Solare en commandait une en 1788; M. Bâillon de l’Espinet commandait l’autre. Le comte de Solare se procura des armes pour l’instruction de ses soldats et acheta quatre canons à la vente des débris du corsaire américain la Princesse Noire qui avait échoué dans la baie d’Authie. Il n’en fallut pas davantage pour le faire dénoncer aux jours mauvais de la Terreur comme un conspirateur des plus dangereux contre la nation.

Marat invita les patriotes de Boulogne et. de Montreuil à se débarrasser de cet arsenal formidable qui troublait la sécurité du pays, et un jour du mois de juin 1791 le président du tribunal d’Hesdin, accompagné de tout un état major de fonctionnaires et escorté d’un détachement de la garde nationale avec une brigade de gendarmerie, vint opérer une perquisition minutieuse au château de Verton. On parcourut tous les appartements, on visita les caves, et messieurs les commissaires purent se convaincre que les alarmes du journal l’Ami du peuple n’étaient guère fondées, et que les habitants du district n’avaient rien à redouter de cette prétendue armée de gentilshommes et de prêtres cachés dans le château de Verton, non plus que de l’approvisionnement considérable de canons, de poudres et de fusils que l’on croyait y découvrir. (Biblioth. de M. Henneguier. Procès-verbal imprimé de la visite)

Plusieurs curés de Verton furent revêtus de la dignité de doyen-rural de Montreuil et entre autres MM. Hurtrel et Enlart. Philippe-François Enlart (1722-1742) voulut exercer le droit de visite des églises avec la même solennité que l’évêque, mais les curés de la ville de Montreuil, humiliés sous le joug de ce nouveau supérieur et obligés de paraître devant lui sans l’étole, signe du pouvoir pastoral, refusèrent positivement de lui obéir. L’officialité d’Amiens avait eu la faiblesse d’autoriser cette infraction aux règles du droit commun et à la discipline de l’Église, mais le Parlement annula sa décision et déclara que l’évêque ne pouvait en aucune manière accorder le droit de visite aux doyens-ruraux de son diocèse. (Biblioth. de la ville d’Amiens, n° 3594-41.)

M. Rollin, ex-jésuite, nommé curé de Verton en 1787, fut député du clergé à l’Assemblée nationale. Lorsqu’on le mit en demeure de prêter le serment constitutionnel, ce courageux ecclésiastique adressa à Mgr de Machault la remarquable protestation que voici :

« Le moment est enfin arrivé, écrivait-il le 5 janvier 1791, où je viens de déterminer mon sort ; ce jour était le dernier terme donné pour se décider ou se refuser à la prestation du serment.

Inviolablement attaché aux principes constitutifs du gouvernement de l’Église, j’ai juré de les révérer, les uns comme institutions divines, les autres comme institutions apostoliques, tous comme pratiques constantes et comme enseignement uniforme, légitimés par les conciles.

Le seul titre de constitution pour le clergé me paraît absurde ; le clergé est constitué par Celui même qui a constitué la religion, et aucune puissance sur la terre n’a le droit de retoucher cette constitution.

Il n’est pas moins absurde qu’une puissance civile se mêle de régler la discipline de l’église, ne fût-ce même qu’en quelques points, sans la participation et le concours de l’Église même. Mais ce qui m’alarme le plus, Mgr, ce sont les articles qui établissent le conseil de l’évêque et le synode diocésain ; c’est là surtout que l’on tend aux curés et aux membres de ce conseil un piège perfide, sous l’appât de l’égalité entre le chef et les membres d’un corps ecclésiastique ; c’est là que l’on fait disparaître la hiérarchie d’ordre, de puissance et de juridiction ; que l’on établit un niveau parfait entre le sacerdoce et l’apostolat, entre l’ordre sacerdotal et l’ordre épiscopal, et que l’on confond les pouvoirs naturels et la juridiction radicale d’un évêque avec les pouvoirs subordonnés et la juridiction partielle déléguée aux prêtres.

Je n’y vois que des prêtres qui délibèrent comme des égaux de l’évêque et qui deviennent ses supérieurs par la réunion de leurs suffrages. En vérité, j’ai peine à reconnaître ici la succession et les successeurs des apôtres. Une puissance qui ne peut communiquer certains pouvoirs ne peut non plus en régler l’exercice, sans s’exposer à dénaturer infailliblement ces pouvoirs.

Loin de jurer de maintenir une pareille constitution, c’est entre vos mains, Mgr, que je jure de professer constamment et scrupuleusement les principes que vous avez publiés sur cette matière dans votre diocèse. C’est du corps des premiers pasteurs que je dois recevoir l’instruction ; je vivrai et je mourrai inviolablement attaché au corps des évêques ayant pour chef le chef même de l’Église universelle. Au reste, Mgr, quels que soient les motifs de ceux qui prêteront le serment exigé, ils ne pourront du moins vous persuader que ce soit l’effet de la conviction. L’assemblée l’a flétri d’avance en facilitant les promotions, et en accordant une prime à certaine classe. Elle nous assure bien qu’ils n’auront pour mobile que l’attrait de l’ambition ou de l’intérêt personnel. Une politique aussi gauche et aussi grossière ne fait qu’entacher le dévouement de ses partisans de la turpitude d’une bassesse.

Dans peu, sans doute, on va procéder à l’élection d’un soi-disant curé de Verton. Je veux supposer qu’il se trouvera un sujet qui consultera ses intérêts et qui s’aveuglera sur les intérêts de la religion ; il se félicitera de son sort et il acceptera.C’est dans cette circonstance, Mgr, que j’ai besoin de vos conseils : mon titre est indélébile en vertu des pouvoirs que je tiens de votre Grandeur, je ne cesse pas d’être le pasteur légitime de la paroisse; par les mêmes principes ne suis-je pas obligé d’y fixer ma résidence et d’y remplir, comme pasteur, tous les devoirs auxquels une force supérieure ne s’opposera pas ? J’attends de votre Grandeur qu’elle voudra bien m’honorer d’un mot de réponse.

Quant à la vie animale, il est une providence qui me dit et qui me démontre que les lis ne filent point et que les oiseaux ne font point de provision.

J’ai l’honneur d’être très-respectueusement, Mgr, votre très humble et très-obéissant serviteur, N. ROLLIN, curé de Verton. (Bill, de la ville d’Amiens, n° 3591, n” 68.)

L’établissement d’une station sur la ligne d’Amiens à Boulogne donna beaucoup d’extension au village de Verton. Le nouveau presbytère, charmante construction en briques et en cailloux, fut inauguré le 15 août 1865.

Hameaux et lieu-dit

Le fief du Boisle ou du Jbahaut ; celui de Créquy, qui était tenu de Lianne-en-Beaurain; celui de Fosseux, qui relevait de la baronnie de Merlimont ; celui de la Grande et de la Petite Neuville, qui relevait de Beaurain et celui de Saint-Éloi, qui relevait de l’abbaye de Saint-Éloi-de-Noyon, furent successivement réunis au domaine de Verton.

Archéologie

L’église est dédiée à saint Michel. Elle a deux nefs qui datent du XVè siècle, ainsi que la tour carrée qui s’élève au-dessus du portail. La chapelle de Saint-Maur, où s’est fait de temps immémorial le pèlerinage rétabli en 1838, est de construction plus récente. Le blason de Soyecourt (d’argent fretté

de gueules) orne la clef de voûte. On lisait il y a peu d’années sur le mur extérieur du chevet de l’église une inscription qui rappelait le passage des troupes royales marchant au secours d’Étaples sous la conduite du duc d’Épernon, le 11 janvier 1591.

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